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- 2026-06-18 “Marie-Pierre Vedrenne : « Face au phénomène de chaleur de cette fin de semaine, bien sûr, l'État s'est préparé » — Invitée de France Info ce jeudi 19 juin, Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, a détaillé la réponse de l'État face à l'épisode de fortes chaleurs attendu ce week-end. Un mot d'ordre guide l'action gouvernementale : l'anticipation.
Face à l'épisode caniculaire annoncé, le Gouvernement a choisi d'agir en amont. Marie-Pierre Vedrenne a rappelé avoir participé cette semaine à des réunions avec plusieurs ministères concernés afin de préparer la réponse publique. Selon elle, « la question de l'anticipation » constitue la priorité absolue pour faire face à ce type de phénomène.
C'est ça le maître mot, c'est la question de l'anticipation. Et donc face au phénomène de cette fin de semaine, bien sûr, l'État s'est préparé.
La ministre a souligné que l'État est mobilisé « dans toutes ses composantes », avec un rôle central confié aux préfectures pour coordonner l'action publique au plus près du terrain. Parce que les situations diffèrent selon les régions, deux principes guident l'action gouvernementale : « l'interministériel et la territorialisation ».
L'État dans toutes ses composantes, et justement chacun des acteurs, et le rôle du ministère de l'Intérieur, spécifiquement via les préfectures, est de coordonner justement l'action et d'agir au plus près des territoires.
Interrogée sur le maintien des manifestations sportives et culturelles prévues ce week-end, la ministre a insisté sur la nécessité d'adapter les décisions à l'évolution de la situation. Le Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises recueille en temps réel les informations transmises par les préfectures afin de permettre une réaction rapide.
Dans cet esprit, le ministère de l'Intérieur a adressé un télégramme aux préfets pour renforcer leur vigilance. Pour autant, Marie-Pierre Vedrenne a rappelé qu'« il n'y a pas par principe de volonté d'annuler », mais une volonté d'être « prêt et d'anticiper » afin de garantir la sécurité de tous.
L'objectif est de toujours anticiper et pouvoir réagir et s'adapter à chaque situation et à l'évolution météorologique.
Cette mobilisation repose également sur l'engagement des acteurs de la sécurité civile. La ministre a tenu à saluer « la Croix-Rouge, la protection civile » et l'ensemble des bénévoles et professionnels qui œuvrent quotidiennement pour protéger les Français.
Alors que la Fête de la musique coïncidera avec ce pic de chaleur, Marie-Pierre Vedrenne a appelé chacun à la responsabilité. Évoquant les risques liés à certaines consommations excessives, elle appelle :
J'invite évidemment tous nos concitoyens à être vigilants et ne pas se mettre en risque.
La prévention demeure au cœur de l'action gouvernementale. La ministre a rappelé que les enjeux climatiques sont pleinement pris en compte dans une « action à 360 » associant transition écologique, santé, éducation et sécurité civile.
Au-delà de cet épisode, elle a souligné l'importance de préparer le pays aux conséquences du réchauffement climatique. Grâce à une organisation territorialisée et à la capacité d'intervention rapide des services de secours, la France applique une doctrine claire : « frapper vite et fort ». Une approche qui illustre, selon elle, « la spécificité du modèle français », fondée sur l'engagement conjoint des professionnels et des nombreux volontaires de la sécurité civile.”
- 2026-06-17 “Revoir "C à vous" avec François Bayrou — François Bayrou était l'invité de l'émission "C à vous" hier soir à 18h50 sur France 5.
François Bayrou : « Ce que j'espère, c'est la prise de conscience du pays »
Anne-Élisabeth Lemoine : Pierre, Patrick, Laurent et Louis. Bonsoir à tous les quatre. Bonsoir, Elisabeth. Émilie sera de retour bientôt. On l'embrasse. À la une ce soir, un lanceur d'alerte. « Je ne crois pas qu'on va rester dans la division et je ne crois pas non plus que nous allons demeurer un pays dans lequel élus ou forces politiques vont continuer à prétendre que le réel n'existe pas. Nous devons inventer le monde nouveau et le faire à partir de la réalité ». Il y a neuf mois, François Bayrou quittait Matignon où il n'a cessé d'alerter sur l'explosion de la dette, une réalité éludée selon lui par l'ensemble de la classe politique. Une alerte au cœur de son nouvel ouvrage à paraître jeudi.
Patrick Cohen : Oui c'est un combat existentiel. Si on devait résumer ce bouquin en deux phrases, on dirait : « la France est au bord du précipice et tout le monde est coupable. La France joue sa peau. » Voilà, c'est cela l'air lancé par François Bayrou.
Anne-Élisabeth Lemoine : Bonsoir François Bayrou, président du MoDem, Premier ministre du 13 décembre 2024 au 9 septembre 2025. Merci de votre présence ce soir pour évoquer cet abandon de la dette depuis 50 ans en France qui vous obsède, qui vous exaspère, qui vous rend dingue. Je vous cite un ouvrage dans lequel vous revenez sur vos 8 mois à Matignon, marqué notamment par l'affaire Bétharram. Mais ce livre n'est pas le livre d'un candidat à l'élection présidentielle. Vous nous expliquerez pourquoi.
L'édito de Patrick Cohen. Notre invité n'a pas changé de discours depuis son départ forcé de Matignon, il y a 9 mois. Il est tombé sur la dette, en alertant sur la dette, il publie un cri d'alarme sur la dette. C'est votre 16e livre, mais le premier depuis votre alliance avec Emmanuel Macron, il y a 9 ans. Alerte donc, parce que selon vous, la France inflige à ses générations les plus jeunes une spoliation silencieuse et inédite dans l'histoire des peuples libres. Et la classe politique tout entière, majorité et opposition confondues, est complice de ce silence. Qui est responsable du niveau de la dette ? Tout le monde. Elle a grimpé de 30 points en 14 ans de François Mitterrand, de 25 points pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, de 10 points sous François Hollande, et de 15 points sous Emmanuel Macron. Le tout sous les encouragements des oppositions qui à chaque débat budgétaire réclament non des économies mais des crédits supplémentaires. Ce qui répond à la question : « où est passé l'argent ? » Oui, c'est vrai qu'en écoutant un certain nombre de politiques on a l'impression que les milliards de la dette, les gouvernants se les ont mis dans leurs poches ou jetés par les fenêtres. Vous vous le dites sans détour. Où est passé l'argent ? Chez les Français eux-mêmes, sur les quelques mille milliards de déficit de la dernière décennie, écrivez-vous, environ 500 sont allés au budget social, beaucoup pour les retraites, 250 aux collectivités locales, 250 à l'État central, notamment pour les baisses d'impôts ou les aides aux entreprises. Les gouvernements n'ont été que les exécutifs des citoyens électeurs qui à chaque scrutin et à chaque débat budgétaire ont exigé plus de dépenses et moins d'impôts. François Bayrou insiste sur le mécanisme pervers de la dette qui roule. Contrairement aux ménages ou aux entreprises, l'État ne rembourse jamais le capital. Il réemprunte la part échue en y ajoutant les nouvelles dépenses non financées. Ce « rolling », roulement permanent de la dette, génère une mécanique implacable. C'est-à-dire qu'à mesure que les emprunts anciens contractés à taux très bas arrivent à échéance, ils sont renouvelés aux taux actuels, plus élevés. La charge des intérêts croît donc mécaniquement, indépendamment de tout choix politique nouveau. Une charge qui représente la menace immédiate. Oui, parce qu'on cite souvent le stock, près de 3 500 milliards, ce qui est considérable, mais c'est une abstraction que personne ne visualise. La charge en revanche, c'est concret, c'est immédiat, 66 milliards d'intérêts annuels versés en 2025, environ 78 milliards cette année, plus de 100 milliards sans doute au-delà de 2027. Or la croissance annuelle française ne dégage qu'environ 50 milliards par an. La conclusion est arithmétique, la totalité de la croissance et au-delà est désormais captée par les seuls intérêts de la dette. Et si la France ne payait plus ? Si elle ne payait plus volontairement, si comme vous dites et comme le suggère la France insoumise, la France envoyait au plot ses créanciers, que se passerait-il ? Ici, vous rappelez que la France est en déficit primaire, le plus important même de la zone euro. Elle emprunte non seulement pour payer les intérêts, mais aussi pour boucler ses dépenses quotidiennes. Un arrêt des emprunts entraînerait immédiatement l'impossibilité de payer les fonctionnaires et les retraites. Comment en sortir ? Alors c'est là où je vous trouve très sombre, plus sombre peut-être qu'à l'accoutumée, parce que ce que vous décrivez ressemble à une impasse démocratique, puisque la logique électorale interdit structurellement le redressement. Aucun candidat, écrivez-vous, ne peut durablement promettre la vérité budgétaire sans en payer le prix politique. Vous évoquez un complot qui ne dit pas son nom, une entente générale du silence entre décideurs qui savent et citoyens dont on préfère préserver l'ignorance. La menace est pourtant celle d'un grave conflit de générations, une guerre des âges, dont vous dites qu'elle va finir par éclater et réduire à néant cet état d'esprit vieux de plus de 50 ans, résumé par cette plaisanterie de Groucho Marx : « pourquoi se préoccuper des générations à venir ? Est-ce qu'elles se sont préoccupées de nous ? ». C'est vrai que c'est la question quand on vous lit, François Bayrou. Comment sortir de cette impasse démocratique ? Puisque vous faites le constat de dire la vérité, c'est perdre le pouvoir, cela vous a coûté Matignon, ou ne pas réussir à le conquérir.
François Bayrou : D'abord, merci à Patrick Cohen parce qu'il a lu le livre. Il n'est pas le seul. Et vous aussi, vous me l'avez dit en entrant. Et c'est très important. Parce que ce que vous avez résumé l'un et l'autre, cette explication de la situation n'a jamais été apportée. Personne n'a jamais expliqué ce que Patrick Cohen a dit, que je vais répéter. Nous n'avons jamais remboursé un euro depuis 50 ans. Personne ne le sait. Et ce que Patrick Cohen a dit encore, c'est extrêmement important, 3 500 milliards, c'est 100 milliards par jour dans une année. Mais c'est abstrait, c'est loin. Les gens, je crois, ont commencé à penser qu'il y avait un problème de dette. Parce que je crois que la campagne que nous avons conduite, que j'ai voulue, a fait que la question de l'endettement est montée dans les enquêtes d'opinion de 40 points. Cela n'arrive jamais.
Question : Oui mais vous l'avez dit. Personne jusque-là ne l'a dit. Pourquoi ?
François Bayrou : Alors, personne ne l'a dit parce qu'on a choisi de mentir tous ensemble. Et pourquoi on arrête de mentir ? Vous voyez bien la présentation ou les approches de la campagne présidentielle, qui parle de ce sujet ?
Question : Personne ne parle du sujet. La perception a monté, l'inquiétude a monté, mais dans le débat public, le plus souvent, elle est moins associée à l'idée que nous vivons au-dessus de nos moyens que les gouvernants, ceux qui nous gouvernent, ont mal géré le pays. C'est ça qui arrive dans le débat la plupart du temps.
François Bayrou : Dans le débat politique, c'est la faute de l'autre. Mais ce qui a été mis en lumière est très important. Cela n'est plus une menace lointaine. Les gens pensaient que la dette n'était pas terrible, qu'elle était un danger, qu'il fallait s'en occuper. Mais c'est pour dans longtemps, c'est pour dans un jour. Or, nous sommes précisément aujourd'hui dans la catastrophe. Je prends un exemple très simple. Tout l'impôt sur le revenu que vous payez, pas mal, beaucoup, encore plus, chacun d'entre nous et tous les gens qui sont autour de nous et dans la rue. Si on additionne tout l'impôt sur le revenu payé par tous les contribuables français, on va bientôt ne pas arriver aux intérêts de la dette de 90 milliards. Et nous allons passer, vous avez dit, à 100 milliards assez vite.
Question : Le français travaille à peu près pour rien, en quelque sorte.
François Bayrou : En tout cas, c'est une hémorragie. On a créé une hémorragie sur le pays, une hémorragie de son travail, de son inventivité, de sa capacité de proposer, d'inventer. Tout cela s'en va, comme vous avez dit, chaque année, dans la poche de nos créanciers. Or, quelle est la caractéristique de nos créanciers ? Nos créanciers, ce sont des gens qui sont extérieurs au pays. Pour plus de 60%, les créanciers du pays sont étrangers. Ce n'est pas du tout le cas chez les deux autres pays qui sont endettés dans le monde, les États-Unis et le Japon. Parce la dette du Japon est possédée par les Japonais. Donc quand vous rendez des intérêts, c'est à l'intérieur de la famille, si j'ose dire. Et la dette américaine ce sont les institutions financières les plus puissantes du monde, donc c'est pour eux qu'ils travaillent. Tandis que nous, nous travaillons pour les voisins ou les lointains comme je dis quelque part dans le livre. Et cette menace croissante, on ne peut pas l'arrêter sans une détermination farouche. Car c'est signé. Ces augmentations de chiffres, ce ne sont pas les conséquences de décisions que nous prendrons. Ce sont les conséquences de décisions déjà prises et personne ne veut en parler. Alors vous vous dites qu'est-ce qu'on peut faire ? C'est cela la question. Il y a une réponse, c'est que les Français eux-mêmes exigent de leurs dirigeants qu'ils s'en occupent. Ils ont fini par prendre conscience, mais je suis payé, si j'ose dire, pour savoir que tout le monde voit le début du problème et personne ne veut y être associé. La prise de conscience des Français est la clé du redressement. Et il n'y a que deux solutions. Ou bien la crise de conscience arrive et on commence le redressement, comme j'avais proposé de le faire. Je n'ai pas été suivi. Ou bien cela va nous être imposé de l'extérieur dans des conditions dont on n'imagine pas la dureté. Des conditions que nous connaissons, parce qu'on les a vues dans les pays voisins, pas seulement en Grèce, mais en Italie, en Espagne, au Portugal, en Suède, au Canada. Tout le monde est passé par là avec les sacrifices que cela impose.
Question : Une question liée à notre endettement, les retraites, et un épisode qui a été décisif dans votre chute, dans votre départ de Matignon, le conclave sur les retraites, la façon de réformer la réforme Borne. Vous dites que ce conclave a été à un souffle d'un accord et je peux témoigner qu'effectivement les participants ont été à un souffle d'un accord. Donc je vous pose la question à laquelle vous essayez de commencer à répondre dans ce livre. Qui a fait échouer ce conclave ?
François Bayrou : Une partie du patronat.
Question : C'est la réponse factuelle, c'est-à-dire que le MEDEF, sous la pression d'une partie des puissances à l'intérieur du MEDEF.
François Bayrou : Des grandes métallurgies par exemple, dit-on. Je n'étais pas là. Il a été décidé qu'il n'y aurait pas d'accord. Vous vous rendez compte ? Un jour les historiens diront, c'est complètement givré. Voilà un pays qui se déchire sur la réforme des retraites depuis 20 ans. Nous avons inventé, proposé, mis en place, avec les syndicats réformistes qui ont été très courageux dans cette affaire et avec les représentants des entreprises, cette instance qui était originale, qui n'avait jamais existé et qui a permis fait inouï et inimaginable que les syndicats réformistes disent banco. On est prêt à accepter les 64 ans, à condition qu'il y ait reconnaissance de la pénibilité. Et on y était. Les critères étaient établis. Il suffisait de trouver le mécanisme pour que chacun qui dût être associé le soit. Et puis, il a été décidé par ceux qui étaient les plus intéressés, si j'ose dire, parce que je regrette de dire que les entreprises vont devoir payer le prix de tout cela. Il a été décidé que non, on ne ferait pas d'accord. Pas parce que l'accord était mauvais, parce qu'on ne voulait pas d'accord.
Question : Pour vous nuire, pour vous fragiliser ? Enfin, eux disent qu'ils pensaient que l'accord était mauvais, et qu'introduire des clauses de pénibilité, enfin c'est un débat qui est vieux de plusieurs années, cela rendait le système très compliqué.
François Bayrou : Excusez-moi Patrick Cohen, les clauses de pénibilité étaient acceptées par tout le monde. C'est estomaquant, c'est inimaginable. Les clauses, c'était de réintroduire le port de charges lourdes. On réintroduisait les emplois soumis à des vibrations, à des températures. Tout cela a été acté. C'était réglé.
Question : Ce qui est sûr, c'est que vous n'auriez jamais accepté de faire ce qu'a fait votre successeur, Sébastien Lecornu, au nom de la stabilité gouvernementale, c'est-à-dire suspendre la réforme des retraites.
François Bayrou : Oui. Sébastien Lecornu le sait bien. Je le lui ai dit à dix reprises. Je pense que c'était le pire des services qu'on puisse rendre à la nation. Reculer sur ce qui est vital, ce n'est pas une bonne affaire pour un pays. Et donc cet abandon, je ne l'aurais jamais accepté. Et je répète que la preuve avait été apportée, puisque quand je suis entré au gouvernement et que j'ai fait la déclaration de politique générale, j'ai énoncé à la tribune ce que le conclave serait et ce que le conclave a été. Ceux qui ne voulaient pas d'un accord sont partis sous un prétexte forcé. Ils sont partis. Mais qu'il y ait dans la société française des syndicats majoritaires qui acceptent cet effort général pour qu'on puisse trouver un jour un équilibre sur les retraites, d'une certaine manière, c'était incroyablement encourageant. Et c'est incroyablement désespérant qu'on l'ait fait échouer.
Question : La dette qui s'est aggravée sous les deux quinquennats d'Emmanuel Macron, que vous avez soutenu dès sa première campagne en 2017. Emmanuel Macron que vous continuez à soutenir. Un jugement qui tient en cinq mots dans votre livre : « Il est à la hauteur ». Et pourtant vous le reconnaissez, il agace, il révulse Emmanuel Macron. Votre explication tient dans un acronyme : IVNB. C'est ce que se disent les Français selon vous. Cela veut dire quoi : « IVNB » ?
François Bayrou : Je me suis interrogé pour savoir pourquoi, au fond, il y avait tellement d'agacements. Et je pense que c'est parce qu'il est trop, il est apparu trop. Trop jeune, trop doué, maîtrisant trop les dossiers, passant trop les obstacles, et il lui a manqué cette dimension. Alors je dis, ce que je vois tous les jours, quand il fait des choses formidables, à l'international. Les gens ne le reconnaissent que par force. Et je dis, « il va nous baiser », pardon, c'est une expression triviale que je n'aurais pas dû utiliser. Et donc, ceux qui sont révulsés par lui, ils ont le sentiment que, d'une certaine manière, il surprend leur jugement. Il les force. Ils n'ont pas envie d'être forcés. Mais j'ai vu cela dix fois dans l'histoire.
Question : Mais vous dites que les Français vont le regretter.
François Bayrou : Oui, je suis persuadé de cela. Je l'ai vu pour François Mitterrand. Dieu sait qu'il a été détesté. Je l'ai vu pour Barre, c'était inimaginable. Je l'ai vu même pour François Hollande, je l'ai vu la réconciliation entre les Français et Jacques Chirac. On a oublié qu'il a été un président très impopulaire. Et donc il se trouve que le temps, et dieu sait qu'il a du temps. Parce que quand il quittera l'Élysée, il aura 48 ans. Vous vous rendez compte, et après 10 ans d'exercice. Il aura sans cesse montré quelque chose qui est pour moi essentiel, c'est que, comme président de la République française, personne ne pouvait jouer le rôle qu'il joue à sa place. Regardez, si on pose la question simple : il y a-t-il d'autres leaders en Europe ? Vous vous rendez compte qu'il n'y en a pas. Et il ne peut pas y en avoir. Parce que la situation de la France, historique, géographique et politique, elle est vitale pour la structure, pour la solidité de l'Europe.
Question : Oui, mais il ne peut pas se représenter à sa succession. Donc qui pour lui succéder ? Il y a une trentaine de candidats déjà déclarés ou sur le point de se déclarer.
François Bayrou : J'ai dit, c'est l'académie des menteurs. Pour l'instant, presque tous les candidats, sans exception. Ils prétendent qu'ils vont réaliser, faire ce qu'il faut, des réformes, trouver l'argent. Cela ne se passera pas comme ça.
Question : Un peu moins Edouard Philippe quand même, qui a un discours de l'effort.
François Bayrou : Il a raison de parler de l'effort et cela ne peut qu'aller dans le bon sens. Mais si vous avancez un peu, alors vous voyez une situation que vous connaissez parfaitement. Nous sommes probablement le pays qui dépense le plus pour sa santé. Regardez l'état des hôpitaux. Regardez l'état, alors pas de tout l'hôpital de Pau nous l'avons refait en entier et il y en a de très bien, mais quand vous regardez les grands hôpitaux parisiens, ou en tout cas nombre de grands hôpitaux parisiens, quand vous voyez l'état des urgences, avec ces femmes, ces hommes, parfois ces enfants qui sont dans les couloirs sur des brancards, mais on est dingue, cela prouve quoi ? Cela prouve que notre organisation est mauvaise. La centralisation excessive dont vous parlez souvent, qui fait que tout dépend d'une décision au sommet, eh bien le sommet cela ne marche pas. Il faut qu'on réinvente quelque chose qui soit proche du terrain pour la reconstruction. Et c'est vrai aussi pour l'éducation, vous vous rendez compte ? La situation de l'éducation.
Question : Donc vous espérez quoi ? Une candidature que vous aurez envie de soutenir mais qui n'a pas encore, qui n'existe pas encore ?
François Bayrou : Alors, non, ce que j'espère d'abord c'est la prise de conscience du pays. Tout le reste est secondaire. Parce que ce sont les politiques qui suivent le pays. Nous croyons que ce sont eux qui commandent, mais il n'y a pas de phrase plus juste dans la Constitution que cette phrase que vous pouvez citer, entre guillemets, afficher au mur : « Le pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple ». Or, on croit que c'est une théorie politique. Ce n'est pas vrai. Les hommes politiques vivent avec les sondages. Ils ne sont pas les seuls, les hommes politiques, à vivre avec les sondages. Les médias vivent un peu aussi avec les sondages, n'est-ce pas ? Et donc, ils vivent avec les sondages.
Question : C'est la raison pour laquelle vous avez dit que vous ne serez pas candidat à l'élection ?
François Bayrou : Si j'écris ce livre qui dit des choses si lourdes et si graves pour l'avenir, et si je suis candidat en même temps, alors les gens vont dire : « écoute, c'est très simple, il écrit pour lui-même ». C'est ce que j'ai appelé le TPMG, le Tout Pour Ma Gueule. Et en vérité, c'est vrai. Parce que quand vous êtes candidat, vous avez le regard fixé sur les sondages. Quand vous êtes candidat, vos collaborateurs viennent vous voir en disant « l'IFOP commence une enquête de terrain vendredi ». C'est comme cela qu'ils parlent. « Donc il faudrait que tu dises quelque chose sur, je ne sais pas quoi, sur les faits divers pour que cela fasse monter ta cote ». Parce qu'on espère que les deux points que vous prendrez là permettront d'enchaîner sur d'autres deux points. Et donc, le fait que je choisisse de ne pas être parmi les dizaines de candidats qui sortent tous les jours, mais qu'au contraire, je veuille rester sur l'essentiel, moi, je crois que c'est un gage de vérité.
Question : François Bayrou, le 22 mars dernier, au second tour des élections municipales, vous avez perdu la mairie de Pau de 344 suffrages. C'était un coup dur, écrivez-vous. Vous pourriez de nouveau être candidat à la mairie de Pau ou votre engagement est maintenant ailleurs ?
François Bayrou : S'il y avait des élections, on se poserait la question, vous et moi, mais il n'y a pas d'élection municipale tout de suite, en tout cas dans cette affaire-là. J'ai perdu pour des raisons très simples. L'extrême droite, le Rassemblement National a bloqué 15% de voix, à Pau. L'extrême droite et la Droite. La candidate a dit « je suis la seule liste de Droite ». Et l'extrême Gauche s'est ralliée à la liste de gauche. Et cela a fait trois voix par bureau de vote. Cela a suffi. Mais bon, cela a un avantage formidable. Cela m'a rendu du temps pour écrire des livres.
Question : Cela s'appelle « Alerte sur la France qui vient ». Ce sera disponible jeudi en librairie. Vous restez avec nous.
Suite à la chronique :
Question : François Bayrou, est-ce que, comme le disent ses représentants syndicaux, et à l'inverse de ce qu'avait dit E.Macron au moment de l'affaire Lyhanna, la Justice et la Police sont face à un problème de moyens ?
François Bayrou : C'est évident que ces situations appellent à des moyens. On pourrait sans doute, si on avait de l'argent, faire mieux. Mais la question précise qui est posée, c'est que l'ensemble des réformes exigeant des moyens, si nous ne résolvons pas la submersion par la dette, la montée de la marée des vagues qui viennent confisquer l'argent de tous les Français et de tout le travail des Français pour les donner à nos créanciers, la vérité c'est qu'on ne les trouvera pas. Je veux ajouter une deuxième chose. Il y a des problèmes de réorganisation complète. Dans l'affaire Lyhanna, neuf mois pour traiter une plainte circonstanciée, précise, il n'est pas vrai que ce soit un problème de moyens. Il y a des problèmes de transmission, il y a des problèmes d'organisation sur place, il y a des problèmes entre parquets, entre parquets et gendarmeries. Je ne sais pas, je ne connais pas, mais il n'est pas vrai que ces neuf mois soient la conséquence mécanique de tel ou tel manque. Il ne faut pas se défausser, si j'ose le dire. En tout cas tout focaliser sur les moyens. Parce que je l'ai dit sur la Police. Je le dis sur la justice, je le dis sur l'hôpital. Je le dis sur l'école. On ne va pas pouvoir en rester à la complainte des moyens. Il va falloir qu'on pose plus profondément le problème de la manière dont notre pays et notre État fonctionnent. On est le pays qui a le plus de dépenses publiques de tous les autres.
Question : Pas sur la justice. Pas assez de magistrats, moins que nos voisins européens.
François Bayrou : Oui, il faudrait affiner parce que peut-être ce qu'on compte comme magistrats en France a une plus large gamme d'interventions que ce qu'on compte comme magistrats dans les pays semblables aux nôtres.
Question : Vous revenez sur l'affaire Bétharram dans cet ouvrage. Vous parlez de manipulation, de procès médiatique. Vous avez été entendu par une commission d'enquête parlementaire, cinq heures d'audition avec des députés, je vous cite, venus pour la curée, pour l'exécution finale. Une audition qui vous interpelle sur le rôle de ces commissions parlementaires.
François Bayrou : Oui, il y a plusieurs questions. Bétharram, c'est un drame humain dans un petit collège. Et il y en a des dizaines comme cela, mais comme j'étais Premier ministre, forcément il y a eu focalisation.
Question : Un drame qui a abouti à une loi.
François Bayrou : Oui.
Question : La loi Bétharram votée à l'unanimité.
François Bayrou : On verra si cela change quelque chose. Et donc, j'espère. J'ai passé des heures avec ces hommes, car ce sont des garçons. Et j'ai vu dans leurs pleurs ou dans leurs souffrances, ce qu'une vie, ce qui était emporté d'une vie sur ce genre de drame-là. Parce que ce que j'avais en face de moi, j'écris cela dans le livre, je voyais les petits garçons à l'intérieur. Les poings crispés qui n'étaient pas ceux des adultes, qui étaient ceux des enfants qui se sentaient abandonnés. Cela, c'est l'affaire Bétharram. Puis après, il y a une manipulation politique montée par LFI et qui a abouti, vous l'avez dit, après trois mois d'incessantes mises en accusation. Je n'avais aucun élément de tout cela, on a pu faire la preuve en trois mois que tout était faux. Et c'était tellement faux que la commission d'enquête parlementaire, je vais ajouter un mot sur les commissions, que les commissions d'enquêtes parlementaires, composées majoritairement d'opposants, Et qui majoritairement avait l'intention au début de mettre un terme au gouvernement en me dénonçant comme faux témoin.
Question : Avec une co-rapporteur de la majorité.
François Bayrou : Eh bien ils ont refusé. Les parlementaires ont refusé de suivre le député Vannier qui faisait l'accusateur faux sur ce sujet. Mais il y a un troisième problème que vous avez raison de souligner, ce sont les commissions d'enquêtes parlementaires. Une commission d'enquête parlementaire, c'est très bien pour approfondir un dossier. Cela a des pouvoirs qui sont considérables. Mais quand vous êtes accusé, vous l'avez été, quand vous êtes accusé, vous ne pouvez pas vous défendre. Vous n'avez pas d'avocat. Vous n'avez pas le droit de demander qu'on examine des documents. Vous n'avez pas le droit de citer des témoins. Vous êtes sans défense. Alors tant que c'était le Premier ministre et Bétharram, tout le monde s'en moquait. Mais vous avez vu dans la commission d'enquête qui vous était consacrée, que la situation elle n'est pas équitable. Vous êtes ciblés jour après jour et sur tous les réseaux sociaux, et moi c'était dans tous les journaux et toutes les émissions de télévision. Et donc il y a là quelque chose à quoi il faut qu'on réfléchisse. Parce qu'on ne peut pas avoir des commissions d'enquêtes parlementaires qui soient si déséquilibrées au profit des parlementaires qui ont intérêt à porter l'accusation.
Anne-Elisabeth Lemoine : Alerte sur la France qui vient, voilà, ce sera disponible dès jeudi, c'est aux éditions Observatoire.
Vous restez avec nous, le 5 sur 5 de Laurent Sénéchal. Tractation pour l'ultime G7 d'Emmanuel Macron.
Question : Blague à part François Bayrou, est-ce qu'il faut dérouler le tapis rouge comme cela à Donald Trump, lui qui menace de taxer nos vins à 100% sur les droits de douane ? Est-ce que c'est utile et efficace ?
François Bayrou : Vous avez dit : « il est inimaginable d'obtenir un accord sur l'Ukraine sans l'aval des américains. Et donc cette certitude-là fait que oui, en diplomatie, on fait des gestes pour que votre interlocuteur ait plutôt envie de participer positivement que négativement. Est-ce que c'est toujours enthousiasmant ? Peut-être vous devinerez que ma réponse n'est pas certaine. En tant que Premier ministre, j'ai pris position avec vigueur contre l'accord douanier que Mme Von der Leyen avait signé. Ce qui n'était pas très diplomatique et pas très habituel de la part d'un chef de Gouvernement français. Et qui a été validé d'ailleurs par les parlementaires européens.
Question : Oui, hélas. Pas par tous.
François Bayrou : Il suffit de regarder ceux qui n'ont pas voté pour, et peut-être on trouvera une cohérence dans tout cela.
Question : Vous nous l'avez confirmé, vous ne serez pas candidat à l'élection présidentielle. Vous n'ajoutez donc pas votre nom a une longue liste déjà existante. Oui, la semaine dernière, l'Obs comptait 25 candidatures officiellement déclarées. On parle souvent même d'une quarantaine de candidats potentiels. Vous, vous parlez, vous l'avez dit tout à l'heure, du TPMG, Tout Pour Ma Gueule. Yaël Braun-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale, regrettait, elle, un club des machos qui se déclare quasi quotidiennement, parce qu'il n'y a quasiment que des hommes. Les femmes d'ailleurs sont sous-représentées en politique, cela ne progresse toujours pas. Selon le dernier index Oxfam, en politique, 28% des postes sont occupés par des femmes, 28% seulement. Et c'est même en recul au niveau local, tout en haut Matignon, il n'y a quasiment que des hommes qui ont occupé l'hôtel Matignon, avec vous, François Bayrou.
François Bayrou : Il y a Elisabeth Borne, dont il est juste de citer le nom ici.
Question : Edith Cresson et Elisabeth Borne, ce sont les deux exceptions. Pour l'Elysée, seules deux femmes se sont qualifiées pour le second tour. Marine Le Pen et Ségolène Royal en 2007. Et si elle n'a pas battu Nicolas Sarkozy, ce serait de votre faute, François Bayrou. Elle le dit aux médias Legend : « Sans aucun doute. Bayrou me lâche. Pourquoi il vous a lâché ? Parce que je suis une femme. Il va me le dire après. Il me dit, tu comprends, je ne pouvais pas être numéro 2 d'une femme. Vous vous rendez compte ? C'est fou. Le fait d'être une femme, cela vous a pénalisé ? Ah ouais, énormément. Vous n'avez pas la même lecture ?
François Bayrou : Non, ce n'est pas la même lecture. Quand j'entends des mensonges éhontés. L'idée que j'aurais pu dire à Ségolène Royal que c'est parce qu'elle était une femme que je ne l'ai pas soutenue est une idée quand même incroyable. Alors, cela n'étonnera aucun de ceux qui connaissent Ségolène Royal, mais quand même, c'est saisissant. Je n'ai pas soutenu Ségolène Royal parce que j'ai pensé qu'elle serait une mauvaise présidente de la République. Et je n'ai pourtant pas voté pour Nicolas Sarkozy parce que j'étais en confrontation avec lui. Et tout le monde sait cela. Simplement, Ségolène Royal, oui, elle dit : « il m'a lâché ». Il aurait fallu que je la tienne avant de la lâcher.
Question : Vous ne l'avez pas soutenue avant.
François Bayrou : Je ne l'ai pas soutenue. Et franchement, entendre ce genre de déclaration...
Question : C'est peut-être débattre, on se souvient.
François Bayrou : Oui ! J'ai accepté de débattre parce que je trouvais qu'à la veille d'un deuxième tour, un débat entre le deuxième et le troisième pouvait être utile pour montrer les plus et les moins. Mais en tout cas, ce que je sais, c'est qu'une phrase comme celle-là, cela prouve que je ne me suis pas trompé en ne la soutenant pas.”
- 2026-06-17 “Sabine Thillaye : « C'est bien la crédibilité de la défense de l'Europe qui est en jeu » — Lors des questions au gouvernement du 17 juin, notre députée d'Indre-et-Loire a interrogé la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants sur le SCAF et la défense européenne.
Merci Madame la Présidente.
Madame la Ministre, en 2017, le lancement du projet du système de combat aérien du futur, SCAF, a été une première réponse sur le chemin de l'autonomie stratégique de l'Europe.
Aujourd'hui, l'échec de ce programme, du moins en ce qui concerne l'avion de combat, semble acté. Ce projet, un véritable défi technologique, industriel et politique, est devenu l'expression des difficultés qui entravent nos coopérations industrielles et stratégiques et interroge notre capacité européenne à sortir des rivalités et postures individuelles. Il met en lumière les limites d'une gouvernance insuffisamment clarifiée, les difficultés de coordination entre politique et industrielle, mais aussi la persistance de logique nationale qui peine à s'effacer devant l'intérêt stratégique commun européen, alors qu'aucun acteur européen, aussi performant soit-il, ne peut prétendre avancer seul.
Au-delà de ce constat, nous devons tirer les enseignements de cet échec sans s'enfermer dans un débat sur les responsabilités. Les divergences industrielles et de gouvernance ralentissent les grands programmes structurants. Nous devons apprendre à mieux identifier les besoins réciproques, à reconnaître les compétences de chacun, à bâtir des partenariats fondés sur une gouvernance équilibrée en impliquant davantage les industriels en amont de la décision politique.
Madame la ministre, quelle leçon le gouvernement tire-t-il de l'échec du SCAF ? Toutes les composantes du programme - système de combat, connectivité, cloud de combat, intelligence artificielle, capacité de guerre électronique - sont-ils menacés ? Et surtout, à l'approche du prochain Conseil des ministres franco-allemand, quelle initiative comptez-vous prendre pour une coopération de défense fondée sur des projets réalistes et stratégiquement indispensables ? Je pense notamment aussi au char du futur, MGCS, car au-delà du programme industriel, c'est bien la crédibilité de la défense de l'Europe qui est en jeu.
Je vous remercie.”
- 2026-06-16 “Bruno Fuchs : « L'accord États-Unis-Iran montre la fin des hostilités et le début d'un nouveau processus » — Bruno Fuchs, député du Haut-Rhin et président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée nationale, était l'invité de France 24 pour évoquer l'actualité internationale.
États-Unis/Iran : « C'est la fin des hostilités et au début d'un nouveau processus »
Interrogé sur l'accord préliminaire entre les États-Unis et l'Iran, Bruno Fuchs a rappelé qu'il faut être prudent et attendre vendredi pour que l'accord soit signé. Il ajoute qu'au-delà du cessez-le-feu, il faudra renégocier un certain nombre de points dans la durée. Il précise :
On n'a pas la teneur de l'accord. Donald Trump ne dit pas la même chose sur le nucléaire, ni sur la libération des avoirs gelés des Iraniens. Donc, moi, j'attends d'avoir l'accord.
Notre député souligne que si l'issue de cet accord va jusqu'au bout, sans reprise d'hostilités la situation sera différente pour le monde. Il précise :
La situation qui va résulter de l'après-guerre israélo-américaine, sera plus défavorable au monde qu'elle ne l'était dans la situation d'aujourd'hui. Ce sera, je ne sais pas si on va dire pire, mais en tout cas plus défavorable.
Sur le plan économique, l'Iran est très affaibli, rappelle Bruno Fuchs. Il souligne aussi : « Si vous libérez 12, 15, 24 milliards d'avoirs gelés, vous redonnez de la puissance économique, vous redonnez également des capacités sur le pétrole et vous normalisez finalement des relations avec un pays qui était sous sanctions. » Notre député rappelle que l'accord ne changera pas les relations avec l'Iran. Il ajoute :
C'est pour nous, Européens, je pense un élément central : la gouvernance ne va pas changer et donc l'oppression, la répression féroce, inhumaine, du gouvernement iranien sur les populations, de mort, d'exécution de gens, de sang-froid sont très importants. Et donc sur ce plan-là, il n'y aura pas eu d'évolution.
Il rappelle aussi que l'Iran a montré sa « légitimité diplomatique » en montrant que même attaqué par la plus grande puissance militaire mondiale et par les Israéliens, il souligne :
Ils ont résisté, ils ont mis un terme à cette attaque, et ils sont toujours vivants, dans un régime qui est très proche de ce qui était avant, peut-être qu'il est un peu moins théocratique.
L'Iran reste puissant certes, mais : « pas à la hauteur de ce qu'Israël et les États-Unis, le président Trump surtout, ont affirmé à chaque bombardement », a rappelé notre député.
Sur cet accord, Bruno Fuchs a été interrogé sur les négociations et le risque qu'il soit introuvable tant les positions sont opposées, il réplique :
Je pense que quand on voit la façon dont les Iraniens ont mené cette négociation, on peut dire qu'ils ont été plus malins, plus stratèges, en tout cas que les Américains.
Pour notre député, « celui qui a plus de temps [pour négocier], c'est celui qui contrôle l'autre » et c'est ce qui s'est passé entre les États-Unis et l'Iran puisqu'il y a eu une perte de contrôle dans la négociation et dans sa stratégie. Il précise sur la position des États-Unis :
Le président Trump s'est mis, en fait, dans une tenaille, parce qu'à un moment, et on l'a bien vu, au plan intérieur, il ne pouvait pas tenir plus longtemps cette attaque. À partir du moment où il commence à exprimer publiquement qu'il veut un accord, il donne la main sur le timing, sur le contenu, aux Iraniens.
Il affirme que le président Trump subit « un demi-échec dans sa tentative de changement de régime de l'Iran et de l'anéantissement de ses capacités militaires. » Bruno Fuchs rappelle que c'est potentiellement le moment pour Donald Trump de se rendre compte qu'une partie des pays puissants n'a pas la même vision multilatérale. Il souligne alors :
Une vision multilatérale, donc de coopération et donc de paix, et la force de notre force à nous, c'est de croire que la paix permet d'avoir une croissance économique et c'est notre ADN, bien sûr, et c'est peut-être le moment justement de ramener le président Trump dans une vision à nouveau internationale.
L'accord devrait être signé vendredi. Pour rappel, Bruno Fuchs précise que d'autres questions doivent être abordées, comme celle du cessez-le-feu au Liban ou encore sur la position du Hezbollah qu'il « faut désarmer. » Il affirme :
Pour désarmer le Hezbollah, il faut donner à l'État libanais une puissance et une légitimité qui lui permettent de désarmer. Tant qu'Israël attaque le Liban et le Hezbollah, ça donne toute raison et légitimité au Hezbollah pour se défendre et ne pas se désarmer.
Bruno Fuchs espère que la question du Liban va être abordée lors de l'accord. Il espère :
On a une situation qui peut amener une paix, j'espère, le plus longtemps possible, dans une vision politique et non pas militaire. On voit bien que la vision militaire est une impasse à long terme.
G7 : « Réancrer les États-Unis dans le respect du droit international »
Bruno Fuchs a été interrogé sur le G7 qui se déroule du 15 au 17 juin à Évian-les-Bains, il affirme que, face aux États-Unis, évoquer des sujets aussi importants comme l'Iran, le Liban mais aussi l'Ukraine doit aussi permettre à l'Europe d'exprimer sa puissance à la hauteur de sa démographie et de son économie. Il ajoute sur le G7 :
Je pense qu'une des conclusions possibles de ce G7, c'est de faire comprendre à ceux qui ont une vision unilatérale, qui ne respectent pas le droit international, c'est-à-dire les gens plutôt impérialistes ou en tout cas nationalistes, qu'une partie d'entre eux n'obtient pas les résultats suffisants et affaiblissent plutôt leur pays.
Il ajoute :
Les États-Unis vont être affaiblis par l'incapacité à gagner la guerre ; on le voit au G7, d'autres nations, de pays importants ou de puissances émergentes, qui vont vouloir trouver un ordre mondial multilatéral entre eux et progressivement peut-être faire exclure le plus possible ceux qui ne respectent pas cette vision multilatérale.
L'occasion aussi pour notre élu d'évoquer la guerre en Ukraine et notre soutien et affirme : « On pose souvent la question : pourquoi est-ce qu'on soutient l'Ukraine financièrement, fortement, alors même qu'une grande partie des gens ont du mal à remplir leur réservoir d'essence et faire leurs fins de mois ? » Il précise :
La raison, elle est très simple : c'est que si l'Ukraine ne gagne pas, c'est la remise en cause complète du modèle dans lequel on vit aujourd'hui, de libertés publiques, de droit, et moi je n'ai pas envie de parler russe à terme, ou que mes enfants parlent russe.
Pour Bruno Fuchs, défendre l'Ukraine c'est la faire gagner tout en renforçant la démocratie :
L'Ukraine fait partie de cette pièce centrale de la démocratie en Europe et en France.”
- 2026-06-16 “Revoir la Grande Matinale de France Inter avec François Bayrou — François Bayrou était l'invité de la Grande Matinale de France Inter, présentée par Florence Paracuellos et Benjamin Duhamel, ce mardi 16 juin.
Bonjour François Bayrou. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter alors que vous publiez ce livre « Alerte sur la France qui vient » aux éditions de l'Observatoire. C'est un cri d'alarme contre la dette, un plaidoyer pro domo aussi, puisque vous y défendez votre passage à Matignon. Le tout sans être candidat à l'élection présidentielle. Vous allez nous expliquer pourquoi. Mais d'abord, François Bayrou, il faut qu'on parle de la situation internationale, de cet accord trouvé entre l'Iran et les Etats-Unis, un accord aux contours encore flous. Dans les colonnes du Parisien, l'ancien ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, dénonce : « une mascarade, un accord qui donne à l'Iran tout ce qu'il n'aurait jamais rêvé d'obtenir avant le conflit. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?
François Bayrou : Oui, je pense que c'est cela la situation. Le constat de la situation, c'est qu'on vient d'un monde dans lequel on voyait régner un certain ordre. Que ce monde-là était plus ou moins réglé par des lois et des principes. Et le monde dans lequel nous sommes entrés, c'est le monde du désordre absolu, sans même qu'on sache exactement ce qui se passe. Parce que ce qui est frappant avec Trump, avec les décisions successives, chaotiques souvent, qui sont prises, c'est qu'on ne sait pas exactement quelle est la situation. Par exemple, est-ce que l'Iran a plus aujourd'hui qu'il n'aurait eu s'il n'y avait eu cette guerre. Vraisemblablement oui, notamment sur le détroit d'Ormuz qui avant était libre et qui désormais peut être soumis notamment à des frais de service.
Au fond François Bayrou, est-ce que vous avez compris à quoi a servi cette guerre sinon à laisser un peuple massacré sous les mains d'un régime renforcé ?
François Bayrou : Je pense toujours aux opposants iraniens. Et pardonnez-moi de le dire, je pense aux opposantes iraniennes, avec un peuple qui est soumis à autant de sauvagerie, à autant d'abus, et notamment les femmes. Donc je sais qu'un certain nombre d'entre eux ont été heureux que le monde, par les Etats-Unis interposés, se rebelle contre eux. Mais aujourd'hui la situation, ce n'est pas une situation qui permette d'espérer un nouvel équilibre facilement.
Un dernier mot sur Donald Trump. Dans la foulée du G7, demain, un dîner sera donné en son honneur à Versailles pour le 250e anniversaire de l'indépendance des Etats-Unis. Quand il menace de nouveau de taxer nos vins, nos champagnes à 100%, quand il coupe au monde entier l'accès à ses produits les plus élaborés d'intelligence artificielle, est-ce que vraiment il fallait lui dérouler le tapis rouge comme cela à Versailles ?
François Bayrou : Ce n'est pas à lui que la France déroule le tapis rouge, c'est aux Etats-Unis. C'est pour manifester que, 250 ans après, le lien entre la France et les Etats-Unis est important, est essentiel pour l'Occident.
Tous les présidents américains, François Bayrou, n'ont pas eu le même traitement.
François Bayrou : Tous les présidents américains n'ont pas été là pour le 250e anniversaire.
Non mais ils l'ont été pour d'autres années. Est-ce que vraiment, quand on est dans ce moment, c'est utile d'organiser avec le faste qui est celui du château de Versailles un dîner avec quelqu'un dont encore une fois l'agenda stratégique est méthodiquement d'affaiblir les Européens et la France. Vous qui parlez de déni sur la question de la dette, est-ce que là encore il n'y a pas une forme de déni ?
François Bayrou : Sûrement oui, mais la question n'est pas celle-là. On a cédé, et vous savez que quand j'étais Premier ministre, j'ai réagi de manière non diplomatique. On a cédé lorsqu'il s'est agi de l'accord sur les droits de douane. Vous vous souvenez que dans ce golf écossais, je crois, Madame Van der Leyen a signé, avec des accents de triomphe, un accord qui n'était pas autre chose que l'Europe qui acceptait les conditions des Américains. Nous avons le devoir d'être forts, les Européens.
Est-ce que nous le sommes ?
François Bayrou : Non. Une des questions, une des conditions, c'est que la France soit forte. La vérité qui est difficile à entendre, c'est qu'il n'y a pas d'Europe s'il n'y a pas de France forte. Et donc, la question devant laquelle nous sommes, c'est notre capacité, nous, à reconstruire ce qui doit l'être .
Justement, vous parlez de la force de la France et de ses faiblesses dans votre livre, François Bayrou, cette alerte sur la France qui vient, c'est votre retour dans le débat public après près de neuf mois, après votre départ de Matignon. D'abord, pour comprendre, comme disent les psychanalystes, d'où vous parlez, François Bayrou. Vous faites un constat, vous faites des propositions, mais vous dites en même temps, ne pas être candidat. C'est quand même paradoxal. C'est une déclaration de non-candidature. Nous n'avons pas exactement été habitués à cela ces derniers jours.
François Bayrou : Oui, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en effet, ce ne sont pas les annonces de non-candidatures qui ont encombré les ondes. Plutôt le contraire. Ce livre est la traduction d'une inquiétude, d'un souci, d'une gravité que jusqu'à maintenant personne ne fait. Et si j'étais... candidat en même temps, que penseraient ceux qui vous écoutent, que penseraient les Français et les lecteurs ? Ils penseraient que j'écris pour moi. Ils penseraient que moi aussi je suis adhérent à ce parti dont j'ai trouvé le nom qui s'appelle le TPMG, « Tout Pour Ma Gueule ». Ils penseraient, les Français, que c'est une déclaration de plus pour se mettre en valeur. Et c'est ce que je n'ai pas fait et que je n'ai pas voulu.
Est-ce que cela, pardon François Bayrou, ce n'est pas une façon d'habiller le fait qu'en ayant quitté Matignon et en ayant perdu à Pau, vous êtes en réalité trop affaibli pour être candidat à l'élection présidentielle ?
François Bayrou : En aucune manière. L'histoire de la France, vous devriez savoir, vous devez savoir cela, l'histoire de la France, c'est que c'est précisément dans les moments de creux que se préparent les moments de pleins.
Donc vous avez le sentiment que votre voix porte encore aujourd'hui ?
François Bayrou : Je ne sais pas si elle porte encore. Je suis sûr que le message qui est dans ce livre, s'il n'est pas entendu, et c'est votre responsabilité autant que la mienne, s'il n'est pas entendu, ce message-là, alors la certitude, c'est que nous allons à la catastrophe. Et que c'est une catastrophe qui est inéluctable. Si on peut s'arrêter rien qu'une seconde pour ceux qui nous écoutent à leur volant ou en accompagnant les enfants à l'école. Il n'y a pas de moyen d'éviter ce qui vient si on ne se ressaisit pas.
Alors en l'occurrence vous parlez de quoi ? Vous parlez de la dette ?
François Bayrou : Pas seulement, parce que la dette s'accompagne aussi d'autres affaiblissements. L'affaiblissement de l'école est une question fondamentale. La très grande difficulté à avoir un état qui fonctionne, qui marche, qui répond. C'est aussi une difficulté.
Mais votre obsession, François Bayrou, depuis 20 ans, vous êtes constant, c'est la dette. Vous alertez, votre livre est un pamphlet contre cette dette qui nous submerge. Pour autant, vous qui soutenez, qui avait soutenu Emmanuel Macron sous ses deux mandats. On a compté 1200 milliards d'euros de dette supplémentaire.
François Bayrou : Par pitié, est-ce que vous voulez bien qu'on soit sérieux ensemble ? Vous ne pouvez pas dire, c'est votre obsession la dette.
Mais pourquoi ?
François Bayrou : Parce que l'obsession, c'est comme si vous disiez à un médecin qui a devant lui un patient en hémorragie, mais son hémorragie, c'est votre obsession mon pauvre !
Ah non, non, ce n'était pas du tout condescendant, François Bayrou. Cela fait 20 ans que vous alertez sur la dette. C'est une preuve de constance.
François Bayrou : Mais vous voyez bien que ce qui est en jeu, c'est la survie du pays. Je répète cela, la survie du pays.
Mais qu'est-ce qui s'est passé ces 10 dernières années ?
François Bayrou : Ce n'est pas ces 10 dernières années, c'est ces 50 dernières années. Ce que ce livre établit -je crois que cela n'avait jamais été fait- le Mécanisme de la dette. Comment cela s'est fait ? Depuis 50 ans, nous n'avons jamais remboursé un euro de notre dette. Jamais. Et depuis 50 ans, nous faisons monter cette accumulation incroyable de dettes, et cela nous coûte désormais cher.
Et vous donnez notamment un certain nombre de chiffres, notamment les recettes de l'impôt sur le revenu qui ne suffiront quasiment pas à rembourser les intérêts de la dette. Mais pour, encore une fois, répéter la question, quand on a contribué à faire élire Emmanuel Macron en 2017, et quand on regarde le bilan sur 10 ans, 1200 milliards d'euros de dette en plus. En fait, ce que cela dit aussi François Bayrou, c'est que vous n'êtes pas convaincant sur la question de la dette. Puisque si c'est votre constance, vous n'avez pas réussi à convaincre de la nécessité de faire baisser la dette.
François Bayrou : Excusez-moi, peut-être. Mais il y a une chose que je montre dans le livre. C'est que tous ces gens qui commentent, ils demandaient sans cesse des dépenses supplémentaires. Jamais personne n'est monté à la tribune pour dire qu'il faut faire des économies. Tout le temps, sans exception. Et je cite des phrases de Marine Le Pen qui demandait au moment du Covid 10 milliards de plus, des phrases du Parti Socialiste qui demandait qu'on ouvre tout grand les vannes de la dépense publique. En réalité, c'est le pays tout entier. Je le sais bien, cela fait 20 ans que j'essaie de convaincre sur le sujet. Est-ce que j'y suis arrivé ? J'ai fait quelque chose que personne n'a fait. Je suis monté à la tribune de l'Assemblée nationale et j'ai mis en jeu la vie du gouvernement.
Précisément François Bayrou, et cela nous a interpellé, parce qu'il faut rafraîchir la mémoire de nos auditeurs. En avril et en juillet dernier, vous alertez quand vous êtes à Matignon sur la dette. Et en septembre dernier, vous demandez un vote de confiance aux parlementaires, qui était en réalité un vote perdu d'avance, puisque compte tenu de la configuration politique, vous ne pouviez pas le gagner. Vous êtes renversé. Est-ce qu'en réalité François Bayrou cela n'aurait pas été plus courageux d'essayer de rester à Matignon pour faire des économies ? Au fond, est-ce que le bayrouisme, ce n'est pas préférer alerter plutôt que gouverner ?
François Bayrou : Vous vous trompez sur toute la ligne. Excusez-moi, tous les partis politiques annonçaient qu'ils allaient censurer le gouvernement au mois de septembre. Dès le premier jour de la rentrée en octobre.
En fonction des choix budgétaires, c'est vrai. Mais Sébastien Lecornu réussit à rester en poste en prenant des décisions ?
François Bayrou : Ce sont deux lignes politiques et ce ne sont pas les mêmes. Sébastien Lecornu a accepté de renoncer à la réforme des retraites. Je ne l'aurais jamais fait. Il le sait bien, j'en ai parlé avec lui. Je n'aurais jamais accepté d'aller à l'encontre de l'intérêt national. La preuve, c'est que nous avions, avec le conclave sur les retraites, réussi à constituer un mouvement qui est arrivé à un millimètre, à un demi-millimètre de l'accord. Et ce mouvement n'est pas arrivé à conclure alors que tous les problèmes étaient résolus. Parce que les syndicats réformistes avaient fait un pas incroyable en acceptant les 64 ans avec une contrepartie de définition de la pénibilité pour que les métiers pénibles puissent partir plus tôt. Et c'était sur la table, c'était fait. Et donc, l'idée qu'il fallait renoncer à la réforme des retraites, cette idée-là, pour moi, était un abandon de ce que je considère comme essentiel. Et de tout cela, dans l'élection présidentielle, qui en parle ? La situation dans laquelle nous sommes, ce n'est plus une élection présidentielle, c'est l'Académie des menteurs de Montcrabeau. Vous savez ce que c'est Montcrabeau ?
Allez-y.
François Bayrou : C'est un petit village dans le Lot-et-Garonne. Un petit village gascon, occitan, qui est réputé, paraît-il, depuis le XVIe siècle pour être la capitale des menteurs. Alors ils ont monté une Académie des menteurs. Et tous les ans, ils élisent le Roi des menteurs. L'élection présidentielle, ça ne peut pas être cette Académie des menteurs. Or, aujourd'hui tous ceux qui s'expriment dans l'élection présidentielle, quelle est leur ligne ? C'est que nous allons faire des trucs supplémentaires.
Cela veut dire, François Bayrou, que si le vote avait lieu demain, vous ne savez pas pour qui vous votez ?
François Bayrou : Je peux vous dire, si le vote avait lieu demain, il y aurait de nouveaux candidats qui nécessairement, apparaîtront. On ne va pas rester en l'état.
Personne n'a grâce à vos yeux ?
François Bayrou : Je fais des nuances entre les uns et les autres. Je ne veux pas personnaliser. La clé de ma certitude, c'est que si les Français prennent conscience... de ce qui est en train de se passer contre eux et spécialement contre les plus jeunes parce qu'il y a derrière une guerre de génération qui vient, parce que les plus jeunes vont dire...
Vous aviez dénoncé le confort des boomers.
François Bayrou : Les jeunes vont dire aux plus âgés, écoutez, c'est impossible que vous nous laissiez le monde comme il est.
Cela veut dire concrètement qu'il faut mettre à contribution les retraités ?
François Bayrou : Non, ça veut dire qu'il faut que tous les citoyens et les médias considèrent -si c'est en tout cas le chemin que je crois le seul possible- qu'il y a là quelque chose de vital. Pas quelque chose d'anecdotique, de secondaire qu'on peut commenter avec le sourire, pas du tout. Quelque chose qui entraîne ou qui engage la vie du pays et que la vie du pays, elle impose que des responsables politiques courageux prennent les choses en main pour relever le défi de cet enjeu crucial.
Vous dites que vous attendez quelqu'un qui ait de l'expérience, une vision, de la crédibilité pour être chef de la diplomatie et des armées. C'est un portrait-robot, mais cela ressemble à qui ?
François Bayrou : Si vous voulez que je prenne parti pour un tel ou un tel...
Vous ne le prendrez pas parti ?
François Bayrou : Si, bien sûr que si, je prendrai parti.
Mais pas tout de suite.
François Bayrou : Mais la question n'est pas celle-là.
Vous attendez quelqu'un, vous attendez qui ?
François Bayrou : La question n'est pas celle-là. Est-ce que vous vous écoutez, je dis cela comme un auditeur attentif. Est-ce que vous vous écoutez ?
Oui, cela nous arrive.
François Bayrou : Quand est-ce que ce sujet est traité ?
Le sujet de la dette ?
François Bayrou : Non, le sujet du fait que le pays se trouve à la veille d'une catastrophe comme il n'y en a pas eu depuis 50 ans.
Il me semble que l'état du monde et de la France se documente. Pour le coup, on essaie juste de comprendre.
François Bayrou : Mais moi j'essaie juste de comprendre aussi la responsabilité commune que nous avons.
Et dans ce cas-là, charité bien ordonnée peut parfois commencer par soi-même. Il vous arrive, François Bayrou, de parler aussi des questions politiques, et c'est pour ça qu'on essaie de comprendre. Au fond, vous dites : « aujourd'hui, personne ne me satisfait sur la ligne de départ. J'attends de voir qui pourrait émerger ». Est-ce que, par exemple, entre Edouard Philippe et François Hollande, vous vous sentez plus proche de qui ?
François Bayrou : Je connais très bien les deux. Je me sens en relation amicale avec les uns et les autres. Ce n'est pas cela.
Qui va traiter ce sujet ? Édouard Philippe dit le traiter. Il dit qu'il faudra faire des efforts, il ne dit même pas non à la retraite à 67 ans. C'est une façon de mettre en avant cette priorité.
François Bayrou : Édouard Philippe a dit concrètement je ferai des référendums. Quel est le sujet de ces référendums ? Je vous ai entendu vous-même gloser sur ce point. En trouvant que l'idée de référendum était un peu vague. Et qu'il n'était pas très clair sur cette question de référendum. Vous voyez donc, c'est qu'on vous écoute. La situation est une situation qui est sur le point de ne pas être renversable, reconstructible. Il y a quelques alarmes. Jacques Attali a dit ces jours-ci des choses qui sont encore plus lourdes que celles que je dis. Donc, la seule question, c'est, tous ceux qui contribuent à l'opinion, les responsables politiques, vous les médias, et les citoyens, chacun autour de la table de famille, tous ceux-là doivent se rendre compte que la menace sur le pays est immense. Et cette menace-là, elle doit commander une très grande partie des orientations qui viennent.
François Bayrou, nous avons beaucoup d'auditeurs qui nous interpellent sur l'affaire Bétharram, dans laquelle vous avez été prise lorsque vous étiez Premier ministre. En tout cas, c'est une affaire qui a pesé sur vous, dans un contexte où la France a été choquée, bouleversée par la mort de la petite Lyhanna. Qu'est-ce que vous en tirez comme enseignement ? Dans les circonstances actuelles, vous dites quoi ? En fait, il est temps d'entendre les enfants ?
François Bayrou : Est-ce qu'on peut être précis ? Parce qu'il y a un chapitre dans le livre sur cette affaire.
Oui, absolument.
François Bayrou : Est-ce que j'ai quelque chose à voir avec cette affaire ? Rien, jamais. Rien, jamais. Sauf que mes enfants ont été élèves dans cette institution. Le jour où l'affaire est sortie, mon dernier fils en était sorti depuis 23 ans et ma fille aînée depuis 35 ans.
Pour dire les choses, François Bayrou, vous en parlez, vous avez été mis en cause par une partie de la classe politique, il y a même eu une commission d'enquête où vous avez été auditionné. Et vous avez apporté un certain nombre d'éléments contre cela, de ne pas avoir suffisamment vu, agi, entendu face aux sévices reconnus à Bétharram.
François Bayrou : Benjamin Duhamel, excusez-moi, tout ceci est un mensonge organisé. Et cela a été prouvé.
Nous sommes quand même quelques mois plus tard, on est face à cette affaire qui est extrêmement choquante en termes de dysfonctionnement de la Justice et en termes de prise en compte des violences faites aux enfants. Est-ce que l'affaire Betharram vous a fait réfléchir ?
François Bayrou : Non seulement elle m'a fait réfléchir, mais elle m'a fait agir. Elle m'a fait agir il y a 30 ans, quand j'étais ministre de l'Éducation, puisque j'ai pu apporter la preuve -c'était difficile à trouver- que j'avais exigé une inspection pour que tout soit clair dans cette affaire. Elle m'a fait agir. C'est une manipulation par un parti politique, par LFI pour simplifier et par les oppositions, et j'ai pu faire la preuve devant la commission d'enquête -La commission d'enquête, vous ne pouvez pas vous défendre, vous n'avez pas d'avocat. Vous savez bien, vous avez été vous-même soumis à cela- Et donc, j'ai pu faire la preuve.
Mais François Bayrou, aujourd'hui sur l'affaire Lyhanna, sur la question de la façon dont on écoute les enfants. Et au fond, le point commun qu'il y a entre ce qui s'est passé à Bétharram et l'affaire Lyhanna, c'est les dysfonctionnements qu'on appelle systémiques sur le fait qu'on n'écoute pas suffisamment les enfants et les violences dont ils font l'objet. Comment est-ce que la société, comment est-ce que la justice doit, selon vous, évoluer ?
François Bayrou : Alors, un, la place des enfants, de leur parole, de ce qu'on doit clarifier dans ce genre de choses, c'est immense. Excusez-moi, nous sommes à Paris. À Paris, il y a ces affaires innombrables dans le périscolaire. Il y a même plus que cela. Il y a le sommet du sommet des dégueulasseries ignobles. Il y a des affaires sexuelles dans les crèches. Et personne ne dit rien.
François Bayrou, 160 000 enfants victimes de violences sexuelles par an.
François Bayrou : Oui, excusez-moi, cela devrait nous empêcher de dormir. Et qui est intervenu sur ces affaires dans les années passées ? Je suis intervenu. Et je suis intervenu comme ministre, et je suis intervenu comme Premier ministre. Et quelle est la leçon à tirer ? C'est que l'organisation de la justice n'est pas faite, ou n'est pas armée, ou n'est pas réactive pour prendre en compte tous ces dossiers. Quand ils s'ouvrent, on les laisse dormir.
Donc cela veut dire que c'est une question d'organisation ou est-ce que c'est aussi une question de moyens ? Puisqu'au fond, cela revient à la question que vous posez dans ce livre. Vous dites qu'il faut faire des efforts, il faut faire baisser la dette et le déficit. Mais
on voit bien que tous ces candidats-là, à peu de choses près, disent qu'il faut plus de moyens pour la justice.
François Bayrou : Vous voyez bien, la question des moyens, c'est une manière d'éviter la question essentielle de l'organisation de notre vie publique, de notre action publique et de la justice à l'intérieur de l'action publique. Ça n'est pas vrai qu'il y aura davantage de moyens multipliés par X pour chacun des domaines de l'action. Il en faudrait dans l'éducation, si on suivait les recommandations, il en faudrait dans la justice et vous-même vous pensez qu'il en faudrait dans l'audiovisuel public. Et cela n'est pas vrai qu'on pourra. Et donc, le travail immense que nous avons à construire, c'est que nous devons re- bâtir notre organisation pour qu'elle soit rapide, pour qu'elle soit réactive, pour que chacun se sente responsable et pas qu'on passe le dossier aux voisins. Vous savez bien que c'est comme cela que ça se passe.
Mais les magistrats qui vous écoutent par exemple et qui constatent qu'on a 3 procureurs en France pour 100 000 habitants, là où il y en a 12 en moyenne européenne, ils ne peuvent pas adhérer à simplement ce conseil d'être plus efficace.
François Bayrou : Alors d'abord, les chiffres mériteraient d'être vérifiés, parce que peut-être on ne parle pas de la même chose quand on parle des procureurs, quand on parle du nombre de procureurs.
Globalement, même si les systèmes judiciaires sont différents, la France est très mal placée et classée par rapport au pays et au système judiciaire équivalent, cela est un constat.
François Bayrou : La France est très mal placée parce qu'il faut reconsidérer, rebâtir, réinventer notre organisation. Et l'idée que nous allons avoir des déversements de milliards supplémentaires, cette idée-là est un mensonge. Mensonge entretenu, un mensonge accepté par tout le monde. Dans la plupart des cas, voulu par tout le monde. Ce mensonge-là nous conduit à la catastrophe. Et donc, ceux qui veulent réagir en face de la catastrophe, ceux qui veulent en effet que la France reconstruise ses équilibres, c'est vital.
C'est votre Alerte sur la France qui vient, le titre de votre livre aux éditions de l'Observatoire. Merci François Bayrou d'avoir été au micro de France Inter ce matin.”
- 2026-06-16 “Erwan Balanant : « Comme toute avancée technologique, l'IA peut également être un poison » — Lors des questions au gouvernement de ce mardi 16 juin, notre député du Finistère, Erwan Balanant, a interrogé le ministre sur l'IA.
Merci madame la présidente.
Chaque minute, elle collecte sans consentement ; elle reproduit sans autorisation ; elle pille en toute impunité. Chaque minute, elle pèse sur le débat public, exploite l'émotionnel, déséquilibre notre modèle démocratique. Vous l'aurez compris, je parle bien de l'intelligence artificielle.
Derrière la promesse du progrès technologique, nous légitimons aujourd'hui un Far West cybernétique, un monde de prédation dans lequel règne la loi du plus fort, sans foi ni loi, où les algorithmes l'emportent sur le droit. La décision du président Trump nous impose aujourd'hui une IA qui doit veiller à respecter notre idéal et notre cadre démocratique. Et je salue en ce sens, monsieur le Premier ministre, vos récentes annonces en faveur d'un plan IA qui vienne renforcer nos services publics et surtout réduire notre dépendance stratégique numérique.
Mais comme toute avancée technologique, elle peut également être un poison. L'IA a ainsi bouleversé notre rapport à l'information, pourtant au fondement de toute démocratie. Un citoyen éclairé, informé, est un citoyen qui peut se mobiliser pour défendre ses droits et libertés. C'est un citoyen qui développe une conscience citoyenne et démocratique. Au contraire de l'IA, les illusions des contenus ont été substituées à la puissance des idées.
Ces évolutions sont d'autant plus préoccupantes qu'elles permettent la diffusion massive de manipulations de l'information et des ingérences étrangères. Mais si la qualité du débat public chute, c'est toute notre démocratie et notre modèle qui chutera avec.
Madame la Ministre, ceci n'est pas un appel à entraver l'innovation. C'est un appel pour défendre nos droits dans une guerre qui les oppose aux données et à la puissance algorithmique. Alors, comment imaginez-vous une IA qui respecte nos droits et qui protège notre souveraineté démocratique ?”
- 2026-06-15 “Erwan Balanant : « Notre société a un problème avec les violences sexistes, sexuelles » — Erwan Balanant, député du Finistère, secrétaire général adjoint du Mouvement Démocrate, était en direct sur LCP pour répondre aux questions des journalistes à propos de la loi intégrale sur les violences sexuelles, des moyens de la justice et enfin sur l'évolution des mentalités à l'égard de ces violences dans notre société.
Loi intégrale sur les violences sexuelles : « C'est pas une loi d'émotion, c'est une loi de détermination »
Cet après-midi, le Premier ministre a reçu tous les députés qui travaillent sur la loi intégrale sur les violences sexuelles, et notamment Erwan Balanant qui travaille activement sur le sujet. Pour rappel, cette loi intégrale est issue de la société civile et est le fruit d'un travail transpartisan. Invité de LCP, il réagit :
Il y a une détermination, visiblement, de prendre en compte ce que nous avons dit et ce que nous portons avec cette loi intégrale depuis un moment.
Cet entretien a permis surtout de discuter de la méthode, a expliqué Erwan Balanant, mais aussi d'évoquer le calendrier puisque dès la semaine prochaine, le travail article par article va débuter entre parlementaires et certains ministres. Le Conseil d'État initialement engagé lors de cette étape, sera sollicité seulement à l'état de l'inscription au calendrier. Il a souligné :
Moi, j'ai bon espoir qu'on puisse avoir ce texte en automne.
En effet, même si en automne le Parlement réserve ses séances au budget, notre député a exprimé la volonté du Premier ministre de débattre sur cette loi dès que possible entre chacune des lectures du texte sur le budget.
Erwan Balanant a été interrogé sur l'imprescriptibilité des crimes sur mineurs. Il a rappelé que : « c'est un sujet grave, c'est un sujet important, c'est un sujet où il y a une évolution de la société. » Notre député a expliqué que cette question est en train d'évoluer grâce à la prise de conscience ce qui est « un marqueur symbolique. » Sur sa position, il souligne :
Moi, j'ai longtemps été contre l'imprescriptibilité et j'évolue.
Erwan Balanant souligne que l'imprescriptibilité est un sujet qui ne doit pas être traité comme les autres :
C'est un sujet qui emporte beaucoup de conséquences juridiques et qu'on ne pourra pas faire non plus contre l'ensemble des magistrats de notre pays. Essayons d'être sérieux, déterminés pour faire avancer.
Il a donc rappelé l'exigence du travail sur la loi intégrale puisque tous les dispositifs vont être étudiés avec sérieux, a affirmé Erwan Balanant :
Tous les dispositifs qu'on allait mettre sur la table, on ne va pas les faire comme ça sous le coup de l'émotion. Je le redis, ce texte est un texte de détermination de la société civile avec quelques députés qui, depuis deux ans, travaillent sans arrêt sur ces questions-là.
Moyens de la justice : « Je vous dis, on est dans une justice embolisée. »
Interrogé sur le budget de la justice, Erwan Balanant était rapporteur de la loi de programmation et d'orientation de la justice sur les volets budgétaires, il a donc participé au débat sur l'augmentation du budget de la justice de 40%. Sur son augmentation, il souligne : « C'est déjà énorme. Et faire plus, on est tous pour faire plus. » Il précise :
On a une justice, ce n'est pas moi qui le dis, c'était l'ancien garde des Sceaux, qui était en voie de clochardisation.
Notre député dénonce la nécessité de revoir les moyens de la justice mais aussi les procédures judiciaires. Il donne notamment l'exemple du problème du « stockage judiciaire » puisqu'une multitude d'affaires n'est pas encore traitée et donc n'est pas jugée : « On a un vrai problème aujourd'hui, alors c'est terrible de dire ça. » Il dénonce une embolisation du système judiciaire :
Les juges quand ils ont des dossiers, pour que ça arrive, ils veulent être sûrs, ils veulent que le dossier soit carré. Donc on a vraiment une embolisation du système. Il faut continuer à mettre les moyens.
Améliorer les moyens de la justice c'est aussi réussir à mieux traiter les affaires. Le Garde des Sceaux a notamment annoncé que les 70 000 plaintes sur des crimes contre des enfants allaient être passé au crible. Erwan Balanant a réagi :
Ce travail va avoir une grande vertu, c'est d'accélérer déjà, et aussi de voir quelles sont les typologies de ces plaintes.
Notre député du Finistère explique que ce travail permettra de mieux traiter les différentes affaires face à une justice embolisée en raison notamment de la multiplication des plaintes par les victimes. Il souligne :
Je pense que ce screening de l'ensemble des plaintes va permettre d'avoir des données un peu plus fiables sur où on en est aujourd'hui, sur quoi on peut avancer.
Erwan Balanant s'est ensuite exprimé sur le nombre de magistrats suffisant mais aussi capables de travailler sur ces sujets :
Question du nombre de magistrats qui veulent travailler sur ces sujets-là, parce que c'est lourd, c'est dur, c'est long, ce sont des procédures éprouvantes.
Pour notre député, il n'y a pas que les magistrats mais aussi les avocats pénalistes pour défendre les auteurs et les victimes. Erwan Balanant affirme que la justice n'est pas l'unique responsable, il précise :
Ne croyons pas que la justice est la seule responsable d'un problème de société. Notre société a un problème avec les violences sexistes, sexuelles. Notre société a un problème avec les violences envers les femmes, envers les enfants. Et c'est ça qu'il faut dire et c'est pour ça que la loi était dite intégrale.
Prise de conscience collective : « Notre société doit sortir d'un patriarcat qui, aujourd'hui, est violent à l'égard des femmes et à l'égard des enfants »
Notre député a été rapporteur de la commission d'enquête sur les violences dans le monde de la culture. Il a été interrogé sur la position de la société française de la période post années 70 pendant lesquelles les auteurs faisaient l'apologie de la pédophilie, il a réagi :
Moi, ce n'est pas la première fois que j'entends un « plus jamais ça ». C'est d'ailleurs ce qui me met en colère. J'ai entendu un « plus jamais ça » sur l'affaire Le Scouarnec dans ma circonscription. On a entendu « un plus jamais ça » au moment du MeToo dans le cinéma.
Notre député a rappelé une nouvelle fois la détermination de l'équipe parlementaire pour faire face à ces drames grâce à la loi intégrale qui est portée par l'ensemble des associations, de la société civile. Il souligne :
Ce drame absolu pour notre société, pour cette famille, permet de se dire ce coup-ci on avancera avec détermination et avec force, et on ira jusqu'au bout des changements qui doivent être faits, qui sont des changements de l'appareil judiciaire, de la prévention, de l'éducation, mais aussi, je le redis, un changement sociétal.
Pour notre député c'est une société entière qui doit évoluer :
Notre société doit changer de regard, et notre société, je vais le dire, doit sortir d'un patriarcat qui, aujourd'hui, est violent à l'égard des femmes et à l'égard des enfants.
C'est le souhait d'Erwan Balanant que la pression sociétale continue pour que les choses changent réellement. Il souligne la détermination commune :
On était plutôt dans un état d'esprit d'avoir été écoutés, de sentir une détermination commune, mais on ne lâchera pas. C'est-à-dire qu'on continuera et que les associations, que les manifestants continuent à nous porter, et qu'elles portent aussi le gouvernement, je trouve ça très bien.”
- 2026-06-14 “Carole Guillerm : « Dans cette chaîne de protection de l'enfance, il y a parfois un manque de coordination et d'information » — Invitée d'Europe 1 ce samedi 13 juin, la députée des Hauts-de-Seine Carole Guillerm est revenue sur plusieurs sujets d'actualité : mort de Lyhanna, accord de cessez-le-feu au Moyen-Orient et tenue du G7 en France.
Lyhanna : « Il ne s'agit pas d'un simple fait divers »
Interrogée sur l'affaire Lyhanna, Carole Guillerm refuse de parler de « faillite », tout en reconnaissant un choc profond :
C'est un drame […] qui nous a les uns et les autres bouleversés, qui bouleverse la France entière.
Pour la députée, il ne s'agit « évidemment pas d'un simple fait divers », mais d'un signal d'alerte dans un contexte déjà extrêmement préoccupant, rappelant qu'« aujourd'hui, nous avons 160 000 enfants qui sont victimes de violences sexuelles, 600 bébés rien que sur l'année de 2024, un enfant victime toutes les trois minutes en France ».
Face à ce constat, elle pointe « un dysfonctionnement dans toute la chaîne de commandement », appelant à ce que les enquêtes en cours fassent toute la lumière sur les responsabilités. Au-delà du judiciaire, elle insiste sur une défaillance systémique : « un manque total de coordination, un manque total parfois aussi de coopération » entre les fichiers et administrations concernées, de la police à l'éducation nationale en passant par la santé.
Aujourd'hui, on voit que pour ce qui concerne l'affaire Lyhanna, il y a évidemment un dysfonctionnement dans toute la chaîne de commandement, si j'ose dire, sur laquelle les enquêtes qui sont en cours devront évidemment faire toute la lumière.
Dans cette perspective, la députée souligne que des outils parlementaires sont déjà activés, citant la mission d'information engagée au Sénat et la perspective d'une proposition de loi « intégrale », qu'elle a co-signée et dont l'examen pourrait être ouvert à l'Assemblée nationale. Une démarche qui s'inscrit dans l'engagement constant du Mouvement Démocrate sur la protection de l'enfance, avec notamment le travail de terrain mené par Perrine Goulet.
Carole Guillerm évoque également les pistes d'amélioration en discussion : renforcement des moyens de la justice et des forces de l'ordre, meilleure coordination des fichiers, mais aussi modernisation des outils. « Probablement que demain, notamment avec le recours à l'intelligence artificielle », estime-t-elle, des simplifications pourraient être envisagées. Les questions de prescription et de qualification des infractions doivent également, selon elle, être mises sur la table des discussions gouvernementales.
Moyen-Orient : « Il est temps que cette guerre cesse »
Sur la situation au Moyen-Orient, la députée appelle à une issue rapide des tensions, dans un contexte d'instabilité persistante. Évoquant les annonces répétées de cessez-le-feu, elle souligne :
C'est vrai que cet accord est assez largement attendu […] il est temps que cette guerre cesse.
Elle rappelle la persistance d'un conflit structurant entre l'Iran et l'Occident depuis plusieurs décennies et identifie trois points de tension majeurs : « le nucléaire iranien, sa capacité d'enrichissement », les programmes de missiles, ainsi que « le soutien au terrorisme ». Autant de sujets sur lesquels elle attend des avancées concrètes et vérifiables dans le cadre des discussions internationales.”
- 2026-06-12 “Jean-Noël Barrot : « Construire un pont entre des Israéliens et des Palestiniens qui ne se parlent pas » — Sur le plateau du journal de 20h de France 2, Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, est revenu sur plusieurs dossiers internationaux majeurs. Du Moyen-Orient au processus de paix israélo-palestinien, en passant par la situation du journaliste Christophe Gleizes, il a rappelé l'engagement de la France en faveur du dialogue, de la paix et de la protection de ses ressortissants.
Moyen-Orient : « Si un accord a été trouvé, c'est une très bonne nouvelle »
Interrogé sur l'évolution de la situation au Moyen-Orient, Jean-Noël Barrot a salué les perspectives d'apaisement qui se dessinent. Pour le ministre, si un accord a effectivement été trouvé, il s'agit d'« une très bonne nouvelle » susceptible de mettre fin à une situation devenue « insoutenable » et qui, selon lui, « ne faisait que des perdants ».
Si un accord a été trouvé, c'est une très bonne nouvelle qui pourra mettre fin à une situation qui est insoutenable et qui au fond ne faisait que des perdants.
Au-delà de la désescalade régionale, le chef de la diplomatie française a souligné les conséquences concrètes qu'un tel accord pourrait produire, notamment la réouverture du détroit d'Ormuz, axe stratégique du commerce mondial, ainsi que la reprise des discussions sur l'encadrement du programme nucléaire iranien.
Ces enjeux seront au cœur des échanges qui réuniront prochainement à Évian les dirigeants européens, arabes et américains autour du président de la République, dans le cadre du G7. Une séquence diplomatique importante pour poursuivre les efforts de stabilisation de la région.
Israël/Palestine : « Il faut le relancer le processus de paix »
Face à l'enlisement du conflit, Jean-Noël Barrot a défendu avec constance la solution à deux États, qu'il considère comme « la seule susceptible d'apporter la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine ».
Les efforts que nous avons faits tout au long de l'année dernière pour rassembler la communauté internationale autour de cette solution à deux États qui est la seule susceptible d'apporter la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine.
Le ministre a rappelé le travail conduit par la France tout au long de l'année écoulée pour mobiliser la communauté internationale autour d'un véritable plan de paix. Selon lui, ce processus a toutefois marqué un coup d'arrêt depuis le début de la guerre entre Israël et l'Iran.
Le processus de paix n'avance plus, c'est pourquoi il faut le relancer.
Dans cette perspective, la France organise à Paris une rencontre inédite entre militants israéliens et palestiniens engagés pour la paix. Jean-Noël Barrot a présenté cette initiative comme la construction « d'un pont entre des Israéliens et des Palestiniens qui ne se parlent pas, qui ne se voient pas ». Quinze ministres étrangers doivent participer à cette rencontre afin d'entendre les recommandations de ces acteurs de terrain.
Le vice-président du MoDem a également mis en avant le rôle essentiel des sociétés civiles dans la construction de la paix.
Parce que la paix, elle ne se décrète pas. Elle ne peut pas résulter uniquement de grandes conférences diplomatiques. Elle se joue aussi dans les esprits, dans la capacité de reconnaître les souffrances, mais aussi les droits de l'autre, y compris après avoir subi dans sa chair les meurtrissures du terrorisme et de la guerre.
Concernant la situation en Cisjordanie, il a souligné les sanctions prises par la France et l'Union européenne contre les responsables de la montée des violences et de « l'accélération sans précédent de la colonisation illégale ». Enfin, il a réaffirmé que toute perspective politique passait par « le désarmement du Hamas, en exclusion de toute participation à l'avenir de la Palestine ».
Christophe Gleizes : « Nous ne lâcherons rien »
Jean-Noël Barrot est également revenu sur la situation du journaliste sportif Christophe Gleizes, incarcéré en Algérie depuis presque 1 an. Il a d'abord tenu à saluer « la mobilisation du monde du sport » ainsi que celle de sa famille, dont il a souligné « la dignité et le courage ».
Le ministre a indiqué qu'une visite consulaire avait pu lui être rendue récemment, permettant de constater qu'il allait bien malgré « l'épreuve très douloureuse qu'il traverse ».
Je souhaite qu'il puisse retrouver sa place dans le monde de la presse et dans le monde du sport.
Tout en reconnaissant qu'il est difficile de prévoir une date de libération dans ce type de dossier, Jean-Noël Barrot a rappelé les résultats obtenus par la diplomatie française ces derniers mois. « Depuis un an et demi que j'ai pris mes fonctions, nous avons obtenu le retour dans notre pays de plus de 30 personnes qui étaient détenues arbitrairement ou otages à l'étranger », a-t-il souligné, avant d'affirmer sa détermination :
Nous ne lâcherons rien. Je suis déterminé.”
- 2026-06-11 “Sarah El Haïry : « Le drame de Lyhanna révèle un échec collectif » — Le meurtre de Lyhanna, 11 ans, suscite une vive émotion dans l'opinion, partagée entre le désarroi et la colère : le principal suspect, visé par neuf procédures pour viols et agressions sur mineurs, n'avait jamais été entendu par les services de police. Sarah El Haïry, la Haute-commissaire à l'enfance, appelle à un sursaut collectif. Et rappelle que toutes les trois minutes, un enfant est victime en France de violences sexuelles, le plus souvent au sein de la structure familiale. Un état des lieux douloureux qui doit amener à faire de la protection des plus jeunes une cause nationale. Accélération des procédures, droit opposable, formation des professionnels… elle nous donne ses solutions. Entretien exclusif pour Franc Tireur.
FRANC-TIREUR. Le 4 juin, le corps de Lyhanna était retrouvé dans le Gers. Le principal suspect est Jérôme Barella. Un homme connu des services de police, avec plusieurs plaintes pour viols. Quel est votre état d'esprit, moins d'une semaine après l'explosion de cette affaire ?
SARAH EL HAÏRY. Bien sûr, j'ai d'abord pensé à la famille et à la douleur que c'est de perdre un enfant parce qu'il a été victime d'un prédateur.
Je suis mère et, évidemment, ce drame me tord le ventre. Comme tous les Français, je suis choquée par cette tragédie. Comme tous les Français, je suis en colère. Et cette colère doit justement être utile !
Les mots manquent. Je ne suis pas sûre que les mots guérissent les maux quand se produit une telle abomination. Notre seule obsession et notre devoir, c'est la protection des enfants. Nous devons aujourd'hui accompagner la famille de Lyhanna et mener une action qui doit être plus que jamais accélérée ! Il faut mettre en lumière une nécessité : celle de l'accélération des procédures. Ce qui s'est passé ne sera jamais excusable, mais il faut au moins que cela devienne explicable. On ne peut plus laisser passer les dysfonctionnements. Les circonstances sont abominables : c'est tragique qu'il faille – encore – la mort d'une enfant.
Enfin, la parole se libère. On entend plus de signalements, plus d'alertes, plus d'enquêtes. Je pense qu'on est en train de sortir du déni. On constate que les violences faites aux enfants sont partout. Il faut donc les traiter plus vite et partout.
Il s'agirait d'un problème structurel. Gérald Darmanin a demandé aux procureurs de reprendre les 70 000 plaintes pour violences sur les enfants d'ici au 14 juillet. N'est-ce pas un « effet d'annonce » ?
Au contraire, c'est le début de l'état des lieux ! La prédation a toujours existé, mais on en prend enfin conscience.
L'ampleur des violences sexuelles est inouïe : plus de 600 bébés victimes de violences sexuelles en 2024. On parle d'un enfant victime de violences sexuelles toutes les trois minutes en France. Dans 70 % des cas, ce sont des violences intrafamiliales.
Ces chiffres nécessitent un sursaut. Mais pas uniquement de la police ou de la justice : un sursaut collectif. Il faut que les violences faites aux enfants deviennent la priorité nationale. J'appelle à un changement de paradigme. Que chacun fasse son état des lieux dans son secteur pour que plus rien ne nous échappe !
Vous parlez d'une « chaîne de responsabilité » dans la mort de Lyhanna. Qu'entendez-vous par là ?
Je crois à la nécessité d'une protection intégrale. Ce qui demande de repérer le premier responsable, à savoir celui qui viole ou qui tue. Mais ce n'est pas parce qu'on a arrêté l'auteur qu'on a transformé en profondeur le système de protection. Il faut aussi que chacun, quelle que soit sa place dans la hiérarchie, prenne pleinement conscience de sa capacité à agir. Que ce soit dans le secteur de la police, de la justice, de la santé ou de l'Éducation nationale.
Mon carburant n'est pas seulement d'accompagner les victimes, mais de prévenir ces violences. Cela, on le fait en éduquant avec le programme Evars, notamment sur la question de l'égalité filles-garçons, pour lutter contre les phénomènes de domination. Il faut également briser le cercle vicieux des auteurs, dont les mineurs auteurs de violences sexuelles qui ont eux-mêmes été victimes. On le fait aussi en diffusant au plus grand nombre le numéro Stop (0806 23 10 63), une ligne d'écoute destinée aux adultes sexuellement attirés par les enfants afin qu'ils soient orientés et accompagnés pour éviter tout passage à l'acte. Enfin, cela fait un an que je travaille sur la constitution d'un Conseil des personnes victimes de violences durant leur enfance. C'est tout le travail que je mène actuellement. Mes conclusions sont transmises.
Ce qui montre que la libération de la parole ne suffit pas : Jérôme Barella faisait l'objet de plusieurs signalements et plaintes pour viols sur mineurs sans que l'appareil policier et judiciaire n'en fasse une priorité… Comment explique-t-on cela ?
Soyons lucides : si ce drame provoque une telle colère, c'est parce qu'il révèle un échec collectif. Quand plusieurs alertes existent et qu'un enfant finit mort, c'est que quelque chose n'a pas fonctionné.
Pendant trop longtemps, la protection de l'enfance a été considérée comme un sujet parmi d'autres. Elle doit devenir le sujet prioritaire.
Dans un commissariat, dans un parquet, dans une école, une suspicion de violences sexuelles sur un enfant doit déclencher la même urgence qu'une alerte vitale à l'hôpital. Chaque jour perdu peut être un jour de trop.
Dans le secteur judiciaire, quelles solutions proposez-vous ?
On doit améliorer la pratique professionnelle : imposer que le recueil de la parole des enfants ne se tienne que dans des espaces dédiés et selon une méthodologie définie. Pour cela, il est nécessaire d'augmenter le nombre de salles Mélanie et que chaque commissariat, chaque gendarmerie en dispose d'une (des espaces spécialement dédiés à l'écoute des mineurs ; il y en a 200 en France, NDLR).
Il faut poursuivre le développement des UAPED (Unités d'accueil pédiatrique enfants en danger, NDLR). Cette procédure de recueil doit devenir un droit opposable.
Je préconise la mise en place d'un circuit d'urgence dans l'ensemble des commissariats et gendarmeries pour le traitement des violences sexuelles sur mineurs. Cela permettra une prise en compte prioritaire au niveau local de ces drames. Aucune plainte ne doit rester sans réponse. Il faut généraliser la numérisation des procédures avec un fichier commun. Ce sont ces procédures qui permettront d'avancer.
Plusieurs associations manifestent et pointent une responsabilité politique. Elles accusent le gouvernement d'avoir ignoré leurs alertes face aux problèmes structurels que vous décrivez vous-même. Que leur répondez-vous ?
Leur colère est légitime. Et elle doit être utile. Les associations ont souvent nommé avant tout le monde ce que notre société refusait de regarder. Aujourd'hui, nous devons travailler ensemble pour transformer cette indignation en changement concret.
Ce que nous avons réussi à faire contre les violences faites aux femmes, nous devons désormais le faire pour les enfants : faire de leur protection une priorité nationale incontestable.
Ce que nous avons réussi à faire avec les pôles « Violences intrafamiliales » – des pôles au sein des tribunaux judiciaires permettant une action commune entre sièges et parquets dans la lutte contre les violences faites aux femmes –, nous devons aussi le faire pour les enfants. Et ce serait déjà une révolution !
Depuis plusieurs mois, des associations réclament la mise en place d'une « loi intégrale » de lutte contre les violences sexuelles avec un budget de 2,6 milliards d'euros par an (344 millions actuellement). Y êtes-vous favorable ?
Oui. Parce qu'on ne gagnera pas cette bataille avec une mesure isolée ou un énième ajustement technique. Une loi intégrale, c'est considérer la protection des enfants dans sa totalité : prévention, repérage, justice, accompagnement des victimes et lutte contre les prédateurs.
Face à un phénomène systémique, il faut une réponse systémique.
Dans la société civile, c'est le scandale du périscolaire dont on parle actuellement. Vous préconisiez il y a quelques mois des « certificats d'honorabilité » pour assurer que les professionnels de l'enfance n'aient pas d'antécédents judiciaires. En quoi cela consiste-t-il ?
Le principe est simple : lorsqu'on travaille au contact d'enfants, on doit pouvoir prouver qu'on ne présente aucun risque pour eux. Le certificat d'honorabilité permet de vérifier automatiquement qu'une personne n'est pas condamnée ou mise en cause pour des faits incompatibles avec l'encadrement d'enfants. Depuis sa mise en œuvre, plus de 5 300 personnes ont été écartées dans l'accueil du jeune enfant, la protection de l'enfance et, en ce moment également, les instituts médico-éducatifs. Cela montre son utilité.
Ma conviction est simple : partout où il y a des enfants, il doit y avoir un contrôle.
Aujourd'hui, je crois que ce certificat d'honorabilité doit être généralisé. Cela fait des mois que je plaide pour une uniformisation des procédures de contrôle des antécédents judiciaires. C'est pourquoi le projet de loi porté par Gérald Darmanin et Stéphanie Rist, qui doit arriver prochainement à l'Assemblée nationale puis au Sénat, devient incontournable.
Je vais même plus loin : je souhaite que ce certificat puisse aussi être accessible aux parents employeurs de nounous ou de baby-sitters. Quand on est au contact des enfants, c'est le principe de précaution qui prime, et partout.
Vous étiez à Turin pour l'Alliance des pays pionniers dans la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs. Elle requiert des mesures internationales ?
Oui, avec une meilleure coopération en matière d'enquête, qui pourrait justement s'appuyer sur un parquet spécialisé. Les violences faites aux enfants sont transnationales. On l'a vu avec ce pédocriminel américain arrêté en Alsace l'année dernière après treize ans de cavale. Les pédocriminels n'ont pas de frontières non plus, notamment parce qu'ils utilisent ces nouvelles formes de prédation à distance.
Vous devez voir passer beaucoup d'horreurs à votre poste. Comment tient-on ? Est-ce qu'on ne se sent pas parfois impuissant face à la montagne de ces abus et de ces violences à répétition ?
Aucun responsable public ou associatif ne s'habitue à l'idée qu'un enfant puisse être violé, exploité ou tué. Et heureusement. Si un jour cela ne me bouleversait plus, je ne serais plus à ma place. Ce qui me fait tenir, c'est une conviction simple : derrière chaque statistique, il y a un enfant réel. Et derrière chaque réforme réussie, il y a parfois un enfant protégé. Cela vaut tous les combats.
Ce drame nous oblige surtout à regarder une vérité en face : les enfants ont souvent parlé. C'est nous qui n'avons pas toujours su les entendre.
Ils ne votent pas. Ils ne manifestent pas. Ils n'ont pas de lobby. Alors notre responsabilité est immense : faire de leur protection une cause nationale, non pas après chaque drame, mais avant le prochain.
Lire l'entretien dans Franc Tireur.”
- 2026-06-11 “François Bayrou : « Je dis aux jeunes que c'est contre eux que le piège est dressé, le piège de la dette, de l'extrémisme et de la haine entre Français. » — Retrouvez ci-dessous l'entretien accordé par François Bayrou à l'hebdomadaire Le Point à l'occasion de la sortie prochaine de son livre Alerte sur la France qui vient, le 18 juin 2026.
Le Point : « Il n'y a qu'une question : s'arrêter ou repartir », écrivez-vous. Ce livre, c'est votre testament politique ou… une déclaration de candidature ?
François Bayrou : Je le dis d'emblée : je ne suis pas candidat à la présidentielle. Et cela me donne une liberté singulière pour parler aux Français de l'essentiel. Ce n'est pas à moi, c'est à eux que je pense. Ce livre parle de ce qui est en train de nous arriver, c'est un livre d'urgence, d'alerte, pour que notre pays mesure la catastrophe qui est en train de s'abattre sur nous.
Arrêtons les jeux stériles, ouvrons les yeux ! Comprenons ce qui se passe et qui n'est jamais expliqué, la submersion par la dette, l'appauvrissement du pays et la guerre des générations, fruits d'une dérive de presque cinquante ans. Devant une réalité aussi grave, nous en sommes au nombre ridicule de plus de 30 candidats, déclarés ou implicites ! Pas un ne parle des efforts nécessaires. Voir la gravité de ce qui nous menace, c'est la première condition pour se ressaisir.
Vous pensez que les Français n'en sont pas conscients ? Le prix des carburants flambe et pour l'instant nulle révolte sociale dans les rues, comme s'ils avaient intégré l'idée qu'on ne peut plus tirer de chèques sur l'avenir.
Ils sont un peu plus conscients qu'il y a deux ans, grâce à la campagne que j'ai lancée. Mais la menace est regardée comme lointaine, avec des chiffres abstraits et insaisissables. Les gens se disent : « La dette, ce n'est pas bon, mais c'est pour plus tard. » Or c'est là qu'est l'illusion. L'accident n'est pas pour demain, nous y sommes en plein !
Écoutez bien ceci : l'an prochain, et pour toutes les années suivantes, la totalité de l'impôt sur le revenu de tous les foyers français ne suffira pas à payer chaque année les intérêts de la dette. Tous les pays qui ont connu cette situation – la Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Suède ou le Canada – ont dû accepter, pour se redresser, des efforts considérables.
On sent de l'amertume, sous votre plume, depuis votre départ de Matignon. Vous êtes très critique sur les petits intérêts politiques, les « antichambres »…
Aucune amertume. Ce qui m'a saisi, c'est le refus du réel. Comme si personne, pas même l'Assemblée nationale tout entière, n'acceptait de voir la situation du pays. Et que chacun poursuivait de minuscules intérêts claniques ou partisans.
Revenons à ce vote de confiance, que vous avez vous-même voulu. N'était-ce pas une forme d'abandon de poste, presque un suicide politique ? Vous aviez les commandes et vous êtes parti !
C'est exactement le contraire et on s'en apercevra très vite. L'abandon, pour moi, la démission morale, cela aurait été d'acheter de la durée au prix du renoncement. Faire croire qu'on pouvait distribuer à des catégories diverses l'argent que nous n'avons pas et le mettre sur le compte des plus jeunes. Par exemple, je n'aurais jamais accepté de renoncer à la réforme des retraites.
Cet ouvrage, c'est le pacte Bayrou pour 2027 sur la dette ? Vous allez voir tous les candidats ? Pas grand-monde ne parle de ce sujet...
Pas seulement de la dette, mais de l'appauvrissement du pays, pas un mot ! Et de la situation faite aux jeunes, rien du tout ! Il est fascinant de voir que ces questions cardinales, dans lesquelles se joue la survie du pays, ne figurent même pas dans les programmes des partis et des candidats. Je vais tout faire pour que ces questions vitales entrent enfin dans cette campagne. Il ne s'agit plus d'intérêts personnels ou partisans, il s'agit de l'intérêt national.
Avez-vous commis des erreurs à Matignon ?
Quand je suis arrivé, il n'y avait aucune sorte de majorité, le gouvernement de Michel Barnier venait d'être renversé, plus aucun budget, ni d'action publique ni d'action sociale. Nous avons fait adopter ces deux budgets, plusieurs lois essentielles – loi d'orientation agricole, loi contre le narcotrafic. Pendant l'année 2025, nous avons tenu le budget à l'euro près, fait baisser le déficit du pays de 5,8 à 5,1 % et obtenu une croissance de près de 1 %. Et la méthode du conclave était tout près d'aboutir sur les retraites. Tout cela en neuf mois. Ce ne sont pas des erreurs, ce sont des résultats tangibles.
Pas de regrets sur ce conclave, justement ?
J'avoue que je demeure abasourdi de l'issue négative de cette méthode inédite. Voilà qu'on était à un millimètre d'un accord sans précédent entre les syndicats réformistes et les représentants des entreprises. La démocratie sociale prenait en main le sujet qui empoisonne la France depuis trois décennies.
Dans un effort sans précédent, les syndicats réformistes acceptaient l'allongement à 64 ans, avec comme contrepartie la reconnaissance d'une retraite plus précoce pour les métiers pénibles ! Les critères de pénibilité étaient fixés. Le financement était trouvé. En réalité, ceux qui ont voulu l'échec, du côté du patronat, ce n'étaient pas les conditions de l'accord qu'ils refusaient, c'était qu'on trouve un accord quel qu'il soit.
Résultat : la réforme Borne a été suspendue par votre successeur, Sébastien Lecornu.
C'est un échec national. On se retrouvera dans quelques mois au pied du mur. Et là, les décisions à prendre et leur rythme nous seront imposés de l'extérieur.
On vous a reproché vos mots sur les « boomeurs ». Faut-il les mettre davantage à contribution ?
Il faut faire l'alliance des générations, pas la guerre des générations ! Si nous ne faisons pas l'alliance, nous aurons la guerre. Et la seule chose qui permettra d'éviter les sacrifices considérables, c'est le travail : travailler plus, plus longtemps, plus nombreux pour produire plus et mieux. L'amputation des retraites créerait un traumatisme énorme et ceux qui refusent de voir la menace nous y conduisent tout droit. C'est dire que la guerre sur les deux jours fériés apparaîtra bientôt comme d'un autre temps.
Pour sauver notre modèle social, faut-il avoir recours à une immigration de travail « choisie » comme le préconise Édouard Philippe, ou mettre en place un moratoire de trois ans comme le propose Gérald Darmanin ? Vous aviez vous-même évoqué un « sentiment de submersion » !
J'étais sur LCI et Darius Rochebin m'a interrogé sur ma photo de classe de 6eoù il n'y avait « que des blancs », en me demandant s'il fallait plus de métissage ! Je lui ai répondu que se focaliser ainsi sur la couleur de peau, c'était dangereux. Je connais toutes les tensions, elles sont énormes, mais je ne crois pas une seconde qu'on supprimera toute immigration. Regardez l'absurdité de notre situation : des centaines de milliers d'emplois non pourvus, des jeunes en situation irrégulière, qui coûtent chacun plusieurs milliers d'euros par mois, et à qui on interdit de travailler. C'est aberrant.
Parlons de l'affaire Bétharram. Là non plus, vous n'admettez aucune faute. Vous parlez même de « manipulation ».
L'affaire Bétharram est d'un côté un drame : des punitions physiques sur des enfants et des adolescents et pire encore, bien pire, haïssables, des atteintes sexuelles de la part d'éducateurs. Et d'un autre côté parce que j'étais Premier ministre, et parce que mes enfants avaient été scolarisés dans cette école il y a plusieurs décennies, une manipulation orchestrée par LFI pour prétendre que j'avais quelque chose à voir dans cette affaire, pour me faire tomber et me déshonorer, cibler un homme et sa famille.
Et comment se défendre quand on est totalement étranger à tout cela ? Il m'a fallu des mois pour trouver les preuves de la manipulation. Mais quand on vous accuse, pendant des mois, matin et soir, le mal est fait. Quant aux victimes, plus personne n'en parle. Et des enfants agressés dans le périscolaire à Paris ou, horreur de l'horreur, dans les crèches, qui s'en occupe ?
Le RN a-t-il déjà son ticket d'entrée pour le second tour ?
Je ne le crois pas. Le RN est favori, mais nous en avons connu beaucoup qui se sont cassé la figure. N'oublions pas ce que le RN, comme Jean-Luc Mélenchon d'ailleurs, a dit sur la Russie et Poutine. Les Français veulent-ils au sommet de l'État des gens qui se sont trompés à ce point sur la plus grave des questions ?
Si le RN n'est pas qualifié d'office, Mélenchon l'est-il, lui ?
Il est le seul qui ait une stratégie robuste. Désastreuse, dangereuse, gravissime, mais robuste. Il a choisi de mettre le feu à l'intérieur du pays en appuyant sur ses points les plus brûlants.
L'antisémitisme ?
Je connais bien Mélenchon, depuis longtemps. C'était autrefois un laïque exacerbé. Aujourd'hui, il s'appuie sur la pression islamiste. Et il flirte avec l'antisémitisme, comme un signal. Ce fléau est toujours là. On parle souvent de nos racines « judéo-chrétiennes », mais la haine du Juif était, jusqu'à récemment encore, une donnée de tout l'Occident. L'affaire Dreyfus, ce n'est pas si vieux, les « statuts des Juifs » non plus… Mélenchon joue sur cette résurgence.
Placez-vous LFI et le RN sur le même plan ?
Je ne dis pas qu'ils sont les mêmes, mais je sais une chose : s'ils accédaient au pouvoir, les uns ou les autres, ce serait pour le pays, et pour l'Europe, le malheur immédiat.
Dans ce contexte, que dites-vous aux multiples candidats ? Qu'ils sont irresponsables ?
Entre ceux qui rejettent les deux extrêmes, il y a plus en commun que d'oppositions. Il faut que cesse la guerre civile entre tous ceux-là. Les socialistes qui refusent Mélenchon – s'il en reste – et les LR humanistes ont une immense responsabilité.
À contre-courant, vous êtes élogieux avec Emmanuel Macron. Son bilan n'est pourtant pas brillant sur la dette.
C'est le bilan de tous les présidents successifs… Je regarde la scène internationale et je le compare à tous les autres. Il tient la barre dans le moment le plus difficile de notre histoire depuis le retour de De Gaulle avec, face à lui, des systèmes cyniquement puissants, comme la Chine, et l'imprévisible divagation à la tête des États-Unis. Qui y a-t-il d'autre comme leader européen ? Personne. Et dans le monde ? Presque personne. De surcroît, les grandes orientations qu'il a dégagées pour notre pays, qui peut les renier ?
Les Français finiront par le regretter ?
Je n'ai aucun doute. J'ai connu la détestation de Mitterrand, pourtant réélu, la déconsidération de Chirac, aujourd'hui regretté. Et il quittera le pouvoir à l'âge où d'autres ne s'en sont pas encore approchés…
Donc il pourrait revenir ?
J'ai toujours pensé que c'était une possibilité, oui.
On a l'impression, à vous lire, que vous vous vivez comme son égal.
Je nous sens compagnons d'armes en un temps si difficile où personne n'a la panacée. Je pense du bien de lui mais j'ai fait de la politique avec lui, pas pour lui. Je ne me définis pas comme macroniste. Je pense, pour tout dire, que son potentiel a été supérieur à ses réalisations. Nous ne sommes pas d'accord sur tout, mais j'ai de l'admiration pour lui.
Vous écrivez que, quand les Français le voient, ils se disent : « Il va nous ba*ser » ! Vous lui avez dit en face ?
J'essaie de comprendre, en dépit des dons qui sont les siens, la raison de ces Français qui ne l'aiment pas. Je pense qu'il a été ressenti comme « trop ». Trop doué, trop différent, trop jeune. Et quand il les séduit, c'est à leur corps défendant. Oui, j'ai souvent parlé avec lui de ce paradoxe.
Édouard Philippe et Gabriel Attal, qui ont été comme vous ses Premiers ministres, ont chacun pris leurs distances avec Emmanuel Macron, le premier des deux appelant même à sa démission…
Ce n'est pas joli. L'éthique est essentielle en politique. Mais l'esthétique, ça compte aussi.
Vous reconnaissez à Bruno Retailleau de « l'honnêteté », mais vous évoquez aussi des désaccords profonds. Lesquels ?
Quand il prononce les mots « gauche » ou « Macron », c'est comme s'il s'arrachait la langue, qu'il était pris d'une nausée. Il a été un ministre solidaire, loyal et j'ai de l'estime pour lui, mais je n'ai pas les mêmes idées. Est-ce qu'on peut aller à la présidentielle en étant contre l'extrême droite, en se prétendant contre le centre, contre la gauche ? À la fin, il ne reste pas grand-chose. Je crains qu'il ne fasse une campagne du temps du RPR contre le PS.
Vous pourriez soutenir Raphaël Glucksmann ? Il est européen, social-démocrate…
Mais touche-t-il les Français ? Pas encore, à mon avis. Vous avez compris que je ne suis pas convaincu de l'actuelle offre politique.
Vous croyez qu'une personnalité peut encore surgir ?
Oui, mais il faut quelqu'un qui ait l'expérience, une vision et de la crédibilité pour être chef de la diplomatie et des armées.
Vous ?
Non, je ne réfléchis pas à la première personne ! Je récuse le « TPMG », le « tout pour ma gueule » généralisé.
Ce livre, vous auriez pu le dédier à la jeunesse, cette « France qui vient ». Pourtant, de nombreux jeunes se tournent vers le RN ou LFI. Que leur dites-vous ?
Je leur dis que c'est contre eux que le piège est dressé, le piège de la dette, de l'extrémisme et de la haine entre Français. Ce sont eux qui vont payer les pots cassés. Et qu'au contraire c'est pour eux, avec eux, dans une alliance des générations, qu'il faut reconstruire
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- 2026-06-10 “Isabelle Florennes : « Lyhanna : C'est un ensemble de dysfonctionnements de l'État assez terrifiant » — À l'invitation d'Europe 1, notre sénatrice des Hauts-de-Seine, Isabelle Florennes, est revenue sur plusieurs sujets d'actualité, de l'affaire Lyhanna aux enjeux de sécurité, en passant par l'avenir du centre à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.
Lyhanna : « Un ensemble de dysfonctionnements de l'État »
Interrogée sur l'affaire Lyhanna, Isabelle Florennes a dressé un constat sévère après la publication des premiers éléments de l'enquête. La sénatrice estime que les responsabilités dépassent largement un seul service administratif.
Elle juge la situation « terrifiante » et même « accablante pour la justice, pour la gendarmerie, et puis également je crois, d'après ce que je lis, pour l'Éducation nationale ».
C'est un ensemble de dysfonctionnements de l'État qui effectivement est assez terrifiant dans cette affaire.
Une analyse qui souligne la nécessité d'une action publique plus efficace et mieux coordonnée afin d'éviter que de tels drames ne puissent se reproduire.
2027 : « Le centre a absolument et d'urgence besoin de se réunir »
À moins d'un an de l'échéance présidentielle, Isabelle Florennes a salué les initiatives visant à rassembler les différentes sensibilités du centre. Elle considère que :
Le centre a absolument et d'urgence besoin de se réunir.
Elle cite ainsi la journée d'échanges organisée par le mouvement territorial de la Vienne, L'événement du centre, qui a réuni « la grande famille centriste ».
La sénatrice a rappelé les principaux marqueurs qui unissent aujourd'hui le centre : la confiance accordée aux élus locaux et à la décentralisation, la volonté de bâtir « un nouveau modèle social » notamment sur les retraites et la santé, mais aussi une vision européenne forte sur les questions migratoires, industrielles et de défense.
Il faut absolument, dans les années qui viennent, et puis je dirais même dans les mois qui viennent, progresser (…) sur une défense commune européenne.
Concernant la méthode de désignation d'un candidat, Isabelle Florennes s'est montrée réservée sur l'hypothèse d'une primaire. « Je ne suis pas convaincue par l'idée de la primaire », a-t-elle affirmé, estimant qu'une consultation proposée en janvier 2027 serait « bien trop tard ». Pour elle, l'automne constituera le moment décisif pour confronter les projets et effectuer les choix nécessaires.
Refusant toute précipitation, elle appelle à poursuivre les discussions entre les différentes sensibilités politiques :
L'automne sera le temps, effectivement, des choix. Ne pas de précipitations, de la réflexion pour le moment.
Insécurité : « Une immense lassitude et colère de nos concitoyens »
Sur les questions de sécurité, Isabelle Florennes a relayé le sentiment exprimé par de nombreux habitants sur le terrain. « Je constate qu'il y a une immense lassitude et colère de nos concitoyens », a-t-elle déclaré, évoquant notamment les dégradations observées après les événements du week-end.
Je constate qu'il y a une immense lassitude et colère de nos concitoyens sur le terrain.
L'élue démocrate estime que les outils juridiques existants doivent être pleinement mobilisés. Elle rappelle que le droit permet déjà d'engager la responsabilité des parents pour les dégradations commises par leurs enfants mineurs.
Ça fait des années qu'on le dit qu'il faut prendre sur les prestations, c'est déjà dans la loi.
Tout en rappelant l'importance de l'État de droit et de l'établissement des preuves, Isabelle Florennes estime que des évolutions peuvent être envisagées afin de renforcer l'effectivité de cette responsabilité parentale. Face à la répétition des violences et des dégradations, elle appelle à dépasser le simple constat pour apporter des réponses concrètes aux attentes des Français.
Écouter l'entretien sur Europe 1.”
- 2026-06-10 “Carole Guillerm : « Nous devons nous interroger sur l'organisation de nos collectivités territoriales » — Lors des questions au gouvernement de ce mercredi 10 juin, Carole Guillerm, députée des Hauts-de-Seine, a interrogé la ministre de l'Aménagement du Territoir et de la Décentralisation sur l'organisation territoriale de la région parisienne et de l'Ile-de-France.
Merci Madame la Présidente. Ma question s'adresse à Madame la ministre de l'Aménagement du Territoire et de la Décentralisation.
Alors que notre pays engage un effort de redressement de ses finances publiques, et alors que l'actualité, parfois dramatique, nous rappelle chaque jour combien nos concitoyens attendent une action publique plus efficace, plus lisible et plus réactive, nous devons également nous interroger sur l'organisation de nos collectivités territoriales. Or, l'organisation institutionnelle du Grand Paris demeure particulièrement complexe.
Dix ans après la création de la métropole du Grand Paris, un constat semble aujourd'hui largement partagé. La situation actuelle ne satisfait pleinement personne. Les compétences demeurent éclatées entre plusieurs niveaux de collectivité. Cette organisation affaiblit la lisibilité de l'action publique, disperse les responsabilités et interroge son efficacité.
Une récente note du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan a relancé le débat en proposant une réforme profonde de la gouvernance francilienne. Elle intervient alors que le gouvernement a engagé plusieurs travaux de simplification de l'action publique et que le Premier ministre a annoncé sa volonté de rouvrir le chantier de la gouvernance du Grand Paris.
D'autres scénarios ont également été évoqués afin de modifier notre organisation territoriale et de renforcer la cohérence des politiques publiques à l'échelle régionale, notamment par Jean-Didier Berger, alors député.
Madame la ministre, le gouvernement partage-t-il le constat d'une clarification institutionnelle du Grand Paris est aujourd'hui nécessaire ? Et dans la perspective des travaux engagés sur l'organisation territoriale et de la réforme annoncée du Grand Paris, quelles orientations le gouvernement entend-il retenir pour rendre l'action publique plus efficace, plus lisible et moins coûteuse ?
Je vous remercie.”
- 2026-06-10 “« L'éthique de l'IA : entre tour de Babel et Panoptique » par Léonie Jacquier, Jeune Démocrate — Jeune Démocrate, Léonie Jacquier porte un regard nourri à la fois par la réflexion philosophique et par son expérience professionnelle dans les secteurs de la cybersécurité, de l'aérospatial et des technologies quantiques. Dans ce billet d'humeur, elle interroge les enjeux éthiques de l'intelligence artificielle à l'aune de l'encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV, entre promesses technologiques, responsabilité humaine et préservation des libertés fondamentales.
La parution de la première encyclique Magnifica humanitas du Pape Léon XIV interroge l'évolution et la place que doivent prendre les nouvelles technologies, et a fortiori l'intelligence artificielle, au sein de notre humanité. Loin d'être un texte réservé à l'Église seule, il s'adresse au monde entier questionnant, sur le socle de la Doctrine sociale dans la lignée de son prédécesseur Léon XIII avec Rerum novarum, l'évolution technologique dans son imbrication dynamique avec : la politique, la guerre, l'écologie, les enjeux éducatifs, le rapport au travail, au chômage, à l'avenir de la jeunesse et de la famille, le tout sans exhaustivité.
Si le syntagme phare qui a été retenu par la majorité est celui de « désarmer l'IA », ce dernier est essentiellement éclairé à l'aune de la dignité humaine ontologique, inaliénable et irréductible, ainsi que du bien commun. S'il ne s'agit en aucun cas de faire un commentaire linéaire de l'encyclique, les mots brûlants d'actualité de Léon XIV, nous pousse, en tant que citoyens et citoyennes, à examiner notre rapport à l'éthique des technologies ; puisqu'il est vrai qu'aucune technologie n'est moralement neutre.
Il y a une impossibilité de neutralité éthique sur la technique pour la simple et bonne raison que toute technologie a causalement un effet et que cet effet produit une conséquence qui ne peut être axiologiquement neutre. S'il n'y avait aucune conséquence morale à l'action technologique, les différents secteurs ne porteraient pas autant de travaux sur leurs encadrements éthiques. Si l'Éthique avait été un mot cédé à la Lexicon Cop., cette multinationale de l'univers d'Alain Damasio privatisant les mots dans une volonté d'hégémonie pécunio-langagière, alors elle aurait été, sans aucun doute, celui qui eût permis de toucher le plus de royalties. Grande vitrine de ces dernières années, il n'y a pas un secteur d'activité, un domaine qui ne soit pas affublé de ce réceptacle de valeurs. Éthique d'entreprise, éthique de l'IA, agriculture éthique, éthique de la technique, éthique de la médecine, l'éthique des nanotechnologies, etc. Pourtant, pour éclairer l'utilisation éthique de l'IA il s'agit de s'attarder un tant soit peu sur plusieurs choses.
La première est que l'éthique tire son étymologie du grec ethos (ἦθος) chez Aristote et sert la question de « comment vivre ? » : autrement dit ce qu'il faut préférer en vue du Bien. On ne peut alors déconnecter l'éthique de l'IA ni d'autrui, ni de la finalité et donc d'un principe de responsabilité quant aux choix qui nous sont demandés. L'éthique dans ce contexte est la rationalité propre au secteur de l'IA comprise comme instrument de justice, de sûreté des données, de respect de la personne et des droits fondamentaux dans l'espace numérique.
Adhérer à cette fin c'est conformer son action à un ordre juste et non plus seulement fonctionnel, fondée sur une hiérarchie du bien.
On peut alors postuler qu'une politique technologique conforme éthiquement est celle qui vise non pas seulement à développer des actifs techniques, mais à garantir la dignité de la personne humaine, la justice dans l'accès à l'information et la paix des interactions numériques. L'utilisation de l'intelligence artificielle peut donc être éthique si elle est choisie de plein gré, qu'elle est orientée rationnellement vers un bien supérieur (logos) et qu'elle vise une finalité humaine (telos).
Nonobstant, l'éthique de l'IA ne peut être soustraite à l'étude de sa responsabilité quant à son impact sur le bien commun et sur les générations futures. Si cette thématique de la responsabilité quant aux générations futures est chère au philosophe allemand Hans Jonas, nous reprendrons ses principes pour penser une éthique du lointain. L'aiguille principale de la boussole est celle de l'anticipation de la menace. Penser aux risques qui pèsent sur les générations futures permet, dans un monde où les technologies évoluent plus vite que les idées, de s'arrêter, de reprendre notre souffle et de voir plus loin, tout en se décentrant de nos existences singulières, afin de s'ancrer charitablement dans cette interrogation : qu'est-ce qu'on laisse ? Quelles promesses et possibilités de vie donne-t-on aux générations qui nous succéderont ?
L'enjeu moral n'est pas tant une question de bénéfice collectif, d'inclusion ou de sécurité face aux cyberattaques, que les atteintes potentielles au droit, à la dignité, à la sécurité et la liberté des personnes et sociétés humaines. Les clés de voûte doivent alors porter la question de la valeur humaine et l'identification du risque par rapport au mal qui peut impacter un individu. L'analyse du risque doit se faire d'un point de vue humain. Quels risques pour l'homme et dans un principe de responsabilité, quels risques pour l'avenir de l'homme ? Évaluer dans un principe de responsabilité vis-à-vis des générations futures, et centrer la continuité sur l'amélioration de la vie humaine. Si des mesures viennent dévaluer le potentiel de l'avenir alors on réévalue pour que ce soit plus viable, mais surtout plus vivable.
Enfin, l'éthique de l'IA doit également se mesurer à la lueur du pouvoir de contrôle social et de surveillance des populations qu'elle peut engager. Si ce point rejoint les propos du Pape Léon XIV (cf. 171) sur la collecte massive des données, le fait de saturer l'espace de satellites pour l'IA, telles des nuées d'oiseaux mécaniques, pose question quant aux principes fondamentaux de liberté.
En effet, la façon dont l'oeil spectateur se représente les activités spatiales ne réside peut-être pas tant dans le caractère merveilleux et transcendant de l'exploration que la découverte que ces activités, notamment situées au niveau des satellites orbitaux, le mettent en proie à un regard puissant. Qu'à l'image du spectateur de la Sears Tower de Chicago de Louis Marin, la danse orbitale, multipliée et incessante des satellites, renvoie un imperium céleste omniprésent, un contrôle par la vision supraterrestre permanent, tel le panopticum de Bentham où le regard devient pouvoir. Deux regards, deux représentations se croisent alors. Le premier, un regard, dans sa totalisation dominante, qui cherche l'horizon non comme limite mais comme universel ; mais qui peut, en glissant sur la frontière, se muer en pouvoir coercitif. Le deuxième, un pouvoir surplombant où il ne s'agit pas tant d'être vu que de voir ; un oeil technologique en position héliosynchrone où l'observation n'est plus de 360°, mais polaire et circulaire inclinée à 90° en vision totale.
En bref, il s'agit bien de faire attention à la tour de Babel, car le salut n'est pas purement technique (cf. Magnifica humanitas, 117).
Léonie Jacquier, Jeune Démocrate.”
- 2026-06-09 “Perrine Goulet : « Il est temps de faire entrer notre justice dans le XXIe siècle pour la rendre plus efficace » — Lors des questions au gouvernement, notre députée de la Nièvre et présidente de la délégation aux droits des enfants, Perrine Goulet, a interrogé le Garde des Sceaux sur Lyhanna et le sujet de la protection de l'enfance.
Merci Madame la Présidente.
Monsieur le Garde des Sceaux, le 4 juin dernier, la petite Lyhanna, 11 ans, est retrouvée sans vie. Pourtant, pour appréhender l'homme soupçonné de l'avoir tuée, les signaux et les outils juridiques existaient. Ce n'est pas le cadre légal qui a failli, c'est son application. Comme trop souvent quand cela concerne les enfants, les lois sont votées, mais non appliquées, sans qu'aucune sanction ne soit jamais prise. Ce sont des signalements qui ne remontent pas, des informations préoccupantes qui ne circulent pas entre les services, des mesures de protection qui arrivent trop tard ou qui n'arrive pas.
Nous le savons, les derniers travaux de la délégation aux droits des enfants et de l'Assemblée le prouvent. Il y a trop de dysfonctionnements entre les acteurs, trop de cloisonnements persistants en matière de protection de l'enfance et pas assez de partage d'informations.
À la lumière des faits, nous devons aussi nous interroger sur l'efficacité de la justice. Il y a le temps de l'enquête et le temps de la justice, mais nous devons réduire les délais inutiles. Et nous le pouvons. Comme en Espagne, nous pourrions mieux utiliser le numérique, supprimer les actes superflus ou encore éviter les transferts papiers entre juridictions. Il est temps de faire entrer notre justice dans le XXIe siècle pour la rendre plus efficace. Il en va de la confiance de nos concitoyens dans leur justice.
Mais il n'y a pas que l'organisation de notre justice que nous devons repenser. L'affaire récente du périscolaire à Paris, comme bien d'autres, démontre que malgré des signes manifestes de maltraitance, personne n'a rien dit, personne n'a signalé les faits, laissant les enfants seuls, sans protection face à leurs bourreaux. Alors pourquoi ? Parce que nous sommes collectivement convaincus que c'est l'affaire des magistrats, des policiers et des travailleurs sociaux - au fond, l'affaire des autres.
Parce que notre société ferme encore trop souvent les yeux sur les violences commises sur les enfants, parce que l'enfant est encore perçu comme l'extension de ses parents. Mais non, la protection de l'enfance, c'est l'affaire de chacune et chacun. C'est notre affaire. Ce que nous devons construire, c'est une société de la vigilance, de la protection absolue des enfants, quitte à suspendre des droits d'adultes lorsqu'un doute survient. Les enfants doivent savoir aussi qu'en s'ouvrant vers les forces de l'ordre, ils seront protégés avant tout. Les enfants doivent être écoutés.
Monsieur le Garde des Sceaux, alors que nos enfants n'ont toujours pas de représentant dédié au gouvernement, que comptez-vous mettre en place pour moderniser la justice et mieux coordonner les acteurs afin qu'on arrête le travail en silo et que notre pays entre dans une réelle ère de protection de nos enfants ?”
- 2026-06-08 “Jean-Noël Barrot : « Nous rejetons les extrêmes en toutes circonstances » — Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, était invité de l'émission Le Grand Jury diffusé simultanément sur RTL, Public Sénat, M6 et Le Figaro afin de s'exprimer sur l'affaire Lyhanna, sur les dernières actualités internationales au Moyen-Orient et en Ukraine et sur l'élection présidentielle.
Lyhanna : « Il y a là une défaillance majeure et un échec immense des pouvoirs publics dont il faudra tirer toutes les leçons »
Après les révélations de l'affaire Lyhanna, Jean-Noël Barrot a tenu à s'exprimer sur ce sujet :
D'abord, comme beaucoup de Français, je ressens ce matin une profonde tristesse en pensant à cette famille endeuillée qui traverse une épreuve inhumaine, inimaginable.
Tristesse, mais aussi colère de notre vice-président puisqu'il souligne que ce drame aurait dû être évité et qu'il est le reflet d'une défaillance majeure et d'un échec des pouvoirs publics « dont il faudra tirer toutes les leçons. » Et enfin, une forme de honte exprimée par Jean-Noël Barrot :
Collectivement, clairement, nous ne parvenons pas à donner toute l'importance qu'elle mérite à la parole des plus vulnérables dans notre société, celle des femmes, et en particulier celle des enfants. Or, la grandeur d'une nation se mesure à la manière dont elle protège les plus vulnérables.
Jean-Noël Barrot s'est aussi exprimé sur les enseignements de ce drame :
Et ce drame nous enseigne, comme d'autres l'ont fait avant lui, qu'il est urgent que nous puissions accorder toute cette importance, toute cette attention à ce que nous disent les plus vulnérables en toutes circonstances, et singulièrement s'agissant des violences sexuelles et sexistes, des violences sexuelles à l'encontre des enfants.
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a précisé qu'une enquête a été lancée pour permettre d'établir les responsabilités pour comprendre comment cet homme pédocriminel et récidiviste a pu commettre un crime :
Je crois que cet engrenage doit être précisément décortiqué. Mais au-delà, c'est la parole des enfants face aux prédateurs, face aux violences sexuelles qui doit être mieux entendue. Et ça doit nous interpeller tous.
Cette affaire interroge aussi sur les moyens donnés à la justice pouvant conduire à sa défaillance. Jean-Noël Barrot a donc été interrogé sur le gel de 400 millions d'euros du budget de la justice pour faire face au déficit, et savoir s'il ne faut pas revoir ce gel. Il a affirmé que nous devons réfléchir aux choix budgétaires qui ont été faits et qui nous ont conduits à faire face aux différentes crises (Covid-19, guerre en Ukraine). Il a donc précisé :
Nous ne devons en aucun cas désarmer l'État dans sa dimension régalienne. Parce que dans un monde qui se durcit, nous devons nous donner les moyens de protéger les Françaises et les Français.
Sur la défense syndicale des magistrats, Jean-Noël Barrot rappelle que c'est une liberté imprescriptible. Dans l'affaire Lyhanna, notre vice-président évoque des responsabilités collectives, pas uniquement individuelles et personnelles, il précise : « donc bien sûr qu'il faut interroger et réinterroger le système judiciaire pour qu'il soit en capacité, disposant des moyens nécessaires, de traiter des plaintes lorsqu'elles sont déposées et d'éviter ce type de drame. » Jean-Noël Barrot souligne aussi la nécessité d'apporter des améliorations pour que les responsabilités soient mieux établies. Il a ajouté :
Je crois que nous ne devons écarter aucune mesure, aucune idée pour protéger la société. Protéger les plus vulnérables dans notre société, je le disais, c'est la grandeur d'une nation que de protéger les plus vulnérables.
Moyen-Orient : « Je veux saluer une nouvelle fois cet accord historique entre deux gouvernements »
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a ensuite fait un point sur la situation du Moyen-Orient. Il s'est exprimé sur la position de la France :
La France est l'un des rares pays du monde, et sans doute le seul pays occidental, à parler avec les deux parties au conflit, ou en tout cas toutes les parties au conflit.
Elle joue un rôle important et notamment pour réussir à conclure un accord entre les différentes parties parce que « la situation est insoutenable, qu'elle a beaucoup trop duré, et qu'elle ne fait que des perdants. »
À l'égard de l'Iran, notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a également ajouté que des sanctions ont déjà été prises. Il a rappelé que le Corps des gardiens de la révolution islamique a été inscrit dans la liste des organisations terroristes et la mise en place de sanctions à l'encontre des responsables des gardiens de la révolution directement. Il souligne :
Nous avons fait un gros travail au ministère des Affaires étrangères français pour identifier ceux qui, en Iran, étaient responsables de la répression barbare contre le grand peuple d'Iran, mais aussi ceux qui, par leur décision, contribuaient à la situation telle que nous la connaissons aujourd'hui. En général, nous avons été suivis par nos partenaires européens et je m'en félicite.
Jean-Noël Barrot rappelle que la guerre au Moyen-Orient « ne fait que des perdants, y compris l'Iran. » Un accord doit donc être trouvé afin de mettre fin aux hostilités et de rouvrir le détroit d'Ormuz pour que la situation sur les marchés des hydrocarbures puisse s'améliorer. Notre ministre reste réaliste puisque « le plus dur reste à faire, et ce sont des sujets que nous connaissons bien, puisque ça fait des années, voire des décennies que la France y travaille. » Il précise qu'il faut agir pour :
L'encadrement strict du programme nucléaire de l'Iran qui menace la sécurité de la région et la nôtre ; l'encadrement de ces capacités de missiles, ce qu'on appelle les capacités balistiques ; et puis, le soutien de l'Iran à des groupes terroristes qui déstabilisent la région depuis bien trop longtemps, à commencer par le Hezbollah, on peut également citer le Hamas ou les Houthis.
Le Liban et Israël ont signé un accord historique de cessez-le-feu. Mais le Hezbollah, considéré comme organisation terroriste, rejette cet accord. Pourtant, l'arrêt complet des tirs du Hezbollah est une nécessité, précise Jean-Noël Barrot puisque c'est « d'ailleurs l'une des conditions pour que les hostilités s'arrêtent véritablement entre les États-Unis et l'Iran. » Sur l'accord historique entre le Liban et Israël, il a souligné :
Je veux saluer une nouvelle fois cet accord historique entre deux gouvernements, il faut le dire, de pays voisins, qui ne s'étaient pas adressé la parole depuis des décennies.
Jean-Noël Barrot appelle donc à la responsabilité de la France mais aussi celle des autres pays :
Et donc notre responsabilité, celle de la France, mais celle de tous les pays qui s'intéressent à la stabilité et à la paix au Proche-Orient et au Moyen-Orient, c'est de presser toutes les parties de respecter les termes de cet accord.
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères précise que cet accord va permettre le retrait de l'armée israélienne et du Hezbollah au sud du Liban, permettant aux forces armées libanaises de reprendre du terrain. Il ajoute :
Cet accord permet d'envisager le redressement du Liban, la restauration de son intégrité territoriale et de sa souveraineté, et puis la restauration de l'autorité de l'État sur l'ensemble de son territoire avec le monopole de la force.
Sur la situation en Cisjordanie, Jean-Noël Barrot se dit « extrêmement préoccupé par l'intensification de la colonisation illégale en Cisjordanie et l'explosion des violences des colons israéliens à l'encontre des Palestiniens. » Il annonce :
J'ai poussé pour que des sanctions soient prises à l'encontre non seulement des responsables de ces violences, mais également à l'encontre des entités, des entreprises, des organisations qui, depuis Israël, donnent les moyens à ces colons extrémistes et violents de chasser les Palestiniens de leurs terres, de brûler leurs récoltes, de détruire leurs bâtiments publics.
Il a également annoncé que pour la troisième fois, le 28 mai dernier, des sanctions européennes ont été prises à l'encontre des colons afin aussi d'appeler le gouvernement israélien à ses responsabilités. Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères précise :
La France a des relations historiques d'amitié avec le peuple israélien, mais nous avons, avec le gouvernement israélien actuel des divergences profondes et des désaccords radicaux.
Jean-Noël Barrot a précisé que seule la solution à deux étapes peut ramener la paix et la stabilité aux Proche-Orient et au Moyen-Orient. Il a donc annoncé :
J'accueillerai vendredi prochain des centaines de militants, de citoyens israéliens et palestiniens qui, au quotidien, travaillent à donner corps à cette perspective.
Ces militants et citoyens pourront démontrer que la paix ne se trouve pas « dans le rejet de l'autre et dans les discours de haine, mais dans la reconnaissance mutuelle et le respect. » À cette occasion, ils pourront remettre leurs propositions et leurs recommandations aux 15 ministres qui seront présents, venus du monde entier, et continuant comme la France, à plaider pour la solution à deux États.
Ukraine : « La Russie est en échec »
Volodymyr Zelensky a adressé une lettre ouverte à Vladimir Poutine pour lui proposer de se voir et de mettre fin à la guerre, une invitation qu'il a déclinée. Jean-Noël Barrot a réagi :
Je crois qu'il est déjà déstabilisé, que le doute est très largement installé à Moscou, et il y a de quoi douter, puisqu'on s'aperçoit que, quatre ans après le début de cette guerre d'agression, guerre coloniale et impérialiste, la Russie est en échec, et notamment en échec militaire.
La Russie perd désormais 35 000 hommes par mois sur le front, c'est plus que ce qu'elle parvient à recruter. Et l'Ukraine est en train de gagner la guerre des drônes, a annoncé Jean-Noël Barrot. Au-delà de son échec militaire, c'est aussi un échec économique pour la Russie puisque : « l'économie russe est en train de s'enliser dans une forme de récession, que tous les voyants sont au rouge, les taux d'intérêt, l'inflation. » Il ajoute :
En quelque sorte, Vladimir Poutine par son choix colonial et impérialiste est en train de discréditer son pays, de l'épuiser au risque de le faire sortir de l'histoire.
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a souligné que la France n'a jamais exclu les échanges avec Vladimir Poutine. Mais Volodymyr Zelensky a exprimé son souhait que l'Europe puisse occuper une place, jouer un rôle plus important : « C'est ce à quoi nous nous préparons. »
La Hongrie a d'ailleurs mis fin à son refus de l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne. À ce sujet, Jean-Noël Barrot a affirmé qu'un processus « exigeant » va commencer, il souligne :
Ce qui est le plus exigeant pour les pays candidats, c'est de mettre à jour, si l'on peut dire, ce qu'ils ont de plus intime : leur constitution, leur état de droit. Et c'est sur ce long chemin que désormais l'Ukraine va pouvoir avancer, mais c'est un chantier exigeant.
2027 : « Après le printemps des candidatures, doit venir le printemps des projets »
Notre vice-président s'est également exprimé sur 2027, l'occasion de rappeler la nécessité pour chaque candidat de présenter un projet :
Maintenant, je voudrais aussi voir fleurir les projets, les visions, les idées. Et après le printemps des candidatures, doit venir le printemps des projets.
Jean-Noël Barrot a affirmé qu'il était essentiel de passer par « une phase d'affirmation des idées. » C'est d'ailleurs la démarche que défend le Mouvement Démocrate en présentant avant tout aux Français une vision. Il précise :
Nous ne serons plus en 2027 dans le monde dans lequel nous étions en 2017. Le monde s'est durci, la compétition s'est aggravée, nous avons vu les conflits autour de nous se multiplier, les guerres commerciales, la coercition économique, et donc nous avons besoin d'un projet d'audace et de conquête pour notre pays.
Notre vice-président alerte sur la montée de l'extrême droite et de l'extrême gauche dans le débat présidentiel : « Ils partagent au fond une même absence de confiance dans la capacité du pays à affronter ces défis. » Il alerte sur :
Une même vision très décliniste, très pessimiste de ce que la France peut faire, un même conservatisme au fond, perpétuer un système qui est à bout de souffle, et une même politique, puisqu'ils ont perdu tout espoir dans notre pays, qui consiste à dresser les Français les uns contre les autres et à désigner des boucs émissaires : les plus riches, les médias, les Français de confession juive, les Français de confession musulmane.
Il souligne que cette vision ne permettra pas à la France d'avoir l'impulsion nécessaire pour se redresser et se projeter dans l'avenir avec enthousiasme. Il réaffirme la vision portée par le MoDem :
Nous rejetons les extrêmes en toutes circonstances et nous ferons tout à notre place. Et quand je dis nous, c'est ma famille politique avec François Bayrou. Mais je crois avec toutes celles et ceux qui se reconnaissent du centre au sens historique de notre pays pour ne pas nous retrouver dans cette situation.
Jean-Noël Barrot a affirmé que l'élection présidentielle devra être l'occasion de trancher sur certaines questions, il précise :
Elle touche au poids de la technocratie, au sacrifice de la jeunesse dans notre pays, au déclin du civil. Je ne citerai que le premier. Le poids de la technocratie, la folie bureaucratique et l'hypercentralisation des responsabilités dans notre pays. Un pays qui a besoin de toute son énergie pour pouvoir faire face aux défis qui sont devant lui.
Il constate : « Aujourd'hui, dans notre pays, les collectivités territoriales ont moins d'autonomie que les autres en Europe. Les salariés dans notre pays ont moins d'autonomie sur leur lieu de travail que dans les autres pays européens. Les directeurs d'hôpitaux n'ont aucune marge de manœuvre. » Le monde de 2027 n'est pas celui de 2017, alors pour Jean-Noël Barrot il faut mobiliser toute l'énergie disponible. Il donne l'exemple du sacrifice de la jeunesse :
Il y a de quoi, quand on est jeune en France aujourd'hui se décourager et perdre l'espoir, avec les trois boulets au pied de la dette financière, de la dette écologique, de la dette technologique. Des sujets que François Bayrou a d'ailleurs mis sur la table lorsqu'il était à Matignon et qui me semblent essentiels d'aborder et de trancher !
Enfin, sur la réforme des retraites, Jean-Noël Barrot défend la position du Mouvement Démocrate :
Ma position, qui est aussi celle de ma formation politique, le MoDem, est bien connue. Nous la défendons depuis plus de 20 ans maintenant : c'est un système par points qui rend aux Françaises et aux Français la liberté du choix du moment où ils partent à la retraite et qui confie aux partenaires sociaux le soin de prendre les décisions nécessaires pour équilibrer ce système.”
- 2026-06-08 “Retour sur l'événement du centre le 6 juin à Poitiers — Samedi 6 juin, une journée de réflexion sur le centre en politique était organisée, à l'initiative de Philippe Grégoire du MoDem 86, de l'Institut des Etudes Démocrates (IED) et d'Université 133.
Jean-Louis Bourlanges (ancien président de la commission des affaires étrangères), Dominique Breillat (professeur émérite de droit public à Poitiers) et François Dubasque (maître de conférences en histoire à l'Université de Poitiers) ont livré des analyses éclairantes et dialogué avec les deux députés de la Vienne, Pascal Lecamp et Nicolas Turquois, ainsi qu'avec notre secrétaire générale Maud Gatel. Jean-Baptiste Houriez, de l'IED, a ouvert la journée par un exposé très complet et vivant sur l'histoire et le rôle du Parti Démocrate européen (PDE), sur le jeu des alliances, soulignant à quel point les forces centristes diffèrent selon l'histoire des pays européens.
À l'heure où les discours populistes brouillent les repères, il est d'autant plus important de revenir sur l'histoire des courants du centre, sur les valeurs et sur les défis à relever. Qu'est-ce que le centre ? Dans l'imaginaire collectif, beaucoup l'associent aux idées de mollesse, de « morne plaine » et relient la recherche du compromis à l'idée de compromission. Ils peuvent même aller jusqu'à lui dénier une existence propre, le réduisant à un simple espace entre la droite et la gauche. Le politologue Maurice Duverger parlait ainsi de « l'éternel marais ».
Mais si, historiquement, les monarchiens étaient pris en tenaille, au sein de l'hémicycle, entre les Jacobins et les Montagnards, ils défendaient déjà un certain nombre de principes : le goût de la modération, du compromis, la volonté de dépasser le clivage droite-gauche pour trouver un « juste milieu », où la raison prime. Pour définir le centre, Jean-Louis Bourlanges comme Dominique Breillat nous invitent à regarder la pluralité des courants centristes, avec trois sources principales : les traditions démocrate-chrétienne, libérale et radicale-socialisante. Même si, en France, la social-démocratie peine à se constituer en force.
La démocratie chrétienne, c'est certes l'histoire du Parti démocrate populaire (PDP, créé en 1924), puis du Mouvement Républicain Populaire (le MRP né de l'élan de la Résistance), mais elle ne se limite pas à une histoire partisane. En France, la loi et la religion diffèrent dans leur nature même. Aussi les démocrates-chrétiens veillent-ils à ne pas mettre le mot « chrétien » ou « catholique » dans le nom de leurs formations politiques, contrairement à la CDU allemande, par exemple, dont Dominique Breillat connaît bien l'histoire.
La tradition libérale, c'est d'abord le courant orléaniste. Jean-Louis Bourlanges nous explique avec clarté et brio les intuitions du jeune François Guizot des années 1820 (Des moyens de gouvernement et d'opposition dans l'état actuel de la France, 1821) : la souveraineté de la raison, les supériorités naturelles, l'idée du lien intime que le gouvernement représentatif doit tisser naturellement entre le pouvoir et la société. Les libéraux sont alors une force d'opposition. Sous la Monarchie de Juillet, ils gouvernent enfin. L'œuvre de Guizot en matière d'éducation est intéressante. Mais Jean-Louis Bourlanges souligne aussi à quel point la lecture de Tocqueville nous éclaire encore aujourd'hui. S'il n'aimait pas l'histoire de son pays, il a exprimé des idées et des inquiétudes fondamentales. Sur la pluralité des lieux de pouvoir, sur le processus d'égalisation des conditions, sur la richesse de la vie associative, sur l'influence de la religion au sein de la société, sur les mises en garde contre les dérives de la démocratie, les intuitions tocquevilliennes demeurent d'une grande actualité.
Dans l'histoire de France, marquée par l'héritage monarchique et par la centralisation du pouvoir, le centre a du mal à émerger. C'est le « centre introuvable » théorisé par Aurelian Crăiuțu. Cependant, dans les années 1970, une autre expérience de gouvernement féconde a lieu : c'est le septennat de Valéry Giscard d'Estaing. Nous célébrons d'ailleurs cette année le centenaire de sa naissance en 1926. Président libéral, soutenu par une partie des centristes, Giscard a gouverné avec le souci des Deux Français sur trois. L'économie sociale de marché, la modernisation de la société, notamment sur le plan des mœurs, l'amour sincère pour la construction européenne sont alors ses boussoles. François Dubasque nous conte de manière détaillée les avancées de ces années 1970. La figure de Simone Veil, emblématique, permet de revenir sur les avancées sociétales (la loi sur l'IVG, la lutte contre le racisme) et sur les institutions européennes. Simone Veil a été, en 1979, la première présidente du Parlement européen. Mais son adhésion à l'UDF est de courte durée, Simone Veil se rapprochant ensuite davantage du centre droit. François Dubasque nous rappelle également le rôle essentiel de son mari, Antoine Veil.
Le centre est arrivé au pouvoir lorsque les alliances se sont fondées sur une communauté de principes. C'est la situation dans laquelle nous nous trouvons. Par gros temps, les centristes – de sensibilités diverses – peuvent et doivent s'unir, car ils partagent beaucoup : la défense de l'état de droit, le compromis comme méthode, la foi dans l'Union européenne, le tempérament modéré (ce qui ne veut pas dire dépassionné). Le député Nicolas Turquois nous raconte son vécu dans l'hémicycle, où la raison et la modération peuvent et doivent aller de pair avec la force de conviction et une ligne ferme. Le député Pascal Lecamp, qui a longtemps vécu à l'étranger, nous livre une analyse comparatiste, avec les pays du Nord d'abord, puis avec la Hongrie. Il nous invite à mesurer la chance que nous avons de vivre dans une société solidaire, fondée sur des principes républicains.
Les centristes sont divers ? C'est une richesse, et c'est ce qui fait la force d'agrégation du centre. Pascal Lecamp utilise l'image de la pâte à modeler, élastique, qui permet d'agrandir l'espace pour accueillir de nouveaux partenaires. L'espace de la délibération, du compromis, est le lieu du politique. Dominique Breillat rappelle que l'esprit même des centristes correspond à l'esprit des institutions européennes : médiation, compromis, patience.
La journée s'est conclue par un échange ouvert entre notre secrétaire générale Maud Gatel et le public, venu des environs de Poitiers, mais aussi de plus loin, comme Limoges ou Niort. Dans la salle, des adhérents au Mouvement Démocrate, mais également des adhérents de Renaissance ou d'autres sensibilités au centre, comme Place publique. Car, du centre gauche au centre droit, nous pouvons et nous devons discuter ensemble sur ce qui nous rapproche.”
- 2026-06-07 “Jean-Noël Barrot répond à la question « la guerre est-elle indispensable à la paix ? » — Sur la chaîne YouTube Sphere 5, Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, a donné un entretien à Ophélie Meunier et Carole Juge-Llewellyn, dans une discussion qui mélangeait parcours professionnel, équilibre de vie et réflexions politiques sur l'état géopolitique actuel.
L'échange long d'une heure a été articulé autour de la question centrale « La guerre est-elle indispensable à la paix ? ». Cet angle d'interview a permis à Jean-Noël Barrot d'aborder la situation géopolitique internationale et le rôle de l'Europe vis-à-vis de celle-ci, puis de développer de façon plus générale quels sont les enjeux de la diplomatie. Dans une optique plus personnelle, les deux journalistes se sont intéressées au parcours professionnel de Jean-Noël Barrot, et ont questionné son équilibre de vie autour de ce qu'elles ont appelé « les cinq sphères de la vie » : amour, amitié, travail, santé, âme.
« La guerre est-elle indispensable à la paix ? »
Sur cette question qui introduit l'échange, Jean-Noël Barrot répond catégoriquement par la négative, avant d'affirmer :
Ce qui est indispensable à la paix, c'est l'équilibre des forces.
Le recours à la force ne peut être envisagé que dans des cas spécifiques, avec le consensus de la communauté internationale, incarnée par l'ONU.
L'Europe : « le nouveau modèle pour l'organisation des échanges internationaux »
Jean-Noël Barrot qualifie l'état mondial actuel de « période de transition hégémonique », avec la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine. Pour éviter la multiplication des crises auxquelles nous assistons, il faut « que l'Europe se lève » et qu'elle ouvre une « troisième voie ».
Lorsque la journaliste lui demande si la paix est possible, il affirme qu'elle l'est, par le biais de deux ressorts : « l'équilibre des forces pour dissuader la menace » et la projection « dans des logiques de dialogue, de coopération ». C'est ainsi que le rôle de l'Europe et de l'Union européenne est primordial à la paix et l'équilibre des puissances. Il cite l'exemple de Robert Schuman et son intuition visionnaire de l'Europe pour éviter à nouveau la guerre sur le continent.
C'est donc une vision enthousiaste de l'Europe et de son futur sur la scène internationale qu'il présente. Il dit falloir une vision partagée par les 27 États et une plus grande volonté, pour amener à « des décisions courageuses » et à terme une indépendance de l'Europe vis-à-vis des deux Empires.
« Des décisions courageuses », lesquelles ?
Jean-Noël Barrot présente trois axes à prioriser, tant en France qu'à l'échelle de l'Europe.
D'abord, « une révolution sur la manière dont sont répartis les pouvoirs et les responsabilités ». Se libérer de nos carcans pour « libérer notre potentiel ». Ensuite, l'impératif de « faire confiance à la jeunesse, aux travailleurs et aux entrepreneurs » en ne les entravant pas avec trop de cotisations, de charges et d'impôts, notamment. Enfin, la nécessité de restaurer le civisme, pour « prendre tous notre part au redressement du pays et de l'Europe ».
« Le diplomate mobilise sa part d'humanité pour aller éveiller la part d'humanité de son interlocuteur »
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères présente une perception optimiste de son métier qu'il qualifie de « mission passionnante ». Il insiste sur le fait que le dialogue fonctionne pour arrêter la guerre, même si cela peut prendre du temps et que pour débloquer certaines situations, le diplomate doit faire appel à son humanité, pour éveiller celle de l'autre.
« Une forme de spiritualité est indispensable pour ne pas se perdre »
L'interview menée porte une dimension plus personnelle que les prises de paroles ponctuées du ministre en direct à la radio ou à la télévision. Jean-Noël Barrot aborde ici la précarité de l'équilibre de vie entre travail et vie personnelle. Pour maintenir une équilibre de vie sain, il faut la pratique d'une activité sportive, régulière si possible, mais aussi la nécessité d'une forme quelconque de spiritualité « pour ne pas se perdre dans un monde où notre attention est en permanence happée par de multiples sujets ».
Le service des autres, de la France : « le fil rouge de ma vie professionnelle »
Quand il revient sur les étapes de son parcours de vie, il explique s'être détaché dans un premier temps de son héritage familial. Son grand-père Noël Barrot était résistant et homme politique, et son père Jacques Barrot un homme politique démocrate-chrétien. Il se dirige vers la politique en 2017, après une carrière d'enseignant-chercheur au MIT. Il explique avoir gardé pendant ces années aux États-Unis des liens d'affection et d'amitié avec François Bayrou. Mais c'est grâce à la proposition d'alliance du MoDem avec Emmanuel Macron 2017, et après avoir redécouvert l'engagement de son grand-père, qu'il s'engage et devient député en 2017. Il est ensuite nommé ministre délégué au numérique puis délégué aux affaires européennes. Cependant, son histoire familiale a marqué sa trajectoire de vie dans son ensemble en lui livrant comme héritage « le goût » du service des autres, « fil rouge » de sa vie professionnelle.
C'est ainsi un discours plein d'optimisme qui ressort de cet échange, et le ministre qui se dit « déterminé » conclut en statuant qu'il se tiendra en 2027 aux côtés de ceux qui partagent cette détermination et un « enthousiasme » politique.”
- 2026-06-05 “Marina Ferrari : « Je trouve qu'on est très durs avec Mbappé » — À une semaine du début de la Coupe du monde aux États-Unis, au Mexique et au Canada, la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, Marina Ferrari, a accordé un entretien 100 % football à Ouest-France. Elle y déclare sa confiance dans l'équipe de France, revient sur les règles liées à la parole des joueurs pendant l'événement ou encore sur l'instrumentalisation possible de l'événement par Donald Trump.
Vous étiez à Clairefontaine lundi. Comment avez-vous trouvé les Bleus ?
Très soudés. Les six joueurs du PSG venaient d'arriver et on voyait qu'ils étaient heureux de se retrouver. Ils étaient concentrés, détendus, avec une très bonne ambiance.
On sent une vraie fierté de porter le maillot bleu.
Le président de la République, Emmanuel Macron, le sélectionneur, Didier Deschamps, et le président de la FFF, Philippe Diallo, ont eu des mots forts. Ce qui ressort surtout, c'est la force du collectif.
Qu'attendez-vous de cette Coupe du monde pour la France ?
Les Coupes du monde sont des moments de grande communion nationale. Quelle que soit la catégorie sociale, les gens se retrouvent pour vivre les matches et célébrer les Bleus. Dans le contexte international, économique et politique actuel, et alors que l'élection présidentielle approche, on a besoin de ces moments d'unité.
L'équipe de France peut-elle gagner ce Mondial ?
On a tous envie de voir les Bleus ramener une troisième étoile. Je suis assez superstitieuse donc je ne fais pas de pronostic, mais on a des atouts : l'équipe est numéro 1 mondiale au classement Fifa. Après, il y a des concurrents sérieux. Le premier match contre le Sénégal, le 16 juin, donnera déjà une bonne indication.
La défaite face à la Côte d'Ivoire ce jeudi 4 juin ne jette-t-elle pas un froid ?
C'est un match de préparation qui intervient après une semaine d'entraînement physique intense, donc je ne suis pas inquiète. C'est précisément l'objectif de ce type de rencontre : permettre à l'équipe de se préparer et d'identifier les points à travailler. Nous savons que les matches seront difficiles pendant la compétition mais je suis confiante dans le fait que l'équipe sera prête pour le début du tournoi.
Avez-vous un joueur préféré ?
Je les encourage tous. Et ce qui me frappe, c'est qu'il n'y a pas de starisation dans ce groupe.
On sent une bande de copains soudée autour d'un objectif commun.
Comme au Paris Saint-Germain, qui a gardé son titre européen : on sent émerger quelque chose de plus collectif dans le football français. C'est le fruit du travail mené par les clubs et la Fédération.
Votre finale rêvée ?
Une revanche contre l'Argentine.
Kylian Mbappé a pris position politiquement, notamment contre le Rassemblement National. Qu'en pensez-vous ?
Kylian Mbappé est un citoyen comme les autres. Il a le droit d'exprimer une opinion.
Plus largement, je trouve qu'on est très dur avec lui en ce moment d'une manière générale. C'est notre capitaine et un de nos meilleurs joueurs. Laissons nos Bleus tranquilles pendant leur préparation.
Les joueurs peuvent-ils prendre position pour certaines causes pendant le Mondial ?
En dehors du terrain, ce sont tous des citoyens comme les autres, mais, là, dans le collectif, les règles sont claires : ils porteront le maillot de l'équipe de France et seront concentrés sur la compétition. Ce n'est pas l'objet, à ce moment-là, de défendre des causes spécifiques. Leur mission, c'est de faire rayonner le foot français et d'aller le plus loin possible.
L'hymne national fait partie de nos valeurs républicaines, mais, sur les derniers matches, je n'ai observé personne rechigner à le chanter. Après, certains peuvent être submergés par l'émotion et ne pas pouvoir le faire. Ce qui compte aussi, c'est l'attitude, la ferveur, l'engagement.
Quand irez-vous voir les Bleus ?
Je serai à New York pour leur premier match, contre le Sénégal, le 16 juin. Ensuite, ça dépendra du déroulé de la compétition. Je vais profiter d'être sur place pour des rendez-vous autour de la filière sport française, avec Business France et des entreprises françaises et américaines. Nous irons également voir comment les États-Unis développent le sport féminin, notamment dans le football, où ils sont en avance.
Prix des places, nombre de matches, distances, pollution… Ce Mondial est celui de la démesure : ne faut-il pas dire stop à un moment ?
Je ne suis pas responsable de l'attribution de cette Coupe du monde. Mais en France, et plus largement en Europe, quand nous organisons de grands événements sportifs, nous faisons attention à la sobriété et aux engagements environnementaux et sociétaux. Paris 2024 a été une réussite sur ce point. Souvenez-vous aussi de la billetterie populaire avec des places à bas prix. Nous sommes aussi attachés à un modèle sportif accessible au plus grand nombre et solidaire. Par exemple, trois quarts des recettes de Roland-Garros financent le tennis amateur français.
Craignez-vous que Donald Trump instrumentalise cette Coupe du monde ?
Les grands événements sportifs peuvent toujours susciter des tentatives de récupération politique. Moi, j'essaie de préserver le sportif du politique. C'est la ligne que j'ai tenue, par exemple, lors des Jeux paralympiques de Milan : du fait de la réintégration sous leurs couleurs des athlètes russes et biélorusses, je n'étais pas présente au moment politique de la cérémonie d'ouverture, mais j'ai assisté aux compétitions.
On est évidemment toujours sur une ligne de crête mais je veux toujours préserver nos athlètes.
On a en tête les violences après le succès du PSG. Si la France gagne, on peut imaginer des scènes de liesse mais aussi des débordements, malheureusement. Peut-on encore célébrer une victoire sans violences ?
Je le souhaite et nous mettons tout en œuvre pour ça.
Une nouvelle fois, il faut distinguer les supporters, dans leur immense majorité respectueux, des casseurs, qu'on retrouve dans différents rassemblements, sportifs ou non.
Personne n'accepte plus de voir ces moments de ferveur gâchés par des individus venus pour semer le chaos et affronter les forces de l'ordre. C'est pourquoi le ministère de l'Intérieur avait mobilisé des moyens très importants : 8 000 policiers à Paris, 22 000 en France. Cela a permis davantage d'interpellations, mais nous devons aller plus loin pour éradiquer cette violence.
Comment ?
Cela passe par un renforcement de la réponse sécuritaire dans le cadre du projet de loi Ripost que nous portons, notamment pour lutter contre l'usage des mortiers d'artifice et étendre les interdictions administratives de stade, mais aussi par la prévention, l'éducation et la transmission des valeurs positives du supportérisme français auprès des jeunes. Je vais d'ailleurs relancer l'Instance Nationale du Supportérisme pour cela. Sans oublier qu'il faut une réponse judiciaire forte.
Didier Deschamps s'apprête à quitter son poste de sélectionneur. Est-ce une mauvaise nouvelle pour l'équipe de France ?
Je ne sais pas mais il restera un joueur et un sélectionneur qui aura durablement marqué le football français. Si aujourd'hui l'équipe de France est aussi forte, c'est aussi grâce au travail qu'il a accompli.
C'est une personnalité exceptionnelle, très accessible, très au contact des gens. Il est entré dans le cœur de tous les Français.
Que pensez-vous de la future nomination de Zinédine Zidane à la tête des Bleus ?
Bien tenté ! Même si j'avais le nom du futur sélectionneur, je ne dirais rien (rires). Laissons déjà Didier Deschamps faire sa Coupe du monde. Il faut soutenir le coach, son adjoint Guy Stéphan et tout le staff. Le nom de Zinédine Zidane revient beaucoup, mais la France a aussi d'autres entraîneurs de très haut niveau. C'est une richesse.
Qu'attendez-vous de la Coupe du monde sur la pratique du football en France ?
Comme tous les grands rendez-vous, une Coupe du monde crée des vocations et une hausse des licences. Il faut continuer de structurer le foot dans les territoires, à investir dans les terrains, notamment avec les enjeux climatiques qui poussent vers des surfaces hybrides ou synthétiques.
Il faut aussi poursuivre la féminisation du football, avec des équipements et des vestiaires adaptés, tout en continuant à lutter contre les violences autour des terrains.
Quand la proposition de loi sur le sport professionnel sera-t-elle examinée à l'Assemblée nationale ?
Le texte sera inscrit à l'ordre du jour avant mi-juillet. Le retard est uniquement lié au calendrier parlementaire et à la loi de programmation militaire. Certains amendements risquent toutefois d'affaiblir la valeur des droits télévisés, par exemple en imposant davantage de matches gratuits ou d'extraits libres. Il faut encore expliquer ces enjeux économiques aux parlementaires.
La France du foot n'est pas la seule à briller. En ce moment, Wembanyama, Dupont, Seixas, les frères Lebrun, Marchand, Ferrand-Prévot, Beaugrand… Assiste-t-on à un nouvel âge d'or du sport français ?
Je ne l'espère pas, car je veux croire que nous sommes encore dans une phase ascendante. Les efforts mis sur la haute performance, notamment avec l'Agence nationale du sport, ont porté leurs fruits. Il y a dix ans, beaucoup d'athlètes galéraient encore pour se consacrer pleinement à leur performance. Aujourd'hui, l'accompagnement est meilleur et cela produit des résultats. Et avec notre programme "Ambition bleue", on prépare déjà la génération des JO de Brisbane 2032, en repérant des sportifs toujours plus jeunes et en accompagnant aussi les coaches.
Pourtant, face au manque de bénévoles, à la baisse de certaines subventions, le sport amateur fait souvent part de son inquiétude…
J'entends les craintes.
Mais entre 2017 et maintenant, le budget des sports a progressé de plus de 30 %. On a capitalisé sur le sport français. Ce sera une des grandes réussites des deux quinquennats d'Emmanuel Macron, n'en déplaise à certains.
On a repensé la politique sportive, et redonné des moyens à la pratique sportive française. L'an passé, certes, on a baissé de 6 % le budget, mais on a limité la casse. Comme tous les autres secteurs, on ne peut pas s'exonérer d'efforts, mais il faut qu'il soit mesuré pour ne pas casser la dynamique.
L'Autorité nationale des jeux (ANJ) a lancé une alerte sur les paris sportifs en ligne et les risques d'addiction à l'approche du Mondial. Vous la partagez ?
Bien sûr. Nous sommes très vigilants sur la lutte contre les addictions et nous travaillons beaucoup avec l'ANJ. Les paris sportifs en ligne participent aussi au financement du sport, donc nous en avons besoin, mais dans un cadre strict pour éviter les phénomènes de dépendance. Sur les grands rendez-vous comme la Coupe du monde, l'attention est renforcée.
Beaucoup de matches seront diffusés tard le soir à cause du décalage horaire. Quel message adressez-vous aux parents qui hésitent à laisser leurs enfants regarder ?
Le débat va vite se détendre, car la plupart des enfants seront en vacances scolaires pendant les phases finales. Cela permettra de regarder plus facilement une demi-finale ou une finale ensemble !”
- 2026-06-05 “Sarah El Haïry : « Les parents doivent pouvoir vérifier qui s'occupe de leurs enfants » — Dans un entretien au Figaro, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l'Enfance et vice-présidente du MoDem, revient sur la prise de conscience des violences sexuelles faites aux mineurs et alerte sur les nouveaux risques liés notamment à l'exposition précoce à des contenus pornographiques violents en ligne. Elle plaide pour renforcer les outils de protection de l'enfance et associer davantage les victimes à la construction des politiques publiques.
LE FIGARO. - Comment expliquez-vous l'explosion des affaires de violences sexuelles sur mineurs ?
SARAH EL HAÏRY. - Ce que l'on perçoit comme une explosion est le signe que la société commence, enfin, à regarder ces violences en face. Les victimes ont toujours parlé, mais il y avait de la gêne, du déni, parfois une volonté de ne pas remettre en cause certaines institutions. Des instances comme la Ciivise ou la Ciase ont structuré l'écoute et légitimé la parole des victimes. Il est apparu que ces affaires touchaient tous les milieux sociaux et avaient une ampleur insoupçonnée.
La tolérance sociale a reculé. On nomme davantage les violences, y compris l'inceste, qui restait un impensé.
Aujourd'hui, les professionnels commencent à être mieux formés pour recueillir cette parole, ce qui fait remonter davantage de signalements.
Mais il y a aussi une évolution plus profonde, plus préoccupante. L'exposition de plus en plus précoce à une pornographie violente, souvent accessible sans filtre, y compris sur les réseaux sociaux, n'est pas sans effet. On ne parle plus d'une pornographie érotique mais de contenus très violents, vus dès un très jeune âge, qui viennent altérer les représentations des relations affectives et sexuelles. Ils peuvent créer une addiction, même chez des jeunes adolescents.
LE FIGARO. - La proposition de loi dite « Bétharram » et le projet de loi sur la protection de l'enfance renforcent le contrôle de l'honorabilité des professionnels et bénévoles au contact des mineurs et prévoient même une « liste noire » pour écarter les personnes présentant des comportements inadaptés... Cette avancée est-elle suffisante ?
Depuis que j'ai lancé la plateforme qui délivre des « attestations d'honorabilité » pour les intervenants dans les secteurs de la petite enfance et de la protection de l'enfance, il y a eu à date 5 277 refus sur 957 850 attestations. Ce chiffre montre que le dispositif est loin d'être symbolique. Il permet déjà d'écarter des milliers de personnes qui n'avaient pas vocation à travailler au contact d'enfants.
En ce sens, l'honorabilité constitue une première ligne de protection indispensable qui repose sur une idée simple : lorsqu'il existe une condamnation ou même une procédure en cours, il ne doit pas y avoir d'exposition aux enfants.
Mais il faut aussi en voir les limites. Tous ceux qui n'ont jamais été condamnés ou signalés échappent à ce filtre. La mise en place d'un fichier complémentaire, parfois qualifié de « liste noire » , vise à mieux partager les informations issues de procédures administratives ou disciplinaires, avant même une condamnation, pour éviter qu'elles restent cloisonnées entre institutions.
Je plaide pour que le projet de loi autorise les parents employeurs à accéder au certificat d'honorabilité. Les parents doivent pouvoir vérifier qui s'occupe de leurs enfants. C'est un point clé. Aujourd'hui, ce droit est réservé aux professionnels, alors même que les parents confient leurs enfants à domicile, souvent sans aucun outil de vérification autre que la possibilité méconnue de demander le bulletin 3 de leur casier judiciaire. Tout un pan des adultes au contact des enfants échappe encore aux vérifications : les baby-sitters, les cours à domicile, l'aide aux devoirs, les associations qui ne sont pas déclarées en accueil collectif de mineurs, les plateformes qui font de la mise en relation entre baby-sitters et parents.
Pour autant, même renforcé, ce dispositif ne saurait suffire.
La protection repose sur une approche globale. Elle suppose de former tous les adultes au contact des enfants, de mieux armer les enfants eux-mêmes pour reconnaître les violences, et de renforcer les dispositifs de signalement. Elle implique aussi de lever les freins culturels qui persistent autour du signalement.
LE FIGARO. - Cette semaine, vous participez à la conférence mondiale de l'Alliance des pays pionniers pour mettre fin aux violences faites aux enfants, à Turin. Allez-vous y défendre la création du « conseil des victimes » que vous avez annoncée à la suite des affaires Bétharram et Le Scouarnec ?
À Turin, l'enjeu est de défendre une conviction simple : on ne construira pas une politique efficace de prévention sans les victimes elles-mêmes. Elles ont toujours parlé, mais aujourd'hui, il faut aller plus loin et reconnaître leur expertise. L'idée du conseil des victimes, qui verra le jour en 2026, s'inscrit dans cette logique. Il ne s'agit pas seulement d'un espace d'écoute, mais d'un outil pour co-construire les politiques publiques. Parce que ceux qui ont vécu ces violences savent précisément où sont les failles : dans les parcours, dans les institutions, dans les moments où la parole n'a pas été entendue.
Il ne s'agit pas uniquement de traiter les violences sexuelles mais de prendre en compte l'ensemble des violences faites aux enfants.
Car, sur le terrain, on observe un continuum entre le harcèlement, les carences éducatives, les violences sexuelles et les cyberviolences. Ce conseil doit permettre de bâtir des politiques de prévention plus justes, plus concrètes, plus ancrées dans le réel. Il permettra de nourrir les formations, les campagnes, les dispositifs d'accompagnement.
Alors que les auteurs de violences sont souvent d'anciennes victimes, il faut tenter de briser un cycle de reproduction. Et pour cela, il est indispensable de s'appuyer sur ceux qui en ont fait l'expérience.
Lire l'entretien dans Le Figaro.”
- 2026-06-04 “Marina Ferrari : « C'est l'ensemble du sport qui souffre encore d'un manque de féminisation » — Invitée des 4 Vérités sur France 2 ce jeudi 5 juin, Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, est revenue sur les violences observées en marge de la finale de Ligue des champions avant d'évoquer l'un de ses grands combats : la féminisation de la pratique sportive.
Violences dans le sport : « Les forces de l'ordre ont fait un travail remarquable »
Interrogée sur les violences qui ont éclaté en marge de la finale entre le PSG et Arsenal, Marina Ferrari a d'abord tenu à distinguer les supporters des individus venus troubler l'ordre public. Si elle s'est réjouie des célébrations sportives et de l'engouement populaire suscité par les performances du club parisien, elle a rappelé que « nous sommes tous excédés par les images que nous avons vues ».
Beaucoup de choses ont été faites, parce que moi je tiens à saluer le travail des forces de l'ordre.
Face à ces débordements, la ministre a défendu avec force l'action des pouvoirs publics et des forces de l'ordre. « Les forces de l'ordre ont fait un travail remarquable », a-t-elle affirmé, soulignant le renforcement des effectifs et le nombre important d'interpellations réalisées. Alors que certains responsables politiques ont critiqué l'action policière, Marina Ferrari a pris le contre-pied de ces accusations en rappelant le professionnalisme des agents mobilisés.
Pour la ministre, la réponse doit désormais être judiciaire. Rappelant qu'il y a eu « 45 % d'interpellations en plus », elle estime que « maintenant c'est la justice qui doit faire son travail avec des peines sévères ». Un message de fermeté qu'elle a réaffirmé tout au long de l'entretien :
Nous ne lâchons rien sur le sujet. Et il faut absolument continuer.
Concernant les futures célébrations liées à la Coupe du monde de football, Marina Ferrari a rappelé que l'organisation des fan-zones relève des collectivités territoriales. Elle a néanmoins assuré qu'un travail étroit serait mené avec elles et le gouvernement afin d'adapter les dispositifs de sécurité en fonction de l'avancée de la compétition.
La ministre a également soutenu la ligne défendue par le gouvernement et le Premier ministre. Selon elle, ceux qui commettent des dégradations doivent répondre de leurs actes pénalement mais aussi financièrement. Reprenant une formule désormais assumée par l'exécutif, elle a rappelé :
Aujourd'hui, nous appliquions un principe simple : qui casse doit aussi payer.
Enfin, Marina Ferrari a insisté sur le fait que ces violences dépassent largement le seul cadre sportif. Elle observe que ce type de comportements se retrouve également lors d'autres grands rassemblements populaires. « On est aujourd'hui, je pense, confrontés à des personnes qui veulent en découdre avec les forces de l'ordre », a-t-elle expliqué, plaidant pour une réponse ferme et durable face à un phénomène qui « s'installe en France ».
Ce n'est pas spécifique à la France, on l'a vu dans d'autres mouvements, dans d'autres pays, mais c'est vrai que c'est un phénomène qui aujourd'hui s'installe en France et contre lequel nous sommes extrêmement mobilisés.
Féminisation du sport : « Une des grandes thématiques qui m'occupe beaucoup »
Autre sujet majeur de l'entretien : l'accès des femmes à la pratique sportive. Pour Marina Ferrari, il s'agit d'un enjeu central de l'action conduite au ministère.
Les jeunes filles, les petites filles, les femmes aussi, malheureusement, c'est tout le sport qui souffre d'un manque de féminisation.
La ministre a souligné les multiples freins qui expliquent cette situation. Certains sont culturels, avec des jeunes filles qui pratiquent moins certaines disciplines. D'autres sont territoriaux, notamment dans certains quartiers où « l'accès des jeunes femmes est plus difficile ». À cela s'ajoutent des obstacles économiques, auxquels le gouvernement répond notamment à travers des dispositifs comme le Pass'Sport ou le développement du sport à l'école.
C'est une des grandes thématiques qui m'occupe beaucoup au ministère des Sports.
Marina Ferrari a également insisté sur la nécessité de mieux prendre en compte les différentes étapes de la vie des sportives. La période de la puberté constitue, selon elle, un moment clé qui nécessite un accompagnement spécifique. C'est dans cette logique que le ministère a publié en début d'année plusieurs outils destinés aux éducateurs et aux encadrants sportifs. Elle a notamment cité le guide Puberté et performance, conçu pour que « l'évolution des jeunes femmes soit mieux prise en compte dans l'encadrement qui en est fait ».
Enfin, la ministre a rappelé que la féminisation du sport passe aussi par l'amélioration concrète des infrastructures. « On doit avoir des vestiaires adaptés aussi pour accueillir les femmes », a-t-elle souligné, illustrant une approche pragmatique visant à lever les obstacles du quotidien qui freinent encore la pratique sportive féminine.”
- 2026-06-04 “Colloque à la Sorbonne : Le projet démocrate-chrétien entre transformation personnelle et changement collectif — Mercredi 3 juin 2026, l'amphithéâtre Milne Edwards de la Sorbonne accueillait un grand colloque consacré aux racines et aux héritages de la démocratie chrétienne. Initié par les chercheurs Agnès Louis (Université catholique de l'Ouest), Charles Mercier (Université de Bordeaux) et Christophe Bellon (Université Catholique de Lille), co-organisé par la revue France Forum, le GSRL (Groupe Sociétés, Religions, Laïcités) du CNRS et de l'EPHE-PSL, l'association Georges Hourdin, l'Institut de recherche pour l'étude des religions (Sorbonne), l'amicale du MRP, le LACES (Université de Bordeaux), le collège des Bernardins et l'Université Catholique de l'Ouest, l'événement a permis de faire dialoguer des hommes politiques, des chercheurs, spécialistes des religions et historiens, ainsi que des témoignages.
Qu'est-ce que la démocratie chrétienne ? L'ancien Premier ministre et président du MoDem François Bayrou a ouvert le colloque par ces mots simples et forts :
Pour beaucoup d'entre nous dans cette salle, la démocratie chrétienne, c'est notre vie. Avec un point commun : nous avons toujours refusé que la démocratie chrétienne soit le nom d'un parti politique.
Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. En France, la religion ne doit pas être organisée en centre de pouvoir. Il y a même une différence ontologique entre la loi et le pouvoir. La pensée de Pascal est essentielle pour saisir cette distinction entre l'ange et la bête. François Bayrou est revenu sur cette histoire qui lui est si familière : celle de l'édit de Nantes, de sa révocation, jusqu'à la loi libérale de 1905. Car la laïcité ne s'arrête pas à la tolérance : récuser l'idée qu'une religion domine la société ne suffit pas, une compréhension mutuelle entre les religions et avec les non-croyants est nécessaire, et nous nous réjouissons de ce pluralisme.
L'adhésion philosophique au pluralisme possède une signification profonde. La laïcité ne se limite pas aux questions philosophiques, spirituelles, religieuses : il y a une laïcité politique à construire. Tout l'objet du colloque était précisément de réfléchir à l'articulation entre la conversion personnelle, domaine de l'intime, et les transformations collectives. Si les deux domaines, religion et politique, sont nettement séparés, c'est bien dans la conscience des individus que peut s'éveiller la responsabilité. Agnès Louis a retracé avec clarté le parcours intellectuel et politique du philosophe Marc Sangnier qui, avec le Sillon, visait à établir un humanisme civique dans une société en pleine mutation. Pour Sangnier, la démocratie, ce n'est ni la simple consécration des droits individuels, ni la transposition d'une volonté collective qui serait d'emblée homogène, c'est un travail de la conscience qui s'éveille et qui s'exerce.
Charles Mercier s'est interrogé sur ce que d'aucuns appellent la zombification de la démocratie chrétienne. Comme si, pour reprendre le mot de Blandine Chelini-Pont (Université d'Aix-Marseille) le religieux s'était dissout dans le politique. Le philosophe Emmanuel Mounier enjoignait les citoyens à la vigilance contre le risque du sommeil spirituel. Et la nature même de l'engagement politique concret ne conduit-elle pas à oublier la méditation ? C'était le dilemme de Jacques Delors, remarquablement exposé par l'historien Christophe Bellon, qui publie en septembre une biographie du social-démocrate. L'itinéraire spirituel et politique de Jacques Delors, qui ne se disait pas démocrate chrétien, est emblématique de ces paradoxes : comment agir en chrétien dans le monde ? C'est encore l'aventure européenne, fondée sur le compromis, qui correspond le mieux à cet esprit.
L'historien Denis Pelletier est revenu sur la richesse des études sur le courant démocrate chrétien (chez Jean-Marie Mayeur, Pierre Letamendia, Jean-Claude Delbreil notamment), puis sur son tarissement dès les années 1970-1980. L'identification souvent opérée entre l'inspiration démocrate chrétienne et le parti MRP, né de l'élan de la Résistance mais qui s'est peu à peu éloigné de ses sources vives, y est pour beaucoup. La démocratie chrétienne, ce n'est pas une histoire partisane. C'est autre chose, une inspiration, une boussole.
Sur l'histoire des idées, la matinée a été riche en monographies sur les pensées de Marc Sangnier, d'Emmanuel Mounier par l'historien Jacques Le Goff, de Jacques Maritain et d'Etienne Borne (co-fondateur de France Forum avec Jean Lecanuet et Henri Bourbon) par Bernard Hubert, qui publie ce mois de juin une biographie d'Etienne Borne, figure essentielle de la démocratie chrétienne.
Très émouvant, l'après-midi a vu se succéder des portraits d'acteurs de l'époque, comme celui du résistant André Colin. Présent dans l'amphithéâtre, son fils a remercié la jeune doctorante qui mène ces recherches. La journaliste Elodie-Font prépare une bande dessinée sur les premières femmes élues à l'Assemblée : parmi ces 33 femmes, 9 issues du MRP, comme Marie-Madeleine Dienesch, Francine Lefebvre. D'origines diverses, elles ont un point commun : elles n'avaient pas imaginé un parcours politique et leur engagement, hasard ou providence, s'est révélé puissant et fécond. L'historienne Blandine Chelini-Pont nous a magistralement raconté, avec cœur, l'itinéraire de Germaine Poinso-Chapuis, avocate, élue marseillaise et première femme ministre, qui a beaucoup œuvré pour la cause des femmes, des enfants maltraités et contre l'alcoolisme. Germaine Poinso-Chapuis était à la fois fervente catholique et féministe.
La politologue Marie-Pierre Wynands (Université Catholique de Lille) a exposé avec finesse les paradoxes de l'étiquette « démocratie chrétienne », dont les acteurs eux-mêmes ne se réclament pas. Dans son livre, elle a choisi d'examiner ce terme « démocratie chrétienne » non pas avec des pincettes mais entre les pincettes.
L'historien Bruno Béthouart a rappelé que l'inspiration des démocrates chrétiens venait de la doctrine sociale de l'Eglise. Le point commun des élus politiques de ce courant, comme Henri Fréville, Charles Bosson, Paul Bacon ou Pierre Pfimlin, c'est : le souci de la modernité et la maîtrise de l'urbanisation, dans le respect de la nature.
La journée s'est achevée sur un dialogue passionnant entre le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et le grand historien des religions Philippe Portier. Jean-Noël Barrot, petit-fils de Noël et fils de Jacques, tombé tout petit dans la marmite de la démocratie chrétienne, a rappelé que la conversion personnelle s'opérait tout au long de sa vie, par les rencontres. Avec la mémoire de son grand-père résistant, puis avec François Bayrou et, plus récemment, avec le fantôme familier de Robert Schuman, dont il occupe le bureau. Philippe Portier est revenu sur les étapes de la démocratie chrétienne, sur les raisons de son déclin et sur son regain.
Aujourd'hui, à l'heure où des personnalités comme Vincent Bolloré ou Pierre-Edouard Stérin n'hésitent pas à brandir en étendard l'étiquette « démocrate-chrétien », il est d'autant plus nécessaire d'en rappeler les sources. Agir en tant que chrétien, ce n'est pas agir en chrétien. L'humilité et la pudeur ont bien plus souvent leur place dans les trajectoires individuelles que l'on a examinées en cette journée.”
- 2026-06-04 “Philippe Latombe : « Sur le plan technologique, nous sommes extraordinairement dépendants » — Face à la montée des tensions géopolitiques et à l'accélération de la numérisation de l'économie, la question de la souveraineté technologique devient centrale. Dépendances aux logiciels, aux infrastructures ou aux chaînes d'approvisionnement : la France et l'Europe sont-elles devenues vulnérables ? Notre député Philippe Latombe analyse les risques et esquisse les pistes pour retrouver une autonomie stratégique pour la Revue Politique et Parlementaire.
Revue Politique et Parlementaire – La numérisation accélérée de la société place la France dans une situation de dépendance à des ressources, notamment minières et technologiques, qui viennent de l'étranger. Mais quelle est l'ampleur de cette dépendance de notre pays vis-à-vis de ces ressources ? Certains secteurs vous paraissent-ils davantage touchés ?
Philippe Latombe – Nous sommes extraordinairement dépendants. D'une part, économiquement, comme en témoigne l'étude du Cigref d'avril 2025, laquelle se trouve dans la droite ligne du rapport Draghi. Il suffit d'ailleurs d'interroger les chefs d'entreprise pour voir que le budget des DSI a fortement augmenté ces dernières années, pas tant pour faire des investissements que pour combler l'augmentation des prix des licences. La capacité unilatérale d'augmenter les prix sans risquer de perdre en volume d'affaires est le signe d'un pouvoir de marché très important dont disposent les fournisseurs de technologie, nous plaçant dans une situation dite de « preneur de prix ». Je pense notamment à SAP.
D'autre part technologiquement. Sur le logiciel, bien sûr, vis-à-vis des Américains, et des Israéliens sur la partie défense et sécurité, mais aussi sur le hardware, avec les puces taïwanaises, les GPUs américains, ou encore les terminaux dominés par les Coréens, les Chinois et les Américains. Sans même parler de l'IA où la dépendance à ChatGPT est assez forte, mais où elle est atténuée par l'existence de modèles open source, ou plutôt « open code », ou l'existence d'un acteur tel que Mistral ou Anthropic qui semble ne pas vouloir jouer la partition du Pentagone.
Il y a néanmoins quelques domaines dans lesquels ce sont les autres qui dépendent de nous. Je pense à la fonderie pour les puces avec ASML, ou dans la défense avec des acteurs comme Thales, Dassault et Airbus qui ont la capacité de produire tous seuls, sur de petites séries, des éléments essentiels de leurs produits.
RPP – Quelles sont les conséquences très concrètes de notre niveau de dépendance technologique vis-à-vis de l'étranger ?
Philippe Latombe – On a déjà parlé du prix. On pourrait évoquer l'épisode VMware, ou l'augmentation du prix des licences de Microsoft.
Ces hausses de prix, c'est un mouvement de fond qui n'est pas près de s'arrêter car les entreprises étrangères nous savent captifs. Les négociations tarifaires nous sont systématiquement défavorables, surtout pour les PME.
Sur la partie « dépendance technologique », je pense utile de prendre Salesforce comme exemple illustratif. C'est un exemple évocateur car on ne change pas de CRM tous les quatre matins, mais tous les dix ou quinze ans. Un tel choix oblige à souscrire à tous les add-ons, ce qui réduit de nouveau la capacité future à changer de fournisseur.
Enfin, on peut aussi parler de dépendance sociétale. Quand je dis « je t'ai envoyé un Word ou un Excel », cela démontre que ces logiciels sont devenus durablement des commodités, raison pour laquelle les développeurs cherchent à intégrer le secteur de l'éducation pour habituer les gens à utiliser l'outil au plus tôt, et à y demeurer fidèles. Ce qui est valable pour le logiciel l'est tout autant pour les terminaux, notamment le téléphone.
Mais là encore, l'intelligence artificielle pourrait rebattre les cartes à l'avenir.
On voit à quel point la recherche sur Internet est en train de muter via l'IA, notamment agentique. Il y a peut-être une place à prendre pour des acteurs européens dans ce mouvement de mutation pour faire valoir des alternatives éthiques et conformes à notre modèle. Et si on n'y parvient pas, on risque de remplacer une dépendance par une autre.
RPP – Nous sommes donc largement dépendants de puissances étrangères qui ne sont plus toujours parfaitement alignées avec nos valeurs et nos intérêts stratégiques. N'est-ce pas là un risque systémique existentiel ?
Philippe Latombe – La rencontre entre Donald Trump et le chancelier allemand à la Maison Blanche est sidérante. Trump a expliqué, face aux journalistes, que la Cour suprême lui avait certes interdit d'appliquer des droits de douane, mais qu'elle l'autorisait à déréférencer toute entreprise étrangère qui exerçait son activité aux États-Unis. À la suite de quoi, il a menacé les entreprises espagnoles, au motif que l'Espagne aurait refusé que les États-Unis utilisent certaines bases pour attaquer l'Iran.
Trump est coutumier de ce mode opératoire fait de chantage et d'intimidation, au mépris des règles. Et le prix potentiel à payer est fort.
Le risque de désalignement n'est pas que stratégique, mais aussi sur le terrain des valeurs. Par exemple, dans le cadre de l'agression russe ou du conflit israélo-palestinien, un certain nombre d'entreprises françaises ou européennes ont décidé de ne plus recourir à des solutions israéliennes, d'abord pour des questions de réputation, mais aussi pour se conformer au « cahier des charges » des valeurs européennes.
Reste que la dépendance à l'Asie, et notamment à la Chine, est très préoccupante. L'exemple de Shein est évocateur car, malgré une vraie volonté, on n'a pas été en mesure de bannir l'application. La raison en est simple : dans les matières premières ou les biens manufacturés, nous dépendons totalement de chaînes de valeur que la Chine maîtrise. On paie notre pari européen de la mondialisation à 100 %.
Américains et Chinois adorent la mondialisation… quand ils gagnent ! Ils se sont donc protégés contre certains excès de la mondialisation, par des mesures protectionnistes ciblées. Ce que nous avons refusé de faire.
RPP – Comment rééquilibrer les choses ?
Il faut d'abord retrouver notre capacité d'innovation. Donc il faut investir dans la R&D, dans la science fondamentale et dans l'éducation. On vit trop sur nos acquis !
On dit qu'on est les meilleurs en IA, mais on tape dans notre stock d'ingénieurs, et on en produit beaucoup moins et de niveaux beaucoup plus faibles que ceux qu'on produisait avant.
Il faut, ensuite, une fiscalité incitative et stopper le dumping intra-européen, à commencer par revoir la possibilité de rapatrier les profits dans le pays d'origine des entreprises, parfois loin des lieux de production ou de consommation.
Il y a, enfin, la question de la commande publique qui doit prioriser l'achat de solutions européennes, ainsi que le préconise le rapport Draghi.
Il faut donc réinvestir les filières, mais aussi des capacités intellectuelles, et un marché européen unifié, au moins sur le plan fiscal. Le problème, c'est que l'Europe n'est pas un pays unifié comme la Chine, ni un État fédéral comme les États-Unis, mais un espace économique avec 27 États souverains qui n'ont pas toujours les mêmes intérêts. Soit nous sommes trop gros, soit insuffisamment fédérés, mais pour l'heure, nous sommes insuffisamment efficaces.
RPP – Impossible de parler éducation sans évoquer le citoyen. Comment pourrait-on mieux impliquer le citoyen-consommateur à cette discussion ? Comment les Français peuvent-ils se réapproprier la question de la souveraineté numérique ?
Philippe Latombe – C'est un sujet des plus complexes qui requiert une forme de cohésion nationale. Je pense que cela passe là aussi par l'éducation. On a réussi dans le domaine de l'écologie. Il n'y a plus un gamin aujourd'hui qui ne fasse pas la morale quand on laisse le robinet ouvert plus que nécessaire, quand on prend l'avion ou la voiture, ou quand on utilise un pesticide…
On a réussi cette transformation-là auprès de nos jeunes sur l'écologie, pourquoi ne serions-nous pas en mesure d'y parvenir pour le numérique ?
C'est essentiel car on leur a mis des outils technologiques entre les mains, sans jamais leur apprendre à les utiliser de façon efficiente. Cela ne passe d'ailleurs pas forcément par l'interdiction, car il ne faut pas renoncer à la valeur éducative de ces technologies.
Dans tous les cas, je ne pense pas qu'on ait de solution législative en claquant des doigts. C'est vraiment du travail de long terme, qui implique les universitaires, les médias, l'école, et des éléments déclencheurs d'une réaction de l'opinion. Les fuites de données sensibles ou la prise de conscience du fait que l'IA puisse être déléguée à des fins militaires peuvent faire bouger les lignes dans la société.
Lire l'entretien dans la Revue Politique et Parlementaire.”
- 2026-06-03 “Bruno Fuchs : « Entre Israël et le Liban, la solution est politique, pas militaire » — Invité de Radio J ce mercredi 3 juin, Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale et député du Haut-Rhin, est revenu sur le conflit israélo-libanais, la guerre en Ukraine, en passant par les tensions avec l'Iran et l'avenir du projet européen.
Israël/Liban : « La solution est politique, elle n'est pas militaire »
Interrogé sur les tensions entre Israël et le Liban, Bruno Fuchs a rappelé l'objectif partagé par la France et une partie de la communauté internationale : le désarmement du Hezbollah. Mais pour lui, cet objectif ne peut être atteint par la seule voie militaire.
Vous ne pouvez pas convaincre le Hezbollah de se désarmer. Il faut respecter le cessez-le-feu et accompagner le Liban pour renforcer son autorité et désarmer le Hezbollah.
Selon le président de la commission des Affaires étrangères, les opérations militaires risquent au contraire d'éloigner la perspective d'un règlement durable. « Vous ne pouvez pas convaincre le Hezbollah de se désarmer » par des frappes, a-t-il expliqué, plaidant pour une autre approche. Pour Bruno Fuchs, « la solution est politique, elle n'est pas militaire ».
Il a ainsi insisté sur la nécessité de respecter le cessez-le-feu et d'accompagner les autorités libanaises dans le renforcement de leur souveraineté. La France et la communauté internationale doivent, selon lui, aider le Liban à « renforcer son autorité et à désarmer le Hezbollah », élément qu'il considère comme central dans la relation conflictuelle entre Israël et son voisin.
Moyen-Orient : « C'est l'Iran aujourd'hui qui a la maîtrise du temps »
Évoquant les évolutions récentes de la crise entre l'Iran, Israël et les États-Unis, Bruno Fuchs a estimé que les divergences stratégiques entre Washington et Jérusalem apparaissent désormais de façon plus visible.
Selon lui, les objectifs militaires affichés par Donald Trump n'ont pas été atteints, notamment concernant les capacités nucléaires iraniennes. Il observe désormais une opposition croissante entre Israël, qui souhaite poursuivre l'action militaire, et une partie des responsables américains qui cherchent une sortie de crise plus rapide.
Et il y a une divergence très forte entre Israël qui veut continuer l'action militaire et les États-Unis, dans lequel l'opinion publique et une grande partie aussi, je pense, de l'état-major militaire, lui demande aujourd'hui de sortir de cette crise, de cette opération militaire le plus vite possible.
Dans ce contexte, il considère que Téhéran dispose aujourd'hui d'un avantage dans les négociations. Reprenant l'image du « jeu du chat et de la souris », il a estimé que « Trump s'est transformé en souris alors qu'il voulait être le chat ».
C'est l'Iran aujourd'hui qui a la maîtrise du temps, la maîtrise de la négociation.
Cette situation illustre, selon lui, les limites d'une stratégie fondée principalement sur l'intervention militaire. Il juge que les États-Unis risquent d'en subir les conséquences diplomatiques à moyen terme, évoquant « un affaiblissement de l'influence des États-Unis dans le monde, très clairement, dans les années qui viennent ».
Ukraine : « La victoire de l'Ukraine pour la paix est absolument essentielle »
Concernant la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine, Bruno Fuchs a dénoncé avec fermeté les nouvelles attaques visant les populations civiles.
Oui, on peut condamner une nouvelle fois des attaques meurtrières contre les civils, qui sont certainement des crimes de guerre.
Les frappes russes contre des bus, des quartiers résidentiels ou encore la capitale ukrainienne constituent selon lui des actes qui « paraissent assez évidents » à qualifier de crimes de guerre, même s'ils doivent être pleinement documentés.
Notre député du Haut-Rhin estime par ailleurs que la situation intérieure russe se dégrade progressivement. Il évoque les difficultés économiques du pays ainsi que les interrogations qui pourraient émerger au sein même de l'appareil militaire russe sur la capacité de Vladimir Poutine à atteindre ses objectifs.
J'espère que ce sont des signaux avant-coureurs d'un effondrement de la Russie, ou en tout cas d'une volonté très rapide de négocier pour sortir de la guerre.
Face à cette situation, Bruno Fuchs a réaffirmé la position qu'il juge indispensable pour les Européens : « Pour nous, Européens, l'Ukraine doit gagner la guerre ». Une victoire ukrainienne n'est pas seulement un enjeu national pour Kiev ; elle constitue, selon lui, une condition de la sécurité du continent. C'est pourquoi il affirme que :
La victoire de l'Ukraine pour la paix, pour la liberté des citoyens européens est absolument essentielle.
Bruno Fuchs est également revenu sur la réunion qu'il a organisée avec plusieurs présidents de commissions des affaires étrangères des Parlements européens.
À ses yeux, les bouleversements géopolitiques récents ont profondément modifié la perception de l'Union européenne, y compris parmi certains responsables traditionnellement eurosceptiques. Il a ainsi évoqué un échange récent avec un ministre finlandais qu'il décrit comme « eurosceptique au départ ».
Selon lui, les actions de Vladimir Poutine et les incertitudes liées à la présidence de Donald Trump ont conduit de nombreux responsables européens à tirer la même conclusion :
Seule une Europe puissante est une Europe qui peut protéger les citoyens français.
Pour autant, Bruno Fuchs défend une Europe qui s'appuie sur les nations et sur leurs Parlements. Il estime que les assemblées nationales ne sont « pas suffisamment entendues » dans le débat public européen. Son ambition est donc de renforcer leur rôle afin de « construire une Europe plus puissante qui protège » avec les citoyens de chacun des États membres.”
- 2026-06-03 “À Paris, Bruno Fuchs réunit les présidents européens des commissions des Affaires étrangères — À l'initiative de Bruno Fuchs, député du Haut-Rhin et président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, le Comité européen des présidents des commissions des Affaires étrangères s'est réuni le 28 mai à Paris pour sa deuxième session de travail en présentiel.
Cette rencontre a rassemblé les représentants de 15 pays européens ainsi que du Royaume-Uni autour d'un objectif commun : renforcer la coordination politique des démocraties européennes face aux défis géopolitiques actuels.
Tout au long de la journée, les échanges ont porté sur les grandes priorités stratégiques du continent : soutien à l'Ukraine, défense européenne, autonomie stratégique, compétitivité économique, lutte contre les ingérences étrangères et la désinformation, ainsi que la coopération entre les parlements européens.
À l'issue des travaux, les participants ont affiché leur unité sur plusieurs priorités. Ils ont réaffirmé leur soutien « indéfectible » à l'Ukraine face à l'agression russe et souligné la nécessité d'associer pleinement les Européens aux discussions sur l'avenir de l'Ukraine et la sécurité du continent. Ils ont également insisté sur l'importance de défendre l'état de droit, les valeurs démocratiques et le modèle de société européen face aux menaces hybrides et aux tentatives de déstabilisation.
Les présidents des commissions des Affaires étrangères ont enfin appelé à accélérer la construction d'une Europe « plus souveraine, plus forte et plus influente », capable de peser davantage dans les équilibres internationaux.
Pour Bruno Fuchs, cette initiative contribue à structurer une véritable diplomatie parlementaire européenne. Les participants ont d'ailleurs souligné le rôle croissant des parlements dans la construction d'une vision commune et sont convenus de poursuivre leurs travaux sur plusieurs sujets clés, parmi lesquels la défense européenne, la souveraineté économique et les leviers d'action pour faire émerger une véritable Europe puissance.
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- 2026-06-03 “Delphine Lingemann : « Comment continuer à financer notre modèle social sans faire peser l'essentiel de son coût sur le travail ? » — Lors des questions au gouvernement de ce mercredi 3 juin, notre députée du Puy-de-Dôme, Delphine Lingemann, a interrogé le ministre de l'Industrie sur le coût du travail dans l'industrie et l'attractivité de la France.
Merci Madame la Présidente.
Monsieur le ministre chargé de l'Industrie, quand un fleuron industriel comme Michelin annonce la suppression de 10% de ses effectifs en France, nous devons entendre le signal. Derrière cette annonce, il y a d'abord 1500 salariés et leurs familles auxquels j'apporte tout mon soutien.
Mais il y a aussi une question de fond, celle de la compétitivité de nos entreprises. Coût du travail, fiscalité, concurrence internationale, poids des normes, nos entreprises nous alertent et les chiffres sont éloquents. Lorsqu'un employeur dépense 100 euros, le salarié n'en perçoit que 58,80. La France est le troisième pays de l'OCDE où les revenus du travail sont les plus taxés. Nos cotisations patronales demeurent supérieures à celles de nos concurrents.
Certes, des réformes ont été engagées, elles ont permis de stopper la désindustrialisation et de renforcer l'attractivité de notre pays, mais nous devons aller plus loin.
La question est simple, comment continuer à financer notre modèle social sans faire peser l'essentiel de son coût sur le travail ? Une voie existe pourtant, celle d'un transfert d'une partie des charges qui pèsent sur le travail vers la consommation grâce à une TVA ciblée et qui protégerait les plus modestes. Une mesure compensée par une baisse massive des cotisations patronales pour donner plus de pouvoir d'achat aux salariés.
Alors monsieur le ministre, ma question est simple : êtes-vous prêt à ouvrir ce chantier ? Plus largement, quelles mesures concrètes comptez-vous prendre pour renforcer la compétitivité de nos entreprises, accélérer la réindustrialisation de notre pays et préserver l'emploi en France ? Au-delà, pouvez-vous également nous préciser la position française au sein de la Commission européenne sur l'Industrial Accelerator Act ?
Je vous remercie.”
- 2026-06-02 “Jean-Noël Barrot : « Rien ne peut justifier la poursuite des opérations militaires et l'occupation prolongée d'Israël dans la profondeur du territoire libanais » — Invité des 4 Vérités sur France 2 ce mardi 2 juin, Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, est revenu sur les tensions au Liban et au Moyen-Orient, les enjeux de désinformation liés à la Russie, ainsi que sur la place du centre dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027.
Liban : « Rien ne peut justifier la poursuite des opérations militaires »
Alors que les tensions restent vives entre Israël et le Hezbollah, Jean-Noël Barrot a réaffirmé la position constante de la France : soutenir la sécurité d'Israël tout en défendant la souveraineté du Liban.
Le ministre a ainsi rappelé que la France reconnaît « le droit d'Israël à la légitime défense, y compris face aux attaques inacceptables du Hezbollah », tout en estimant que :
Rien ne peut justifier la poursuite des opérations militaires et l'occupation prolongée d'Israël dans la profondeur du territoire libanais.
Pour Paris, l'objectif demeure la consolidation du cessez-le-feu et la poursuite du dialogue engagé entre les autorités israéliennes et libanaises. Jean-Noël Barrot a souligné que des réunions prévues cette semaine à Washington doivent permettre d'avancer vers « la restauration de l'autorité de l'État libanais, le désarmement du Hezbollah et le retrait d'Israël du Sud-Ouest ».
Face aux menaces de frappes sur Beyrouth évoquées ces derniers jours, le chef de la diplomatie française a également détaillé les efforts diplomatiques engagés. Après les échanges entre Emmanuel Macron et Donald Trump, il a lui-même indiqué avoir parlé avec ses homologues iraniens et américains.
Il est hors de question que le Liban soit en quelque sorte une victime expiatoire d'un accord qui peine à se conclure entre l'Iran et les États-Unis.
Répondant aux critiques sur une prétendue passivité française, Jean-Noël Barrot a rappelé l'engagement constant de notre pays auprès du peuple libanais, tant sur le plan humanitaire que militaire. Il a également rendu hommage aux soldats français engagés au sein de la FINUL, estimant que ceux qui dénoncent aujourd'hui l'inaction de la France « insultent la mémoire des casques bleus français » tombés au Liban.
Moyen-Orient : « Un accord est à portée de main »
Au-delà de la situation libanaise, Jean-Noël Barrot a plaidé pour une conclusion rapide des discussions entre Washington et Téhéran.
Selon lui, « un accord est à portée de main » et les deux parties « doivent désormais tout faire pour le conclure ». Le ministre a décrit une situation devenue « insoutenable », qui « ne fait que des perdants, à commencer par les États-Unis et l'Iran ».
Cette crise a également des conséquences directes pour les Européens. Notre vice-président a rappelé que la France subit « de plein fouet les conséquences de cette guerre que nous n'avons pas choisie ». Il a donc appelé à un accord permettant la réouverture du détroit d'Ormuz, afin que « la circulation maritime puisse reprendre » et que les flux d'hydrocarbures, d'engrais et de marchandises retrouvent un fonctionnement normal.
Nous appelons donc les deux parties à se mettre d'accord pour que ce détroit d'Ormuz puisse réouvrir, que la circulation maritime puisse reprendre et que la circulation des hydrocarbures, mais aussi des engrais, bref, la circulation des marchandises puisse reprendre son cours normal.
Xenia Fedorova : « Servir la soupe de Vladimir Poutine »
Interrogé sur la présence médiatique de Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de Russia Today France, Jean-Noël Barrot a tenu des propos très fermes. S'il a rappelé que « chacun est libre de sa ligne éditoriale », il a considéré que :
Ouvrir ses plateaux, ses colonnes à Mme Federova, c'est tout simplement servir la soupe de Vladimir Poutine, puisque je crois qu'elle ne s'en cache même pas. Elle sert de relais à la désinformation du Kremlin.
Le ministre a toutefois souligné l'attachement de la France à l'état de droit. Refusant toute logique arbitraire, il a rappelé qu'« on n'expulse pas les gens sur la base comme ça d'opinion ». Une différence fondamentale avec les régimes autoritaires que Jean-Noël Barrot a illustrée en rappelant qu'en Russie, les opposants ou supposés « agents de l'étranger » peuvent être envoyés « au goulag ou dans des colonies pénitentiaires ».
Présidentielle 2027 : « Le temps de l'affirmation »
Enfin, notre vice-président a esquissé sa vision du rôle du centre dans le débat politique des prochains mois.
Récusant l'expression de « droite et centre », il a rappelé l'existence d'un courant politique autonome :
Il existe une droite dans notre pays. Il existe une gauche et il existe un centre.
Fidèle à la tradition portée par François Bayrou, il a affirmé que le centre est « indépendant » et « libre de ses alliances » et qu'il a vocation à présenter « un projet, une vision devant les Français » en 2027.
Le centre, c'est un courant ancien de la vie politique française qui a beaucoup de choses à dire et qui dans les semaines et les mois qui viennent va s'exprimer, s'affirmer dans sa singularité et sa radicalité.
Pour Jean-Noël Barrot, la priorité n'est pas aujourd'hui la désignation d'un candidat mais l'affirmation d'idées. « Ce n'est pas parce qu'on en a un ou qu'on n'en a pas, qu'on doit se taire », a-t-il lancé, estimant que « ce qui se joue en 2027 est suffisamment important ».
Le ministre a ainsi appelé à élargir le débat présidentiel et refusé qu'il soit « confisqué par Mme Le Pen et M. Bardella d'un côté, M. Mélenchon de l'autre ». Il souhaite voir émerger des sujets de fond tels que « le poids de la technocratie », « le sacrifice de la jeunesse » ou encore « le déclin du civisme dans notre pays », autant de thèmes qui, selon lui, doivent être placés « au centre de ce débat présidentiel ».”
- 2026-06-02 “Nicolas Turquois : « La France n'a pas simplement participé à l'histoire de la thérapie génique, elle l'a écrite » — Lors des questions au gouvernement, notre député de la Vienne Nicolas Turquois a interrogé la ministre de la Santé sur les maladies rares.
Merci Madame la Présidente, mes chers collègues. Ma question s'adresse à Madame la ministre de la Santé.
Au groupe Les Démocrates, nous sommes convaincus que concilier politique de santé ambitieuse et trajectoire budgétaire responsable passe par un investissement massif dans la prévention, mais aussi dans la recherche. En 2002, des enfants condamnés à vivre dans une bulle stérile ont été guéris à l'hôpital Necker grâce au professeur Fischer et aux équipes de Généthon. La France n'a pas simplement participé à l'histoire de la thérapie génique, elle l'a écrite.
Et c'est précisément parce que nous avons été pionniers que le constat d'aujourd'hui est si difficile à accepter. Car cette excellence scientifique n'a pas été convertie en leadership industriel. Les chiffres sont sévères : 1,8% des essais cliniques mondiaux conduits en France, contre 53% aux Etats-Unis. 4 thérapies géniques remboursées sur notre territoire, contre 47 autorisées par la FDA. Nous sommes passés de la première à la quatrième place européenne en biomédicaments.
Ce décrochage n'est pas une fatalité, mais il exige une réponse à la hauteur de l'enjeu. Le plan France 2030 a engagé 800 millions d'euros en faveur des biothérapies et de la bioproduction. Le cluster génotaire a été lancé. Ces signaux sont positifs, mais ils ne suffiront pas si notre environnement réglementaire et fiscal continue de pousser les industriels vers des marchés plus accueillants. Quand une entreprise part, ce sont des chercheurs, des essais et des traitements qui partent avec elle.
La thérapie génique, madame la ministre, n'est pas un sujet de demain. Pour des patients atteints de maladies rares et mortelles, c'est un sujet d'aujourd'hui. Sans ces solutions, la perte pour ces patients est immense. Mais elle l'est aussi pour notre système de santé. En effet, ces thérapies sont souvent la seule option curative pour certaines infections de longue durée dont le poids sur les finances de la sécurité sociale est écrasant. Alors ma question est simple : quelles mesures concrètes le gouvernement entend-il prendre pour accélérer l'accès effectif des patients à ces thérapies et pour que la France redevienne un acteur de premier rang dans cette course mondiale ?
Je vous remercie.”
- 2026-06-01 “Journée d'étude : « Le projet démocrate-chrétien, entre transformation personnelle et changement collectif » — Notre revue partenaire France Forum, en partenariat avec plusieurs institutions, organise une journée d'études sur "le projet démocrate-chrétien, entre transformation personnelle et changement collectif" à Paris, à la Sorbonne le mercredi 3 juin, de 9h00 à 18h00.
L'entrée est gratuite mais l'inscription obligatoire, avant le 29 mai 2026.”
- 2026-06-01 “L'Été des Démocrates par les Jeunes Démocrates — Les Jeunes Démocrates vous donnent rendez-vous du 19 au 21 juin pour l'Été des Démocrates 2026 à Sète !
Cette année, retour à Sète pour l'Été des Démocrates !
Mais, c'est quoi l'EDD ? C'est d'abord l'occasion, pour les Jeunes Démocrates des quatre coins de la France, de se retrouver.
Un week-end de convivialité (comme on en a le secret) mais aussi d'échanges pour se former et construire, chaque fois un peu plus, l'identité JDEM.
Alors n'hésite plus, bloque ton agenda du 19 juin au 21 juin 2026, nous t'attendons !
Dates de l'événement : Du Vendredi 19 au Dimanche 21 juin 2026
Adresse de l'événement : Odalys Terra Gaia, 361 Bd Cerf Lurie à Sète
PLACES LIMITEES A 10 PARTICIPANTS.
MAJ 11/05 : RESTE 2 PLACES ADULTES OU JEUNES. CONTACTEZ MARIE AVANT ACHAT POUR AJOUT D'UNE PLACE EN LIGNE”
- 2026-06-01 “L'événement du Centre, à Poitiers — Le MoDem 86 vous donne rendez-vous à Poitiers, le samedi 6 juin, pour une journée d'échanges sur les valeurs du centre de 10h30 à 16h15.
10h30 - 12h30 : L'actualité des centres en Europe : comment être constructif face à la montée des populismes ? - Regards croisés avec l'IED
Animation : Philippe Grégoire, Délégué territorial du MoDem 86
- Dominique Breillat, Politologue, Professeur émérite de droit public "Regard comparatif sur les centres au Royaume-Uni et en l'Italie : origine, histoire et rôle face aux populismes "
- Jean-Baptiste Houriez - Institut des Démocrates Européens - Actualité des centres dans le contexte de montée des populismes en europe
- Pascal Lecamp, député, les populismes en Europe et en France (participation au contrôle des élections en Hongrie),
- Nicolas Turquois, député, l'Europe et le populisme dans les territoires.
12h30 - 14h : Photo puis déjeuner
14h-16h : Le Centre, son histoire, ses valeurs/ses invariants, ses familles - Peut-on définir une culture politique du Centre ?
Animation : Olivia Leboyer, enseignante à Sciences Po Paris et Responsable des études au MoDem
- Jean-Louis Bourlanges, ancien président de la commission des Affaires étrangères à l'Assemblée Nationale
- Dominique Breillat, politologue et Professeur émérite de droit public- Université de Poitiers - Quel rôle a joué le centre dans la vie politique française sous la cinquième République ?"
- François Dubasque, maître de conférence en histoire contemporaine - Université de Poitiers - "Simone Veil et le centre dans les années 70"
16h : Clôture de la journée
- Maud Gatel, Secrétaire Générale du MoDem
Adresse :
Ibis Style Poitiers Nord
215, Avenue de Paris à Poitiers
Parkings et bus gratuits - lignes 1,17, 21 - arrêt : maison de la formation”
- 2026-05-29 “Jean-Noël Barrot : « Je veux condamner cet acte irresponsable de la Russie qui vise un pays ami, la Roumanie » — La Roumanie, pays membre de l'Otan, a dénoncé ce vendredi, une "grave et irresponsable escalade" après la chute d'un drone russe sur un immeuble résidentiel qui a fait deux blessés légers à Galati, près de la frontière avec l'Ukraine. Sur France inter, notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a "condamné cet acte irresponsable".
Guerre Ukraine : « Vladimir Poutine est le premier obstacle à la paix »
Dès le début de l'entretien, Jean-Noël Barrot a réagi au drone russe qui a touché un immeuble résidentiel en Roumanie :
Je veux d'abord condamner cet acte irresponsable de la Russie qui vise un pays ami, un pays de l'Union Européenne et un pays de l'OTAN, qui a fait deux blessés.
Il a annoncé avoir convoqué ce matin l'ambassadeur de la Russie en France pour lui affirmer que les frappes massives du week-end dernier contre les civils, que les menaces qui pèsent sur les diplomates français et européens à Moscou ainsi que cet acte irresponsable : « sont autant d'intimidations qui sont conséquentes, mais qui sont vaines car elles ne nous détourneront en aucun cas de notre soutien à la résistance ukrainienne. »
Pour notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, cette tentative de Vladimir cherche à masquer son échec :
Je crois qu'hier, on a dépassé, pour la guerre d'agression russe en Ukraine, la durée de la Seconde Guerre mondiale. Et après plus de 4 ans, la guerre coloniale de Vladimir Poutine est un échec cinglant.
Jean-Noël Barrot a réaffirmé que l'Ukraine continue de reprendre du terrain sur le front et que la Russie perd également 35 000 hommes sur le front. Il a aussi ajouté que le président russe refuse de dialoguer avec Volodymyr Zelensky. Il précise, sur la position européenne dans les négociations :
Si l'Ukraine souhaite que nous puissions participer de manière plus active à ce processus de négociation, il n'y a aucune raison que nous nous dérobions.
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a aussi été interrogé sur la position de l'OTAN après l'attaque en Roumanie :
La réponse de l'OTAN est toujours très ferme, mais aussi très proportionnée.
Il a également souligné que la France a 1 500 militaires français qui participent à la défense de l'Est de l'Europe et de l'OTAN : « Ils participent régulièrement à des exercices en commun, d'ailleurs avec les militaires roumains et d'autres militaires européens. »
Moyen-Orient : « L'Iran et les États-Unis n'ont aucun intérêt à ce que cette situation se prolonge »
Interrogé sur un accord envisageable entre l'Iran et les États-Unis pour mettre fin à la situation de guerre au Moyen-Orient, Jean-Noël Barrot a affirmé au micro de France Inter :
Les Etats-Unis et l'Iran doivent en tout cas tout faire pour mettre fin à cette situation qui est insoutenable et qui ne fait que des perdants, à commencer par les Françaises et les Français, nous-mêmes, qui ressentons vivement à la pompe et dans beaucoup de dimensions de nos vies quotidiennes les conséquences de cette guerre.
Il a confirmé que l'accord entre l'Iran et les États-Unis est « à porté de main » et que les deux parties ont tout intérêt à mettre fin à cette situation :
Je crois que nous ne pouvons plus attendre pour l'ouverture de ce détroit, car les approvisionnements en hydrocarbures, mais aussi en engrais, sont essentiels pour que l'économie mondiale ne se trouve pas à l'arrêt.
Ensuite, notre ministre de l'Europe et ses Affaires étrangères s'est exprimé sur les images des militants de la flottille pour Gaza agenouillés, les mains liées et diffusées par le ministre israélien Itamar Ben-Gvir. Il a annoncé :
Lorsque j'ai eu connaissance des agissements inqualifiables du ministre Itamar Ben-Gvir, j'ai d'abord convoqué l'ambassadeur d'Israël en France pour lui faire part de notre vive condamnation et pour obtenir des éclaircissements.
Il a annoncé avoir d'abord pris des sanctions à l'encontre d'Itamar Ben-Gvir en lui interdisant l'accès au territoire français puis il a saisi la procureure de la République après que le Consulat général de Turquie lai ait fait l'état de violence sexuelle, d'exposition au froid, de coups, mais aussi d'humiliation répétée à l'encontre de ressortissants français :
J'ai décidé hier de saisir la procureure de la République en vertu de l'article 40 du code de procédure pénale. C'est désormais donc une affaire qui est entre les mains de la justice.
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a rappelé que sa priorité était la sécurité des ressortissants lorsqu'ils sont à l'étranger. D'ailleurs, le 12 juin prochain, se tiendra une conférence internationale qui réunira des centaines d'Israéliens et des Palestiniens qui cherchent à « construire des ponts et à créer les conditions de la paix », qui est pour Jean-Noël Barrot : « la solution seule susceptible de ramener la paix et la sécurité dans la région, deux États reconnus et respectés dans leurs droits, vivant côte à côte en paix et en sécurité. »
Jean-Noël Barrot a aussi annoncé que le gouvernement israélien s'apprête à publier les appels d'offres pour un projet de colonisation illégale, E1, comportant 3 400 logements et qui permettraient d'accueillir 15 000 personnes et qui sépareraient la Cisjordanie en deux :
C'est une violation du droit international, c'est une violation du droit international humanitaire, et je le dis avec beaucoup de gravité, toute entreprise qui répondrait à ces appels d'offres s'exposerait à des sanctions internationales, car elle violerait à son tour le droit international.
Après les agissements de Benyamin Netanyahou sur Gaza ou en déclarant des zones de combat dans le sud du Liban notamment, notre vice-président affirme :
Parce que chaque village qui est démoli, chaque civil qui est tué au sud du Liban, c'est le Hezbollah qui en sort renforcé et enraciné. Et chaque fois que l'armée israélienne progresse à Gaza, accroît son emprise, là encore, c'est autant de forces qui sont données au Hamas, qui doit pourtant être désarmé et retiré de toute forme de contrôle de la bande de Gaza.
Il rappelle que la paix est un travail de long terme et ajoute :
Le travail des diplomates, c'est de semer patiemment les graines qui, à un moment donné, permettent à la paix de s'enraciner durablement.
Algérie : « J'ai bon espoir que nous parvenions à obtenir la libération de Christophe Gleizes »
Alors que les relations semblent se réchauffer entre l'Algérie et la France, notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a affirmé que notre pays a un dialogue « franc mais exigeant » avec notre voisin méditerranéen. Il s'est ensuite exprimé sur les priorités de la France en la matière :
Ce qui compte pour le gouvernement français, c'est d'obtenir des résultats en matière de lutte contre le narcotrafic, d'expulsion des Algériens en situation irrégulière, d'obtenir la libération de notre compatriote et d'obtenir une reprise de la coopération économique avec ce pays voisin.
À propos de la libération de Christophe Gleizes, il a souligné que la France continue de défendre sa libération :
Nous continuons à plaider pour sa libération en lien étroit avec sa famille, qui fait d'ailleurs preuve d'une très grande dignité dans cette épreuve que je veux saluer.
Depuis le début de sa prise de fonction au Quai d'Orsay, Jean-Noël Barrot a obtenu la libération de 31 personnes françaises détenues arbitrairement ou retenues en otages : « j'ai donc bon espoir que nous parvenions à obtenir la libération de Christophe Gleizes. »
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a enfin affirmé qu'il refusait toutes critiques contre l'Algérie et privilégie :
Moi, ce qui m'importe, c'est qu'on puisse retrouver, neutraliser les narcotrafiquants, qu'on puisse expulser les Algériens en situation irrégulière, que nos entreprises, notamment l'agroalimentaire et nos agriculteurs, puissent avoir des débouchés en Algérie, et qu'on puisse libérer Christophe Gleizes. Point.”
- 2026-05-28 “Marina Ferrari : « Il faut aider l'esport à grandir correctement » — Alors que la France accueillera au pied levé, tout au long de l'été, l'Esports World Cup, gigantesque rendez-vous du calendrier esportif, Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, détaille l'engagement du gouvernement sur la discipline dans le journal L'Équipe.
Vous étiez au Major de Rocket League, est-ce le signe que l'esport devient une prérogative importante pour vous ?
C'est un sujet qui compte depuis plusieurs années et auquel je crois beaucoup. Nous sommes convaincus de la capacité d'émancipation que peut avoir l'esport. Ce n'est pas simplement être derrière sa manette, c'est un outil de sociabilisation pour les joueurs et joueuses, une culture qui émerge pour la jeunesse, des possibilités économiques énormes.
Il faut structurer la discipline, l'aider à grandir dans les meilleures conditions et dans le cadre d'une pratique raisonnée.
Quelle sera l'implication du ministère des Sports et des différents acteurs de l'État dans l'organisation cet été de l'EWC, qui s'annonce complexe logistiquement ?
C'est une décision qui a été prise après une discussion entre les deux chefs de l'État, mais j'ai accueilli cette nouvelle avec un grand enthousiasme, puisque c'est ce qui se rapproche le plus des Jeux Olympiques de l'esport. Aujourd'hui, on a un rôle de facilitateur dans ce dossier, on n'est pas du tout organisateurs.
C'est comme lorsqu'on accueille d'autres grands événements internationaux, comme ce sera le cas au mois d'octobre avec le match délocalisé de NFL au Stade de France par exemple.
Notre rôle, c'est de mettre en musique les services de l'Etat pour répondre aux demandes des organisateurs, sur les visas par exemple. Concrètement, tout sera payé par l'organisateur.
Avec l'annonce de l'Esports World Cup à Paris et les compétitions à la Paris La Défense Arena, la France se positionne sur plusieurs événements esportifs de premier plan. Comment sont-ils abordés par rapport au sport "classique" ?
Ils sont traités comme des événements sportifs de premier plan. Il n'y a pas de distinguo. Ces dernières années, nous avons franchi une étape : les organisateurs se disent qu'il y a un savoir-faire, qu'en France on est capables de gérer la technique, la logistique, les visas, le sanitaire, la sécurité...
On a éprouvé ce savoir-faire, qui fait qu'aujourd'hui nous sommes très attractifs, ce qui est important pour le pays, parce qu'on sait que ces événements ont des retombées économiques importantes. L'EWC ne nous coûte rien et ça va vraiment amener une formidable visibilité, ça remplit nos hôtels et nos restaurants...
Comme on commence l'aventure esport, on est encore en train de mesurer cet impact économique. Entre 2019 et 2023, on voit déjà qu'on a une courbe exponentielle du chiffre d'affaires du milieu, qu'on est à 12 millions de pratiquants (un chiffre qui inclut tous les joueurs de jeux vidéo d'affrontement) en France...
Il y a une appétence pour l'esport et en tant que pouvoir public, il faut qu'on y réponde.
Là, on travaille sur l'actualisation de la stratégie esport, avec deux piliers : développer la pratique, avec des règles des règles éthiques, en lien avec le ministère de la Santé, des mesures de prévention pour protéger le public, de formation, et puis de l'autre côté, l'accueil de grands événements esportifs internationaux, qui font partie de notre cible aujourd'hui.
Cette Stratégie Esport 2026-2030, dont vous parlez, a fait récemment l'objet de critiques, qui craignaient de voir le jeu vidéo introduit à l'école. Comment jugez-vous cette polémique ?
Je veux rectifier un point important : il n'a jamais été envisagé d'intégrer l'e-sport aux programmes de l'Éducation nationale. Matignon l'a d'ailleurs démenti formellement.
L'actualisation de la stratégie esport 2021-2025, effectivement envisagée en ce début 2026, ne porte pas sur l'introduction du jeu vidéo à l'école, évidemment. Elle vise uniquement à mieux connaître et encadrer la pratique de l'esport en général : évaluer ses effets, mieux contrôler les formations dans le supérieur et mettre en place des contrôles d'honorabilité des intervenants, parce qu'il faut protéger ses pratiquants comme on protège les sportifs.
Cette démarche s'inscrit aussi dans un cadre de prévention, dans la lignée de la reconnaissance par l'OMS du trouble du jeu vidéo.
L'objectif est d'accompagner le développement de cette pratique qui se structure rapidement, mais encore sans cadre suffisamment homogène ni moyens de contrôle partout.
Le deuxième volet concerne le vivier de jeunes joueurs et joueuses français qui ont du talent. L'enjeu est de mieux accompagner ceux qui se dirigent vers une carrière professionnelle dans l'e-sport, de la même manière qu'on accompagne un jeune sportif vers le haut niveau dans d'autres disciplines. Aujourd'hui, il existe déjà des sections sportives dans de nombreuses disciplines comme le football ou le rugby ; la question se pose de savoir si des dispositifs équivalents pourraient exister pour l'e-sport dans le cadre du double projet, sans que cela ne se fasse au détriment des apprentissages fondamentaux..
Lire l'article dans L'Équipe.”
- 2026-05-27 “Bruno Fuchs : « L'investissement historique par Stellantis sur son site de Mulhouse est salué comme une victoire de l'industrie française » — Lors des questions au gouvernement de ce mercredi 27 mai, notre président de la commission des affaires étrangères et député du Haut-Rhin a interrogé le ministre en charge de l'Industrie sur la situation de Stellantis à Mulhouse.
Merci Madame la Présidente. Ma question s'adresse au ministre en charge de l'Industrie.
L'annonce faite hier d'un investissement historique de 1 milliard d'euros par Stellantis sur son site de Mulhouse, dans ma circonscription, est saluée comme une victoire de l'industrie française, et bien évidemment, vous en doutez, avec enthousiasme à Mulhouse et dans son agglomération.
Cet investissement le plus important du groupe en Europe cette année doit permettre de moderniser la production, notamment pour ces véhicules électriques, et sécuriser des milliers d'emplois en Alsace qui vit en ce moment une réelle renaissance industrielle.
Monsieur le ministre, ma première question est d'abord de savoir si vous pouvez nous confirmer cette annonce, car les annonces médiatiques sont souvent fréquentes - vous pouvez nous confirmer cette annonce ? Mais aussi nous préciser quel impact pour l'emploi : est-ce que ça va créer des emplois ? Est-ce que ça va en supprimer ? On sait que la production de véhicules électriques souvent nécessite moins de salariés et donc les salariés et les sous-traitants ont besoin de certitude.
Au-delà de l'Alsace, cette nouvelle est aussi une très bonne nouvelle pour la France qui démontre ainsi une nouvelle fois son attractivité. On a vu que la crise récente liée au Moyen-Orient rappelle notre dépendance énergétique et l'urgence de renforcer notre souveraineté industrielle et énergétique. Cet investissement montre que les acteurs économiques présents en France s'adaptent mais ils doivent être également accompagnés et valorisés.
Alors, Monsieur le ministre, pouvez-vous nous préciser quel rôle le gouvernement compte-il jouer dans la concrétisation de cet investissement stratégique porté par Stellantis ? Et également nous dire ce que fait plus largement, concrètement, le gouvernement pour soutenir la demande de véhicules produits sur notre territoire et nous protéger face à une concurrence internationale qui ne joue pas toujours selon les mêmes règles ?”
- 2026-05-26 “Perrine Goulet : « On a vraiment un problème dans notre pays d'écoute de la parole de l'enfant » — Invitée d'Europe 1 Soir ce mardi 26 mai, notre députée Les Démocrates de la Nièvre et présidente de la Délégation aux droits des enfants, Perrine Goulet, a réagi à l'affaire des violences présumées dans le périscolaire parisien et détaillé les mesures défendues pour mieux protéger les mineurs.
Périscolaire parisien : « On a vraiment un problème dans notre pays d'écoute de la parole de l'enfant »
Alors que le procès d'un animateur périscolaire accusé de multiples violences sexuelles sur de très jeunes enfants se tient actuellement, Perrine Goulet a souligné l'importance de la publicité de ces débats judiciaires.
Tous les procès publics qu'on peut avoir sur les violences actuellement sont salvateurs par rapport à la prise de conscience aussi de notre pays.
Elle a également salué le fait que cette affaire ne soit pas jugée à huis clos, estimant qu'il est nécessaire que « la honte change de camp » et que les victimes n'aient plus à porter le poids de ces crimes.
Notre députée de la Nièvre a toutefois rappelé les limites juridiques entourant les éventuelles initiatives parlementaires. Concernant l'idée d'une commission d'enquête sur le sujet, elle a appelé à la prudence, rappelant qu'il est impossible de mener une telle procédure sur des faits en cours de jugement. Elle a néanmoins reconnu l'existence de « dysfonctionnements importants » dans le fonctionnement du périscolaire parisien, évoquant notamment le recrutement d'un animateur sans formation suffisante et l'absence de suivi malgré les premières alertes.
Au-delà du cas parisien, Perrine Goulet a insisté sur un problème plus profond : la difficulté persistante de notre société à entendre la parole des enfants et à signaler les situations suspectes.
On a vraiment un problème dans notre pays d'écoute de la parole de l'enfant, du signalement quand on a un doute.
Pour la présidente de la Délégation aux droits des enfants de l'Assemblée nationale, les chiffres illustrent l'ampleur du phénomène. Elle rappelle notamment que « 614 nourrissons de 0 à 2 ans sont passés dans les services de justice pour des agressions sexuelles ou des viols » l'an dernier, tandis qu'« un enfant toutes les 7 minutes est victime de viols dans notre pays ». Des chiffres effarants. Face à ces réalités, elle estime que la France doit poursuivre son évolution culturelle, rappelant que les violences éducatives ordinaires sont interdites depuis 2019 mais demeurent encore trop souvent banalisées.
Lutte contre les violences faites aux enfants : « Il est temps qu'on inverse les choses »
Au cœur de son intervention, Perrine Goulet a défendu plusieurs avancées législatives visant à renforcer la protection des mineurs. Elle a notamment mis en avant l'extension de l'attestation d'honorabilité à l'ensemble des professionnels travaillant avec des enfants. Aujourd'hui limitée à certains secteurs de la protection de l'enfance, cette vérification des antécédents judiciaires pourrait concerner demain les établissements scolaires, les clubs sportifs ou encore les structures culturelles.
Cette mesure s'inscrit dans un combat plus large porté par les élus démocrates pour faire reculer les violences faites aux mineurs. « On voit bien qu'on a un pays qui est violent avec ses enfants. Il faut qu'on le regarde en face », a-t-elle déclaré, appelant chaque citoyen à exercer sa vigilance et à signaler les situations préoccupantes.
On voit bien qu'on a un pays qui est violent avec ses enfants. Il faut qu'on le regarde en face et que chacune et chacun, vous, moi, on ait aussi un regard sur l'enfant qui est à côté de nous. Et que quand on a un doute, on le signale.
Notre députée Nivernaise a également insisté sur l'une de ses priorités : la création d'une ordonnance de protection immédiate de l'enfant. Inspiré du dispositif existant pour les femmes victimes de violences, ce mécanisme permettrait de mettre rapidement un mineur à l'abri lorsqu'un danger est signalé. « À partir du moment où un enfant parle, présomption de vérité, on le protège », a-t-elle plaidé, estimant que les droits et la sécurité des enfants doivent désormais primer lorsque des investigations sont en cours.
Cette volonté de mieux protéger les victimes s'accompagne d'une réflexion sur les moyens accordés aux professionnels. Perrine Goulet a dénoncé l'absence de normes suffisantes en matière de formation et d'encadrement dans le périscolaire comme dans la protection de l'enfance. Selon elle, exiger davantage de qualifications suppose également une meilleure reconnaissance salariale de ces métiers essentiels.
Il serait temps qu'on norme un petit peu et qu'on exige de la formation de ces professionnels. Mais ce qui veut dire aussi que si on exige de la formation, il faut aussi qu'on les paye en conséquence.
Enfin, la parlementaire a rappelé que les outils législatifs ne suffiront pas à eux seuls. Si l'attestation d'honorabilité permettra d'écarter les personnes déjà condamnées, « on n'empêchera jamais la première agression ». D'où la nécessité, selon elle, de poursuivre le travail de sensibilisation, d'écoute et de vigilance collective.”
- 2026-05-26 “Géraldine Bannier : « Si la souveraineté est à la mode, elle repose aussi sur la capacité de notre peuple à bien maîtriser notre langue » — Lors des questions au gouvernement, notre députée de Mayenne, Géraldine Bannier, a interrogé le ministre de l'Éducation nationale sur la fête de l'écrit.
Avec le groupe Les Démocrates, je m'associe à l'hommage pour Béatrice Bellamy, députée humaine, très engagée. J'avais eu la chance avec quelques autres de pouvoir apprécier ses qualités, notamment dans le cadre de la préparation des Jeux Olympiques.
Ma question s'adresse au ministre de l'Éducation nationale.
Monsieur le ministre, c'est aujourd'hui la deuxième édition de la Fête de l'Écrit, célébration inspirée par le groupe La Poste. Cet événement national est l'occasion de renouer avec le plaisir d'envoyer des cartes postales, de découvrir la calligraphie ou de faire le point sur ses connaissances en langue française. Une quinzaine de bureaux de poste partout en France se mobilisent pour l'occasion et notamment au Louvre-Paris.
Monsieur le ministre, vous avez indiqué que l'écrit serait l'objet d'une vigilance particulière pour l'obtention du baccalauréat en indiquant notamment dans une interview que les élèves qui rendent des copies mal rédigées ne peuvent pas avoir le bac. C'est l'occasion de vous interroger sur ce que fait l'Éducation nationale dès les premières classes et pas seulement au baccalauréat, pour que se perpétue le geste de l'écrit.
Une calligraphe de mon département, meilleure Ouvrier de France, m'alerte régulièrement sur ce qu'elle constate dans les classes en termes de perte nette de cet apprentissage. Pourtant, avoir une belle écriture, c'est aussi une trace qu'on laissera un jour, unique, personnelle. Une étude de l'université de Princeton montre aussi qu'écrire à la main permet de mieux retenir et comprendre une information, et donc de mieux apprendre. Là où le numérique favorise le multitâche, l'écriture manuscrite encourage la pleine attention.
Outre le fait d'aider à renforcer la mémorisation et l'apprentissage, l'écriture offre également un espace d'expression personnelle. Et alors que nous répétons sur ces bancs l'importance de la santé mentale chez les jeunes, il me semble que l'écriture peut participer de cet apprentissage à se connaître et à organiser ses idées.
Si la souveraineté est à la mode, elle repose aussi sur la capacité de notre peuple à bien maîtriser notre langue. Aussi, Monsieur le ministre, pouvez-vous nous éclairer de vos paroles, en ce jour, de l'écrit ?”
- 2026-05-26 “Marina Ferrari : « On ne surestime pas ses capacités sportives par une telle chaleur » — Invitée d'Apolline de Malherbe sur RMC ce mardi 26 mai, notre ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative Marina Ferrari est revenue sur plusieurs sujets d'actualité, de la vague de chaleur qui touche la France à la finale de la Ligue des champions, en passant par l'e-sport et les controversés « Enhanced Games ».
Canicule : « Un message de vigilance avant tout »
Alors que plusieurs décès ont été signalés lors d'épreuves sportives organisées sous de fortes chaleurs, Marina Ferrari a d'abord tenu à adresser « une pensée pour les familles des victimes », estimant que cet « épisode caniculaire avec ces morts nous a tous laissés un peu sous le choc ce week-end ».
Face à la hausse brutale des températures, la ministre a insisté sur les règles élémentaires de prudence :
Quand on pratique une activité physique par une telle chaleur, on veille aux horaires, on s'hydrate bien, on prend des temps de pause. On ne surestime pas ses capacités.
Pour elle, le rôle des pouvoirs publics est clair : « c'est un message de vigilance avant tout que je viens délivrer ».
Marina Ferrari a rappelé que les organisateurs d'événements sportifs disposent déjà de consignes précises et que des adaptations peuvent être décidées en fonction des conditions météorologiques. « On ne va pas regarder que la chaleur. On va regarder le taux d'humidité aussi, qui peut beaucoup jouer, le vent, l'ensoleillement sur le parcours », a-t-elle expliqué, précisant qu'un organisateur peut être amené à « suspendre ou reporter une compétition ».
La ministre a également souligné le travail engagé depuis plusieurs années pour adapter le sport aux conséquences du changement climatique. Elle a notamment mis en avant le plan national d'adaptation au changement climatique pour les sports, lancé en 2024 et prévu jusqu'en 2030 :
Pour justement adapter les pratiques et changer la donne pour que nous soyons à même de répondre au réchauffement climatique.
Une démarche qui s'inscrit dans une politique de prévention et d'anticipation devenue indispensable face à la multiplication des épisodes extrêmes.
Finale de la Ligue des champions : « Le foot doit rester une fête »
À quelques jours de la finale de la Ligue des champions, la question de la sécurité était également au cœur de l'entretien. Marina Ferrari a rappelé la nécessité de tirer les enseignements des incidents observés lors de précédents rassemblements sportifs.
« Le foot doit rester une fête », a-t-elle affirmé, en distinguant clairement les supporters des individus violents.
Il y a des supporters, mais aussi des hooligans ou des casseurs qui sont là. Il ne faut pas mélanger les deux. Il y a des gens qui sont vraiment là pour fêter le football.
La ministre a également mis en garde contre les groupes qui profitent des rassemblements populaires pour commettre des dégradations : « vous avez en dehors de ça aussi des casseurs qui se mettent dans les cortèges ou qui se mettent dans les fêtes populaires pour pouvoir commettre des méfaits ».
Pour répondre à cette problématique, le gouvernement poursuit le renforcement des outils de prévention. Marina Ferrari a ainsi évoqué le texte RIPOST, qui doit permettre de renforcer les interdictions administratives de stade. L'objectif est simple :
Il ne faut pas qu'une poignée d'individus prennent en otage tout simplement de nombreuses personnes qui sont là pour faire la fête.
Elle a enfin rappelé que plusieurs dispositifs ont été prévus pour encadrer les célébrations liées à la finale, notamment au Parc des Princes, afin de garantir un cadre festif et sécurisé pour les supporters.
E-sport et Enhanced Games : « Défendre les valeurs du sport »
Interrogée sur les « Enhanced Games », compétition autorisant le dopage et promue par certains acteurs privés, Marina Ferrari a exprimé une opposition sans ambiguïté. « Ça m'inquiète et c'est extrêmement dangereux », a-t-elle déclaré, rappelant que « la santé des athlètes est en jeu ».
Ces Enhances Games, je les ai condamnés fermement.
La ministre a souligné que la lutte contre le dopage vise d'abord à protéger les sportifs : « C'est pas neutre de se doper, donc il y a des risques importants pour la santé ». Pour cette raison, elle a indiqué avoir « condamné fermement » ces initiatives car :
Ces jeux contreviennent complètement aux valeurs du sport.
Sur l'e-sport, Marina Ferrari a également souhaité mettre fin à une polémique née ces derniers jours après que la France ait été désignée pays hôte pour la Coupe du monde E-sport 2026 :
Il n'a jamais été question de faire rentrer l'e-sport dans les programmes scolaires.
Elle a expliqué que les travaux engagés concernent d'une part une expérimentation menée dans l'académie de Versailles, dans le cadre du périscolaire, afin d'apprendre aux jeunes à « respecter les temps d'écran », « limiter la pratique » et développer de « bonnes pratiques ». D'autre part, il s'agit d'accompagner les jeunes compétiteurs français de haut niveau, alors que la France compte « parmi les meilleures équipes du monde ».
Pour la ministre, l'enjeu est donc autant éducatif que sportif : sensibiliser aux usages numériques tout en permettant aux jeunes talents de concilier réussite scolaire et pratique compétitive.”
- 2026-05-21 “Soirée-débat France Forum : Le travail dans tous les sens — Mercredi 20 mai, l'amphithéâtre Jean Lecanuet accueillait France Forum pour un débat autour du dernier numéro, consacré au travail.
Patrick Mignola (ancien ministre et chef du groupe à l'Assemblée, chef d'entreprises), qui a préfacé le dossier, Juliette Pfeiffer (fondatrice de Médiation & Inclusion), Anthony Hussenot (professeur des universités en science de gestion, Université de Côte d'azur) et Philippe Garabiol (haut-fonctionnaire, agrégé d'histoire) se sont livrés à une discussion passionnée, animée par Olivia Leboyer (France Forum, Sciences po).
Aujourd'hui, et pour la campagne présidentielle qui s'amorce, la question du travail, sociale et politique, est absolument centrale. Le travail touche à toutes les dimensions de nos vies, depuis les études où l'on se projette, jusqu'à la retraite où l'activité se poursuit souvent, dans la sphère associative par exemple. De manière frappante, les oppositions à la réforme des retraites ont cristallisé toutes sortes d'angoisses. Comme si le travail était devenu une hantise, et la sortie du travail un havre de paix enfin retrouvée. Comment l'expliquer ? Anthony Hussenot et Sophia Galiere, dans leur article, citent ces chiffres éloquents : en 1984, 64% des Français citaient le travail en 2e position, après la famille, dans les éléments d'une vie réussie. En 2020, ils ne sont plus que 20%. On entend de plus en plus parler de burn-out, de quiet quitting ou de bullshit jobs. Notre approche, pour le numéro, a consisté à identifier les problèmes et à rechercher les solutions pour réenchanter le travail, lui redonner du sens. Le besoin de reconnaissance au sein de la société est essentiel. C'est souvent le travail qui permet de « trouver sa place » ou de « se faire une place ». Un peu comme au sein d'un orchestre, où chacun doit jouer ensuite sa partition, en harmonie avec les autres pour former un ensemble.
DRH, métiers d'art, femmes cheffes d'entreprise, éboueurs (bel article de Simon Nordmann), métiers du bâtiment, nous avons donné une place, dans le dossier, aux expériences vécues, à la chair du travail.
Ce n'est pas tant le travail, qui est rejeté, que la manière dont il est organisé. Anthony Hussenot, spécialiste des théories organisationnelles, souligne que la verticalité du management, une représentation insuffisante des salariés et actionnaires dans les conseils d'administration sont des travers à combattre. Patrick Mignola a rappelé que le travail a un sens pour chacun d'entre nous – sur le plan de sa réussite personnelle – mais aussi, et surtout, pour la collectivité, pour ce qui nous rattache aux autres. Travailler, c'est cotiser, et participer à notre modèle social. La dimension du travail nous dépasse et nous oblige. Le travail entraîne également une influence sur la société, sur le plan écologique par exemple. Il est temps de repenser le travail : dans l'entreprise, la participation et l'intéressement sont nécessaires, pour que les salariés se sentent acteurs et responsables de leur activité, et éprouvent un sentiment d'appartenance vis-à-vis de l'entreprise. Anthony Hussenot aborde également ces questions, prenant l'exemple de la cogestion en Allemagne. Anthony Hussenot nous rappelle que l'on cherche souvent à se réaliser à travers le travail, et que l'on mesure – bien souvent – sa valeur à l'aune de son salaire. C'est légitime aussi, la reconnaissance passant par le regard social. Mais l'on travail rarement pour le travail lui-même, l'objet du désir demeure souvent ailleurs. L'essentiel étant, qu'en définitive, la finalité du travail de tous aille dans le sens de l'entreprise.
Médiatrice, Juliette Pfeiffer nous introduit dans cet univers, où il s'agit de créer l'espace neutre du tiers afin de régler, le plus rapidement possible, les conflits et litiges, parfois couvés et envenimés, entre les salariés ou entre la direction et tel salarié. L'écoute et la patience sont les maître-mots. Dans cette bulle hors du temps, les colères et ressentiments intimes peuvent s'exprimer librement. La méthode, éprouvée et employée par des formateurs agréés, est efficace. La médiation nous invite à ne jamais perdre de vue que le travail, ce n'est pas seulement du profit, c'est de l'humain. Précieux, ce processus de médiation se rapproche du care.
Philippe Garabiol, qui a coordonné le numéro, s'amuse que le japonais ait repris le mot « vacances » du français, ce concept leur étant moins familier qu'à nous ! Avec conviction, il remarque l'importance de trouver sa place dans la société par le travail. Dans le meilleur des cas, c'est une vocation et, sinon, on apprend à l'aimer, on l'apprivoise. Car la fierté du travail bien fait, nous pouvons tous un jour l'éprouver. Dans le dossier, la revue privilégie les comparaisons avec d'autres pays, comme l'Italie, notamment sur la question de l'insertion des immigrés par le travail. Deux articles sont également consacrés au sujet du handicap en entreprise et de la formation des handicapés de naissance, que la France gagnerait à mieux développer.
Stimulant, regorgeant de pistes, notre France Forum sur le travail vous intéressera sûrement à plus d'un titre. Retouvez-le sur www.franceforum.eu”
- 2026-05-20 “Anne Bergantz : « Il est important de garantir un démarrage fluide et réussi de ce nouveau congé supplémentaire de naissance » — Lors des questions au gouvernement de ce mercredi 20 mai, notre députée des Yvelines, Anne Bergantz, a interrogé la ministre de la Santé sur la mise en application du congé de naissance.
Merci Madame la Présidente. Ma question s'adresse à Madame la ministre de la Santé et des Familles.
Madame la Ministre, en votant le PLFSS 2026, notre Assemblée a offert une avancée importante pour les familles avec le congé supplémentaire de naissance, fruit d'une longue réflexion débutée par la Ministre Aurore Berger, puis Sarah El Haïry, et réaffirmée dans le rapport de ma collègue Delphine Lingemann et de Sarah Legrain sur la parentalité. Rapporteur de la branche famille, je me suis réjouie de ce nouveau droit qui répond aux attentes des parents et aux besoins des enfants.
Ce congé doit, vous le savez, entrer en vigueur le 1er juillet prochain avec une application rétroactive à toutes les naissances intervenues depuis le 1er janvier. Lors du démarrage, vous et moi avions alerté sur une mise en vigueur trop rapide car nous anticipions un défi technique, notamment sur le support logiciel, amené à porter ce congé.
Aujourd'hui, le temps presse. De nombreuses familles s'inquiètent de l'absence du décret car rappelons-le, les parents doivent prévenir leur employeur un mois avant le début de leur congé, c'est-à-dire dans dix jours, car nous sommes le 20 mai, pour ceux qui souhaitent le prendre dès le 1er juillet, et on peut penser qu'ils sont nombreux, compte tenu du nombre d'enfants nés depuis le début de l'année. Les familles et les entreprises doivent pouvoir anticiper et s'organiser, et je pense au cas particulier de certaines administrations - éducation nationale, hôpitaux - qui ont besoin de visibilité pour assurer la continuité du service public.
Au groupe Les Démocrates, nous sommes particulièrement attentifs à la parution des décrets d'application, étape essentielle à la mise en œuvre des lois que nous votons. Madame la ministre, les questions sont nombreuses. D'abord, pouvez-vous nous confirmer l'entrée en vigueur au 1er juillet du congé supplémentaire de naissance ? Quelle démarche pour les familles, pour les entreprises, auprès de qui, quel organisme ? Vos réponses sont attendues par de nombreuses familles et employeurs. Il est important de garantir un démarrage fluide et réussi de ce nouveau congé.
Je vous remercie.”
- 2026-05-20 “Laurent Croizier : « La baisse de la démographie scolaire impose l'anticipation. Pour en finir avec une gestion annuelle et court-termiste » — Retrouvez le communiqué de notre député du Doubs et conseiller municipal de Besançon, Laurent Croizier, relatif à la carte scolaire.
Carte scolaire : « La baisse de la démographie scolaire impose l'anticipation. Pour en finir avec une gestion annuelle et court-termiste »
À la rentrée prochaine, le premier degré perdra 125 400 élèves et le second degré 36 200 élèves, soit plus de 160 000 élèves en moins au total. À l'horizon 2035, la baisse atteindra 1,7 million d'élèves. Dans mon département du Doubs, les écoles primaires compteront près de 800 élèves en moins pour la rentrée 2026. Au cours des trois prochaines années, près de 1 000 élèves en moins par an sont attendus dans le premier degré.
Dans nos communes, l'école est au cœur des enjeux de cohésion, de dynamisme et d'aménagement des territoires. Au-delà de la dimension strictement démographique, cette évolution constitue un défi de taille.
La diminution des effectifs n'a pas les mêmes conséquences selon qu'elle touche les villes ou les territoires ruraux, ni selon la situation propre à chaque commune ou à chaque quartier. Si elle peut, dans certains cas, alléger les effectifs de classes trop chargées, elle peut dans d'autres, fragiliser le maillage scolaire ou dégrader les conditions d'apprentissage des élèves.
Dès lors, la fermeture d'une classe ne peut être réduite à un simple ajustement de moyens. Ces décisions ont des conséquences concrètes sur l'organisation de l'accueil périscolaire, sur la restauration scolaire gérée par les communes, sur l'organisation des écoles et la stabilité des équipes pédagogiques, sur les temps de transport des enfants et, plus largement, sur la vie quotidienne des habitants et la vitalité de nos communes.
C'est précisément au regard de ces réalités que la méthode actuelle de construction de la carte scolaire montre ses limites. La gestion des ouvertures et des fermetures de classes ne peut plus reposer sur une logique annuelle strictement arithmétique. Les inspecteurs d'académie se retrouvent alors contraints à un « tétris budgétaire d'ajustement des postes ». Cette approche conduit à un pilotage à court terme, qui rend les décisions peu lisibles, parfois difficilement compréhensibles, et fragilise la confiance des acteurs locaux envers l'Éducation nationale.
Il faut rompre avec cette gestion strictement annuelle. Depuis 2022, je défends à l'Assemblée nationale la nécessité de revoir en profondeur les modalités de répartition des moyens. La carte scolaire ne peut plus reposer sur une logique purement comptable ; elle doit s'appuyer sur une analyse plus fine des dynamiques démographiques, des besoins pédagogiques propres à chaque école et sur l'ambition que l'État entend porter pour son école et pour l'avenir des jeunes générations. En ce sens, une programmation des moyens sur trois ans offrirait davantage de visibilité, de cohérence et de stabilité, tant aux équipes éducatives qu'aux élus locaux.
Dans cette logique, j'ai décidé de mettre en place, à l'échelle de ma circonscription, un outil d'observation et de suivi de la démographie scolaire. L'objectif est de disposer d'une base d'analyse sur l'évolution des naissances dans chaque commune, l'évolution des effectifs par école et des flux d'élèves entre les établissements scolaires. Ces informations seront partagées avec les maires de la circonscription afin de sortir d'une logique de réaction au profit d'une démarche d'anticipation.
Ce dispositif complète l'expérimentation lancée par le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, dans 18 départements, dont le département du Doubs qui vise à construire la carte scolaire en intégrant les contraintes locales.
Je m'associerai pleinement à cette réflexion, avec les exigences suivantes :
- offrir à chaque élève des conditions d'apprentissage de qualité,
- préserver un maillage cohérent d'écoles de proximité attentif au bien-être des enfants et à des temps de transport raisonnables,
- garantir l'équité entre les territoires, notamment entre les secteurs ruraux et urbains.
Laurent CROIZIER”
- 2026-05-20 “Maud Petit : « Le chiffre de 7 millions de victimes d'inceste est sûrement en deçà de la réalité » — Notre députée du Val-de-Marne, présidente de la commission d'enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses, Maud Petit, était l'invitée du 13/14 avec Jérôme Cadet sur France inter pour expliquer les travaux et les constats alarmants de la commission.
Sur France Inter, Maud Petit a d'abord rappelé l'origine de la commission d'enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses, portée par le député de Guadeloupe Christian Baptiste après les alertes d'associations engagées contre l'inceste.
La présidente de la commission a insisté sur l'ampleur du phénomène :
C'est un sujet qui touche l'ensemble du territoire français, y compris dans les outre-mer.
Évoquant le chiffre de sept millions de victimes, elle estime même qu'il est « sûrement en deçà de la réalité », tant de personnes restant prisonnières du silence, de la honte ou de l'« amnésie traumatique ».
La députée démocrate a également décrit les conséquences psychiques durables de ces violences, évoquant des comportements ou addictions pouvant révéler un traumatisme subi dans l'enfance.
Depuis plusieurs mois, la commission multiplie auditions et déplacements de terrain, notamment au tribunal judiciaire de Paris, à la Brigade des mineurs ou encore à l'Office des mineurs de Nanterre.
Tous les témoignages sont marquants, tous, parce que ça nous permet d'avoir plusieurs points de vue.
Ces échanges avec les enquêteurs ont profondément marqué les parlementaires. Maud Petit évoque des révélations « qui vous glacent le sang » et confie être « rentrée chez [elle] avec l'envie simplement de vomir » après avoir découvert l'existence de documents circulant sur internet donnant des conseils pour violer un enfant « sans laisser aucune trace ».
La députée a aussi parlé des « traumatismes vicariants » vécus par les élus et collaborateurs de la commission confrontés quotidiennement à ces témoignages :
Pour nous, députés, collaborateurs, il y a une forme de victimisation aussi, à distance, presque par procuration, parce que nous, nous souffrons aussi, nous sommes remués dans nos chairs et dans nos réflexions. Mais ce n'est rien à côté de toutes ces victimes.
Au micro de France inter, l'élue du Val-de-Marne a également mis en lumière les difficultés rencontrées par les parents protecteurs face à certaines décisions judiciaires. Faute de preuves suffisantes, des affaires peuvent être classées sans suite alors même que les soupçons demeurent. La députée décrit alors un dilemme insupportable : « Vous allez devoir rendre l'enfant au parent qui a été mis en accusation. » Une situation qui conduit parfois certains parents à se mettre hors la loi pour continuer à protéger leur enfant.
Ainsi, sur la question de la dépénalisation de la non-présentation d'enfant, Maud Petit salue l'ouverture du débat par le ministre de la Justice : « Ouvrir le débat c'est essentiel. »
Interrogée par une auditrice, la présidente de la commission a insisté sur l'importance de la formation et de l'information, bien au-delà des seuls magistrats ou forces de l'ordre. Elle rappelle notamment l'existence du 119, numéro dédié à la protection de l'enfance : « Il faut en parler, il ne faut pas le garder pour soi. »
Enfin, Maud Petit a réaffirmé son engagement en faveur de l'imprescriptibilité des crimes et délits sexuels commis sur les mineurs :
Je suis absolument favorable à l'imprescription des crimes et des délits sexuels sur les mineurs.
Par son travail à la tête de cette commission d'enquête, la députée Les Démocrates porte une exigence de protection des victimes et de vérité judiciaire salutaire.”
- 2026-05-19 “Colloque à l'Assemblée nationale sur l'état de droit : force d'action — En ouverture, Marc Fesneau a rappelé que le relativisme ambiant guettait tous les domaines de notre vie commune, y compris la science. La démocratie se fonde sur l'état de droit, qui nous protège précisément des emballements collectifs. Oui, l'état de droit sédimente historiquement nos démocraties, il leur imprime une temporalité particulière, plus lente certes, mais qui permet la réconciliation entre la réflexion et l'immédiateté des émotions.
Animée par notre députée des Yvelines Anne Bergantz, la première table-ronde réunissait l'ancienne ministre de la Santé et hématologue Agnès Buzyn, la cheffe de service et infectiologue Karine Lacombe, Yasmine Belkaïd, immunologiste à l'Institut Pasteur et le philosophe et physicien Etienne Klein. La période suspendue de la Covid-19 a révélé une défiance d'une partie des citoyens envers la science et ses méthodes, les médias et les réseaux sociaux donnant la parole à toutes sortes d'experts plus ou moins autoproclamés. Aux Etats-Unis, dans la sphère MAGA, le bon sens populaire est présenté comme bien supérieur au savoir académique, décrié comme élitiste.
Agnès Buzyn rappelle que la communauté scientifique reconnaît les chercheurs, évalués par leurs pairs
. Nous vivons une époque où l'individualisme l'emporte trop souvent sur la solidarité. Et les médias, les réseaux sociaux recherchent la vitesse, contre le doute, qui ralentirait les discussions. Or,
le moteur de la recherche, souligne Etienne Klein, c'est le doute. Il ne s'agit pas de douter de tout, de sombrer dans le relativisme
. Le doute, dès lors qu'il est systématisé, corrode l'idée de vérité. Il faut bien distinguer la science et la recherche, où le doute constitue la méthode de pensée. L'immunologue Yasmine Belkaïd insiste sur la beauté des progrès de la science : en faire le récit est essentiel.
Il faut célébrer les découvertes scientifiques et commencer, dès le jeune âge, à les expliquer clairement aux enfants
. Il est frappant de voir qu'à l'âge adulte, si peu de citoyens soient capables de démontrer des théories scientifiques.
Il faudrait, en particulier, que l'on saisisse mieux à quel point la science est le fruit de l'intelligence collective.
Ce qui nous manque aujourd'hui, c'est l'éducation à la méthode scientifique. L'expertise scientifique et la décision politique devraient être mieux articulées. Former aux sciences expérimentales est important.
N'oublions pas que la science est un outil régalien, nous dit Agnès Buzyn.
Face aux crises, que peut l'état de droit ? Animée par le député du Val-de-Marne Guillaume Gouffier Valente, la deuxième table-ronde comptait l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, l'ancien vice-président du Conseil d'Etat Jean-Marc Sauvé, la magistrate Magali Lafourcade, le constitutionnaliste Benjamin Morel. Comment mieux protéger les droits et libertés, sans changer de Constitution ? Il n'est pas forcément nécessaire de tout constitutionnaliser. Avec clarté et franchise, Jean-Marc Sauvé reconnaît qu'il est bien plus facile de créer un état d'exception que d'en sortir. Entre le 14 novembre 2015 et le 31 octobre 2017, l'état d'exception a été déclaré, après les attaques terroristes. Mais une loi a pérennisé, par la suite, les dispositions de l'état d'urgence.
Benjamin Morel met en évidence ce paradoxe : l'état d'exception a vocation à suspendre temporairement les libertés, pour une situation exceptionnelle, ponctuelle
.
Or, la lutte contre le terrorisme, polymorphe, est tout sauf ponctuelle
. De même, une épidémie est davantage circonscrite dans le temps, mais les épidémies risquent de se répéter.
Après l'effondrement du bloc soviétique, les démocraties libérales, comme le prédisait Francis Fukuyama, ont cru en une fin de l'histoire. Nous constatons aujourd'hui que ce n'est pas le cas. Non seulement les démocraties libérales ne triomphent plus, mais elles s'érodent de l'intérieur. Les états d'urgence se sont multipliés.
Jean-Marc Sauvé nous alerte sur la question de l'immigration, où des atteintes à l'état de droit se sont déjà fait sentir.
Il faut demeurer très vigilants sur ce sujet. Car gouverner implique des responsabilités.
Benjamin Morel remarque que l'on n'a jamais autant consacré de droits et que l'on n'y a jamais autant dérogé.
Que faudrait-il introduire de plus dans la Constitution ? En soi, une Constitution, ce n'est jamais une garantie suffisante. L'exemple du IIIe Reich, où un régime libéral a glissé vers un régime totalitaire, le manifeste assez. Avec l'interprétation juridique, on peut faire beaucoup de choses.
Bernard Cazeneuve livre avec sobriété et émotion son expérience de ministre de l'Intérieur au moment des attentats contre Charlie Hebdo.
En quelques mois, les départs de jeunes radicalisés vers la Syrie s'étaient multipliés au-delà des prévisions. Prendre la décision de déclencher l'état d'urgence, et en particulier lorsqu'on est de gauche, n'a rien d'évident.
L'homme politique se trouve face à ses responsabilités.
Or, l'état d'urgence n'est pas une sortie de l'état de droit. Avec précision, Bernard Cazeneuve décrit toute la chaîne des responsabilités mise en place après les attentats, dans le souci de la sécurité collective et de la lutte contre le terrorisme, ennemi sans visage.
Surtout, Bernard Cazeneuve nous invite à réfléchir à ce que pourrait devenir cet outil de l'état d'exception s'il devait, en 2027, être confié dans de mauvaises mains.
Animée par l'ancienne députée de Paris Maud Gatel, la troisième table ronde, avec Emmanuelle Tourme-Jouannet et Jean-Louis Bourlanges, nous invite à réfléchir au multilatéralisme et au droit international.
Emmanuelle Tourme-Jouannet, professeure de droit à Sciences po, à rebours des idées reçues, défend l'idée que le droit international constitue une armature solide. Ce n'est pas la fin du droit international. Donald Trump, malgré ses déclarations, ne s'est retiré que de trois conventions internationales et reste lié par une centaine d'autres. L'OMS et l'Unesco continuent de fonctionner sans les Etats-Unis. Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen et ancien président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, est d'accord sur l'inflation de normes internationales. De ce point de vue, le droit existe bel et bien. Mais cela lui évoque la phrase de Tocqueville sur Louis-Philippe : la maison brûle, mais il se réjouit d'en avoir les clefs.
Notre monde allait vers la démocratie, la sécurité collective, le marché. Aujourd'hui, le cours des choses est bouleversé
. Auparavant, depuis la Révolution française, la communauté internationale reposait sur des valeurs partagées. Aujourd'hui, nous assistons à un mépris général du droit de la guerre, dans un climat d'indifférence. Trois grands Etats – les Etats-Unis, la Russie et Israël – bafouent ouvertement le droit international. L'Union européenne a une responsabilité dans l'attitude « deux poids, deux mesures » qu'elle adopte face à l'Ukraine d'un côté, et face à Gaza de l'autre, affirme avec force Emmanuelle Tourme-Jouannet. Les valeurs européennes – état de droit, démocratie, droits humains – régressent.
Jean-Louis Bourlanges remarque qu'il aurait fallu, dès le début, un Etat fédéral, dont personne à l'époque ne voulait.
Or, le droit, c'est le contraire de la confiance, c'est le contraire de la politique.
La politique, c'est la confiance, c'est le risque.
Aux débuts de la construction européenne, dans les années 1920, la SDN n'a pas fonctionné, car les Etats-Unis l'ont ignorée. Mais l'ONU, à part à quelques rares moments, n'a jamais marché non plus. Quant à l'OMC, elle peut être utile, mais elle ne peut que ce que l'autorisent à faire les Etats. Le doux commerce, ce n'est pas suffisant.
Pour conclure ce colloque dense et passionnant, l'ancienne Première ministre Elisabeth Borne, avec solennité, a souligné l'importance de l'état de droit
pour nos combats démocratiques. Si les citoyens ne croient plus dans leurs institutions, ils peuvent être tentés par les populistes qui proposent de les balayer.
Le droit n'est pas l'ennemi de l'action, il en est la pierre angulaire.
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- 2026-05-19 “Patricia Maussion : « L'agriculture biologique constitue un des outils dans le défi majeur de la transition écologique » — Loire Patricia Maussion, nouvelle membre du groupe Les Démocrates, a interpellé la ministre de l'Agriculture sur le soutien apporté à l'agriculture biologique et à la transition agricole.
Merci madame la présidente. Ma question s'adresse à madame la ministre de l'Agriculture.
Madame la ministre, l'agriculture biologique constitue un des outils dans le défi majeur de la transition écologique que l'agriculture doit relever, comme l'ensemble de notre société. Le programme Ambition Bio 2027, mis en place en 2024, avait une ambition forte : porter à 18% la surface agricole cultivée en bio en France d'ici 2027. Cet objectif a été porté à 21% en 2030, dans le cadre de la loi d'orientation agricole avec le soutien de votre prédécesseur Marc Fesneau. Pour atteindre cet objectif, les aides à la conversion dans le cadre de la politique agricole commune 2023-2027 atteignaient 340 millions d'euros par an.
Mais la crise de consommation des produits biologiques amorcée en 2020 a profondément fragilisé ce secteur qui représente aujourd'hui 10,1% de la surface agricole utile. Elle a freiné les conversions, provoqué des déconversions et entraîné une sous-consommation significative des crédits dédiés : 257 millions d'euros non consommés entre 2023 et 2024 et 150 millions d'euros pour la seule année 2025.
Face à ce constat, vous avez annoncé début mai le fléchage de 40 millions d'euros vers les zones intermédiaires en soutien, notamment aux mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC). Les MAEC représentent un levier de transition essentiel pour ensemble les agriculteurs et méritent d'être soutenues.
Toutefois, alors que nous nous apprêtons à débuter l'examen du projet de loi d'urgence agricole, nous sommes nombreux sur ces bancs à avoir besoin de clarté sur l'utilisation des reliquats pour cette année et au-delà.
Ma question est simple, Madame la ministre : quelle est votre feuille de route pour que les crédits non consommés d'aide à la conversion biologique reviennent en priorité à l'agriculture bio ? D'autant que le rebond de la consommation bio en 2024-2025 change la donne. Les crédits existent, la demande repart, il appartient désormais à l'État d'envoyer un signal clair aux agriculteurs. Comment comptez-vous saisir cette opportunité pour augmenter la surface agricole en bio, soutenir les conversions, freiner les déconversions et de manière générale développer un système de production plus durable ?”
- 2026-05-18 “Marc Fesneau : « L'État de droit n'a jamais été autant contesté » — Invité de la matinale de TF1 ce lundi 18 mai, Marc Fesneau a évoque la nécessité d'une ligne de responsabilité budgétaire, de justice sociale et de protection de l'État de droit.
Carburants : « C'est le point d'équilibre qu'il faut essayer de trouver »
Alors que la hausse durable des prix des carburants pèse sur le quotidien des Français, Marc Fesneau a rappelé la nécessité de conjuguer soutien au pouvoir d'achat et sérieux budgétaire. Pour le président du groupe Les Démocrates, l'enjeu est de « poursuivre les mesures qui ont été prises pour un certain nombre de secteurs d'activité et pour les gros rouleurs », tout en réfléchissant à « d'autres profils et d'autres Français qui peuvent être ciblés peut-être ».
Mais il a également insisté sur une ligne constante des Démocrates : ne pas céder à la facilité de la dette. Il avertit :
Ce qu'on donne aux Français d'un côté, on sera obligé de le rembourser par de la dette.
Marc Fesneau a aussi défendu une approche structurelle du pouvoir d'achat, en privilégiant le travail et les salaires plutôt que les aides ponctuelles. « Moi je partage l'opinion selon laquelle il vaudrait mieux leur donner du salaire » plutôt que des aides, a-t-il affirmé, tout en rappelant la nécessité de préserver « les capacités de production ou la compétitivité de nos entreprises ».
Dans cette logique, il a remis sur la table les propositions portées depuis plusieurs mois par le groupe Les Démocrates sur les charges pesant sur le travail. Pour lui, « la meilleure façon » d'augmenter le revenu des Français consiste à « regarder comment on peut faire un transfert de charges ».
La question qu'on a posée depuis un certain nombre de temps au groupe Les Démocrates, c'est la question de la part du brut, la part du net.
Une réflexion de fond qui devra, selon lui, nourrir les prochains débats budgétaires… voire la future séquence présidentielle.
2027 : « Il est trop tôt pour déployer des soutiens à des candidatures »
Interrogé sur l'élection présidentielle de 2027 et les nombreuses ambitions qui émergent déjà dans le bloc central, Marc Fesneau a refusé toute logique de précipitation. « Il est trop tôt pour déployer des soutiens à des candidatures », a-t-il affirmé, jugeant qu'il y avait aujourd'hui « plutôt le trop-plein que le pas-assez » de prétendants.
Le responsable centriste a surtout insisté sur la nécessité de remettre le projet politique au cœur du débat.
Je pense que la question qu'on a devant nous, c'est qu'est-ce qu'on dit aux Français ? Qu'est-ce qu'on a comme projet ? Et pas seulement la question du casting.
Dans la continuité du combat mené depuis des décennies par François Bayrou, Marc Fesneau a également plaidé pour un renforcement de l'espace central face au risque de polarisation. « Le risque dans l'élection qui vient, c'est la bipolarisation à part les extrêmes », a-t-il alerté, redoutant que « l'espace central soit complètement avalé dans une logique droite-gauche ».
C'est pourquoi le MoDem travaille, avec ses partenaires centristes, à une meilleure coordination politique. « On essaie de regarder avec nos amis de l'UDI, avec nos amis du Parti Radical, avec d'autres forces, comment on peut mieux se parler, comment on peut mieux se coordonner », a-t-il expliqué, voyant dans ce rassemblement « un élément important » pour l'avenir.
État de droit : « La facilité, c'est de dire que c'est la faute du droit »
Enfin, Marc Fesneau a longuement alerté sur les remises en cause croissantes de l'État de droit, en France comme à l'international. Il a dénoncé les discours politiques qui font du droit un obstacle plutôt qu'une protection. « Le problème ce serait le droit, le problème ce serait la Constitution », a-t-il regretté, visant notamment les attaques répétées du Rassemblement national contre les principes fondamentaux de notre démocratie.
Notre premier vice-président a rappelé que, par exemple, « le principe de liberté individuelle est un principe qui a été inscrit dès la Révolution » et que l'État de droit demeure le garant des libertés collectives. Pour lui, la remise en cause actuelle dépasse largement le seul cadre national. Il a pointé un contexte international marqué par le recul du droit et de la vérité scientifique, citant notamment Donald Trump et Vladimir Poutine.
« Tout ça est en train d'être chahuté », a-t-il constaté, évoquant à la fois « le fait que la science soit un élément de la décision politique », « le fait que l'État de droit vienne protéger les libertés individuelles » et le rôle du droit international pour « conjurer les risques de conflit ».
Dans la séquence, la facilité, c'est de dire que c'est la faute du droit. Et c'est ça contre lequel on lutte.”
- 2026-05-18 “« La sécurité, un enjeu national, fertile pour les extrêmes » par Antoine Bouret — La sécurité est devenue la première préoccupation des Français, loin devant les enjeux économiques traditionnels. Dans ce billet d'humeur, Antoine Bouret, jeune démocrate, appelle à une réponse ferme mais lucide : une politique de sécurité efficace, sans amalgames ni simplismes, et portée par une voix démocrate forte.
Depuis plusieurs mois, les sondages sont limpides : la sécurité est la première priorité des Français, devant les sujets historiques liés aux impôts et au pouvoir d'achat. Derrière ce terme de « sécurité » se trouve une importante diversité de sujets, comme la protection des biens et des personnes, la sécurité internationale, la sécurité routière ou encore les violences sexistes et sexuelles.
Il n'aura échappé à personne que ces sujets constituent un terrain fertile pour les discours des formations politiques extrêmes, qu'elles considèrent l'insécurité comme une invention de l'esprit ou qu'elles soient persuadées que tous les maux du pays en sont la conséquence directe. Cela s'explique notamment par les émotions fortes de tristesse, d'injustice et de colère que les événements dramatiques, trop nombreux, nous font ressentir. Les mécanismes populistes viennent alors utiliser, instrumentaliser et manipuler ces émotions légitimes en proposant des solutions simplistes et radicales, mais impossibles à mettre en œuvre, ainsi qu'en ciblant toujours un coupable désigné : l'État et les forces de l'ordre d'un côté, les étrangers de l'autre. Ces mécanismes fracturent notre Nation, et c'est pourquoi nous avons tant besoin d'une voix centriste et démocrate forte sur le sujet.
Un bilan à défendre
Bien sûr, c'est un sujet sur lequel notre courant politique a beaucoup travaillé ces dernières années, et les gouvernements auxquels nous avons participé ont mis en place un grand nombre de mesures visant notamment à améliorer la sécurité du quotidien : la loi anti-casseurs (2019), visant à protéger les différentes manifestations en permettant notamment la fouille des sacs, bagages et véhicules aux abords d'un événement ; mais également la loi Sécurité globale (2021), renforçant notamment la police municipale de proximité et l'utilisation des images de caméras-piétons pour protéger ceux qui protègent, ou encore autorisant la captation d'images par drones.
Nous pensons également à la très ambitieuse loi contre le narcotrafic (2025), permettant de mieux lutter contre les points de deal qui gangrènent les villes et de lutter contre le blanchiment dans les commerces-écrans. Cette loi a également permis la construction des premières prisons de haute sécurité, comme à Condé-sur-Sarthe, empêchant désormais réellement les narcotrafiquants de continuer à opérer depuis la prison.
N'oublions pas non plus les succès en matière de sécurité que furent les Jeux Olympiques de Paris 2024, ainsi que la Coupe du monde de rugby en 2023.
Un projet de loi (PJL) nommé RIPOST est également porté par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, dont notre sénatrice Isabelle Florennes est corapporteure.
Le début de la RIPOST
Ce projet de loi RIPOST est en effet un texte complet et structurant pour créer un choc d'autorité. Il propose de renforcer les sanctions en cas de conduite sous l'emprise de substances stupéfiantes, ciblant notamment le protoxyde d'azote, dont la consommation a explosé, en particulier chez les plus jeunes conducteurs, et qui cause de nombreux accidents. Ce texte vient ainsi en soutien à l'intense combat mené par notre ministre Marie-Pierre Vedrenne, place Beauvau, contre le protoxyde d'azote. Côté sécurité routière, le PJL RIPOST permet également d'étendre l'amende forfaitaire délictuelle (AFD) aux auteurs de rodéos motorisés et facilite la saisie des véhicules concernés.
Par ailleurs, ce texte renforce la lutte contre l'organisation des rave-parties illégales en prévoyant la sanction non plus uniquement des organisateurs – qui sont très difficiles à identifier – mais également des participants. Il donne aussi davantage de moyens aux préfets sur le sujet des squats, comme la possibilité d'intervenir en cas de maintien indu après des locations de courte durée.
De façon plus générale, RIPOST améliore les moyens d'action des forces de l'ordre et de l'autorité judiciaire en anonymisant les agents de police et les gendarmes, permet le traitement algorithmique des images de vidéosurveillance jusqu'en 2030 et durcit les conditions d'exécution des peines de prison.
Ce PJL, déjà voté au Sénat, devra se frayer un chemin dans l'agenda chargé de l'Assemblée nationale afin de pouvoir être adopté et de permettre un pas de plus vers une réponse forte et attendue par nos concitoyennes et nos concitoyens.
Des enjeux de méthode et de communication au service d'une voix démocrate forte
Afin de cesser de fracturer la France sur les sujets de sécurité, et surtout pour porter des propositions justes et efficaces, il est important que nous conservions une exigence forte sur la façon dont nous traitons ce sujet.
En premier lieu, il est vital de parler de sécurité sans diviser : vous l'aurez compris, nous ne devrons jamais tomber dans le piège consistant à associer insécurité et immigration. Nous devons traiter le sujet de la sécurité et de la délinquance à leurs racines : l'éducation et les repères républicains transmis, les conditions sociales des individus, ainsi qu'une plus grande confiance dans la rapidité et l'intransigeance de notre Justice. C'est par ce refus sincère des amalgames, couplé à l'incarnation d'une autorité forte de l'État à travers les forces de l'ordre et la justice, que nous aurons voix au chapitre sur cet enjeu national.
Il nous reste maintenant à montrer cette position aux Français. Au-delà des prestations médiatiques de haut niveau de nos responsables nationaux, continuer à repenser notre utilisation des réseaux sociaux et des nouveaux médias est ici indispensable. Notre ministre Jean-Noël Barrot nous a, en ce sens, ouvert la voie avec la mise en place de French Response sur X, et bientôt sur TikTok. Refuser d'utiliser les codes de communication qui fonctionnent aujourd'hui, comme les formats courts, les visuels impactants et parfois la vulgarisation, c'est nous empêcher de lutter à armes égales.
Dans ces formats modernes, qui s'adaptent particulièrement bien aux raisonnements de nos adversaires, nous pouvons réussir à transmettre avec vigueur une vision sécuritaire intransigeante et claire, qui rassemble autour d'un État de droit sacré. Pour cela, nous ne devons cependant pas négliger notre base idéologique et argumentative, qui doit être le fondement de nos publications sur les réseaux sociaux. C'est ce qui fait l'ADN démocrate.
Antoine Bouret”
- 2026-05-17 “Sarah El Haïry : « La diversité des amours n'enlève rien à personne, elle ne fragilise aucune valeur » — Haute-commissaire à l'Enfance, Sarah El Haïry dénonce dans le Huffington Post la persistance des discours et comportements homophobes, alors que le 17 mai signe la journée de lutte contre les LGBTIphobies.
Il y a des mots qui libèrent. Et d'autres qui enferment. Pendant longtemps, j'ai connu les deux. Il y a ce moment où l'on comprend, souvent seul, parfois dans la confusion, que l'on est différent de ce que la société attend de nous. Il y a ce moment où l'on apprend à nommer ce que l'on ressent, à l'accepter, puis à le dire. Et il y a ce moment, plus vertigineux encore, où l'on décide de ne plus se cacher.
Dire qui l'on est, profondément, intimement, n'est jamais un geste anodin. C'est encore moins le cas quand on exerce des responsabilités publiques, quand chaque mot est scruté, commenté, parfois déformé. Pourtant, je l'ai fait. J'ai dit que j'étais une femme et que j'aimais une femme. Je l'ai dit simplement, sans mise en scène, sans revendication particulière, en réponse à une simple question, parce que cela n'aurait jamais dû être un événement.
Et pourtant, ça l'a été. Pourquoi ? Parce qu'au XXIe siècle, encore, aimer autrement que la norme supposée continue de déranger. Parce que l'homophobie, malgré les progrès, reste une réalité tenace, insidieuse, parfois violente. Parce que l'égalité formelle ne garantit pas encore l'égalité vécue.
Je pense à ces enfants, à ces adolescentes et ces adolescents qui grandissent aujourd'hui avec cette part d'eux-mêmes qu'ils n'osent pas dire. À celles et ceux qui redoutent le regard de leurs parents, de leurs amis, de leurs enseignants. À celles et ceux qui subissent les insultes dans une cour de récréation, les moqueries dans un vestiaire, les messages de haine sur les réseaux sociaux. À celles et ceux qui intériorisent le rejet jusqu'à douter de leur propre valeur.
Je pense aussi à celles et ceux qui n'ont pas eu la force, ou pas eu le temps, d'aller au bout de ce chemin vers eux-mêmes. À toutes ces vies entravées, brisées parfois, nous devons plus que de la compassion. Nous leur devons des actes.
En cette journée internationale de lutte contre l'homophobie, je refuse les discours tièdes. Je refuse les engagements de façade. Cela suppose d'agir concrètement : renforcer la prévention contre les discriminations dès l'école, mieux former les adultes qui accompagnent les enfants (enseignants, éducateurs, animateurs, personnels de santé) et garantir à chaque jeune victime de harcèlement ou de rejet un accès réel à l'écoute et à l'accompagnement.
L'homophobie est une violence
Comme Haute-commissaire à l'Enfance, je porte cette exigence dans tous les travaux engagés pour faire de l'école et des lieux de vie des enfants des espaces plus sûrs. Je souhaite également que la lutte contre les LGBTphobies soit pleinement intégrée aux politiques de prévention du harcèlement et de protection de la santé mentale des jeunes.
L'homophobie n'est pas une opinion parmi d'autres. C'est une violence. Une violence qui blesse, qui exclut, qui détruit.
Elle ne se manifeste pas seulement dans les agressions physiques, aussi intolérables soient-elles. Elle s'exprime dans les mots du quotidien, dans ces « blagues » qui n'en sont pas, dans les silences qui cautionnent, dans les regards qui jugent. Elle s'installe dans les structures, dans les inégalités persistantes, dans les discriminations à l'embauche, dans les parcours de vie entravés.
Face à cela, nous avons une responsabilité collective.
Oui, il faut des lois, et la France a su en adopter. Oui, il faut sanctionner, protéger, accompagner. Oui, il faut former, dès le plus jeune âge, à la tolérance, au respect, à la compréhension de l'autre. Mais cela ne suffira pas si nous ne changeons pas, profondément, notre manière de regarder.
Il ne s'agit pas de tolérer. Il s'agit de reconnaître pleinement.
Il ne s'agit pas d'accepter à contrecœur. Il s'agit d'embrasser la diversité comme une richesse.
Car la vérité est simple : la diversité des amours n'enlève rien à personne. Elle ne menace rien, elle ne retire aucun droit, elle ne fragilise aucune valeur. Elle dit seulement une chose essentielle : chacun doit pouvoir vivre librement, dignement, pleinement.
Pour ma part, je n'ai jamais voulu faire de mon orientation un étendard. Mais je sais aujourd'hui que le simple fait de dire qui je suis a une portée qui me dépasse. Parce que la représentation compte. Parce que voir quelqu'un qui vous ressemble, qui vit ce que vous vivez, peut changer une trajectoire, redonner espoir, ouvrir un possible.
Si mon parcours peut, ne serait-ce qu'un instant, permettre à une jeune fille de se dire « moi aussi, j'ai ma place », alors cela en valait la peine.
Mais je ne me résous pas à ce que cela reste nécessaire. Je ne me résous pas à ce que, pour exister pleinement, il faille encore faire preuve de courage. Être soi ne devrait jamais être un acte héroïque. Cela devrait être une évidence.
La dignité humaine n'est pas négociable
C'est pourquoi je veux être claire : nous ne céderons rien. Ni face aux discours de haine qui se banalisent. Ni face aux tentatives de recul. Ni face à celles et ceux qui voudraient faire de l'identité des uns un sujet de polémique pour les autres.
La dignité humaine n'est pas négociable.
Je continuerai de me battre, avec détermination, avec constance, pour que chaque enfant puisse grandir sans peur, pour que chaque adolescent puisse se construire sans honte, pour que chaque adulte puisse aimer sans se cacher.
Je continuerai de me battre pour que l'école soit un refuge et non un lieu de violence. Pour que les familles soient des espaces d'accueil et non de rejet. Pour que la société tout entière soit à la hauteur de ses propres valeurs.
Parce que la République que nous aimons ne peut tolérer que certains de ses enfants soient moins libres que les autres.
À celles et ceux qui doutent, qui tremblent, qui hésitent encore, je veux dire : vous n'êtes pas seuls. Votre vie a de la valeur. Votre vérité mérite d'être vécue.
Nous sommes là. Nous sommes debout. Et nous avançons. Nous ne demandons pas de place. Nous la prenons, pleinement, légitimement. Nous ne demandons pas la tolérance. Nous exigeons l'égalité. Et nous ne reculerons pas.
Lire dans le Huffington Post.”
- 2026-05-17 “Tribune : « L'État de droit n'est pas une cible de campagne ! », par Marc Fesneau, Pascal Lecamp... — À quelques mois de la présidentielle 2027, vingt-cinq personnalités politiques alertent dans La Tribune Dimanche sur les dangers des nombreux glissements sémantiques de leurs homologues et dénoncent une stratégie délibérée remettant en question l'État de droit.
Il reste un an avant l'élection présidentielle. Un an pendant lequel chaque mot, chaque polémique, chaque glissement sémantique comptent. Un an pendant lequel la fenêtre d'Overton, ce cadre invisible qui délimite ce qui est pensable en politique, peut être élargie ou rétrécie selon les choix de ceux qui ont la parole publique.
C'est dans ce contexte que nous nous alarmons des déclarations répétées de certains responsables politiques. Ces prises de position ne relèvent pas de la maladresse : leur constance et leur cohérence trahissent une stratégie délibérée. Une stratégie qui confond sciemment l'État du droit, l'ensemble des règles positives, perfectibles, modifiables, avec l'État de droit, principe fondateur de nos démocraties libérales, faisant ainsi une victime collatérale par choix sémantique. Une stratégie qui s'attaque à ce qu'il y a de plus fondamental, en instrumentalisant des principes présentés désormais comme illégitimes, car technocratiques ou idéologiques. Alors, le langage de l'attaque contre l'État de droit devient acceptable. Et la glissade s'opère.
L'État de droit, ce n'est pas une contrainte bureaucratique. C'est l'architecture qui rend possible la liberté. C'est la hiérarchie des normes, au sommet de laquelle se trouve notre Constitution, qui protège chaque citoyen contre l'arbitraire du pouvoir, quel qu'il soit. C'est l'égalité devant la loi, l'indépendance de la justice, le respect des droits fondamentaux, ces libertés concrètes, vécues au quotidien : la liberté d'opinion et d'expression, la liberté de réunion et de manifestation, la liberté de culte, la liberté syndicale ou encore le droit de grève. Cet ensemble même que certains entendent bousculer, par exemple en retournant l'État de droit contre lui-même en assurant qu'une décision de justice incommode en constituerait une négation pure et simple.
Hérité des Lumières, il est le produit de l'Histoire. Des luttes contre l'absolutisme, des leçons tirées des totalitarismes du XXe siècle, des valeurs inscrites sur les frontons de nos mairies : liberté, égalité, fraternité. Notre identité collective s'incarne chaque jour, concrètement, dans nos institutions et nos principes constitutionnels.
Quand l'impensable est devenu raisonnable, il est trop tard pour revenir en arrière sans fracas.
La mécanique est connue. Ce qui semblait impensable devient radical. Ce qui était radical devient acceptable. Et quand l'impensable est devenu raisonnable, il est trop tard pour revenir en arrière sans fracas.
En faisant passer la remise en cause de l'État de droit pour une option politique parmi d'autres, ceux qui instrumentalisent ce discours, aidés des populistes de toutes parts et d'une perte généralisée des repères, arment contre cet État tous ceux dont les idées se situent déjà en dehors de son cadre. Ils nous privent collectivement d'une digue. Et les digues, on ne mesure leur importance que lorsqu'elles ont cédé.
Il y a aussi, dans cette posture, une malhonnêteté politique que l'on se doit de nommer. Désigner l'État de droit comme obstacle, c'est une manière commode pour un responsable politique de désigner un coupable face à ses propres manquements, face aux promesses non tenues, face aux dossiers mal gérés. C'est imputer à la règle ce qui relève de l'incapacité ou du choix. L'État de droit n'empêche pas, il guide, il éclaire les chemins dans lesquels nous organisons le commun.
L'État de droit ne peut pas être à géométrie variable, modelé à l'envi par un candidat ou un autre, de quelque bord politique que ce soit, pour restreindre à la carte les libertés d'autrui dans le futur. Ce qui nous a été transmis par des générations de citoyens engagés nous ayant précédés, parfois au prix de durs combats, n'a pas vocation à devenir un élément de stratégie électorale opportuniste.
Nous, responsables politiques et élus, sommes tous les gardiens de cet État de droit. Non par réflexe conservateur ou corporatiste, mais par lucidité démocratique, car l'État de droit protège concrètement nos concitoyens, leurs droits et leurs libertés.
Ne laissons pas la glissade s'opérer dans un mélange d'étonnement, d'inertie et d'impotence. Les mots préparent les actes.
Les signataires :
- Guillaume GOUFFIER VALENTE, député
- Jean-Paul MATTEÏ, député
- Isabelle RAUCH, députée
- Jean-François ROUSSET, député
- Justine GRUET, députée
- Constance de PÉLICHY, députée
- Éric MARTINEAU, député
- Erwan BALANANT, député
- Stella DUPONT, députée
- David TAUPIAC, député
- François JOLIVET, député
- Dominique POTIER, député
- Denis MASSÉGLIA, député
- Delphine LINGEMANN, députée
- Jimmy PAHUN, député
- Mickaël COSSON, député
- Sabine GERVAIS, députée
- Emmanuel MANDON, député
- Élisabeth BORNE, députée
- Yaël BRAUN-PIVET présidente de l'Assemblée nationale
- Pascal LECAMP, député
- Marc FESNEAU, président du groupe Les Démocrates
- Agnès PANNIER-RUNACHER, députée
- Éric LOMBARD, ancien ministre
Lire la tribune dans La Tribune Dimanche.”
- 2026-05-15 “Marina Ferrari : « Plusieurs choses me choquent dans cette décision de systématiser les tests de féminité » — Au lendemain de sa présentation devant la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale de la proposition de loi sur le sport professionnel, dont l'examen en séance a été repoussé au mieux à la semaine du 25 mai, notre ministre des Sports et secrétaire générale adjointe, Marina Ferrari, a accordé un entretien à l'Équipe pour parler d'un sujet qui suscite chez elle de la « colère » et de l'« inquiétude ».
Pourquoi vous opposez-vous aux tests génétiques de féminité exigés par le CIO ?
J'ai été très désagréablement surprise de ce retour en arrière. Les tests de féminité ne se pratiquaient plus depuis la fin des années 1990. À l'époque, ils ont été arrêtés parce que leur plus-value scientifique n'était pas avérée. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille écarter toute réflexion sur le sujet : dans certaines disciplines où l'engagement physique est particulièrement important, comme la boxe ou le rugby, il peut exister, dans des cas spécifiques et documentés, un déséquilibre du rapport de force lorsqu'une athlète transgenre ou intersexe présente des capacités physiques supérieures, notamment en matière de puissance ou de force.
Le CIO avance justement les arguments de la protection des athlètes et de l'intégrité des compétitions...
Mais il me semble que, depuis la fin des années 1990, on arrivait à le gérer au cas par cas, et certaines fédérations avaient même mis des mesures en place, comme dans le rugby par exemple. Plusieurs choses me choquent dans cette décision de systématiser les tests de féminité.
Même si le CIO s'en défend, cette décision constitue une forme de discrimination entre hommes et femmes parce qu'on ne va pas demander à tous les hommes de prouver qu'ils sont bien hommes.
Je pose aussi la question : qui va payer le test ? Le CIO ? Je ne pense pas. La Fédération internationale ? Je ne pense pas non plus. La Fédération nationale ? Pas plus. L'État ? Non, puisqu'il est illégal de pratiquer des tests génétiques en France sauf à des fins médicales, judiciaires ou de recherche scientifique. Au bout du bout, je crains que ce ne soit l'athlète qui doive payer et cela me pose un problème !
Plusieurs fédérations internationales exigent déjà des tests à l'instar de l'athlétisme, de la boxe et du ski ?
J'ai été sollicitée par plusieurs fédérations. Je leur ai rappelé que ces tests sont interdits en France. Toutefois, pour avoir échangé avec les athlètes, je sais que certaines fédérations demandent déjà à leurs athlètes de s'y soumettre. Plusieurs athlètes m'ont d'ailleurs expliqué recevoir un test par la poste à réaliser à domicile et à renvoyer.
Cela pose d'ailleurs question sur l'intégrité et la fiabilité du test.
Comptez-vous justement proposer un aménagement de la loi bioéthique afin d'autoriser les tests sur le sol français ?
Changer une loi de bioéthique en France, d'ici Los Angeles alors que les qualifications vont commencer cet été ? C'est impossible.
Qu'allez-vous faire alors ?
On va mettre en place un observatoire, qui était l'une des préconisations opérationnelles du rapport du professeur Toussaint. Le professeur a accepté de le présider et il y aura des représentants du mouvement sportif, des athlètes, des scientifiques. Je vais suivre de très près leurs travaux car je ne cache pas mon inquiétude.
Avez-vous échangé avec le CIO ?
Ma position n'est pas politique, contrairement à ce qui a pu m'être reproché. On m'a d'ailleurs rapidement étiquetée comme "la ministre des Sports woke". Pourtant, il ne s'agit pas de cela, mais bien d'une question d'intégrité, de respect des personnes et d'égalité. Je le redis, toutes les femmes seraient concernées par ces tests. Philosophiquement, cette décision ressemble à une remise en question des droits des femmes.
Lire l'entretien dans L'Équipe.”
- 2026-05-13 “Jean-Noël Barrot : « En Afrique, comme ailleurs dans le monde, la Russie a été très largement mise en échec » — Alors que ces dernières années ont été marquées par des ruptures avec des pays du Sahel et la montée d'un sentiment antifrançais en Afrique francophone, Paris entendait faire une démonstration de la force de ses liens politiques et économiques avec le continent. Une opération réussie estime, dans un entretien au Monde, Jean-Noël Barrot, notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.
C'est la première fois qu'un sommet Afrique-France se tient dans un pays anglophone. Est-ce que ce choix s'est imposé parce que ce n'était pas possible en Afrique francophone, où le sentiment antifrançais s'est accru ces dernières années ?
Non, et d'ailleurs de nombreux pays francophones sont présents ! La Côte d'Ivoire, le Sénégal, la Guinée… Tenir ce sommet au Kenya, c'est la manifestation d'un renouvellement très profond de la relation entre la France et le continent africain initié depuis 2017, qui nous a conduits à élargir nos partenariats dans de nombreux domaines et sur tout le continent, avec de nouveaux pays.
Nous avons beaucoup de convergences avec le Kenya : notre attachement au multilatéralisme, notre défense du climat, de la démocratie. C'est un pays avec lequel nous avons décidé d'élever le niveau de notre relation. Nous avons par exemple signé, à l'occasion de ce sommet, un milliard d'euros [de promesses] d'investissements privés de la France au Kenya.
Nairobi, c'est une évidence, en quelque sorte.
Vous avez évoqué la démocratie… En 2024 et en 2025, la répression de manifestations de jeunes Kényans contre la vie chère et la corruption a fait près de 150 morts. Cela vous préoccupe-t-il ?
Le Kenya a une jeunesse qui aspire, comme toutes les jeunesses, à vivre mieux. Les manifestants demandaient des opportunités économiques et c'est ce sur quoi ce sommet a mis l'accent : l'innovation, la croissance, la participation des sociétés civiles… Le président [kényan] William Ruto partage ce constat.
Faut-il en conclure que la France ne s'exprime plus sur les questions liées aux droits humains ?
La France cultive avec les sociétés civiles africaines et les diasporas des relations très étroites. On les soutient au travers de notre diplomatie, mais aussi en tissant des liens au sein des sociétés civiles.
La relation entre la France et le continent africain n'a aucun équivalent.
En Afrique, vos rivaux sont de plus en plus nombreux : Chine, Inde, Etats-Unis, Turquie, Maroc… La France peut-elle encore faire le poids face à ces pays qui, pour certains, proposent souvent des contrats à des prix plus concurrentiels ?
On s'attache trop souvent à l'écume des choses, mais la réalité est très claire. En matière d'échanges commerciaux, d'investissements, d'accueil des étudiants africains dans nos universités, la contribution de la France et de l'Europe au développement du continent africain est 10 fois, 50 fois, 100 fois supérieure à celle de pays comme la Chine, la Russie ou les Etats-Unis.
Plus de 30 chefs d'Etat et de gouvernement sont venus à Nairobi, la France a annoncé 14 milliards [d'euros] d'investissements privés vers le continent africain. C'est spectaculaire.
Le 25 avril, le Mali a connu une offensive sans précédent du Groupe de soutien de l'islam et des musulmans, affilié à Al-Qaida, et d'indépendantistes du Nord. La France a mis plusieurs jours à réagir. Face aux djihadistes, assurez-vous clairement votre soutien aux militaires au pouvoir, malgré vos différends ?
Notre priorité est avant tout la sécurité de nos compatriotes et la sécurité du peuple malien, qui est l'un de ceux qui a les liens les plus étroits avec la France. Nous nous tenons donc aux côtés des pays de la région dans la lutte qu'ils mènent – et en fonction des demandes qu'ils nous expriment – contre la propagation du risque terroriste.
Après avoir mis fin à leur coopération avec la France, le Mali, comme le Burkina Faso et le Niger, ont noué une alliance avec la Russie. Allez-vous tenter de renouer des liens et de regagner de l'influence dans ces pays ?
Il n'y a pas de perte d'influence de la France en Afrique.
Je rencontre très régulièrement les représentants de pays du Sahel en France et je constate la vigueur et la vitalité des liens qui unissent nos peuples. C'est là-dessus que se bâtira l'avenir de nos relations.
Avez-vous sous-estimé cette offensive de Moscou sur le continent africain, qui ne se joue pas seulement au Sahel mais aussi en République centrafricaine ou à Madagascar ?
Chaque pays est libre de choisir ses alliances. Nous n'acceptons pas d'ingérence dans nos propres choix, nous n'allons pas le faire dans les affaires des autres. Mais ce que je constate, c'est que l'offre de la Russie de Vladimir Poutine se limite à celle de services de sécurité monnayés contre l'exploitation des ressources du continent africain. Et que, dernièrement, en Afrique comme ailleurs, au Mali mais aussi du Venezuela à l'Iran, en passant par la Syrie, la Russie a été très largement mise en échec.
Au-delà des questions sécuritaires, la contribution de la Russie au développement du continent africain, c'est zéro.
Les échanges commerciaux de la France avec l'Afrique sont trois fois supérieurs à ceux de la Russie. Les investissements, huit à dix fois supérieurs. Le nombre d'étudiants africains accueillis dans les universités françaises, huit fois supérieur. Il faut regarder les chiffres.
Le 8 mai, à l'occasion des commémorations des massacres de Sétif, en Algérie, l'ambassadeur français Stéphane Romatet a repris son poste à Alger, après plus d'un an passé à Paris. Est-ce le retour d'une normalisation des relations bilatérales, après la longue crise des deux dernières années ?
Un réengagement a eu lieu, c'était la volonté des deux présidents. Cela a commencé à produire des résultats puisqu'une visite consulaire a été accordée [lundi] à notre compatriote, le journaliste Christophe Gleizes [condamné en appel, début décembre, à sept ans de prison ferme].
Il faut maintenant aller plus loin, dans tous les domaines, et en particulier en matière de politique migratoire et sécuritaire, de manière à ce que les Algériens en situation irrégulière en France puissent être reconduits en Algérie, mais aussi en matière économique, où les entreprises françaises et algériennes ont beaucoup d'intérêts communs. C'est la mission qui est celle de notre ambassadeur d'accélérer et d'obtenir des résultats.
Avez-vous obtenu des engagements sur la libération de Christophe Gleizes ?
Nous sommes mobilisés pour qu'il puisse rapidement retrouver les siens.
Lire l'entretien dans Le Monde.”
- 2026-05-13 “Soirée-débat du 20 mai : le travail dans tous les sens — Mercredi 20 mai se tient une soirée-débat au siège du MoDem à l'occasion de la sortie du nouveau numéro de notre revue partenaire France Forum avec notamment : Patrick Mignola, ancien ministre, ancien chef d'entreprises ; Juliette Pfeiffer, fondatrice de Mediations ; Anthony Hussenot, professeur de science de gestion à l'Université de côte d'Azur ; Philippe Garabiol, haut-fonctionnaire, agrégé d'histoire et Olivia Leboyer, rédactrice en chef de France Forum.
Sentiment d'un manque de sens, envie de consacrer du temps à d'autres dimensions de la vie, quiet quitting : autant de phénomènes récents, qui manifestent une interrogation sur la valeur même du travail. L'étymologie, tripalium, renvoie à l'idée de supplice, la critique du travail n'est pas récente. Mais elle prend des formes nouvelles, dans une société en mutation.
Il ne s'agit pas de critiquer la paresse des jeunes générations ou leur manque de stabilité. Intéressons-nous aux causes: l'inscription du travail dans les différents temps de la vie, la satisfaction ou l'insatisfaction du niveau de rémunération, la quête d'un sens, d'une utilité pour la société. L'accélération et l'intensification du travail se révèlent dommageables si elles ne s'accompagnent pas, corrélativement, d'un gain d'autonomie et de reconnaissance.
La transformation numérique a des effets pervers, mais aussi des conséquences positives : si le travail se polarise entre des tâches très qualifiées, et des tâches peu qualifiées, il faut éviter qu'un fossé se creuse entre les citoyens autonomes dans leur travail et ceux qui le subissent. La tertiairisation de l'économie française est particulièrement marquée (80%), ce qui induit des risques plus prononcés pour les conditions de travail. Un autre phénomène marquant est la surconcentration de l'activité économique française dans les grandes métropoles. Travailler ne permet plus autant qu'avant de se loger, ce qui constitue un réel problème.
En France, la "logique de l'honneur", théorisée par Philippe d'Iribarne, rend les citoyens sensibles au sentiment de reconnaissance ou de manque de considération. Les logiques de management, trop verticales, posent souvent problème. Les attentes des Français concernent ainsi la rémunération, mais aussi les dimensions d'épanouissement et d'autonomie dans le travail.
Le travail, c'est un sujet qui nous touche tous, et à tous les moments de notre vie, y compris le temps de la formation, le temps de la recherche d'un emploi, ou celui où l'on prend sa retraite.
Pour en débattre, autour de notre numéro de France Forum consacré au « Travail dans tous les sens », venez nombreux mercredi 20 mai, à 19h30, au 133 bis rue de l'Université (amphithéâtre Jean Lecanuet).”
- 2026-05-13 “Marie-Pierre Vedrenne : « La sécurité routière est un sujet de citoyenneté » — Invitée de RMC ce mercredi 13 mai, Marie-Pierre Vedrenne a défendu une approche mêlant prévention, responsabilité et fermeté face à la hausse de la mortalité routière. Pour la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, la sécurité routière est avant tout « un sujet de citoyenneté ».
Face à la hausse de la mortalité routière, Marie-Pierre Vedrenne a rappelé la réalité humaine qui se cache derrière les statistiques :
Derrière les chiffres, il faut en avoir collectivement conscience, ce sont des familles brisées. Ce sont des vies endeuillées.
Notre ministre déléguée a pointé des comportements de choix « délibérés » comme l'alcool, les stupéfiants ou encore le protoxyde d'azote, particulièrement présent chez les jeunes. « Quand vous consommez du protoxyde d'azote, c'est comme si vous fermiez les yeux au volant », a-t-elle alerté, soulignant que ces pratiques mettent « en danger soi-même et les autres ».
Pour elle, la hausse des accidents s'explique avant tout par « des comportements déviants » qui aggravent les conséquences des collisions.
Marie-Pierre Vedrenne a aussi défendu une vision collective de la sécurité routière :
La politique de sécurité routière, ce n'est pas une politique contre les conducteurs. C'est une politique de protection de tous les Français.
Insistant sur la cohabitation entre automobilistes, cyclistes et piétons, elle a rappelé que « tout le monde a sa place » dans l'espace public. La ministre a également plaidé pour une réflexion sur le port du casque obligatoire à vélo : « Moi, j'y suis favorable », estimant que cette mesure pourrait « sauver des vies ».
La sécurité routière est un sujet de citoyenneté.
La ministre a enfin défendu une ligne mêlant pédagogie et fermeté. « La politique de prévention est nécessaire » pour mieux faire prendre conscience des risques, a-t-elle expliqué, tout en rappelant le renforcement des sanctions contre les très grands excès de vitesse, désormais passibles de peines de prison.
Ces actes constituent selon elle « des comportements délinquants ». Elle s'est également dite favorable à l'extension des expérimentations menées contre le téléphone au volant avec suspension administrative du permis.
Face à « une courbe à la hausse », Marie-Pierre Vedrenne estime qu'il faut « faire évoluer les sanctions » pour protéger l'ensemble des usagers de la route.”
- 2026-05-13 “Pascal Lecamp : « Le changement climatique nous impose une logique de stockage, d'anticipation, de partage et de sobriété des usages » — Lors des questions au gouvernement, notre député de la Vienne Pascal Lecamp a interrogé le ministre de l'Intérieur sur les dégradations de retenues d'eau dans la Vienne.
Merci Madame la Présidente, ma question s'adresse au ministre de l'Intérieur et je souhaite y associer mon collègue départemental Nicolas Turquois.
Monsieur le ministre, vendredi dans le Poitou, deux ouvrages agricoles de retenue d'eau ont été vandalisés. Ces dégradations sont intervenues au lendemain d'une décision de justice condamnant en appel le porte-parole d'un collectif à six mois de prison sous bracelet électronique pour des faits commis à Sainte-Soline.
Ces agissements, mes chers collègues, ne sont pas anodins. Le groupe Les Démocrates les condamne avec force. Nous les condamnons d'abord parce qu'ils privent notre agriculture d'outils essentiels pour produire. Mais nous les condamnons aussi parce que le respect de l'État de droit n'est pas à géométrie variable, fonction des perceptions personnelles de ce qui est légitime ou de ce qui ne le serait pas. L'État de droit, ce n'est pas seulement la possibilité d'exercer des recours contre des projets, l'État de droit c'est aussi accepter les décisions de justice et respecter les règles qui s'imposent à tous, y compris lorsqu'elles déplaisent. Il doit encadrer autant que permettre et sécuriser. Il est donc essentiel, Monsieur le ministre, que la justice s'applique tout simplement.
Mais la réponse ne peut pas être uniquement pénale. Et tous les projets de loi du monde ne permettent pas de partager un diagnostic et d'avancer collectivement sur ce sujet. Elle doit être politique. Nous devons retrouver du dialogue et du consensus autour de ces sujets de souveraineté alimentaire, de sécurité énergétique, d'urgence climatique. Les ambitions nous rassemblent, mais les projets qui les concrétisent sur le terrain suscitent de fortes oppositions. Et la question de l'eau est, à cet égard, symptomatique. Il nous faut l'aborder avec deux principes simples : une gestion partagée, car il y a une même eau, des usages divers et surtout une responsabilité collective ; et cesser d'opposer systématiquement agriculture et environnement.
Le changement climatique nous impose une logique de stockage, d'anticipation, de partage et de sobriété des usages. Il nous faut retrouver la raison et la capacité à échanger et débattre collectivement sur le sujet.
Alors Monsieur le ministre, ma question sera simple. Comment assurer le respect de l'État de droit et mettre celui-ci au bénéfice de l'action, ce qui permettra notamment un partage plus juste de l'eau ?
Je vous remercie.”
- 2026-05-12 “Philippe Vigier : « La Nouvelle-Calédonie connaît une crise politique, institutionnelle, sociale très graves » — Lors des questions au gouvernement, notre député d'Eure-et-Loir a interrogé la ministre des Outre-mer sur la Nouvelle-Calédonie.
Merci Madame la Présidente, ma question s'adresse à la ministre des Outre-mer.
Madame la Ministre, la Nouvelle-Calédonie connaît une crise politique, institutionnelle, une crise sociale très grave, et on sait que cette crise en grande partie est liée au sujet du dégel du corps électoral avec le report des élections provinciales à trois reprises, et le report naturellement des élections pour le Congrès.
Il faut sortir de cette impasse ! Monsieur le Premier Ministre, vous avez su rassembler autour de vous l'ensemble des parties prenantes pour définir un chemin. Ce chemin, il dit très clairement les choses : il dit non au dégel total. Ce chemin, il dit non au statu quo, sinon c'est l'immobilisme. Ce chemin, il propose. Ce chemin propose simplement, à la marge, d'ajuster le corps électoral. Pour mes chers collègues, permettre à 10 000 de nos compatriotes de voter aux élections provinciales, c'est une injustice que l'on réparera à des hommes et des femmes qui sont nés là-bas et qui ne peuvent pas voter.
Alors j'en appelle à la responsabilité collective parce qu'il y a un projet de loi organique qui va arriver ici au Sénat. Est-ce que oui ou non nous inscrirons nos pas dans ceux de Michel Rocard et de ceux qui l'ont soutenu à l'époque ? Est-ce que oui ou non nous apporterons notre soutien, comme ça a été fait, sous Lionel Jospin en 1998, pour sortir de cette impasse ?
Mais Madame la Ministre, il est important de dire aux parties prenantes qu'une fois ces provinciales réalisées, pour que l'espoir renaisse complètement et que la Nouvelle-Calédonie retrouve ce développement qu'elle n'aurait jamais dû perdre, engagez-vous le gouvernement à réunir ces parties prenantes pour que les compétences qui n'ont pas encore été transférées le soient pour une nouvelle Calédonie plus forte au sein de la République française ?
Merci.”
- 2026-05-11 “Marc Fesneau : « On court derrière une urgence qui ne nous fait pas résonner sur le fond du sujet » — Marc Fesneau, président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée nationale et premier vice-président du Mouvement Démocrate, était l'invité de Dimanche en politique sur France 3 pour évoquer les différents sujets de l'actualité nationale et internationale : hantavirus, prix du carburant, élection présidentielle mais aussi la loi d'orientation agricole.
Hantavirus : « Il est assez peu contagieux et malheureusement très mortel »
Pour commencer l'entretien, Marc Fesneau a été interrogé sur la différence entre la pandémie du Covid-19 et les cas d'hantavirus détectés à bord d'un bateau de croisière, il souligne :
La différence principale, c'est que ce virus est connu et on sait son degré de contagiosité. Il est assez peu contagieux et malheureusement très mortel. Donc on est préparés.
Il a précisé : « Manifestement, l'ensemble des passagers seront traités avec le même protocole et une quarantaine. »
Marc Fesneau a à nouveau précisé la grande différence avec la pandémie du Covid-19 :
La différence avec le coronavirus, c'est qu'il était émergent, on ne le connaissait pas et par ailleurs, on était sans doute intellectuellement et globalement désarmés sur les outils, les masques, les gels.
À ce sujet, notre premier vice-président a rappelé qu'« il faut toujours se préparer » et « de pouvoir disposer des outils dont on a besoin » mais surtout de tirer des conclusions sur l'expérience du coronavirus notamment à propos de la dépendance sur les sujets sanitaires ou économiques.
Carburant : « Cette crise s'inscrit dans le long terme »
Notre premier vice-président s'est exprimé sur les aides au carburant annoncées par le gouvernement. Il a affirmé la nécessité de prendre des mesures ciblées :
Parce que je rappelle que tous ceux qui demandent des mesures à l'aveugle, c'est entre 8, 10, 12, 14 milliards d'euros que nous n'avons pas et que nous allons emprunter par ailleurs et que les Français seront appelés à rembourser.
Marc Fesneau appelle le gouvernement à prendre les mesures nécessaires pour à la fois contrôler les marges des distributeurs et des fournisseurs, mais aussi de faire en sorte que les Français les plus impactés bénéficient en priorité des aides au carburant.
Une aide pour les gros rouleurs va donc être mise en place et la plateforme pour effectuer une demande ouvrira fin mai. Interrogé sur le délai de la mise en place de cette aide qui va concerner 3 millions de Français, Marc Fesneau a affirmé :
Vous ne pouvez pas à l'aveugle développer un système informatique où il faut contrôler les revenus des gens, contrôler qu'il n'y a pas de fraudeurs, contrôler la cible.
Enfin, Marc Fesneau a été interrogé sur Total et son rôle dans la crise. Il souligne :
Non, Total n'est pas un profiteur, en tout cas, ce n'est pas ce qu'on a sous les yeux. Ça serait un profiteur s'il se servait de la crise pour augmenter indument ses tarifs ou s'il se servirait de la crise pour faire en sorte d'augmenter ou de maximiser ses profits.
Pour notre premier vice-président, Total est un opérateur sur l'ensemble de la chaîne - à la fois il extrait, il raffine et il vend. Total a donc pris toutes les mesures nécessaires avant la crise :
Les choix stratégiques des entreprises peuvent être aussi malins et utiles, parce qu'à la fin, ça permet quand même que Total puisse, sur en tout cas ses stations, faire en sorte qu'il y ait un geste.
La loi d'orientation agricole : « Ne faisons pas des promesses qu'on ne peut pas tenir »
La loi d'orientation agricole va être débattue dans une semaine à l'Assemblée nationale. Elle prévoit notamment la construction de réserves d'eau ou encore des autorisations pour les agrandissements d'élevage. Marc Fesneau a souhaité alerter d'abord sur le fait que les agriculteurs et agricultrices ont le sentiment de « beaucoup de promesses et le sentiment que les promesses ne servent à rien. » Il a ensuite alerté que les trois textes votés depuis 2024 sont, aujourd'hui, applicables par les décrets d'application à hauteur de 27%. Mais il ne pointe pas du doigt seulement « la responsabilité des ministres, c'est la responsabilité aussi des ministres et de leurs administration. »
Il précise également :
La vérité, c'est que dans bien des cas, le problème, c'est le décret d'application. Le problème, c'est la réglementation. Le problème, c'est l'état d'esprit. [...]
Notre premier vice-président est lucide sur la situation, et appelle donc à une prise de conscience sur la manière de travailler en soulignant notamment : « on a quelque chose qui dysfonctionne : on court derrière une urgence qui ne nous fait pas résonner sur le fond du sujet. » Il rappelle donc l'importance de ne pas faire des promesses qu'on ne peut pas tenir en prônant un discours de vérité : « Le monde agricole est sans doute l'un des mondes les plus exigeants. »
Enfin, Marc Fesneau a réagi sur la lettre adressée aux agriculteurs par le Premier ministre indiquant la réautorisation des néonicotinoïdes, dont l'acétamipride, mesure ajoutée à un texte que notre ancien ministre de l'Agriculture juge désormais « fourre-tout » :
Si on pouvait ne pas rajouter des choses en permanence sur les textes, ça serait une bonne nouvelle.”
- 2026-05-09 “Sarah El Haïry : « Confronter des enfants à des systèmes de captivité algorithmique, c'est aussi de la prédation » — Dans un entretien accordé au Monde, la Haute-commissaire à l'Enfance et vice-présidente du MoDem, Sarah El Haïry, détaille sa vision des actions à entreprendre contre les risques visant les plus jeunes utilisateurs des réseaux sociaux et annonce des actions contre Chatiw, un site permettant des discussions anonymes.
Etes-vous dans un moment d'intensification des actions en justice contre les sites de discussions anonymes ?
On a conscience de la multiplicité de tels sites, qui sont des vrais foyers pédocriminels. Dès qu'on en ferme un, il y en a souvent dix qui se créent. On l'a vu sur Coco, on l'a vu sur Bounty… Mais, pour nous, au Haut-Commissariat à l'enfance, la règle est simple : quand on reçoit une alerte sur un site, on vérifie si les mécanismes de protection sont suffisants pour éviter qu'un mineur ne soit confronté à des prédateurs ou à des sollicitations sexuelles.
La loi a été renforcée [loi du 21 mai 2024 portant sur la régulation de l'espace numérique, dite « loi SREN » pour « sécuriser et réguler l'espace numérique »] : s'il y a des contenus à caractère sexuel, il y a normalement une vérification d'âge en place. Et c'est d'autant plus important quand il y a le risque qu'un mineur se fasse aborder par un majeur, et des risques de pédocriminalité.
Si l'on constate une absence de vérification de l'âge, d'inscription préalable ou des comportements problématiques, je saisis systématiquement Pharos et l'Arcom, parce qu'ils ont la capacité de lancer les procédures nécessaires et, souvent, de faire cesser les horreurs en place. La justice, avec les moyens de police, fait ensuite le travail nécessaire d'enquête, et de recueil d'éléments de preuve.
Nombre d'affaires pédocriminelles se passent aussi, en partie, sur les réseaux sociaux et messageries traditionnels, notamment Telegram. Ces services proposent-ils un cadre suffisamment protecteur pour les mineurs ?
Le temps est venu de poser une régulation encore plus ferme, claire et ambitieuse.
C'est ce qui est en cours avec le G7 et le président de la République. Le cadre européen, sur ces sujets, est absolument essentiel et conduira, je l'espère, au renforcement de DSA [le règlement européen sur les services numériques, adopté le 19 octobre, pour lutter contre la diffusion des contenus manipulateurs] et de l'IA Act [le règlement européen sur l'intelligence artificielle].
En France, la loi imposant la vérification de l'âge pour limiter les réseaux sociaux aux moins de 15 ans mettra en place un premier bouclier.
Mais je pense aussi qu'il faudra aller un brin plus loin et, à un moment, se poser la question de la responsabilité pénale des dirigeants de ces plateformes.
Parce que les choix d'architecture numérique, tels que le type de contenus proposés, la viralité, la monétisation, le modèle comportemental, la formule algorithmique… sont aussi des décisions actives. Elles conduisent les plus jeunes à des comportements addictifs, à de l'emprise, ou à de l'enfermement dans des bulles algorithmiques. Ce qu'il se passe aux Etats-Unis, avec les procès menés contre Meta et YouTube, le prouve.
Face aux accusations d'addiction ou de mal-être adolescent, Meta et Google pointent d'autres responsables, comme les constructeurs de smartphones, ou les familles. Comment appréhendez-vous ces arguments ?
C'est trop simple de dire cela. Tout le monde doit prendre sa part. La question doit se poser pour tous les services numériques : est-ce que les enfants y sont en sécurité ? On pourrait penser à des réseaux sociaux plus adaptés, où un mineur ne peut pas accepter d'invitation à une discussion ou un suivi sans la supervision, ou la double validation, des parents.
On sait aussi que le cerveau d'un enfant ou d'un adolescent n'a pas terminé sa construction. Il est trop jeune pour utiliser un certain nombre de services conçus pour des cerveaux de 25 ans.
Je serais favorable à ce que l'on établisse des dizaines de critères que l'on pourrait facilement vérifier, et qui permettraient aux parents de comprendre quels sont les degrés de risque, ou d'adaptation, pour chaque service utilisé par leurs enfants. Les mécanismes de contrôle parental des écrans ou des applications restent trop complexes.
YouTube Kids est un exemple de service « safe by design ». Les contenus y sont filtrés, certains mots bannis, la modération est accrue, le scroll ou la consommation limitée… Il faut assumer de mieux réguler les dark patterns (« interfaces trompeuses »), il faut arrêter avec le scrolling infini. Un enfant de 8 ans, 9 ans, 10 ans, qui se retrouve confronté à des organisations de systèmes de captivité algorithmique, j'appelle ça aussi de la prédation.
Parmi les nouveaux risques figurent les « nudifiers », ces applications à base d'IA [intelligence artificielle] qui sont utilisées pour dénuder des personnes, dont des mineurs, sans leur consentement. Quelles actions entreprenez-vous face à ces logiciels ?
Mon enjeu premier, devant ces outils IA, a été la prévention. D'un coup, il devient facile pour un ado avec une appli de s'amuser à dénuder quelqu'un comme si c'était un acte comme un autre. Sauf que les pédopsychiatres qui accompagnent des enfants victimes de harcèlement après la diffusion de ce genre d'images doivent gérer des situations de trauma.
J'avais saisi la Commission européenne sur Grok. Au-delà de l'enquête européenne, il s'agissait de dire, fortement, que les images d'IA diffusées par Grok [avec des mineurs ainsi déshabillés] tombaient sous le coup de la loi en France. L'Irlande, de même que l'Ofcom, le régulateur britannique, ont aussi ouvert leurs propres enquêtes.
C'est un combat mondial qui doit être mené.
Lire l'entretien dans Le Monde.”
- 2026-05-07 “Colloque sur la proportionnelle : urgence démocratique — Mercredi 6 mai 2026, à l'Assemblée nationale, a eu lieu un colloque sur le scrutin proportionnel, tout sauf lénifiant. Pas de débats théoriques à perte de vue, mais des questions bien ciblées, précises et brûlantes : Comment mieux gouverner ? Qui est, aujourd'hui, responsable de la décision politique ?
À l'initiative de quatre députés : Marie Récalde (Gironde), Erwan Balanant (Finistère), Guillaume Gouffier Valente (Val-de-Marne) et Jérémie Iordanoff (Isère), une proposition de loi a été élaborée. Transpartisane, elle propose un mode de scrutin proportionnel, avec deux bulletins de vote au premier tour, pour la circonscription et pour la liste nationale, avec un système compensatoire au second tour. Cette soirée avait pour but d'expliquer cette proposition et de convaincre le maximum de députés de la signer, afin qu'elle puisse être présentée et débattue en séance. Le temps est compté : c'est avant l'élection présidentielle de 2027 que l'adoption du nouveau mode de scrutin aurait le plus de sens et de chance de se réaliser.
Dense et passionnante, la soirée était rythmée en deux temps : Pourquoi la proportionnelle ? Et comment la mettre en œuvre ? Une présentation éclairante d'experts, Jean-Daniel Lévy pour l'institut de sondages Harris et Isabelle Guinodeau (CNRS, centre Marc Bloch) ont battu en brèche les idées reçues : près de 2/3 des Français expriment le désir d'une meilleure représentativité ; voir les opinions mieux représentées leur paraît une priorité ; le système allemand fonctionne bien ; la France fait figure d'exception en Europe, avec le Royaume-Uni ; les pays à scrutin proportionnel ne connaissent ni plus d'instabilité ni plus de difficulté à appliquer un programme. À partir de ces constats, si le scrutin majoritaire ne garantit pas la stabilité, alors quelle en est la plus-value ?
Pour la première table ronde, des femmes et des hommes politiques qui ont fait l'expérience du pouvoir, à tous les échelons : l'ancien président de la République et actuel député François Hollande ; l'ancienne Première ministre et actuelle députée Elisabeth Borne ; l'ancien ministre et actuel président du goupe des députés Les Démocrates Marc Fesneau ; le député Jérémie Iordanoff. Tous quatre sont convaincus de la nécessité du scrutin proportionnel. Elisabeth Borne a déploré les jeux d'alliance actuels, qui conduisent à une logique de bloc contre bloc. La proportionnelle renforcerait le rôle du Parlement, qui ne serait plus une simple chambre d'enregistrement du programme gouvernemental.
François Hollande a rappelé qu'il vient d'un monde où la bipolarité existait et fabriquait des majorités stables, mais que précisément ce monde est révolu. Le scrutin majoritaire a donc perdu son principal intérêt, et les familles politiques ont intérêt à la proportionnelle, qui permet à toutes les sensibilités de s'exprimer. Certes, cela demande une culture de la coalition, du compromis. C'est par la pratique, par l'expérimentation qu'on la construira. Avec du temps et de la patience, comme toute innovation à laquelle on s'adapte. Mais c'est aujourd'hui une nécessité : les temps ont changé. Avec ce scrutin, la représentativité sera meilleure et le président de la République ne pourra plus présider comme s'il décidait de tout. En 2012, il n'était pas prêt à ce changement (déjà demandé par François Bayrou) dont il sent à présent la nécessité.
Marc Fesneau revient sur le long combat du Mouvement Démocrate pour la proportionnelle. Dans le paysage politique fragmenté d'aujourd'hui, il n'en est que plus urgent. Sans compter que l'on ne peut pas invoquer constamment la démocratie participative et ne pas prendre en considération la diversité des opinions. Ce sont les fameux Deux Français sur trois dont parlait déjà le centriste Giscard. Aujourd'hui, les citoyens se sentent floués dans leurs votes. Jérémie Iordanoff renchérit : le sentiment de défiance et de déconnexion envers le politique s'accroît, tout comme l'abstention. En changeant les règles, on créera les conditions pour que les gens s'adaptent. La culture politique – des partis et des citoyens – naîtra avec la pratique. Le texte est le préalable, la culture politique au fil des scrutins.
Avec une grande clarté, le constitutionnaliste Benjamin Morel a posé les questions essentielles : le changement de mode de scrutin n'est pas un sujet constitutionnel, c'est un gros avantage. Une loi ordinaire suffit. D'où viennent les obstacles ? On répète que le général de Gaulle tenait au scrutin majoritaire mais on oublie qu'en 1946, c'est bien le scrutin proportionnel qu'il demandait. Les LR ne devraient pas faire du scrutin majoritaire un totem ou une valeur. Un mode de scrutin, ce n'est pas une valeur, c'est un instrument. La question n'est pas s'il est bon ou mauvais, mais s'il est efficace.
D'où la deuxième table ronde, sur les moyens : ce mode de scrutin, comment le rendre efficace ? Quelle formule ? La députée Marie Récalde, la sénatrice des Français établis hors de France Mélanie Vogel, l'essayiste Guillaume Duval et le député Erwan Balanant se sont livrés à l'exercice. Et ce n'est pas si compliqué. Guillaume Duval a longtemps vécu en Allemagne, où les institutions fonctionnent bien mieux que les nôtres. Pourquoi ? La culture du compromis évite le basculement d'une majorité à une autre, qui efface le travail de celle qui l'a précédée et repart dans le sens inverse : en Allemagne, le scrutin proportionnel permet la continuité des politiques publiques. La France souffre, à l'évidence, de leur discontinuité et du temps court de la politique. La sénatrice Mélanie Vogel rappelle que son parti, écologiste, était favorable à la proportionnelle régionale, mais elle se reconnaît dans le texte présenté ce soir. Tout comme la députée Marie Récalde, pourtant défavorable à la proportionnelle avant de s'engager dans le travail de commission. Sa position a évolué, et elle a aujourd'hui la conviction que le scrutin majoritaire ne garantit pas la stabilité.
Quel type de proportionnelle ? La proposition prévoit certains cas – comme une sensibilité politique forte au niveau local et faible au national – et veille à éviter au maximum les déséquilibres et distorsions. On aurait ainsi 577 élus, mais sur 347 circonscriptions (40% de moins qu'aujourd'hui) et une liste de 230 députés supplémentaires issus du vote du premier tour. Il est possible d'être candidat sur les deux listes, locale et nationale, ce qui permet d'éviter les parachutages.
Il revient au député Erwan Balanant de résumer les points forts de la proportionnelle : si le scrutin majoritaire n'assure pas automatiquement la stabilité et si le scrutin proportionnel n'entraîne pas automatiquement l'instabilité, plusieurs constats ressortent. La proportionnelle assure une meilleure représentativité des opinions. Et c'est bien le rôle de la démocratie que de reconnaître les minorités. Tocqueville l'écrivait déjà au XIXe siècle. Pourquoi les détenteurs du pouvoir, président ou députés, reculent-ils pour changer le mode de scrutin ? Par peur. La dissolution fait peur, elle tétanise. Justement, avec la proportionnelle et le redécoupage territorial, les évolutions se feront davantage en douceur. Il n'y aura plus de raison d'avoir peur, l'effet de bascule ne se produira pas. En revanche, c'est maintenant qu'il faut passer à la proportionnelle. Un président du RN entraînerait sans doute une majorité RN aux législatives. Si la ou le président élu est d'une autre sensibilité, les choses seront plus ouvertes, mais le ou la président(e) aura besoin des députés actuellement en place. Le kaïros, c'est donc maintenant.
C'est ce que confirme l'ancien Premier ministre François Bayrou, qui a suivi attentivement l'ensemble de la soirée : il salue le texte, qui lui paraît équilibré et juste. Il nous confie qu'une force politique a menacé son gouvernement de censure s'il proposait la proportionnelle. Et pourtant, il en est convaincu, toutes les tendances politiques, quel que soit leur poids, ont intérêt à ce passage à la proportionnelle. Le pluralisme, c'est le vrai nom de la démocratie. François Bayrou nous parle de son amitié avec Helmut Kohl : Kohl lui a expliqué que le scrutin proportionnel était le meilleur mode de scrutin pour empêcher l'arrivée au pouvoir des extrêmes.”
- 2026-05-07 “Jean-Noël Barrot : « Toute attaque sur des navires civils, comme sur les infrastructures énergétiques, sont condamnables » — Invité de la matinale de RTL, notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, Jean-Noël Barrot, s'est exprimé sur la situation internationale : blocage du détroit d'Ormuz, guerre en Ukraine ou encore hantavirus.
Détroit d'Ormuz : « Nous sommes contraints de payer le prix d'une guerre que nous n'avons pas choisi »
Interrogé sur la situation dans le détroit d'Ormuz, Jean-Noël Barrot a réaffirmé sa position :
Ce n'est pas de savoir si d'une minute à l'autre le détroit est ouvert ou fermé, c'est de savoir comment plus jamais à l'avenir nous nous trouvons dans cette situation où nous sommes contraints de payer le prix des guerres que nous n'avons pas choisi.
Jean-Noël Barrot a souligné qu'il était donc important de se concentrer notamment sur le plan d'électrification et sur la manière dont l'Europe peut se défaire de toutes ses dépendances aux hydrocarbures. Il a précisé :
Ne plus être dépendant du pétrole, ne plus être dépendant du numérique... Bref, ne plus être dépendant de ce qui nous attrait, en quelque sorte, à des conflits, à des catastrophes, à des crises, dont nous ne sommes pas des participants.
Pour le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, il est indispensable que le détroit d'Ormuz puisse rouvrir notamment afin que les prix des hydrocarbures baissent. Il a aussi ajouté qu'il n'y aura pas de solution politique durable dans cette région tant que le régime iranien ne fera ni concessions majeures ni changement durable : « c'est en tout cas ce qui est absolument indispensable si on veut une solution durable. »
Mardi, un porte-conteneurs, le « San Antonio » appartenant à l'entreprise française CMA CGM, a été touché dans le détroit d'Ormuz. Suite à cette attaque, Jean-Noël Barrot a réagi :
Ce que je sais, c'est que les attaques contre ce navire, les autres navires, les infrastructures énergétiques des Émirats arabes unis qui ont été visées par l'Iran sont inacceptables, elles sont condamnables.
Il a souligné que ce bateau n'était pas français car il battait pavillon maltais et il était armé par un équipage philippin : « Mais toute attaque sur des navires civils, comme sur les infrastructures énergétiques, est condamnable. » Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a également ajouté :
Un détroit c'est un bien commun de l'humanité. Il ne peut être en aucun cas bloqué, ni faire l'objet de péages ou de chantage.
Jean-Noël Barrot a expliqué que la France n'a donc pas été attaquée puisque ce n'était pas un bateau français, et a ajouté qu'il souhaitait se concentrer :
Ce sur quoi nous pouvons agir efficacement, c'est, dès le calme revenu, un système de déminage et d'escorte international, indépendant, strictement défensif et pacifique, et c'est ce à quoi nous travaillons.
La mission internationale, lancée il y a quelques semaines a déjà réuni une cinquantaine de pays. Pour préparer cette mission, le porte-avions Charles-de-Gaulle a franchi le Canal de Suez pour se rapprocher de la zone. Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a ajouté :
Pour que dès qu'un cessez-le-feu, ou en tout cas, dès que le calme sera revenu, cette mission puisse se déployer au bénéfice pas uniquement de la France, pas uniquement de l'Europe, mais de l'ensemble du monde, qui attend désespérément que le calme revienne pour que les dégâts colossaux provoqués sur l'économie mondiale puissent se résorber.
Le Charles-de-Gaulle se rend en direction du détroit, a annoncé le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Il ajoute :
Nous l'avons déployé si rapidement au début de la guerre en Iran, en Méditerranée, de manière à ce qu'il puisse, grâce à ses capacités, crédibiliser notre posture défensive pour protéger nos ressortissants.
Jean-Noël Barrot a aussi réagi face à la position de l'Iran qu'il juge « inacceptable » :
Vous imaginez un monde dans lequel soudainement, tout le monde se mettrait à imposer des droits de douane et des droits de passage dans les détroits, mais toute la circulation des marchandises et des personnes se retrouverait bloquée.
Il a précisé que les sanctions importantes prises par la France à l'égard de l'Iran ne seront pas levées tant que le détroit d'Ormuz sera bloqué.
Enfin, Jean-Noël Barrot a été interrogé sur le nombre de bateaux et de marins français bloqués dans le détroit. Il a précisé que le blocage d'Ormuz crée une situation de crise humanitaire car des équipages sont bloqués depuis de nombreuses semaines et risquent de manquer d'alimentation et d'eau potable. Il a donc souligné : « Heureusement, il y a l'organisation maritime internationale, il y a un certain nombre de moyens de faire parvenir à ces équipages. » Enfin, notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a précisé :
Toutes les solutions sont explorées par les opérateurs maritimes. Nous, pour ce qui nous concerne, on s'est concentrés sur la constitution de cette mission internationale prête à sécuriser la navigation et à permettre au trafic de reprendre le plus rapidement possible.
Ukraine : « [Vladimir Poutine] a complètement échoué »
Pour la première fois depuis 3 ans, les Russes ont perdu du terrain en Ukraine. Jean-Noël Barrot, face à la défaite de Vladimir Poutine, a réagi : « Il faut qu'il ouvre les yeux sur son échec, son échec militaire. » Il a aussi souligné :
Rappelez-vous que c'était maintenant il y a 4 ans, il nous annonçait que Kiev allait tomber en quelques jours. Et 4 ans plus tard, les armées de Vladimir Poutine ne détiennent que la moitié du territoire qu'il avait réussi à conquérir au printemps de l'année 2022.
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a affirmé que cet échec « est la manifestation d'un échec militaire qui se double d'un échec économique, puisque l'économie russe s'enlise au premier trimestre. » Il a aussi souligné :
On voit bien la grande fébrilité qui est en train de s'emparer de Vladimir Poutine et du Kremlin d'annoncer un cessez-le-feu pour tenter de préserver les apparences et notamment sa grande parade du jour de la victoire le 9 mai.
Hantavirus : « On suit attentivement la situation. »
Pour finir l'interview, Jean-Noël Barrot s'est exprimé sur les cas d'hantavirus détectés à bord d'un bateau de croisière : « Ils se portent bien. Maintenant, on suit attentivement et avec eux la situation. » Il a souligné :
Nous travaillons en lien avec le ministère de la Santé, bien sûr, mais aussi avec l'Organisation mondiale de la santé pour programmer leur rapatriement.
Interrogé sur les futures mesures mises en place, Jean-Noël Barrot a souligné que le ministère de la Santé travaille avec la vingtaine de pays concernés par le virus. Il a affirmé :
Si nous avons la capacité de nous coordonner avec de nombreux pays du monde pour endiguer un risque épidémique comme celui-ci, c'est notamment parce que la France a porté cette idée que la santé doit être gérée à l'échelle internationale.”
- 2026-05-06 “Josy Poueyto : « Le 8 mai ne peut plus être une simple date commémorative mais redevenir un moment de prise de conscience collective » — Aux questions au gouvernement de ce mercredi 6 mai, notre députée des Pyrénées-Atlantiques a interrogé le ministre de l'Éducation nationale sur la portée et la signification du 8 mai.
Merci Madame la Présidente.
Ma question s'adresse à Monsieur le ministre de l'Éducation. Mais je souhaite par ailleurs y associer mes collègues Démocrates et particulièrement Christophe Blanchet et Laurent Croizier.
Dans quelques jours, notre pays commémorera le 8 mai 1945, la victoire sur la barbarie nazie, mais aussi le souvenir de celles et ceux qui ont payé de leur vie la défense de notre liberté.
Je souhaitais aussi vous interroger, Monsieur le ministre, sur la portée pédagogique de l'organisation de ces cérémonies. Il ne s'agit en effet pas seulement de se souvenir, mais bien aussi de transmettre. Transmettre le sens de l'engagement, le prix de la paix, la fragilité de nos démocraties, sans remettre en question la qualité des programmes, ni l'engagement de nos enseignants bien sûr, chacun voit bien que le contexte a changé.
Alors que l'Assemblée nationale examine en ce moment la loi de l'actualisation de la programmation militaire, et que dans le même temps, pardon, le monde bascule vers une instabilité croissante, je souhaite insister sur la nécessité de s'intéresser au sens profond de cette journée.
Dans ce contexte, le 8 mai ne peut en effet plus être une simple date commémorative, il doit redevenir un moment de prise de conscience collective, en particulier pour notre jeunesse. Dès 1981, année où le 8 mai est redevenu férié, le ministre Jean Laurin, appelé à mobiliser les médias et les esprits pour expliquer le sens de cette journée. Cette ambition reste plus actuelle que jamais, car nos jeunes sont en première ligne face aux cyberattaques, face aux manipulations de l'information, face aux stratégies d'influence qui fragilisent notre cohésion nationale. Car si nous ne sommes pas en guerre, nous ne sommes plus tout à fait en paix.
Dès lors, Monsieur le ministre, comment pourrions-nous impliquer davantage nos jeunes, nos écoles en particulier, non seulement dans la préparation des commémorations du 8 mai, mais aussi dans la compréhension des enjeux de défense qui caractérisent notre époque ?
Je vous remercie.”
- 2026-05-05 “Erwan Balanant : « L'audiovisuel public est un outil de souveraineté incroyable » — Invité de France info ce mardi 5 mai, jour de la publication du rapport sur l'audiovisuel public, notre député du Finistère et secrétaire général adjoint, Erwan Balanant, en a partagé une critique argumentée. Entre angles morts, vision idéologique et méconnaissance du secteur, il défend ce modèle essentiel à la souveraineté et à la vitalité démocratique qu'est l'audiovisuel public.
D'emblée, Erwan Balanant dénonce un rapport « sur le même style que les auditions menées », marqué selon lui par « des insinuations » et des chiffres erronés. Il cite notamment « la page 58 du fameux rapport de la Cour des Comptes qui dit l'exact inverse de ce qui est écrit dans le rapport », illustrant une méthode contestable qui aurait prévalu « pendant six mois ».
Le rapport est à l'image des auditions ; et surtout avec des angles morts et des sujets importants qui passent complètement à la trappe et qu'on aurait dû traiter.
Au-delà de la forme, le fond inquiète : le député regrette un texte « avec des angles morts et des sujets qui passent complètement à la trappe ». À commencer par « la première des questions », pourtant essentielle : « à quoi ça sert l'audiovisuel public ». Ni les téléspectateurs, « nulle part évoqués », ni « l'apport économique » ou encore « la souveraineté intellectuelle, informationnelle » ne sont traités. « Ça fait beaucoup », insiste-t-il, pointant une occasion manquée de penser l'avenir dans un contexte de « transformation profonde » du paysage médiatique.
Pour Erwan Balanant, le rapport porte une orientation claire :
Il y a une volonté assumée du rapporteur d'affaiblir l'audiovisuel public.
Une démarche qui serait justifiée parce que l'audiovisuel public « ne serait pas sur sa ligne politique », mais notre député la juge infondée, rappelant que « les chiffres le montrent, l'Arcom le dit bien, l'audiovisuel public est pluraliste ».
Il critique également les propositions institutionnelles, notamment celle visant à confier la nomination des dirigeants au Président de la République, qu'il qualifie de « retour en arrière » et même « impossible aujourd'hui » au regard des engagements européens garantissant l'indépendance des médias. Selon lui, et en oubliant que « on n'est pas parlementaires pour se faire plaisir, on est parlementaires pour changer la vie des Français » :
M. Charles-Henri Alloncle et l'extrême droite se sont fait plaisir avec ce rapport.
Face aux propositions d'économies, notre secrétaire général adjoint appelle à la lucidité :
Faire des économies en fusionnant des chaînes, c'est la meilleure façon de perdre de l'argent pour l'État français.
Il rappelle une réalité trop souvent ignorée : « l'audiovisuel public dans notre pays rapporte de l'argent », via les recettes fiscales et la TVA.
Erwan Balanant insiste sur la nécessité d'une gestion responsable – « un euro d'argent public, c'est précieux » – mais rejette les approches simplistes. Il défend une logique d'efficacité et non de démantèlement, soulignant que certaines polémiques, comme celles sur les dépenses annexes, « n'ont pas non plus coûté un euro d'argent public ».
Plus largement, il alerte sur les conséquences d'un affaiblissement :
Quand d'un côté vous l'affaiblissez, vous lui donnez moins de moyens, et quand de l'autre côté, vous faites une reprise en main politique énorme [...], vous avez un dessin, en fait : c'est une reprise en main pour utiliser l'audiovisuel public à votre façon.
Une menace pour un secteur qu'Erwan Balanant décrit comme « puissant » et « résilient », mais aussi pour tout l'écosystème culturel, qui génère « 100 milliards » de chiffre d'affaires et « 49 milliards pour l'État ».
Au cœur de son intervention, une conviction forte :
L'audiovisuel public est un outil de souveraineté incroyable dans ce pays.
À l'heure des plateformes, des réseaux sociaux et de l'intelligence artificielle – complètement absente dans ce rapport – il appelle à une réflexion stratégique de long terme.
Les députés du groupe Les Démocrates entendent ainsi proposer une alternative : « on va analyser de façon sérieuse » ce rapport et « faire ce travail modestement », avec un contre-rapport et « des pistes de transformation » avant l'été. L'objectif : combler les lacunes, notamment en auditionnant « des spécialistes de l'économie des médias » ou « du changement fondamental de la révolution numérique » qui n'ont pas été entendues lors de la commission d'enquête.
En filigrane, une vision forte qui entend défendre un audiovisuel public indépendant, moderne et au service des Français. Car, conclut-il :
Quand on est un bon patriote […], on aime son audiovisuel public, on cherche des pistes pour l'améliorer, pour qu'il soit encore plus efficace pour les Français.”
- 2026-05-05 “Marc Fesneau : « Parce que céder à la facilité des populismes, à la fin, ce n'est jamais être à la hauteur des enjeux » — Aux questions au gouvernement de ce mardi 5 mai, notre président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée nationale et premier vice-président du MoDem, Marc Fesneau, a interrogé le Premier ministre sur les réponses à apporter aux questions du prix des carburants et de dépendance énergétique de la France.
Merci Madame la Présidente.
Je voudrais d'abord associer mon groupe et notre groupe aux hommages que vous avez rendus à nos deux militaires.
Monsieur le Premier ministre, depuis plusieurs jours, face à la hausse du coût des carburants liés à la crise internationale, la tentation de chercher des solutions simplistes est grande. Pointer du doigt, taxer nos fleurons industriels, Total Energy le premier, voilà donc ce que certains proposent. Encore et toujours la même stratégie : la facilité. Mais c'est une erreur. C'est une erreur pour répondre aux attentes légitimes des Français et une erreur pour ceux qui, ici, veulent vraiment défendre notre souveraineté et nos intérêts nationaux.
C'est d'abord méconnaître les réalités. 3 litres sur 4 vendus en France ne le sont pas par Total. Alors pourquoi ne pas parler des autres ? Alors même que c'est le seul acteur, français qui plus est, à avoir plafonné le prix des carburants. Total, c'est aussi 3 à 4 milliards d'euros par an investis dans les énergies renouvelables, y compris en France. Et pour investir, je suis désolé d'avoir à le rappeler à certains, vous savez ce qu'il faut à une entreprise ? Des bénéfices.
Et puis surtout, choisir la facilité, c'est ne pas regarder les vrais défis en face. Le premier, c'est l'urgence sociale pour les Français, qui doivent prendre leur voiture pour travailler. Des mesures ont été annoncées par le gouvernement, elles devront évoluer en tenant compte de la situation budgétaire que certains semblent méconnaître, mais aussi de la durée de la crise. Vous l'avez dit, ainsi l'aide de 50 euros permettra de prendre en charge la hausse du coût des carburants pour quatre pleins pour les gros rouleurs.
Le deuxième défi, c'est celui de nos approvisionnements. Cette guerre nous le rappelle une nouvelle fois, une nation qui ne maîtrise pas son énergie est fragile parce qu'elle est dépendante des autres.
Le troisième, plus fondamental, c'est celui du changement de modèle pour accélérer la décarbonation de notre économie. Mais cette transition ne se décrète pas et nos entreprises, qu'on le veuille ou non, sont aussi des leviers puissants de transformation et on ne peut pas non plus le faire contre les Français.
Alors ma question est simple, Monsieur le Premier ministre : quelle est votre réponse à ces trois défis pour construire avec tous une stratégie de souveraineté énergétique et une décarbonation cohérente, et une stratégie crédible ? Parce que céder à la facilité des populismes, à la fin, ce n'est jamais être à la hauteur des enjeux.”