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- 2026-08-05 “Sarah El Haïry : « Il ne faut pas minimiser la responsabilité qu'un adolescent a dans son action, dans le cadre qui est le sien » — Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l'enfance, était, ce matin, au micro d'Europe 1 pour évoquer différents sujets liés à nos enfants : les incendies volontaires commis par des mineurs, le rétablissement de la confiance dans les colonies de vacances, les leçons du meurtre de Lyhanna et enfin l'affaire Epstein.
Incendies volontaires : « Il ne faut pas minimiser la responsabilité qu'un adolescent a dans son action. »
Depuis le début de l'été, 375 personnes ont été interpellées dans le cadre des enquêtes liées aux incendies, et parmi elles, il y a 142 mineurs et 36 d'entre elles ont déjà été incarcérées. Interrogée à ce sujet, Sarah El Haïry a d'abord rappelé le courage des forces mobilisées :
D'abord, il faut le dire, pour les hommes et les femmes qui essayent de nous défendre et de nous défendre du feu, ça leur coûte la vie, et il faut le rappeler, ce sont des équipes d'une force, d'une dévotion qui sont telles qu'on ne peut pas prendre ça à la légère, c'est pas un jeu d'été que de s'amuser à vivre des sensations fortes, et donc il n'y a pas d'excuses pour les plus jeunes qui expliqueraient que, finalement, ce serait moins grave.
La Haute-commissaire à l'enfance qualifie ces actes « d'extrêmement graves ». Ils ont des conséquences à la fois sur la biodiversité, sur notre patrimoine, sur l'économie et aussi sur la mise en danger de la vie des autres, rappelle Sarah El Haïry. Sur les sanctions, elle souligne :
La première des protections, la meilleure des protections, c'est aussi de poser un cadre, et en fait d'être extrêmement clair avec ces adolescents et avec ces enfants. C'est pas un jeu anodin, c'est pas des sensations fortes qu'on va chercher en participant finalement à créer de la scénographie.
Poser un cadre est la première des protections face à ces situations, a rappelé la Haute-commissaire à l'enfance, avant d'ajouter :
Il ne faut pas minimiser, et je le dis vraiment, la responsabilité qu'un adolescent a dans son action, dans le cadre qui est le sien. Alors, on ne sait pas s'ils sont en groupe, en individuel.
Interrogée sur la responsabilité des parents, Sarah El Haïry réagit :
Aujourd'hui, on sait qui est responsable et qui est coupable. Les enfants sont encore sous la responsabilité de leurs parents. Et c'est bien à la maison qu'on pose le cadre. Et pour le coup, la République, les institutions, elles sont faites pour le faire respecter. On le doit bien sûr aux pompiers et à l'ensemble des victimes.
Colonies de vacances : « Il faut rétablir la confiance. »
Demain, Sarah El Haïry se rendra en Corse dans une colonie de vacances aux côtés du maire et des équipes pour rétablir la confiance, c'est l'un des objectifs de sa démarche. À ce sujet, elle précise :
La majorité du secteur, des animateurs, des directeurs de colos, vous savez ce qu'ils veulent ? Ils veulent plus de contrôle des antécédents, ils veulent en fait le rétablissement de la confiance. Celle où les parents n'ont pas peur, pas de doute et font confiance.
Pour la Haute-commissaire, les affaires survenues dans le périscolaire ont profondément entamé la confiance des familles et ont mis en évidence les violences subies par les enfants. Aujourd'hui, il est donc essentiel de reconstruire cette confiance. Elle ajoute également sur les violences commises sur les enfants :
60 à 90% des situations, elles sont intrafamiliales. C'est un oncle, c'est un parent, c'est quelqu'un de proche. Et c'est là où la parole des enfants est absolument importante et structurante. Il faut les écouter, il faut les croire, il faut les accompagner dans cette procédure.
Pour reconstruire cette confiance, Sarah El Haïry souhaite un renforcement du contrôle des antécédents judiciaires, notamment grâce à une consultation systématique du Fijaisv :
On doit aux enfants et aux parents de ne pas avoir des gens qui ont été condamnés ou dont des procédures sont en cours.
La Haute-commissaire à l'enfance souhaite également renforcer la formation des professionnels et l'accompagnement des enfants. Elle précise :
Et c'est en les accueillant, par exemple, dans des unités d'accueil d'enfants, pour le coup, en danger, des UAPED ou des salles Mélanie, pour l'accompagnement de leur parole, la formation des équipes, évidemment, de police et de gendarmerie qui est en cours, ou encore, pour le coup, de la justice, qu'on réussira à, finalement, bâtir une société avec une protection plus intégrale.
Sur les colonies de vacances, elle a enfin souhaité souligner :
Et c'est là où la protection des enfants, c'est toute une chaîne. C'est d'abord les antécédents judiciaires, la formation, et pour permettre enfin, à nouveau, les grands départs en colo, où on a confiance, où on grandit, parce que oui, ça fait du bien de grandir en société, de vivre ces magnifiques expériences.
Lyhanna : « J'espère que plus jamais, dans notre système, on aura des défaillances de ce type-là. »
La Haute-commissaire à l'enfance s'est exprimée sur l'affaire Lyhanna et les interpellations qui ont eu lieu depuis. La justice a réexaminé près de 70 000 dossiers. Parmi eux, 970 ont été considérés comme prioritaires et 675 personnes ont été incarcérées. Elle a réagi :
À la suite du drame de Lyhanna, parce que c'est un drame, et je pense que c'est un électrochoc pour beaucoup de monde, bien sûr c'est un échec. Un électrochoc et un échec. Un électrochoc parce que tout le monde était obligé d'ouvrir les yeux.
Pour Sarah El Haïry, l'échec est dans les procédures et les réponses judiciaires : « elles étaient encore trop lentes, trop longues, pas suffisamment immédiates. » Elle a ajouté :
Et l'échec, là, il était où ? Il était connu par les services de justice. Il y avait des traces, donc il y avait une protection possible. Et c'est là où c'est une défaillance.
L'affaire de la petite Lyhanna a notamment conduit à la réouverture et au meilleur traitement de dossiers qui avaient été classés :
Ce choc et ce drame, il aura permis, oui, de rouvrir des affaires, mais j'espère que plus jamais, plus jamais, finalement, dans notre système, on aura des défaillances de ce type-là. Et c'est pour ça qu'une loi a été votée qui a renforcé un certain nombre d'angles morts, et elle arrivera également, au Sénat, et j'espère qu'on ira jusqu'au bout.
Affaire Epstein : « Protéger nos enfants, c'est traquer ceux qui ne leur veulent pas du bien. »
Interrogée sur la volonté d'ouvrir une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Epstein, elle a répondu :
Moi, je traque tous les pédocriminels là où ils sont et je vais être plus claire que ça. Mais je ne suis plus parlementaire et donc je ne suis pas en situation de dire.
Sarah El Haïry a affirmé être favorable à « tous les contrôles et traques possibles. » Elle ajoute :
L'année dernière, d'après les derniers chiffres américains, il y a plus de 105 millions de contenus pédocriminels en ligne qui circulent. C'est autant de dangers et de risques pour nos enfants. Aujourd'hui, oui, il y a des réseaux qui sont ramifiés. C'est accéléré. Ce n'est pas une violence nouvelle, mais c'est accéléré par le numérique et donc ça n'a plus de frontières. Voilà la réalité.”
- 2026-08-03 “Sarah El Haïry : « Je veux plus de contrôles des encadrants dans les colonies de vacances » — Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l'enfance, était l'invitée de RMC Story dans l'émission d'Apolline Matin, pour s'exprimer sur le renforcement des contrôles dans les colonies de vacances et sur la lutte contre la détention d'images à caractère pédocriminel.
🎧 Écouter l'entretien 👉 ici
Colonies de vacances : « Je veux renforcer les contrôles. »
Sarah El Haïry s'est d'abord exprimée sur l'inquiétude des parents qui hésitent à envoyer leurs enfants en colonies de vacances pendant l'été. Elle a réagi :
Bien sûr que je les comprends, je suis aussi maman. Et tant que la confiance n'est pas reconstruite, elle n'est pas rétablie, oui, il y a toujours un doute.
Face à cette inquiétude, Sarah El Haïry a annoncé vouloir renforcer les contrôles dans les colonies de vacances. Ces contrôles ne visent pas à « jeter la suspicion sur les animateurs ou les directeurs ou les bénévoles qui s'engagent auprès des enfants » mais plutôt à écarter ceux qui n'ont pas leur place auprès d'eux. Notre Haute-commissaire rappelle que ces séjours collectifs sont bénéfiques pour les enfants, car ils leur permettent de grandir, de se faire de nouveaux amis et de développer de nouveaux apprentissages. Elle annonce :
Oui, il faut renforcer les contrôles partout. Parce qu'il y a des milliers de professionnels et de bénévoles qui encadrent tous les jours les séjours des enfants et qui sont intransigeants. Et donc, cette intransigeance qu'on a le droit d'avoir avec eux sur la protection des enfants, et bien, ça les aide, ça les aide au quotidien. C'est pour ça que ces contrôles ont vocation à être, à mes yeux, en tout cas renforcés et évolués.
Sarah El Haïry appelle donc à un renforcement des contrôles puisqu'un animateur : « qui est écarté d'un secteur du périscolaire ne doit pas pouvoir se retrouver dans une asso culturelle, sportive ou dans une colonie de vacances. »
Aujourd'hui, au-delà du contrôle du casier judiciaire, plusieurs moyens existent, comme le fichier « TAM », c'est la téléprocédure pour déclarer un accueil. Ce fichier administratif permet d'avoir des informations sur des comportements suspects. Il y a également le « Fijaisv » , qui est le fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes sur les enfants. Notre Haute-commissaire précise son efficacité et son importance :
Pourquoi le Fijaisv est si important ? Parce que ce fichier n'attend pas la condamnation définitive. Il intègre les procédures en cours. Et moi, je considère que c'est une protection.
Pour Sarah El Haïry, moins on sera vigilants, plus les failles seront nombreuses et plus il y aura d'animateurs qui viendront pour les mauvaises raisons :
Moi, ce que je veux, c'est qu'en réalité, ce contrôle soit beaucoup plus régulier et beaucoup plus permanent.
La Haute-commissaire à l'enfance avait déjà renforcé les contrôles pour protéger les enfants de l'ASE et dans les crèches grâce au certificat d'honorabilité, valable six mois, qui atteste de l'absence d'antécédents judiciaires de l'animateur. Elle souligne :
Ça ne veut pas dire qu'on va jusqu'au bout et on va jusqu'au TAM, mais au moins, à l'instant T, de manière permanente, on a ces contrôles. Et c'est ça la preuve de confiance.
Images pédopornographiques : « Les pédocriminels sont partout. »
Il y a quelques jours, un homme de 73 ans a été interpellé dans un TGV après un signalement des passagers, alors qu'il visionnait des images pédopornographiques sur son ordinateur pendant le voyage. Sarah El Haïry a réagi :
Malheureusement, oui, les pédocriminels sont partout.
Notre Haute-commissaire rappelle que le numérique a accéléré les comportement pédopornographiques et pédocriminels de manière inédite. Elle alerte :
C'est 950 000, en réalité, contenus qui sont détectés. C'est énorme. C'est pas un peu, c'est énorme.
Ce chiffre est alarmant. Elle ajoute :
Et sincèrement, ça n'a pas de visage. Ça peut être un vieux monsieur, ça peut être un plus jeune, ça peut être dans un train, dans un car, dans la maison de vacances en famille, parce que malheureusement 70 à 80 % des violences sexuelles sont commises par quelqu'un qu'on connaît et qui est de la famille.
🎧 Écouter l'entretien 👉 ici”
- 2026-08-01 “Jean-Noël Barrot : « L'antisémitisme est un danger mortel pour la France et pour la démocratie » — Lors de son déplacement à Aix-en-Provence et à Marseille, Jean-Noël Barrot, Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, a accordé un entretien au journal La Provence.
LA PROVENCE. - Il y a un an, le 30 juillet, vous actiez au siège des Nations-unies la reconnaissance de la Palestine. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Donald Trump a annoncé un accord sur le désarmement du Hamas à Gaza. C'est un premier pas vers la paix, alors que jusque-là, le cessez-le-feu signé en octobre était resté lettre morte ?
Jean-Noël BARROT.- Il y a un an, à New York, la France a obtenu de la communauté internationale qu'elle condamne pour la première fois l'attaque terroriste barbare du 7-Octobre et qu'elle appelle au désarmement du Hamas et à son exclusion de tout rôle dans l'avenir de la Palestine. C'est notamment surcette base que la France, par la voix du président de la République, a pris la décision capitale de reconnaître l'État de Palestine.
Le désarmement du Hamas annoncé la nuit dernière (vendredi, NDLR) est évidemment une bonne nouvelle. Elle doit se concrétiser pour permettre le retrait de l'armée israélienne.
Elle doit également s'accompagner de l'entrée massive de l'aide humanitaire dans Gaza, de la levée du blocus médiatique à Gaza, de l'arrêt des violences et de la colonisation effrénée en Cisjordanie ainsi que de la mise en œuvre de la solution à deux États, seule alternative à l'état de guerre permanente.
Pourquoi avez-vous tenu à vous rendre ce vendredi matin sur le Site-Mémorial du camp des Milles à Aix-en-Provence ?
L'antisémitisme est un danger mortel pour la France et pour la démocratie, que nous devons combattre avec les armes de l'esprit, de la culture, de la mémoire.
C'est la vocation du camp des Milles. Je me félicite de sa candidature au patrimoine mondial de l'Unesco. C'est un processus long et exigeant et la nouvelle présidence du camp pourra compter sur le soutien du ministère des Affaires étrangères.
Alors que 2025 a enregistré 25 meurtres antisémites dans le monde, selon l'organisation Anti-Defamation League, comment la France lutte-t-elle contre ce fléau ?
La France prendra en 2027 la présidence de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste dont le congrès se tiendra au camp des Milles. Nous placerons cette présidence française sous le thème unificateur des ponts que la mémoire peut créer entre les peuples. Au niveau national, le gouvernement entend être intraitable face à tous les actes de racisme et d'antisémitisme et c'est l'objet du plan (2026-2029) présenté récemment par la ministre Aurore Berger.
Depuis l'attaque terroriste du 7 octobre 2023, les tensions se multiplient entre les deux communautés juive et musulmane. Le 25 juillet, les Terrasses du Port ont annulé un concert du chanteur franco-israélien Amir, à la suite d'un appel au boycott d'organisations pro-palestiniennes. Comment lutter contre l'importation du conflit ?
En soutenant toutes les initiatives comme celles menées depuis 40 ans au camp desMilles.
Je suis défavorable par principe au boycott des événements culturels et sportifs qui doivent rester des enceintes de dialogue entre les citoyens et les peuples.
Ce à quoi nous avons assisté récemment à Grenoble lors du concert de Barbara Butch n'a rien du boycott, c'est une attaque antisémite délibérée qui visait une artiste parce qu'elle est juive, ce qui est totalement inacceptable. Ses auteurs desservent la cause palestinienne qu'ils prétendent défendre et au service de laquelle la France est mobilisée.
Je regrette que des pressions inacceptables se soient exercées sur les organisateurs du concert d'Amir et je souhaite vivement qu'il puisse se produire dans les plus brefs délais à Marseille.
Vous vous êtes également rendu au Grand Port maritime de Marseille (GPMM), qui, en matière de transport de marchandises, subit les conflits internationaux, notamment autour du détroit d'Ormuz. Quel dispositif militaire français subsiste dans la zone ?
Il y a plusieurs mois, face à la dégradation brutale du trafic maritime, la France et le Royaume-Uni ont rassemblé plusieurs dizaines de pays pour former une mission internationale, militaire, défensive, indépendante, capable de sécuriser la navigation dans le détroit. Cette mission est toujours prête sur le plan opérationnel à se déployer dès que les conditions le permettront.
Quel rôle joue la France dans les négociations entre les États-Unis et l'Iran ?
Nous sommes l'un des rares pays au monde à échanger avec les deux parties. Nous les appelons à reprendre les négociations dans lesquelles elles se sont engagées. Personne n'a intérêt à une nouvelle escalade qui ne ferait que des perdants et dont nous payerions aussi le prix.
Quel message portez-vous auprès des acteurs du GPMM ?
Nous préparons l'après-guerre. Ces cinq mois de conflit ont eu des conséquences très lourdes pour notre économie, nos finances publiques et notre pouvoir d'achat. Nous ne voulons plus avoir à payer le prix de guerres qui ne sont pas les nôtres. C'est pourquoi nous discutons avec nos partenaires pour diversifier nos routes commerciales. C'est tout l'enjeu du projet dit Imec (Le Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe, NDLR) qui relie l'Inde à l'Europe : Marseille et son grand port en seront le point d'entrée sur notre continent. Ce sujet sera au cœur des discussions lors de la visite dans un mois du prince héritier d'Arabie saoudite à Paris, puis lors de la réunion des ministres du G7 les 9 et 10 novembre à Marseille.
Marseille renforcerait sa place stratégique ?
Oui. Marseille a vocation à être l'un des points névralgiques des routes commerciales alternatives à Ormuz ou Bab al-Mandab par lesquelles transiteront à l'avenir marchandises, énergies et données.
Accompagner, avec des moyens financiers ?
D'abord, il s'agit de convenir avec nos partenaires ici en Europe, dans le Golfe et au Levant, des nouvelles routes à dessiner au service de notre souveraineté. Ensuite, nous solliciterons des investissements privés et publics, notamment européens.
La lutte contre les mégafeux en Gironde nécessite le renfort de pays européens. Comment améliorer la protection civile à l'échelle européenne, en évitant de commander des appareils au Canada ?
La solidarité européenne a été au rendez-vous, puisque nous avons reçu le soutien d'une douzaine de pays à la fois en termes de vecteurs aériens ou de pompiers venus renforcer les rangs des valeureux soldats du feu qui se battent en Gironde, dans les Landes ou dans le Var.
En dix ans, nous avons pris les décisions qui s'imposaient en doublant le budget consacré à la sécurité civile dans notre pays.
Pour l'avenir, il y a beaucoup à faire, à la fois pour équiper nos pompiers et surtout, pour mobiliser la communauté internationale face au changement climatique.
Onze ans après l'Accord de Paris scellé par Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères et président de la Cop 21, la France donne-t-elle l'exemple en matière de réduction de carbone ?
La France a baissé considérablement ses émissions de CO2, la France est exemplaire. Mais cela ne suffit pas, c'est pourquoi la diplomatie française s'est mobilisée il y a 10 ans pour faire aboutir l'Accord de Paris.
C'est pourquoi nous nous sommes battus l'an dernier à Nice pour qu'entre en vigueur un traité de protection de la haute mer, qui est notre principal puits de carbone dont nous avons besoin pour éviter que ne se multiplient les catastrophes comme celles que nous vivons.
Comment se portent les relations avec l'Algérie ?
Nous avons réengagé un dialogue franc et exigeant avec l'Algérie qui répond à une préoccupation : défendre les intérêts de la France et des Français en matière sécuritaire, migratoire, de lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée. Sans oublier le sort de notre compatriote, le journaliste Christophe Gleizes.
Où en sont les négociations en vue de sa libération ?
Aujourd'hui, plus rien ne s'oppose à sa libération immédiate et inconditionnelle.
La semaine dernière, vous avez répondu en séance publique à Olivier Fayssat, député RN des Bouches-du- Rhône, "qu'il était obsédé par les Algériens" et que "vous, vous étiez obsédé par les Français et par leurs intérêts"…
Je constate qu'au lieu de se préoccuper de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'endiguement de la menace terroriste au Sahel, de la répression du narcotrafic, ce qui suppose, qu'on le veuille ou non, un dialogue lucide avec l'Algérie, l'extrême droite préfère en faire un sujet de politique intérieure. C'est irresponsable.
Le nom de l'ancien commissaire européen et ancien ministre Thierry Breton circule pour l'élection présidentielle. C'est votre candidat ?
Le MoDem n'a pas de candidat sur la ligne de départ, mais ce n'est pas pour cela que nous devons garder notre langue dans la poche. Nous présenterons un projet aux Français.
J'ai une très haute estime pour Thierry Breton, que je connais depuis toujours, et dont la voix, d'une manière ou d'une autre, comptera dans le débat qui s'ouvre parce qu'il a joué un rôle essentiel en Europe, parce qu'il a tenu des positions courageuses pour défendre notre souveraineté numérique.
La perspective d'un duel LFI-RN vous inquiète ?
Il y a un mois, lorsque j'ai réuni mes amis à Versailles à l'occasion d'une fête de la démocratie, j'ai alerté sur la poussée des extrêmes, de droite comme de gauche, deux poisons différents, mais deux poisons mortels pour notre pays et la démocratie.
Cette élection présidentielle sera cruciale parce que du choix que les Français feront dépendra l'avenir de l'Europe telle que nous la connaissons.
Seule l'Europe peut nous prémunir contre les conséquences de plus en plus inquiétantes de la rivalité grandissante entre les États-Unis et la Chine. Et seule la France peut entraîner l'Europe vers une indépendance véritable.
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- 2026-07-31 “Feux en Gironde : témoignage de Patrice Beunard, adjoint au maire d'Arcachon et sapeur pompier retraité — Quelle est la situation des feux dans votre département, la Gironde, à l'heure où vous répondez à nos questions ?
À cet instant, la situation s'améliore notablement. Des habitants des communes au sud de Bordeaux, en allant vers le bassin, sont invités à rentrer chez eux. Subsistent les communes du nord du bassin d'Arcachon et du sud Médoc, encore interdites au retour de leurs habitants.
Sur le feu, il subsiste des points chauds qui présentent encore un gros risque de reprise, notamment si la météo se dégradait selon les critères suivants : température en hausse, vitesse du vent également en hausse et baisse de l'hygrométrie de l'air et des végétaux, qui sont les facteurs aggravants en matière de développement des feux de forêt.
L'intérêt d'évacuer préventivement des habitants est de ne mettre en jeu aucune vie, de favoriser les déplacements des services de secours sans qu'ils aient à s'inquiéter des populations locales et, surtout, de les déplacer dans le calme, sans panique.
Pouvez-vous nous expliquer le rôle important des collectivités face aux feux qui ravagent votre territoire ? Et le vôtre tout particulièrement, en tant qu'adjoint au maire d'Arcachon ?
Dès les premières sollicitations, le maire, Yves Foulon, a mis en place une cellule de crise autour de ses directeurs de services.
La ville d'Arcachon est séparée du nord du bassin (Lège-Cap-Ferret) par le bassin d'Arcachon. Une seule route départementale est encombrée en cette saison d'été et traverse la forêt pour l'aller et le retour de Bordeaux à Lège-Cap-Ferret.
La seule autre solution est d'arriver à la gare d'Arcachon et de prendre les bateaux qui font la liaison avec le Cap-Ferret plusieurs fois par jour et tard le soir.
À la faveur des feux importants de 2022 à La Teste, avec les services préfectoraux, nous avons participé à la mise en place d'un plan d'évacuation de la presqu'île de Lège-Cap-Ferret par les bateaux-taxis et les professionnels ostréiculteurs, etc.
Un exercice avait eu lieu il y a quelques mois. C'était inédit, mais aussi la seule solution si la route était bloquée pour une quelconque raison. Bien nous en a pris !
Nous avons donc mis en œuvre un service d'accueil aux jetées d'accostage du centre-ville d'Arcachon, ouvert le Palais des congrès, mis en place une petite restauration (café, viennoiseries, eau, etc.), mis en place des agents et des élus pour servir et jalonner les parcours à emprunter par nos « évacués ».
Voiturettes électriques, fauteuils roulants pour les PMR, bagages, etc. Avec la communauté d'agglomération COBAS, des bus ont été mis à disposition pour transporter les personnes vers les autres salles d'accueil ouvertes dans la commune et sur les communes voisines aussi.
Il est à noter que la gare SNCF est à proximité immédiate du front de mer où arrivaient les personnes évacuées. Certaines ont pu la rejoindre, prendre le train et rentrer chez elles ; d'autres se sont fait récupérer en voiture.
Comment se passent la solidarité et l'entraide sur votre commune et aux alentours ?
Nous avons, dès l'accueil, répertorié les demandes et les besoins des « réfugiés » : logements, subsistance, vêtements si besoin, afin de les mettre en relation avec nos habitants qui se sont spontanément proposés pour accueillir les gens.
Les animaux n'ont pas été oubliés, tant pour les sécuriser, les alimenter...
Les agents du CCAS ont eu une importance évidente pour assurer la partie sociale envers les plus fragiles et les plus démunis.
Comment aider les sinistrés, les sapeurs-pompiers, les forces de sécurité... ?
À cet instant, la solidarité joue à fond pour apporter un complément de subsistance aux pompiers sur place, restés pour assurer le risque courant et les relèves des agents sur le feu.
Les réserves communales et intercommunales de sécurité, dans ces moments-là, peuvent prendre tout leur sens. C'est à développer et à mettre en place plus précisément.
Ne plus solliciter les pompiers et autres forces de sécurité pour rien !
Maintenir une information régulière sur la situation sans que cela soit anxiogène et garder le côté positif au maximum.
Mutualiser au plus les services communaux et intercommunaux (police municipale, gendarmerie, services techniques), autant que de besoin, selon la demande des maires.
Que faut-il retenir de cette catastrophe, toujours en cours, et comment lutter plus efficacement contre ces épisodes d'incendies qui se multiplient partout sur le territoire ?
Dire la vérité et ne pas laisser croire, comme en 2022, qu'on a commandé des avions bombardiers d'eau pour telle date (2026/2028), alors qu'aucune ligne de construction, ni en Europe ni dans le monde, n'est ouverte !
Faire pression avec l'Union européenne pour acquérir un nombre de bombardiers d'eau utiles à tous nos pays, en tenant compte du réchauffement climatique.
Ne plus confondre un appareil qui a 1 500 litres d'emport d'eau et faire croire qu'il fera le même travail que celui qui en emporte 6 000. De même, il y a ceux qui doivent se remplir sur un aéroport et ceux, « amphibies », qui le font en écopant sur un plan d'eau. Le nombre de largages diffère énormément par heure selon l'appareil.
Écouter ceux qui savent, et pas forcément ceux qui ont des chemises blanches toutes propres, qui écument les plateaux télé, les salons municipaux et/ou les médias sans jamais avoir été confrontés, ni de près ni de loin, au terrain, et seulement dans des universités ou instituts qui délivrent en quelques jours ou semaines des certifications avec trop peu de pratique de terrain et, au mieux, sur simulateurs avec IA...
Lors de nos Universités de rentrée à Guidel, j'ai eu l'honneur de participer à un atelier sur le sujet après les feux de forêt de La Teste, mais je crains que rien n'y ait fait.
On (le gouvernement) a fait le « Beauvau de la sécurité civile », suivi d'aucun effet à ce jour, alors qu'une grande publicité autour de ce bilan avait laissé un peu d'espoir aux plus optimistes.
Depuis 2003, suite à la départementalisation des corps de sapeurs-pompiers, on attend la révision du financement des SDIS de France, particulièrement inadapté aujourd'hui : rien de fait.
On a même des véhicules de pompiers qu'on est obligé de sortir du feu pour y mettre de l'AdBlue dans le moteur afin de respecter les normes environnementales, alors que ces engins luttent contre l'incendie et évitent ainsi que le feu ne dure et que les fumées ne polluent plus longtemps.
Les SDIS ne sont pas exonérés de la TVA, ni ne bénéficient de tarifs sur les carburants comme certaines professions, par exemple.
La taxe sur les assurances (TSCA) ne leur profite pas entièrement dans la quasi-totalité des départements.
Une clarification statutaire des sapeurs-pompiers volontaires que l'Union européenne veut nous faire reconnaître comme travailleurs. C'est une épée de Damoclès qui est au-dessus de nos SDIS en matière de rémunération, pouvant peser très gravement sur les finances.
À partir du CM1, à l'école, jusqu'au moins au lycée et au collège en fonction de leur âge, inculquer une culture de sécurité à nos enfants : secourisme, utilisation d'extincteurs, règles de sécurité, d'évacuation, qui appeler pour quelle situation...”
- 2026-07-30 “Le logement, une injustice française, de Jean-Luc Lagleize, ouvrage clé pour comprendre et trouver des solutions — Publié en 2025, le livre de Jean-Luc Lagleize – ancien député de Haute-Garonne, ancien conseiller en gestion de patrimoine – est réédité en 2026, assorti d'une postface inédite.
Des réalités différentes mais un même sentiment domine : le logement ne fonctionne plus pour personne. Les jeunes ont du mal à se loger, les élus locaux n'ont plus de marge de manœuvre, l'investissement locatif est à l'arrêt, l'urgence sociale explose. On pourrait croire que ce sont quatre problèmes différents, mais en fait ce sont quatre symptômes d'une même réalité. Quand un système créé de la difficulté pour les plus fragiles, de l'impuissance pour les élus et de l'incertitude pour les investisseurs, ce n'est plus un déséquilibre. C'est un système qui est arrivé à ses limites. Autrement dit, si cette crise dure depuis si longtemps, ce n'est plus une crise conjoncturelle.
Une crise, si elle dure 5 ans, 10 ans, 15 ans, c'est un système qui dysfonctionne. Dans l'Asie du Sud-est, il y a un mot pour « crise » au Japon, il y en a un en Chine. C'est un mot en deux syllabes et deux symboles qui veulent dire chacun quelque chose : le premier signifie danger, et le second signifie opportunité. Dans cette philosophie, la crise c'est une manière d'appréhender un danger, puis de rebondir pour aller plus vite. Mais, aujourd'hui, nous ne sommes plus dans cet état d'esprit car une crise est, par définition, temporaire. Or, le logement est en tension permanente depuis de très nombreuses années. A force de traiter ces questions sur le mode de l'urgence permanente, on se borne à empiler des mesures correctives sans jamais s'attaquer au cœur du problème. C'est le système du logement qui est à bout de souffle. Et ce, car ce système est devenu totalement illisible. Les citoyens ne comprennent plus leurs droits, les élus ne maîtrisent plus tous les leviers, les acteurs économiques ne voient plus de trajectoire claire.
On demande au logement d'être à la fois un droit, un placement, un outil de mixité sociale, un levier écologique et une variable budgétaire. Un système illisible produit mécaniquement de la défiance, de l'attentisme et, finalement, du blocage. Et cette illisibilité est le résultat de décennies d'empilement de règles, souvent bien intentionnées. Malheureusement, elles ne sont jamais évaluées ensemble. Chaque difficulté a produit une règle pour tenter de la résoudre. Chaque règle a créé un effet pervers. Chaque effet pervers a appelé une nouvelle correction. On a donc corrigé à la marge à chaque fois, sans jamais repenser le système dans sa globalité. Et plus on ajoute de règles pour protéger, plus on rigidifie et plus on bloque.
Sur le DPE (diagnostic de performance énergétique), il avait été décidé – au moment où Jean-Luc Lagleize était encore député – d'exclure du logement locatif les appartements ayant les DPE les moins écologiques. Le logement fait partie, comme le transport, des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre. L'idée était donc que les logements les plus énergivores devaient être exclus pour pousser les propriétaires à faire des travaux pour que ces logements redeviennent habitables. L'objectif était à la fois écologique – produire moins de CO2 – et un objectif social – les locataires auraient des factures d'énergie plus faibles. Sur le papier, c'était une logique vertueuse. Dans la réalité, ce sont 800 000 logements qui sont sortis du marché locatif. On était déjà en manque de marché locatif, et ce n'était clairement pas le bon moment pour enclencher ce processus. L'idée de Ma Prime Rénov' devait permettre aux propriétaires de faire ces travaux. Ma Prime Rénov' est également devenue une usine à gaz : elle n'est accessible qu'aux bailleurs individuels. Le cas de frères et sœurs qui se retrouvent en indivision sur un appartement à la suite d'un héritage est emblématique. Si vous êtes en indivision, vous n'êtes plus éligible. Si les parents en question avaient rencontré un conseiller en gestion de patrimoine qui leur avait recommandé de mettre l'appartement en société civile familiale, qui donne la nu propriété et un héritage sans droits : de la même façon, Ma Prime Rénov' considère qu'une société civile familiale n'est pas éligible. Ce système a été multiplié en travaux uniques ou travaux globaux. Aujourd'hui, plus personne ne sait comment fonctionne Ma Prime Rénov'. Une très bonne idée et, au final, un blocage.
De même, le permis de louer avait été inventé pour lutter contre les marchands de sommeil, soit des gens qui mettent à destination de personnes précaires des logements insalubres et qui, en général, se font payer en espèces. La loi Elan devait permettre aux communes d'instaurer, dans certains quartiers ou sur toute la commune, un permis de louer. Un bailleur, avant de louer, doit recevoir la visite d'un service de la mairie qui vérifie la salubrité du bien. Résultat, qui fait cette démarche ? Uniquement les bailleurs honnêtes. Pensez-vous que les marchands de sommeil font la démarche ? Encore une très bonne idée qui n'a absolument pas atteint sa cible et qui, au contraire, complexifie inutilement les modes de location.
Le principal facteur de blocage du logement aujourd'hui, ce n'est pas le bâtiment, c'est le foncier. Le foncier n'est pas rare par nature, mais il est rendu rare par les choix d'urbanisme, de planification, de fiscalité et de gouvernance. La fiscalité sur les plus-values a pour conséquence que certains propriétaires de terrains n'ont pas intérêt à les vendre. La fiscalité est totalement à revoir. L'aide à la demande sur un marché bloqué, ça continue à bloquer et à renchérir. De manière contre-intuitive, les APL participent à l'augmentation des prix des loyers. Structurellement, le fait d'avoir un APL élève le prix des loyers car le bailleur considère cela comme un complément de loyer. Dans un marché bloqué, aider la demande, cela ne fait qu'augmenter le prix des loyers. Encore un effet pervers. A chaque nouvelle idée, on ne voit jamais les conséquences globales. La loi Pinel n'a servi qu'à élever le prix des logements.
D'abord pensé comme un bien d'usage, le logement est devenu un actif patrimonial. Un investisseur réfléchit toujours au couple rendement/risque. Un investisseur prudent accepte peu de rendement dans la mesure où il y a peu de risque. Un investisseur dans l'immobilier aujourd'hui a peu de rendement et beaucoup de risque. Il va donc investir ailleurs.
Le système a atteint ses limites. Pour comprendre tous ces méandres et les moyens de sortir de cette impasse, lisez le livre de Jean-Luc Lagleize, clair, précis et riche d'exemples.”
- 2026-07-27 “Feux en Gironde : témoignage de Clément Nauleau, sapeur-pompier volontaire, déployé en renfort — Alors que les incendies qui frappent la Gironde mobilisent des moyens exceptionnels, des sapeurs-pompiers venus de toute la France sont engagés aux côtés des secours locaux. Parmi eux, notre président du mouvement territorial de Vendée et sapeur-pompier volontaire, Clément Nauleau, qui s'est porté volontaire et a répondu à nos questions après 3 jours d'intense mobilisation.
Vous êtes actuellement déployé en Gironde pour lutter contre les incendies. Pourquoi vous êtes-vous porté volontaire pour prêter main-forte à vos collègues girondins ?
Je suis sapeur-pompier volontaire depuis plusieurs années. Mon employeur, le député Philippe Latombe, est conventionné avec le SDIS, ce qui lui permet de me libérer sur mon temps de travail lorsque je suis engagé pour des interventions, des formations ou, comme aujourd'hui, des renforts extra-départementaux.
Lorsque la Gironde a sollicité des renforts, il m'a semblé naturel de me porter volontaire, avec l'accord de mon employeur.
Face à un incendie d'une telle ampleur, la solidarité entre les SDIS est indispensable. C'est précisément dans ces moments que la sécurité civile française, et ce que j'appelle la « machine France », démontrent toute leur force. Lorsqu'un département ne peut plus faire face seul, c'est toute la France qui répond présente.
J'avais déjà eu l'occasion d'être engagé sur deux missions nationales exceptionnelles en outre-mer : en Nouvelle-Calédonie lors des émeutes et à Mayotte pendant la crise de l'eau. Ces expériences m'ont conforté dans l'idée que notre engagement prend tout son sens lorsque nous allons aider des territoires qui en ont besoin.
Pouvez-vous nous raconter à quoi ressemble l'action sur le terrain et ce que vous avez découvert en arrivant sur place ? Quel est votre rôle ?
Je suis engagé au sein d'un détachement de renfort « feux urbains ». Notre mission consiste principalement à défendre les points sensibles : protéger les habitations, les lotissements, les bâtiments publics, les exploitations agricoles ou encore les sites industriels lorsque le feu menace directement ces infrastructures.
Chaque secteur est placé sous l'autorité d'un commandement qui nous engage en fonction des besoins opérationnels.
En arrivant sur place, j'ai découvert un paysage impressionnant. Les zones déjà brûlées donnent parfois l'impression d'un décor lunaire, noirci, silencieux, où toute la végétation a disparu et où les rues sont désertes en raison des évacuations. Le long des routes, des dizaines de camions sont alignés dans l'attente du feu que l'on aperçoit au loin.
Mais ce qui m'a le plus marqué, c'est l'immense chaîne de solidarité qui s'est organisée autour des secours. Des agriculteurs, des entreprises de travaux publics, des forestiers, des entreprises d'assainissement, des particuliers… chacun apporte sa contribution pour permettre aux sapeurs-pompiers d'intervenir dans les meilleures conditions, notamment en facilitant l'alimentation en eau des engins.
Les élus locaux sont eux aussi pleinement engagés. Ils ouvrent les salles des fêtes, organisent l'hébergement et mettent à disposition des lieux de repos. Cet accueil est exceptionnel et témoigne d'une formidable solidarité.
À l'heure où vous répondez à nos questions, quel est l'état de la situation ?
Au moment où je réponds, le feu reste actif.
Les conditions météorologiques demeurent difficiles, notamment avec les brises de l'après-midi qui favorisent encore certaines reprises de feu.
La situation semble néanmoins évoluer favorablement grâce au travail considérable réalisé conjointement par les sapeurs-pompiers et les habitants. La nuit dernière a permis une baisse de l'intensité sur plusieurs secteurs, même si certaines reprises restent particulièrement virulentes et nécessitent une vigilance permanente.
Qu'est-ce qui vous marque le plus dans la solidarité et la coordination entre les différents services de secours ? Et les habitants ?
Ce qui me marque le plus, c'est qu'il n'y a plus qu'un seul objectif : protéger les populations, les habitations, les forêts et, plus largement, le vivant.
Presque tous les SDIS de France ont envoyé des renforts. À leurs côtés, des bénévoles préparent gratuitement les repas, des professionnels de santé assurent notre suivi, les élus restent présents jour et nuit et les habitants multiplient les gestes de solidarité en nous apportant nourriture, boissons, hébergement ou simplement des mots d'encouragement.
C'est toute une chaîne qui se met en place. On voit fonctionner ce que j'appelle la « machine France ». Chacun apporte sa pierre à l'édifice avec ses compétences. C'est dans ces moments que l'on mesure toute la richesse de notre modèle français de sécurité civile.
Je tiens également à saluer la solidarité européenne, qui permet aussi de renforcer nos capacités lorsque les événements dépassent les moyens nationaux.
Face à des épisodes d'incendies qui semblent devenir plus fréquents et plus intenses partout en France, quels enseignements tirez-vous de votre expérience ?
Le premier enseignement est que le risque a profondément changé. Les feux de forêt ne concernent plus seulement le Sud de la France. Aujourd'hui, tous les départements peuvent être confrontés à des incendies majeurs, mais aussi à des inondations, des tempêtes ou d'autres catastrophes naturelles.
Notre pays doit donc développer une véritable culture du risque. Les Français sont encore trop peu sensibilisés aux risques majeurs et connaissent mal la sécurité civile. Pourtant, le premier maillon de la chaîne des secours est souvent le citoyen lui-même. Les gestes qui sauvent, les comportements à adopter face aux catastrophes et la prévention devraient être enseignés dès l'école primaire et tout au long de la scolarité.
Mais je pense surtout que la France doit désormais franchir une nouvelle étape.
Nous avons aujourd'hui trois grandes forces régaliennes reconnues : les armées, la police et la gendarmerie.
À mes yeux, la sécurité civile doit désormais être pleinement reconnue comme la quatrième grande force régalienne de l'État, au même titre que nos armées.
Les catastrophes naturelles deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Elles sont désormais un enjeu de sécurité nationale. Cette réalité doit se traduire par une véritable montée en puissance de la sécurité civile.
Cela suppose des investissements massifs dans les moyens matériels, les moyens aériens, les capacités nationales d'intervention, les Brigades militaires de la sécurité civile et le soutien aux SDIS.
Il faudra également renforcer nos ressources humaines : les sapeurs-pompiers professionnels, bien sûr, mais aussi les sapeurs-pompiers volontaires, qui constituent la colonne vertébrale de notre modèle. Les employeurs qui facilitent leur engagement doivent être valorisés, car sans eux, notre système ne fonctionnerait pas.
Les sapeurs-pompiers professionnels doivent également pouvoir être davantage projetés lors des crises majeures. Il faut leur permettre de partir en colonnes de renfort sur leur temps de travail, tout en garantissant une couverture opérationnelle suffisante dans leur département d'origine.
La solidarité nationale doit être pleinement intégrée dans notre organisation.
Nous devons également renforcer la prévention : améliorer la gestion de nos forêts avec des bandes coupe-feu, renforcer les obligations de débroussaillement, lutter contre les parcelles en friche, durcir les restrictions en période de risque et adapter nos comportements face à ces nouveaux dangers.
Enfin, je pense qu'il faut d'urgence programmer le projet de loi résultant du Beauvau de la sécurité civile afin de permettre cette adaptation.
Face aux défis climatiques, il ne suffit plus seulement de réagir. Nous devons adapter notre organisation, renforcer notre résilience et donner à la sécurité civile les moyens de devenir l'une des grandes priorités de notre pays. C'est un investissement pour protéger les Français, leurs territoires et notre patrimoine naturel.”
- 2026-07-23 “Jean-Noël Barrot : « Les deux diplomates français sont rentrés à Paris, après cette agression extrêmement grave et préméditée » — Au micro de France Inter ce matin, Jean-Noël Barrot a annoncé que les deux diplomates français interpellés par les services de sécurité iraniens sont rentrés hier à Paris. Il s'est aussi exprimé sur la situation dans le détroit d'Ormuz et sur les attaques cyber russes qui ont visé plusieurs pays européens le 13 juillet dernier.
Arrestation de deux diplomates français : « Ces actes sont inqualifiables et ils ne resteront pas sans conséquences »
Dimanche soir, deux agents de l'ambassade de France en Iran avaient été la cible d'une action d'intimidation de la part des services de sécurité iraniens. Jean-Noël Barrot a annoncé ce matin au micro de France Inter :
Ils sont rentrés à Paris hier et ils sont entourés de tout le soutien nécessaire après cette agression extrêmement grave et préméditée dont ils ont été les victimes. Ils continueront d'exercer leur mission jusqu'à son terme, mais depuis Paris.
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a également expliqué qu'ils étaient encore « sous le choc » puisqu'ils ont été brutalement interpellés dans un lieu privé par des officiers de sécurité du régime et détenus pendant quatre heures, sans accès à leurs moyens de communication a relaté Jean-Noël Barrot. Il précise au sujet de l'agent pris à partie par les officiers de sécurité iraniens :
C'est-à-dire brutalisé, frappé, tout simplement. Il a été frappé par des agents iraniens.
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a rappelé par ailleurs que leur mission consistait à développer des programmes de soutien à la société civile iranienne. Il précise :
Programmes de soutien aux étudiants, aux artistes, pour leur permettre soit de venir en mobilité dans des universités ou dans des résidences d'artistes, ou soit tout simplement en Iran de pouvoir bénéficier d'un certain nombre de services que l'ambassade de France met à disposition de la population iranienne, y compris des cours de français.
Alors que « la France est l'un des pays du monde qui fait le plus pour la société civile iranienne. », Jean-Noël Barrot a affirmé que « nous en avons payé le prix. »
Non seulement les services iraniens n'avaient rien à leur reprocher, mais en plus, s'en prendre à des diplomates est absolument interdit et absolument condamnable. Au fond, ce que dit cette agression, c'est que ce régime tente par tout moyens de décourager la France de continuer à soutenir le peuple iranien, mais évidemment nous continuerons.
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères condamne cette violation qui a pour but d'intimider l'action de la France en soutien à la société civile iranienne. Il a ajouté :
Il est évident qu'elle ne pourra rester sans conséquences puisque d'abord elle est illégale et qu'en plus elle est inqualifiable. Et nous évaluons aujourd'hui toutes les options que nous avons pour y répondre.
Interrogé sur les moyens de réponse que la France va apporter à l'encontre de l'Iran, Jean-Noël Barrot a expliqué qu'ils étaient en train de réfléchir aux réponses à apporter. De de son côté, il a déjà convoqué le chargé d'affaires iranien au Quai d'Orsay et lui a confirmé que :
Tous ces actes sont inqualifiables et ils ne resteront pas sans conséquences.
Sur les sanctions qui seront prises à l'encontre du régime iranien, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères assure :
On hésite assez rarement à prendre des sanctions à l'encontre de ceux qui portent atteinte à l'image de la France. Et s'agissant du régime iranien, depuis que j'ai pris mes fonctions, il y a deux ans, et singulièrement l'année dernière, nous avons pris à de nombreuses reprises des sanctions très lourdes à l'encontre du régime et de ses responsables.
Moyen-Orient : « Tout doit être fait pour mettre fin à cette escalade dangereuse »
Au Moyen-Orient, Donald Trump a menacé de détruire des infrastructures civiles, des ponts, des centrales électriques dès que l'Iran tirera sur un navire dans le détroit d'Ormuz. Jean-Noël Barrot a rappelé sa position face à cette situation :
Tout doit être fait pour mettre fin à cette escalade dangereuse qui est en train de créer un risque majeur pour l'économie mondiale et pour notre pouvoir d'achat.
Pour lui, tout doit être fait pour que cette escalade ne dégénère pas encore davantage et que les accords trouvés entre les États-Unis et l'Iran soient respectés et appliqués. Il a également rappelé qu'au mois de mars, les ministres des Affaires étrangères du G7, qu'il avait réuni, ont pris ensemble une déclaration appelant à préserver les civils et les infrastructures.
Cette guerre, nous l'avons réprouvée dès le premier jour parce qu'elle était conduite à l'écart du droit international et parce qu'elle n'avait pas de but précisément défini. Donc ne comptez pas sur nous, ne comptez pas sur la France pour pouvoir distribuer les bons points.
En raison des désaccords entre les États-Unis et l'Iran, le détroit est délibérément bloqué par l'Iran. Jean-Noël Barrot rappelle qu'il doit rouvrir le plus rapidement pour que le trafic maritime puisse reprendre, notamment pour que les prix des hydrocarbures baissent. Il souligne :
Nous sommes l'un des rares pays à pouvoir parler aux deux parties à ce conflit, à leur passer des messages au calme, mais nous ne nous contentons pas de passer des messages.
Depuis le début de la guerre, la France a effectivement déployé ses capacités militaires pour protéger nos partenaires. Jean-Noël Barrot a annoncé que depuis des semaines la France est prête à déployer des capacités militaires dans le détroit d'Ormuz pour participer à des actions de déminage notamment. Il a également souligné :
Par ailleurs, et je veux le dire, nous devrions passer un peu moins de temps à commenter la situation dans le détroit d'Ormuz et beaucoup plus à en tirer les leçons pour notre avenir. Et quelles sont les leçons ? Et bien c'est que nous devons impérativement et le plus rapidement possible nous défaire de toutes les dépendances, de toutes les servitudes qui tiennent à notre consommation d'hydrocarbures, ouvrir de nouveaux corridors, de nouvelles routes commerciales, et c'est ce à quoi nous travaillons avec nos partenaires.
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a souligné que l'Iran continue de violer ses propres engagements et ceux pris en accord avec les États-Unis, mais aussi le droit international : « puisqu'un détroit, ça n'appartient à personne, ou plus précisément, ça appartient à tout le monde. »
Le calme, la sécurité et la paix ne pourront pas revenir dans cette région tant qu'une solution politique n'aura pas émergé, qui permette d'encadrer strictement le programme nucléaire iranien, qui permette à l'Iran de vivre pacifiquement dans son environnement régional et qui permette au peuple iranien de construire librement son avenir. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, nous verrons de l'instabilité dans cette région.
Attaques cyber russes : « Nous prendrons des sanctions à l'encontre des acteurs responsables »
En fin d'entretien, Jean-Noël Barrot a annoncé avoir convoqué le représentant de l'ambassade de Russie en France après une vaste campagne de cyber, il a précisé :
Nous prendrons dans quelques heures, je l'espère, des sanctions à l'encontre des acteurs responsables de cette déstabilisation, des sanctions européennes.
Le 13 juillet dernier, l'ensemble des pays de l'Union européenne ont dénoncé la vaste campagne d'attaques menée par le Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie, à l'encontre d'une dizaine de pays européens comme la France ou encore la Pologne. Cette attaque, pour notre ministre, était faite :
Pour nous déstabiliser, pour nous fragiliser, pour affaiblir notre soutien à l'Ukraine. Mais vous le voyez, notre soutien à l'Ukraine n'a fait que redoubler.”
- 2026-07-23 “Feux en Gironde : Laurent Peyrondet, maire de Lacanau, témoigne — Alors que les incendies continuent de ravager plusieurs secteurs de Gironde, les communes se mobilisent pour soutenir les populations évacuées et les services de secours. Invité à s'exprimer sur la situation sur RMC, Laurent Peyrondet, maire MoDem de Lacanau, a décrit l'organisation mise en place sur son territoire, situé à une dizaine de kilomètres seulement du front de flammes.
Si Lacanau n'est pas directement touchée, la commune joue un rôle essentiel dans le dispositif de solidarité. « À 13 km à peu près du feu », elle accueille les sapeurs-pompiers venus « se restaurer » et « se reposer », tandis que les habitants évacués des communes les plus exposées sont répartis entre les différentes communes du bassin d'Arcachon et du Médoc. Une mobilisation rendue possible grâce à l'engagement des collectivités, des agents municipaux, des bénévoles et de nombreux partenaires.
Face à une situation devenue malheureusement familière, Laurent Peyrondet explique que « l'habitude nous permet d'anticiper ce genre de problème ». Dès l'annonce du départ de feu et au regard des conditions météorologiques, la commune s'est préparée à ouvrir ses équipements pour venir en aide aux territoires voisins. Salles municipales, cantines et structures d'accueil ont ainsi été mobilisées afin de répondre aux besoins des secours et des personnes déplacées.
Le maire de Lacanau a également tenu à souligner l'épreuve humaine que traversent les soldats du feu. Au lendemain du décès de deux sapeurs-pompiers, il évoque :
Une journée qui a été très difficile, une nuit compliquée, surtout au lendemain du décès de deux collègues pompiers, ces derniers ont eu beaucoup de difficultés. C'est vrai que c'est une journée dramatique.
Très attaché au massif forestier girondin, il décrit aussi les difficultés liées à l'évacuation des nombreux touristes présents en pleine saison estivale.
Si les vents se sont temporairement calmés au petit matin, l'inquiétude demeure. Laurent Peyrondet redoute le retour de rafales pouvant atteindre 50 km/h, conjuguées à des températures élevées et à une humidité très faible.
C'est la crainte de la journée : on a peur de ces reprises, de la violence qui était tout à fait extraordinaire, les images parlent d'elles-mêmes.
À proximité de la presqu'île du Cap-Ferret, où plusieurs structures touristiques ont dû être évacuées, l'élu espère que l'incendie pourra être contenu avant de menacer davantage ce secteur. « On est tous très inquiets », reconnaît-il, tout en assurant que Lacanau reste pleinement mobilisée :
Nous, on est en soutien et on se met à disposition bien sûr de toutes ces communes.
Le Mouvement Démocrate adresse tout son soutien aux élus locaux, aux sapeurs-pompiers, aux forces de sécurité, aux bénévoles, aux habitants, aux professionnels et aux touristes touchés par ces incendies qui frappent depuis plusieurs semaines de nombreuses régions de France. Il salue l'engagement exemplaire de tous ceux qui, sur le terrain, font vivre les valeurs de solidarité, de responsabilité et d'entraide face à cette épreuve.”
- 2026-07-23 “François Bayrou : « La campagne présidentielle, c'est trois phases : les présentations, la décantation et le choix » — François Bayrou était l'invité d'En Toute Franchise avec Bastien Augey dans Bonjour la matinale de TF1 ce jeudi 23 juillet à 7h35.
C'est l'heure de l'interview en toute franchise, on retrouve Bastien Auger. Et ce matin, vous recevez François Bayrou, président du Modem et ancien Premier ministre.
Bonjour François Bayrou, soyez le bienvenu.
François Bayrou : « Bonjour ».
Question : 44 000 hectares sont déjà partis en fumée dans les incendies cette année, c'est un record. Est-ce que vous jugez que la France est suffisamment préparée pour y faire face ?
François Bayrou : Beaucoup d'efforts ont été faits ces dernières années parce qu'on a vu venir le problème et les gouvernements successifs ont fait en sorte que les avions bombardiers d'eau, les Canadair, les Dash, puisque c'est un autre de ces modèles-là, et les hélicoptères bombardiers d'eau ont été renforcés beaucoup, en nombre. Mais le changement des conditions climatiques fait que, évidemment, le champ de bataille n'est pas le même, et qu'il va falloir penser des stratégies nouvelles, c'est-à-dire des drones, par exemple, pour le repérage des premières fumerolles qui doivent permettre une intervention très rapide. Le combat est en train de changer de nature parce qu'il prend une ampleur considérable et je n'ai aucun doute que les différentes instances chargées de la sécurité civile et les gouvernements y pensent.
Question : Vous dites au gouvernement qu'il faut acheter des drones dès maintenant par exemple ?
François Bayrou : Non, je pense que ce n'est pas à moi de donner des injonctions parce que les services de la sécurité civile, eux, ils travaillent tous les jours. Mais je n'ai pas de doute que, comme on a vu la guerre changer en Ukraine, incroyablement sous nos yeux, la guerre contre les incendies de forêt, en raison du changement climatique, va, elle, aussi changer de stratégie et de tactique.
Question : Alors il y a les incendies, il y a la canicule, il y a la sécheresse. Quand vous voyez tout cela, est-ce que vous regrettez quelque part toutes les coupes dans le budget de la transition écologique ?
François Bayrou : Je pense que nous avons créé le fonds vert et le fonds vert a été encore augmenté ces derniers temps.
Question : Il y a eu des coupes les années précédentes, il y a eu des coupes dans le budget de la transition écologique quand vous étiez Premier ministre aussi.
François Bayrou : Pas sur ce sujet, mais on est dans un moment de redéfinition complète. On va parler des conditions budgétaires, financières de ce qui se prépare et de ce qui pèse sur la décision de tous les responsables publics. Et il y a aussi une reconfiguration, une reconstruction de la manière dont nous agissons dans notre pays. Je vous donne un chiffre très simple. La France dépense pour son action publique quelque chose comme 20% de plus que ses voisins. Est-ce qu'on est mieux protégé ? Est-ce qu'on est mieux soigné ? Est-ce qu'on est mieux éduqué que nos voisins ? La réponse est non.
Question : Cela veut dire qu'on ne dépense pas au bon endroit ?
François Bayrou : Oui, parce que notre organisation du pays ne me paraît pas la meilleure.
Question : On va revenir sur la question des finances publiques dans un instant, François Bayrou. Mais une petite question d'abord sur l'actualité politique. Vous qui êtes quelque part un habitué des coups d'éclat politique, j'aimerais votre regard sur celui de la ministre de l'Écologie, Monique Barbut, qui a démissionné pour protester contre la loi d'urgence agricole avant finalement de se faire rattraper, convaincre de rester par le président de la République. Laquelle vous avez préférée, la Monique Barbut qui part ou celle qui reste ?
François Bayrou : Bon, ce sont des péripéties. Cela a au moins l'avantage de montrer une chose : c'est que l'affirmation selon laquelle c'était dramatique la loi qui a été votée il y a trois jours, n'était pas si fondée que cela. Parce que si ça avait été dramatique, probablement la décision n'aurait pas été la même. En réalité, là encore, il faut faire la part de ce qu'est la communication et de ce qu'est la réalité profonde.
Question : Alors François Bayrou, pendant ce temps, vous, vous publiez un nouveau livre, « Alerte sur la France qui vient », où vous alertez notamment sur l'état des finances publiques, le risque de conflits entre générations notamment. Alors il y a un passage dans ce livre où vous revenez sur le moment où vous étiez Premier ministre et vous dites finalement j'avais le choix entre deux options, dire la vérité ou alors durer, faire des compromis. Est-ce que c'est ce que vous reprochez à Sébastien Lecornu aujourd'hui de durer ?
François Bayrou : Oui, je ne reproche rien. J'ai pris mes responsabilités. C'est assez rare dans le monde politique pour qu'on le note.
Question : Mais pas lui.
François Bayrou : Lorsque vous voyez venir un danger, un risque, une menace terrible sur la société française, vous avez le choix, quand vous êtes au gouvernement, entre deux attitudes. La première attitude, c'est fermer les yeux, pousser la poussière sous le tapis, se dire encore un moment Monsieur le bourreau, comme on disait autrefois, et puis finalement, d'autres s'en chargeront après moi. Mais lorsque vous voyez que la menace grandit au point qu'elle est pour votre pays, pour la société, et particulièrement pour les jeunes dans la société, que c'est une menace insupportable, alors vous devez choisir de dire la vérité. C'est ce que nous avons fait.
Question : Mais laquelle de ces deux attitudes a choisi Sébastien Lecornu, votre successeur selon vous ?
François Bayrou : Il a choisi de trouver des compromis, mais ces compromis, pour ma part, par exemple le renoncement à la réforme des retraites, il sait bien, Sébastien Lecornu, parce que nous en avons parlé beaucoup ensemble, que c'est un choix que je n'aurais pas fait.
Question : Vous trouvez qu'il met la poussière sous le tapis ?
François Bayrou : Non, je ne veux pas nourrir de polémiques avec d'ailleurs qui que ce soit. Il faut que vous compreniez une chose, le monde politique se nourrit d'affrontements perpétuels, de mises en accusation, de mises en cause, d'injures de toutes natures. Il suffit de regarder l'Assemblée nationale pour savoir ce qu'il en est. En réalité, nous ne nous en sortirons qu'ensemble. Tous ceux qui croient qu'il suffit de gagner une élection au bénéfice de quelques circonstances que ce soit pour sortir le pays des difficultés, tous ceux-là sont des menteurs.
Question : Alors ensemble, cela veut aussi dire quand même trouver des majorités à l'Assemblée nationale. Quand le Premier ministre dit qu'il donne quelques premières pistes pour le prochain budget, il dit qu'il va falloir faire des coupes. Dans les dépenses, il va falloir peut-être revoir certaines niches fiscales, il va falloir aussi faire des coupes dans les dépenses sociales, notamment sur les médicaments. Est-ce que vous dites : « ah, là oui, cela va dans le bon sens » ?
François Bayrou : J'attends de voir. On est payé depuis des années.
Question : Vous avez un doute ?
François Bayrou : Il faut que vous mesuriez quelque chose. Mon gouvernement, le gouvernement que je conduisais, a fait baisser le déficit du pays de près de 15%, 12,5%. Le déficit qui était à 5,7% du produit national, on l'a fait baisser à 5,1% en une seule année. Et puis là, il est en train de remonter. Il y a des études qui annoncent 6%, c'est-à-dire une remontée considérable du déficit.
Question : Mais donc ces pistes sont les bonnes, si on suit votre logique ?
François Bayrou : Je ne sais pas si celles-là sont les bonnes. Ce que je sais, c'est que le pays ne peut pas échapper à une redéfinition de la manière dont il utilise l'argent public. Parce qu'il faut ajouter une deuxième chose. C'est un pays qui s'appauvrit. C'est un pays qui est descendu au-dessous de la moyenne des revenus par habitant de tous les autres pays européens. On ne peut pas continuer comme cela.
Question : Alors ça sera forcément l'un des sujets de la campagne présidentielle. Est-ce que vous avez déjà choisi votre candidat ?
François Bayrou : Non, je pense que la campagne présidentielle, c'est trois phases. La première phase, ce sont les présentations. Tous ceux qui s'avancent les uns après les autres sur la scène en disant : « Je me verrai bien président de la République ». Cela, c'est la première phase.
Question : Ils sont nombreux, là.
François Bayrou : Ils sont nombreux là pour l'instant. Plusieurs dizaines, c'est la première phase. Il y a une deuxième phase, qui est la phase de décantation. On va voir qui tient, qui propose des idées originales. Et il y a une troisième phase, qui est la phase du choix. En réalité, nous ne nous rendons pas compte que le calendrier n'est pas celui que croit le monde politique et d'ailleurs le monde médiatique. On est très loin de cette élection. En réalité, l'élection présidentielle, cela se joue entre novembre et février. C'est là que les rapports de force se nouent. On n'y est pas encore, mais il faut être attentif à ce que des personnalités ayant l'expérience et la capacité de renouvellement dont nous avons besoin puissent se présenter devant les Français.
Question : Justement, François Bayrou, regardez, on vous a sélectionné trois visages, trois candidats déclarés ou putatifs. Lequel vous préférez parmi ces trois ? Edouard Philippe, Gabriel Attal et François Hollande.
François Bayrou : Je pense que d'autres candidats vont arriver qui peut-être correspondent. C'est la phase de présentation que je vous décris.
Question : Mais pour l'instant, aucun de ces trois ne vous convient ?
François Bayrou : Je pense que d'autres visages vont apparaître.
Question : Lesquels ?
François Bayrou : Vous verrez.
Question : Vous avez des souhaits. Vous avez des infos peut-être aussi.
François Bayrou : N'allez pas plus vite que la musique.
Question : En tout cas, pour l'instant, le casting ne vous convient pas, si je comprends bien.
François Bayrou : Mais ils ne conviennent pas aux Français.
Question : Et vous alors ? Vous êtes sûr que vous n'y allez pas ?
François Bayrou : Moi, je ne serai pas candidat à l'élection. Ça, c'est sûr.
Question : Mais ce casting-là, vous dites, les deux candidats de votre camp aujourd'hui, Edouard Philippe, Gabriel Attal, vous estimez que cela ne convient pas aux Français.
François Bayrou : Je pense qu'on se trompe quand on regarde le paysage de cette élection. Parce qu'on croit que c'est comme autrefois. C'est-à-dire qu'on peut se présenter, se mettre en valeur, proposer des idées, défendre des partis. Ce n'est plus comme cela. Vous avez la menace de deux extrêmes qui sont tous les deux, à mon sens, un danger de mort pour le pays. Un danger de mort pour le pays. Et donc ceux qui refusent les deux extrêmes, ils devraient parler ensemble, travailler ensemble de manière à dégager une solution commune à présenter aux Français, qu'ils soient, je donne ces deux aspects, de renouvellement et de reconstruction, et de rassemblement. Vous voyez, cela fait trois R, renouvellement, reconstruction, rassemblement. Cela fait beaucoup de critères, on va voir si nous y arriverons.
Le journaliste : Merci en tout cas d'avoir été avec nous. On rappelle votre livre : « Alerte sur la France qui vient », François Bayrou. C'est aux éditions de l'Observatoire, une saine lecture pour les vacances d'été, pourquoi pas sur la plage.
François Bayrou : Je ne sais pas si cela va remonter le moral, mais en tout cas, c'est un livre qui explique, pour la première fois pour le grand public, comment s'est constituée cette dette qui nous écrase et ce qu'on peut faire pour lutter contre.
Le journaliste : Merci beaucoup François Bayrou d'avoir été avec nous.”
- 2026-07-23 “Sarah El Haïry : « Face aux enfants, je veux pouvoir dire : nous avons compris » — Au micro d'Europe 1 soir, Sarah El Haïry, Haute-Commissaire à l'enfance, s'est exprimée sur le vote favorable à l'Assemblée nationale concernant l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans et sur le débat autour de la perpétuité pour les viols en série sur les moins de 15 ans également voté dans l'hémicycle. Enfin, elle a défendu son rapport pour protéger les enfants.
Interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans : « C'est salutaire. »
Cette semaine, à l'Assemblée nationale, les députés ont voté en faveur de l'interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs de 15 ans. La Haute-commissaire à l'enfance a réagi :
C'est salutaire, surtout pour les enfants, parce qu'aujourd'hui au moment où on se parle, c'est 750 000 pédocriminels qui sont actifs chaque jour sur Internet. Et quand on a moins de 15 ans, on est potentiellement ici une cible, mais surtout, on est la proie de ces prédateurs. Et on sait aujourd'hui, plus que jamais, que les adolescents et les adolescentes, en particulier, sont les plus touchés.
La majorité numérique n'est pas une punition à l'encontre des enfants et des adolescents, le rappelle Sarah El Haïry, mais plutôt une obligation posée et portée par les plateformes. Elle souligne :
Attention, ce texte à lui tout seul ne sera pas suffisant, soyons très clairs. L'interdiction, c'est une obligation pour les plateformes, mais il faut aujourd'hui de l'éducation au numérique, il faut de la traque sur les réseaux, il faut réussir encore à faire fermer des sites qui sont aujourd'hui hébergés à l'étranger.
Face à cette nouvelle loi, certains affirment qu'il y aura toujours moyen de la contourner, et Sarah El Haïry reste lucide sur le fait que ce sera toujours possible grâce à de nombreux outils disponibles. Mais même si « ce n'est pas parfait, c'est une protection qu'on doit à nos enfants » contre les images pornographiques et contre les pédocriminels. Elle ajoute en affirmant qu'il ne faut pas être « naïf » :
Les parents qui écoutent peuvent juste se poser une seule question : est-ce qu'ils ont déjà joué avec leurs enfants sur Roblox ? Sur Minecraft ? Sur Fortnite ? Ce sont des applications qui sont des jeux. Et donc, ils ne pensent pas que ce sont des réseaux sociaux. Ils ne pensent pas que, sur leur site Insta ou sur Snapchat, peut-être que leur porte est totalement ouverte et que leurs enfants sont confrontés, pas qu'à des gens sympas, et pas qu'à leurs copains et pas qu'à des gens bienveillants.
Pour elle, l'idée ce n'est pas de « fliquer tout le monde ». Elle souligne :
Pour répondre de manière très claire sur les contrôles, aujourd'hui, il y a des outils qui existent, qui ne permettent absolument pas de donner l'identité à la plateforme, mais qui donnent simplement un signal vert ou rouge. Il y a des choses avec Docaposte, c'est le groupe La Poste ou France Identité. Il y a même des outils sans identité, mais uniquement avec de la reconnaissance, par exemple, faciale.
Ce débat avait déjà eu lieu lorsque l'accès aux sites pornographiques a été interdit aux moins de 18 ans et des outils français et européens existent pour pouvoir contrôler l'identité. Elle rappelle que le but ultime est la protection des enfants, car l'utilisation sans protection de ces plateformes « transforme nos enfants, malheureusement, en proies entre les mains de pédocriminels ou encore en produit de ces algorithmes. »
Pour la Haute-commissaire à l'enfance, l'objectif est donc plutôt de poser des règles collectives pour protéger les enfants et aider les parents parce que'« ils ne peuvent pas se battre seuls face à cette exposition des enfants. » Elle déplore aussi :
Aujourd'hui, on a dans des services d'addictologie des enfants qui ont des pertes cognitives réelles, qui sont hospitalisés et qui, pour le coup, malheureusement, se sont ceux qu'on retrouve au commissariat pour déposer plainte parce qu'ils ont été victimes, pour le coup de vrais criminels.
La loi n'a donc pas pour objectif « d'embêter », mais de protéger parce que « si on peut protéger une majorité, ce sera déjà bien. »
Loi protection de l'enfance : « Quand vous avez un viol d'enfant, ça ne s'efface pas »
Interrogée sur le vote à l'Assemblée nationale sur la perpétuité pour les viols en série sur les moins de 15 ans et face à l'absentéisme des partis de gauche, Sarah El Haïry réagit :
Ma seule boussole, c'est celle de la protection des enfants et des victimes.
La Haute-commissaire à l'enfance se déclare favorable à cette mesure et ne comprend pas les prises de position des partis de gauche qui, pour elle, « ne sont pas du côté des victimes (...) qui ont subi des violeurs multirécidivistes ». Elle souligne :
Quand vous avez un viol d'enfant, ça ne s'efface pas. Pourquoi la justice devrait-elle effacer finalement pour les criminels ? Moi, je sais de quel côté je suis, et je ne suis certainement pas de ce côté-là.
Rapport pour mieux protéger les enfants : « Face aux enfants, je veux pouvoir dire : nous avons compris. »
Le 15 juillet dernier, la Haute-commissaire à l'enfance a remis au Premier ministre un rapport de 20 décisions prioritaires pour une protection intégrale des enfants. Au micro d'Europe 1, Sarah El Haïry a souhaité insisté sur une mesure : la vérification des antécédents judiciaires.
Ce n'est pas possible que quelqu'un faisant l'objet d'un signalement ou d'une procédure en cours, même sans condamnation définitive, reste au contact des enfants. On ne peut pas attendre des années qu'une condamnation soit prononcée, en se disant que, pendant tout ce temps, il a peut-être continué à agir et fait d'autres victimes. Ça, c'est non.
Elle explique que lorsque les prédateurs sont exclus d'un secteur comme l'Éducation nationale, ils trouvent d'autres portes d'entrée pour être en contact d'enfants : au domicile des parents, dans le monde de la culture ou du sport ou encore dans l'aide sociale à l'enfance.
Ce sont des prédateurs qui changent de territoire. Aujourd'hui, cela fonctionne encore trop en silo car en fonction du secteur, on pouvait encore bouger de l'un à l'autre.
Elle conclue en répétant que « l'urgence aujourd'hui est de protéger nos enfants partout et d'être vraiment à leur côté en ayant une certitude et une croyance forte dans leur parole ».”
- 2026-07-23 “Marina Ferrari : « Nous sommes à un moment charnière du sport professionnel » — À l'occasion de son passage sur Sud Radio, la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, Marina Ferrari, est revenue sur plusieurs dossiers majeurs de l'actualité sportive : réforme du sport professionnel, préparation des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de 2030 ou encore place des athlètes russes dans les compétitions internationales.
Réforme du sport professionnel : « Cela vise aussi à permettre aux autres sports professionnels français à mieux se structurer »
Adoptée cette semaine par le Parlement, la réforme du sport professionnel marque une étape importante pour l'avenir des compétitions françaises. Marina Ferrari a tenu à rappeler qu'elle « ne concerne pas que le football », mais « tout le sport professionnel en France ».
On est à un moment charnière aujourd'hui du sport professionnel.
Premier objectif : mieux protéger l'économie du sport face au piratage, qui prive les clubs de ressources essentielles. La ministre a détaillé l'une des principales avancées du texte : la possibilité de bloquer en direct les retransmissions illégales. Jusqu'à présent, les décisions de justice intervenaient trop tard pour être efficaces. Désormais, « dès qu'on aura identifié les adresses IP, on pourra couper en live », une mesure déjà appliquée avec succès en Italie.
La réforme vise également à simplifier l'accès aux compétitions en permettant la commercialisation des droits audiovisuels « en un seul lot ». Une évolution qui doit permettre aux supporters de ne souscrire qu'à un seul abonnement, tout en réduisant le recours aux offres illégales.
C'est très attendu je pense par tous les amoureux du foot notamment : ils pourront voir, avec plus de confort et surtout avec moins de besoin, tous les matchs.
Au-delà des droits médias, le texte modernise aussi la gouvernance du football professionnel en ouvrant la possibilité de transformer la Ligue en société commerciale, associant fédération et clubs. Pour Marina Ferrari, il ne s'agit pas d'une remise en cause des équilibres existants :
Il ne faut pas avoir une prise de pouvoir, c'est plutôt une responsabilisation de tous les acteurs.
La ministre a également insisté sur un enjeu souvent moins visible : le développement du sport féminin. Elle a regretté que certaines équipes professionnelles disparaissent faute d'autonomie économique, estimant que cette réforme doit permettre « aux autres sports professionnels français de mieux se structurer » et de renforcer durablement la pratique féminine.
JO d'hiver 2030 : « Nous faisons les choses de la manière la plus responsable possible »
Interrogée sur le transfert des épreuves de glace de Nice vers la métropole lyonnaise pour les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de 2030, Marina Ferrari a assumé un choix qu'elle présente comme guidé par la responsabilité budgétaire et les recommandations des instances sportives.
J'ai déploré la position du maire de Nice.
La ministre a rappelé que le refus du maire de Nice de mettre à disposition l'Allianz Riviera avait conduit l'État à étudier « toutes les solutions alternatives », mais que celles-ci représentaient un surcoût d'« environ 100 millions d'euros » par rapport au projet initial.
Les retours d'expérience des Jeux de Milano-Cortina et les recommandations du Comité international olympique ont également pesé dans la décision. Regrouper les sports de glace sur un même site permet d'améliorer l'expérience des athlètes, de faciliter les déplacements et d'optimiser l'organisation.
À regret, nous avons été conduits à déplacer le pôle de glace.
Face aux critiques de certains élus, Marina Ferrari dénonce avant tout « de la posture » et « un peu (...) le règlement de compte politique ». Elle assure n'avoir « aucun sujet aujourd'hui à [se] présenter devant une commission d'enquête parlementaire » et revendique des décisions prises « de la manière la plus responsable possible ».
Athlètes russes : « Une politique des petits pas, que je juge néfaste »
Enfin, la ministre est revenue sur la décision du Comité international olympique de réintégrer le Comité national olympique russe. Une évolution qui suscite de fortes réserves de la France et de plusieurs partenaires européens.
Je le regrette, et nous le dénonçons au niveau européen.
Marina Ferrari a rappelé que la position française demeure inchangée : « Nous sommes contre le retour sous hymne et bannière des athlètes russes et biélorusses », tant que la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine se poursuit.
La ministre distingue toutefois clairement les athlètes des États qu'ils représentent. Selon elle, « la participation des athlètes russes et biélorusses ne nous pose pas de problème, mais dès lors qu'elle reste sous bannière neutre », afin de préserver la séparation entre le sport et les instrumentalisations politiques.
Estimant que les récentes décisions du CIO traduisent « une politique des petits pas, que je juge néfaste », Marina Ferrari a assuré que la France resterait pleinement mobilisée, aux côtés de plusieurs États européens, pour défendre les valeurs olympiques et empêcher toute instrumentalisation du sport à des fins politiques.”
- 2026-07-23 “« La France qui nourrit l'autre France : une fierté à reconquérir » par Louise Daniel, Jeune Démocrate — Louise Daniel, Jeune Démocrate, appelle à réconcilier la France des métropoles et celle qui nourrit le pays. Dans ce billet d'humeur, elle défend une agriculture et une industrie françaises engagées dans la transition écologique, tout en faisant de la souveraineté alimentaire un enjeu majeur pour l'avenir.
Alors que le Parlement vient d'adopter un énième texte législatif sur l'agriculture - le quatrième en quelques années - force est de constater que les lois se succèdent mais que la fracture, elle, demeure. Car, la fracture territoriale qui ne cesse de s'empirer entre Paris, les métropoles et ces autres territoires communément appelés « province » est la même qui s'installe depuis des années entre notre société, nos industries et nos agricultures. Parce qu'il ne faut pas oublier que les agriculteurs et les transformateurs sont les deux faces de la même médaille appelée « la chaîne de valeur ». Les consommateurs oublient bien trop souvent que, de la fourche à la fourchette, le maillon industriel est indispensable, pour consommer chaque année des milliers de produits qui sont trois fois par jour dans notre assiette.
Seulement, n'ayant connu que l'abondance et le choix dans les produits proposés, le consommateur veut de la qualité, des produits biologiques avec des circuits courts, qui sont français et qui rémunèrent les agriculteurs, tout en voulant acheter toujours le moins cher possible, et en n'ayant ni élevage ni industrie à côté de chez soi pour préserver une quiétude et une qualité de vie acquise. Ce paradoxe, loin d'être anodin, est précisément celui que nos agriculteurs et nos industriels affrontent chaque jour - pris en étau entre des exigences croissantes et des moyens insuffisants.
C'est pourquoi il convient de rappeler que nos agriculteurs et nos industries s'engagent - et sont déjà engagés depuis des années - pour la transition écologique. Du côté agricole, les nouvelles technologies (drones, GPS, intelligence artificielle) révolutionnent l'irrigation ou l'utilisation d'intrants. Du côté industriel, c'est toute la chaîne de production qui se réinvente : optimisation énergétique des usines, réduction des emballages, décarbonation des procédés de fabrication et économie circulaire. Loin des caricatures, le monde agricole et industriel français est en mouvement. Il mérite d'être soutenu, pas accusé.
Alors, oui, nous voudrions tous que ces transitions se fassent plus rapidement, qu'elles aillent plus loin. Mais ne perdons pas de vue que dans le monde globalisé qu'est le nôtre, nombreux sont les exemples de concurrence déloyale qui mettent des coups dans la nuque de nos productions agricoles et industrielles. Ayons le courage de porter nos réformes nationales au niveau européen, pour que notre vision écologique, aussi ambitieuse soit-elle, ne pénalise pas les plus vertueux, et les Français en font partie.
Car c'est bien là que se joue l'essentiel : exiger la réciprocité des normes de production à l'échelle européenne. Il ne peut y avoir d'ambition écologique crédible si les produits importés continuent d'échapper aux standards que nous imposons à nos propres agriculteurs et industriels. Exiger cette réciprocité au sein du marché européen doit devenir une priorité politique de premier ordre.
Ne nous trompons pas de combat : arrêtons d'opposer écologie et agriculture. Continuons d'être exigeants dans l'alimentation que nous voulons, mais achetons et mangeons français. À l'heure où les candidats à l'élection présidentielle commencent la présentation de leurs programmes, la souveraineté alimentaire doit être au cœur des débats. Ce n'est pas qu'une question agricole : les crises récentes, sanitaires comme géopolitiques, nous ont rappelé ce que coûte la dépendance alimentaire. Donnons-nous les moyens de continuer les transitions engagées, sans nuire à notre compétitivité. Et peut-être qu'en regardant enfin nos agriculteurs et nos transformateurs avec la fierté qu'ils méritent, nous commencerons aussi à réconcilier ces deux France que tout semble opposer : celle des métropoles et celle des territoires qui nourrissent tout un pays. Car les fractures qui traversent notre agriculture sont les mêmes qui traversent notre société : territoriales, sociales, culturelles. Le candidat qui saura porter ce sujet avec sincérité et ambition ne parlera pas qu'aux agriculteurs, il parlera à la France entière.
Louise Daniel, Jeune Démocrate”
- 2026-07-22 “Disparition de Didier Cazabonne, un élu engagé au service de son territoire girondin — Ancien premier adjoint au maire de Bordeaux, vice-président de la Communauté urbaine de Bordeaux et conseiller régional d'Aquitaine, Didier Cazabonne a marqué pendant plusieurs décennies la vie politique locale.
Le Mouvement Démocrate adresse ses plus sincères condoléances à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin. Nos pensées vont tout particulièrement à son frère Alain Cazabonne, sénateur démocrate de la Gironde, ainsi qu'à l'ensemble de ses proches dans cette épreuve.
Frère jumeau d'Alain Cazabonne, ancien maire de Talence puis sénateur démocrate de la Gironde, Didier s'est d'abord illustré dans le monde de l'entreprise. Ensemble, les deux frères ont créé en 1970 une société spécialisée dans l'imprimerie puis dans les solutions de bureautique et d'informatique, participant au dynamisme économique de l'agglomération bordelaise.
Si Alain et Didier n'ont pas toujours appartenu au même parti, ils partageaient bien la même sensibilité centriste. Leur amitié de longue date avec François Bayrou était profonde. Engagé au centre droit, Didier Cazabonne rejoint dès 2001 l'équipe municipale d'Alain Juppé à Bordeaux, où il exerce les fonctions d'adjoint au maire à partir de 2008. Il devient premier adjoint au maire de Bordeaux et est reconduit dans ses fonctions après les élections municipales de 2014. Il contribue aux politiques municipales qui accompagnent la transformation profonde de la ville, en particulier au cours des années 1990 et 2000, période de grands projets urbains et de modernisation de la métropole.
Au sein de l'exécutif municipal, Didier Cazabonne se voit notamment confier les relations internationales, la francophonie et plusieurs dossiers de coopération décentralisée. Il représente Bordeaux auprès de nombreuses collectivités partenaires et contribue au développement des échanges avec plusieurs villes d'Europe, d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord. Il siège également au sein de l'Association internationale des maires francophones (AIMF) et devient, en 2014, administrateur du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) au titre de l'Association des maires de France.
Vice-président de la Communauté urbaine de Bordeaux et conseiller régional d'Aquitaine, Didier Cazabonne a également œuvré au-delà des frontières municipales, au service du développement et du rayonnement de son territoire.
Pendant près de douze années comme adjoint au maire, Didier Cazabonne a accompagné le rayonnement international de Bordeaux. Personnalité solaire et chaleureuse, il nous manquera beaucoup.”
- 2026-07-22 “Bruno Fuchs : « Poutine cherche à élargir le conflit et à déstabiliser l'Europe qui se réarme » — Bruno Fuchs, député du Haut-Rhin et président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, était le grand invité international de RFI ce mercredi 22 juillet.
Ukraine : « La grande priorité est la guerre avec la Russie »
Alors que l'Ukraine traverse une séquence politique marquée par des tensions au sommet de l'État, Bruno Fuchs a relativisé la portée de cette crise, rappelant que les situations de guerre mettent à rude épreuve les équilibres démocratiques.
Avec la pression de la rue, on voit bien qu'il y a des épisodes politiques qui font évoluer la vie de la gouvernance des pays.
Il a aussi souligné que « les situations de guerre sont extrêmement éprouvantes pour une démocratie et pour une gouvernance ».
Pour le président de la commission des affaires étrangères, cette période de tensions doit avant tout être comprise comme le reflet de divergences stratégiques au sein du pouvoir ukrainien.
Cette crise, entre guillemets, est une crise passagère, qui est une crise structurelle, humaine bien sûr, médiatique maintenant, mais structurelle sur la vision que, soit le chef d'état-major ou l'ancien, portait, et qui est une vision assez différente de la stratégie de l'ancien ministre.
Alors que l'Ukraine bénéficie d'un soutien renforcé de ses partenaires occidentaux, Bruno Fuchs a insisté sur le fait que l'objectif principal demeure la résistance face à l'agression russe :
La grande priorité et l'ensemble des énergies ukrainiennes sont focalisées sur la guerre avec la Russie et la capacité à la gagner ou en tout cas entraver l'avancée des Russes.
La menace russe dépasse cependant largement le seul territoire ukrainien. À l'occasion d'un déplacement à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie avec ses homologues allemand et polonais dans le cadre d'une mission diplomatique, Bruno Fuchs a alerté sur les stratégies de déstabilisation menées par Moscou et ses alliés.
Minsk est une menace pour la démocratie d'abord, parce qu'on voit que le régime est extrêmement autoritaire. Et donc c'est une menace pour la Pologne, mais une menace pour la Pologne, c'est une menace pour l'Europe.
Face à ces tentatives de fragilisation, Bruno Fuchs a rappelé l'importance d'une Europe plus forte et mieux organisée sur les questions de défense. Il salue la dynamique engagée pour renforcer l'autonomie stratégique européenne et affirme :
La grande priorité est la capacité de l'Europe à augmenter sa défense mais aussi la gouvernance, car il faut piloter cette défense le plus rapidement possible.
S'il estime que la Russie cherche à élargir son influence et à multiplier les pressions, il ne considère pas pour autant qu'une guerre directe contre l'Europe soit imminente. « Je pense que c'est quand même assez présomptueux, alors même que Poutine a du mal à avancer dans le Donbass », a-t-il expliqué, tout en appelant à rester vigilant face aux « signes politiques » envoyés par Moscou.
Moyen-Orient : « Défendre la paix et résoudre les conflits sur le plan politique »
Interrogé également sur la reprise des tensions au Moyen-Orient, Bruno Fuchs a rappelé la ligne portée par la France : privilégier la voie diplomatique et la recherche d'une issue politique aux conflits.
Je pense qu'on a une position en France qui est très claire, qui est celle de la paix, et donc de défendre la paix et donc de défendre les conflits et de les résoudre sur le plan politique.
Selon lui, l'évolution de la situation dépendra notamment du rapport de force entre les tensions militaires et les fragilités économiques. « On voit bien qu'il y a une course entre la capacité des mollahs à résister et l'évolution de l'économie », a-t-il analysé, évoquant une confrontation entre « économie contre guerre ».
Pour le député du Haut-Rhin, la sortie de crise passera nécessairement par la reprise du dialogue :
Ce rapport de force doit amener à un moment les belligérants à continuer à discuter, à régler le problème sur des bases politiques. Je pense que c'est la clé de sortie.”
- 2026-07-21 “Sabine Gervais : « Quel soutien pour les femmes et les hommes qui font vivre notre économie ? » — Lors des questions au gouvernement de ce mardi 21 juillet, notre députée de Charente-Maritime a interrogé le ministre de l'Économie sur la fermeture de certains sites industriels et les perspectives économiques à la rentrée.
Merci Madame la Présidente. Mes chers collègues, ma question s'adresse à Monsieur le ministre de l'Économie.
Il y a quelques semaines, le groupe Legrand, acteur industriel, historique et mondial, spécialisé dans les infrastructures électriques et numériques des bâtiments, a annoncé, selon ses propres mots, « une simplification de son modèle industriel afin de renforcer la compétitivité du fabriqué en France ». Entendons par-là de renforcer la fermeture de plusieurs de ses sites de production qui entraînera la suppression de près de 200 emplois en CDI ? Parmi eux, celui de Lagord dans ma circonscription. J'ai rencontré leurs représentants il y a quelques jours et je peux vous assurer qu'ils sont inquiets. Inquiets pour leur emploi, mais également inquiets pour tous les emplois directs menacés par ricochet. Inquiets aussi pour des structures telles que les ESAT, dont les travailleurs en situation de handicap interviennent sur site depuis des années.
Mes chers collègues, au moment où je vous parle, des salariés de ces sites sont au siège de Legrand à Limoges pour y manifester leur indignation et leur colère. Leur employeur, le groupe Legrand, coté au CAC 40, a vu en 2025 ses ventes augmenter, a vu son chiffre d'affaires augmenter, a vu son bénéfice net augmenter et a même vu les dividendes versés à ses actionnaires augmenter. Alors que le marché du bâtiment recule, cette entreprise qui continue à gagner de l'argent a l'intention de mettre à la porte une partie de ses salariés. Comment le comprendre quand on est l'un d'eux ? Comment le comprendre quand on est élu de ses territoires ?
Monsieur le ministre, beaucoup a été fait de ces dernières années pour soutenir l'activité économique à travers nos territoires. Mais nous observons une conjoncture économique plus difficile pour l'industrie comme pour de nombreux autres secteurs dont l'agriculture. Alors monsieur le ministre, ma question est simple : comment comptez-vous continuer à poursuivre ces efforts ? Quel soutien pouvez-vous apporter aux femmes et aux hommes qui font vivre notre économie et notre industrie à travers nos territoires ?”
- 2026-07-21 “Retour sur l'incendie de la forêt de Fontainebleau par Laurent Roussel — Face aux incendies qui ont touché la forêt de Fontainebleau, Laurent Roussel, conseiller municipal de Fontainebleau chargé de la préservation du patrimoine historique et des Affaires équestres, vice-président de la Communauté d'agglomération du Pays de Fontainebleau chargé de l'Attractivité, du Tourisme, de la Promotion du territoire et des Affaires équestres, nous a expliqué son rôle, les conséquences et les solutions à retenir face à ces feux.
Municipalité et communauté d'agglomération : « Mon rôle est double dans l'incendie. »
L'incendie de la forêt de Fontainebleau a ravagé en quelques jours 2 200 hectares, soit près de 10% de sa surface totale. Aujourd'hui, l'incendie est contrôlé sur les deux zones touchées, mais avec des possibilités de reprises de feu en fonction du vent. Pour rappel, le premier incendie s'est déclaré dans les communes alentours dans ce qu'on appelle « les Trois Pignons ».
Laurent Roussel a eu un double rôle dans cette crise. En charge notamment des Affaires équestres, il s'est occupé de la gestion des chevaux, en les évacuant et en les mettant en sécurité :
On a eu 150 chevaux à évacuer en deux heures. Et on les a transférés au Grand Parquet, qui est un très beau stade équestre, avec des compétitions internationales, qui est juste à côté de Fontainebleau, en pensant qu'ils seraient en sécurité.
Le lendemain, un deuxième feu s'est déclaré à côté du stade équestre : « nous avons été obligés de les redéplacer. »
À propos du tourisme, Laurent Roussel a rappelé l'impact de l'incendie sur les 26 communes de la Communauté d'agglomération du Pays de Fontainebleau. Il souligne :
On est en pleine saison touristique, donc l'ensemble des gîtes, des hébergements, toute la région s'est vidée de ses touristes en quelques heures. Les gens sont tous partis. Autant les habitants sont restés, autant les touristes sont partis tout de suite. Donc ce qui, évidemment, provoque une crise.
Pour la Communauté d'agglomération du Pays de Fontainebleau, c'est donc une crise économique précise son vice-président : pour les propriétaires, les restaurateurs, les magasins ou encore pour les activités sportives et de loisirs. Il a indiqué qu'elle avait déjà été observée avec les différents épisodes de canicule, mais elle s'est accentuée avec l'incendie. Il a annoncé vouloir agir au plus vite pour que l'attractivité économique reprenne :
On travaille avec les pouvoirs publics pour essayer de rouvrir la forêt. On travaille aussi avec tous les professionnels pour essayer de trouver des solutions pour passer cette période difficile. C'est surtout notre objectif maintenant que le feu est éteint.
Reconstruire : « Je n'ai pas une vision pessimiste. »
Face à la situation, Laurent Roussel a souhaité exprimer sa vision objective :
C'est 10 % d'une forêt qui est en cours de classement à l'UNESCO quand même, ce qui est une réserve de biodiversité. C'est quand même un désastre sur le plan écologique mais c'est pas la seule forêt qui brûle non plus. Donc je suis optimiste !
Un appel aux dons a d'ailleurs été lancé par la Fondation du Patrimoine pour aider à reconstruire la forêt en suivant différentes phases. Laurent Roussel nous explique qu'il y a d'abord la phase de sécurisation puisque beaucoup d'arbres sont dangereux et fragilisés. Dans un second temps :
Il va falloir encourager la nature à repartir, observer ce qui se passe sur la faune, la flore, etc. Et après seulement, il faudra intervenir sur ce qu'il faut replanter, c'est-à-dire replanter les bonnes semences pour qu'elles soient plus résiliantes.
Cet appel aux dons pourra également permettre de redresser les 20 % de la forêt qui était en train de souffrir à cause du réchauffement climatique.
Il faut espérer qu'on y ait des moyens de le faire ! Plus il y aura d'argent, plus ça aide les scientifiques, et à l'ONF notamment, pour planter les essences qui permettront de recréer une forêt.
Pour la suite, Laurent Roussel a une nouvelle fois rappelé que tous les moyens allaient être mis en œuvre pour que la forêt puisse rouvrir et favoriser l'attractivité touristique du territoire au mois d'août.
Ce n'est pas dangereux, on peut venir à Fontainebleau.
Notre conseiller municipal rappelle aussi que la ville n'est pas menacée. Pour lui, l'objectif est aussi de mettre en valeur les autres points forts de Fontainebleau comme le château ou encore les villages alentours : « il n'y a pas que la forêt. » Il précise aussi que même si la clientèle est composée de beaucoup de grimpeur, tous les sites de grimpe n'ont pas été touchés :
On espère qu'en août, la forêt va rouvrir. La plupart des spots d'escalade ne sont pas touchés, même si une partie de la forêt des Trois Pignons était très connue pour l'escalade. Là, elle n'est pas utilisable pour quelques années.
Lutter contre les feux de forêt : « Ce qui a déjà été commencé, il va falloir poursuivre et l'accentuer. »
Face aux incendies de forêts, l'objectif est donc de prévenir au maximum pour éviter que cela se reproduise. À propos des dispositifs mis en place avant l'incendie, il précise :
Il y a déjà eu beaucoup d'aménagements, mais là, en tant qu'élu, on a eu beaucoup de délibérations dans ce domaine-là, puisqu'il y a par exemple des cuves d'eau qui sont installées dans la forêt. L'objectif était de permettre des chemins d'accès pour les pompiers.
Contrairement à d'autres forêts, celle de Fontainebleau est aménagée pour prévenir des incendies. Laurent Roussel précise aussi que des entraînements de canadairs sont effectués régulièrement.
On avait anticipé l'incendie. D'une part, les canadairs peuvent se recharger dans la Seine et les hélicoptères dans le canal du château. C'est un point positif qu'on ne manque pas d'eau.
Il précise que si tout ça n'avait pas été fait, ce n'est pas 10 % de la forêt qui aurait brûlé, mais bien plus. Il ajoute :
Par exemple, au Canada ou en Californie, les feux sont incontrôlables pendant des semaines, et ça brûle des habitations. Là, c'est parce qu'il y avait tout ça que ça nous a permis de contrôler quand même mieux la forêt.
Notre conseiller municipal a affirmé sa volonté de poursuivre et d'accentuer le travail déjà engagé par la ville et l'agglomération dans la lutte contre les feux de forêt, notamment aussi sur l'aspect pédagogique :
On a déjà des forces de pompiers qui sont intervenues rapidement, mais il va falloir effectivement être dans la surveillance et aussi dans la pédagogie des gens qui se promènent. On a une action de pédagogie, mais je pense que les gens seront peut-être encore plus réceptifs après aussi.
Pour notre élu démocrate, de nombreux enseignements sont à tirer de cet épisode :
Il y a les côtés positifs, les pompiers, les forces de l'ordre ont été exceptionnels, il faut bien le dire. C'est un des moyens conséquent. On critique les interventions de l'État. Il n'empêche que là, on a vu que ça allait quand même bien. Le bilan est positif, il y a une belle solidarité entre les gens.
La nature va être reconstruite et l'attractivité touristique va reprendre son cours, et Laurent Roussel soutient qu'il a « bon espoir pour la suite. »”
- 2026-07-20 “Marina Ferrari : « Didier Deschamps est et restera un grand monsieur du football français » — Au micro de RTL Matin ce lundi 20 juillet, Marina Ferrari est revenue sur la Coupe du monde de football, a rendu hommage à Didier Deschamps et a rappelé les priorités du Gouvernement en matière de prévention des noyades, alors que les épisodes de fortes chaleurs se multiplient.
Coupe du monde : « Nous avons été tous très soudés derrière nos Bleus »
Au lendemain de la finale remportée par l'Espagne, Marina Ferrari a d'abord salué le parcours du nouveau champion du monde, estimant que la Roja « mérite sa victoire puisqu'ils n'ont pas encaissé un seul but pendant cette Coupe du Monde ». Mais la ministre a surtout retenu l'élan populaire suscité par l'équipe de France.
Je félicite la Roja d'ailleurs puisque c'était attendu depuis 16 ans, donc leur deuxième étoile maintenant sur le maillot.
« J'ai quand même aimé cette Coupe du Monde », a-t-elle confié, soulignant que les Bleus « ont réussi à soulever l'enthousiasme de nos supporters ». Malgré la défaite en finale, « nous avons été tous très soudés derrière nos Bleus », a-t-elle rappelé, évoquant « la magie du foot » qui a permis de maintenir un fort engouement tout au long de la compétition.
Interrogée sur les conditions climatiques ayant conduit à la mise en place de pauses fraîcheur, Marina Ferrari a insisté sur la nécessité d'adapter le sport aux effets du changement climatique. « Dans les années à venir, il va falloir aussi adapter les compétitions », a-t-elle affirmé, tout en se disant « plutôt opposée » à l'utilisation de ces interruptions pour diffuser de la publicité.
La ministre a également tenu à rendre un hommage appuyé à Didier Deschamps, qui quitte ses fonctions après quatorze années à la tête de l'équipe de France. Elle a salué « un grand monsieur du football français », rappelant son parcours exceptionnel de champion du monde comme joueur puis sélectionneur. « C'est vraiment un remerciement du fond du cœur », a-t-elle déclaré, estimant qu'il « aura apporté beaucoup au collectif bleu » et soulignant « beaucoup d'affection et de respect entre le sélectionneur et ses joueurs ».
Infiniment merci. Je pense que Didier Deschamps est et restera un grand monsieur du football français.
Au-delà de l'actualité sportive, Marina Ferrari est revenue sur la proposition de loi relative au sport professionnel, qui prévoit notamment un mécanisme de plafonnement des rémunérations des sélectionneurs nationaux au-delà d'un certain seuil. La ministre a réaffirmé son opposition à cette disposition, rappelant qu'il s'agit d'« un texte d'initiative parlementaire » et non gouvernementale. À ses yeux, « ce n'est pas à l'État d'intervenir dans la rémunération d'une structure privée », les fédérations disposant de ressources propres et relevant du droit privé. Elle a également insisté sur un principe essentiel : « Il ne faut jamais casser le lien entre le très haut niveau et ce qui se passe vraiment au bord des terrains dans nos campagnes », soulignant que le développement du sport amateur et du sport de haut niveau est intimement lié.
Noyades : « Prévention, prévention et prévention »
Alors que les épisodes de canicule favorisent la fréquentation des lieux de baignade, Marina Ferrari a lancé un appel à la vigilance face à la recrudescence des noyades.
« C'est prévention, prévention et prévention », a martelé la ministre. Elle a rappelé le travail mené tout au long de l'année par le ministère sur le savoir-nager, le développement des piscines et la formation des maîtres-nageurs sauveteurs, tout en insistant sur la responsabilité de chacun.
Mais on voit qu'il y a des comportements à risque. Plus de 60, presque 75% aujourd'hui des décès sont hors bassin surveillé.
La très grande majorité des décès intervient en dehors des zones surveillées, a-t-elle rappelé, qu'il s'agisse de piscines privées ou de baignades dans des canaux, lacs, rivières ou portions de littoral non surveillées. Face à ce constat, Marina Ferrari a appelé à respecter les consignes de sécurité, à éviter l'alcool avant la baignade, à ne pas surestimer ses capacités, à entrer progressivement dans l'eau pour prévenir les risques d'hydrocution et, surtout, à ne jamais laisser un enfant sans surveillance. Ces gestes simples constituent, selon elle, le meilleur moyen de prévenir des drames largement évitables.”
- 2026-07-16 “François Bayrou : « La voix de la France sera entendue à la mesure du redressement du pays » — Invité de la matinale internationale de RFI ce jeudi 16 juillet, François Bayrou a répondu aux questions d'Arnaud Pontus.
Présentation : Notre invité pour répondre à nos questions, l'ancien Premier ministre français, président du Mouvement Démocrate, François Bayrou, auteur du livre Alerte sur la France qui vient publié aux éditions de l'Observatoire.
Bonjour François Bayrou.
François Bayrou : Bonjour.
Question : Merci d'être sur RFI ce matin. Vous êtes donc de retour après un silence de neuf mois avec ce livre « Alerte sur la France qui vient ». Vous alertez sur la gravité de la situation dans un pays au bord de la catastrophe, un pays en danger à cause de sa dette. Mais pourquoi le dire et l'écrire aujourd'hui ?
François Bayrou : Pour une raison simple, c'est qu'il n'y aura de sauvegarde que dans la prise de conscience des Français eux-mêmes. Je dis toujours, on croit que les gouvernants gouvernent. Mais en fait, ce n'est pas vrai. Ceux qui gouvernent vraiment, ce sont les citoyens, c'est-à-dire par l'intermédiaire des enquêtes d'opinion, des sondages, que les gouvernants scrutent au jour le jour, souvent trop à mon avis, mais cette attente de la société, cette attente de l'opinion publique et cette attente de l'opinion civique, c'est en réalité là que tout se joue.
Question : Cela crée les priorités des gouvernants ou de ceux qui aspirent à gouverner, c'est cela ? François Bayrou : C'est exactement ça.
Question : C'est ce que vous nous dites. Donc il est utile de dire aujourd'hui, attention, la falaise est là.
François Bayrou : Oui, alors, pendant très longtemps, on pouvait dire attention. Aujourd'hui, c'est plus que cela. C'est pourquoi le mot « alerte » a tout son sens. Parce que la crise qui vient, que d'autres pays que nous ont connus, puisque vos auditeurs l'ont observée dans bien des pays. Ils l'ont observée bien sûr en Grèce. Ils l'ont traversée en Italie, ils l'ont traversée en Espagne, ils l'ont traversée au Portugal, ils l'ont traversée en Suède, ils l'ont traversée au Canada. Tous ces pays ont connu la même crise.
Question : Vous nous dites que la France en est là, François Bayrou ?
François Bayrou : La France en est à cette situation que des ménages si nombreux traversent, à savoir une situation de surendettement. C'est-à-dire, vous êtes tellement submergé par la dette qui vous a aidé pendant des décennies à vos dépenses quotidiennes, vous êtes tellement submergé que vous n'arrivez plus à rembourser. Et pour rembourser, il faut réemprunter. Et vous connaissez ce mécanisme, qui est un mécanisme terrible, parce que c'est un étranglement. Alors il suffit de donner les chiffres. Un pays comme le nôtre n'a jamais remboursé un euro de dette depuis 50 ans. Depuis 50 ans que tous les budgets votés par le Parlement sont en déficit, jamais la France n'a remboursé ce qu'elle devait. Non, elle n'a jamais remboursé un euro de cette dette. Et donc le montant de la dette n'a cessé de croître. Mais aujourd'hui, la question principale et angoissante, c'est celle des intérêts de la dette. Parce que vous ne pouvez pas rembourser le capital, mais les intérêts, vous êtes bien obligé de les payer à vos créanciers. Et nos créanciers pour les deux tiers sont étrangers. En tout cas, plus de la moitié sont étrangers. Ce qui veut dire que le montant des intérêts qui monte comme une marée inexorable, le montant de ces intérêts-là, il était à 30 milliards il y a quelques années. Cette année, il sera, écoutez bien, de 80 milliards. L'année prochaine à plus de 90 et en 2030 à 120. Or, pour savoir ce que c'est cette somme représente, c'est très simple, il suffit d'additionner l'impôt sur le revenu que vous payez, que chacun d'entre nous paie, que vos voisins, cousins, amis paient, la totalité de l'impôt sur le revenu payé par la totalité des Français, cela fait 90 milliards. Cela veut dire que l'année prochaine, la totalité de l'impôt sur le revenu payé par la totalité des Français ne suffira pas à couvrir les intérêts de la dette.
Question : Et qu'est-ce que ça veut dire ?
François Bayrou : Cela veut dire que toute notre capacité de création, d'investissement, tout cela est pompé pour aller alimenter les comptes de nos créanciers. Et ceci est naturellement inexorable.
Question : Et c'est le rendez-vous que notre pays a avec sa propre désinvolture, légèreté ?
François Bayrou : Oui.
Question : François Bayrou, on pourrait vous dire que vous avez été l'allié, puis le Premier ministre, d'un président de la République qui a alourdi cette dette de 1200 milliards d'euros durant ces 10 années au pouvoir. Est-ce que cela rend votre message vraiment audible ?
François Bayrou : Ah mais, arrêtez-vous un quart de seconde. Comme Premier ministre, je suis allé devant l'Assemblée nationale pour mettre en jeu l'avis du gouvernement en disant « c'est tellement grave » que c'est aujourd'hui qu'il faut prendre la décision de réorienter notre politique. On en aura pour des années, mais au moins, il faut remettre le pays sur les rails. Qui l'a fait d'autre ?
Question : Et vous êtes tombé sur cette question ?
François Bayrou : Oui, je suis tombé, parce que les oppositions ont décidé qu'elles refusaient de voir. Et est-ce que vous croyez que j'aurais fait cela sans l'accord du président de la République ?
Question :
Mais votre successeur ne l'a pas fait.
François Bayrou : Eh bien oui, c'est vrai qu'il y a des orientations différentes. La mienne, assumée, c'est de dire la vérité aux citoyens. Et c'est vrai que je n'aurais jamais accepté de signer le renoncement à la réforme des retraites.
Question : François Bayrou, tous les sondages nous disent aujourd'hui que c'est le Rassemblement National qui est aux portes du pouvoir ou à peu près. Le RN assure pouvoir réduire les déficits, il vous a entendu, faire des dizaines de milliards d'économies, il vous a entendu, mais en réduisant les dépenses liées à l'immigration et en réduisant la contribution de la France à l'Union Européenne.
François Bayrou : C'est une blague. Ce sont les promesses fallacieuses que tous les politiques souvent et démagogues à coup sûr avancent devant les Français. La vérité est que sur l'immigration, les études conduites par les mêmes disent qu'on peut économiser 6 milliards d'ici quelques années. Et 6 milliards, c'est à peu près 5 milliards. 3% des économies qu'il va falloir faire. Donc, c'est ridicule.
Question : Donc ce n'est pas à la hauteur des enjeux.
François Bayrou : Je n'aime pas insulter les gens. Mais c'est un mensonge. C'est un mensonge sur l'immigration et sur l'Union européenne. Et sur l'Europe, c'est très simple. Si vous refusez de remplir vos obligations à l'égard de l'Europe, l'Europe ne remplira plus ses obligations à votre égard, notamment en matière agricole. Et il y aura une coupure à l'intérieur de l'Europe. C'est-à-dire que messieurs Trump et Xi Jinping se frotteront les mains en disant, voilà, nous avons obtenu ce que nous voulions, et les Européens se séparent, se divisent. Je ne dis pas qu'il n'y a rien à faire dans les économies au sein de l'Union européenne, je suis sûr du contraire. Mais je sais avec certitude que cela n'est pas la bonne voie. C'est très important, parce que c'est la politique du bouc émissaire. Depuis des années, et notamment les extrêmes vont devant les Français en disant, écoutez : « vous, vous n'aurez pas d'effort à faire ». On va faire faire l'effort par les immigrés, ou par l'Europe, ou par les riches, comme dit l'extrême gauche. La vérité est que c'est la société française tout entière qui doit prendre cette question en main et choisir les voies que lui permettront d'obtenir le redressement.
Question : Il nous reste à peine deux minutes, François Bayrou. Dans votre livre, vous décrivez des gouvernements successifs qui se sont abandonnés à la dette. Des politiques qui refusent de voir la vérité. Un pays qui s'appauvrit, des générations futures qui vont traverser la tempête et l'orage, c'est l'expression que vous employez. Je me mets deux secondes à la place des auditeurs qui nous écoutent à l'étranger. Ils disent : « Bayrou l'a dit, la France est foutue ».
François Bayrou : Non, la France est un pays qui a 1000 ans. Et Dieu sait qu'elle a traversé des tempêtes et notamment des tempêtes sur ce sujet-là. Et donc, c'est simplement le moment où il faut saisir la gravité de ce que nous traversons. Et mobiliser la volonté nationale pour se redresser. C'est à cet instant que se joue le destin du pays.
Question : Mais la question de la place dans le monde est posée par cette question de la dette, notamment.
François Bayrou : Alors la question de la place dans le monde que vous voyez, la France, par l'intermédiaire du président de la République, occupe de manière unique. Il n'y a pas d'autres dirigeants en Europe.
Question : Vous dites qu'il est à la hauteur.
François Bayrou : Oui, et on l'a encore vu cette semaine, au moment où tous les contributeurs de la coalition des volontaires se sont réunis à Paris. Mais la voix de la France, elle sera entendue à la mesure du redressement du pays. Il y a un lien qu'on ne peut pas oublier, qu'on ne peut pas écarter entre eux. La volonté nationale qui redresse le pays est la place de la France dans le monde. Grâce aux gouvernements successifs et grâce à l'intuition du général de Gaulle, on a obtenu pour la France ce statut unique, mais ce statut unique ne sera soutenu que si, à l'intérieur du pays, on mobilise les énergies nécessaires pour obtenir ce redressement qui va obliger tout le monde à participer aux efforts.
Merci François Bayrou d'être venu ce matin. On sait que vous ne serez pas candidat en 2027. Vous reviendrez nous dire pour qui vous votez prochainement. Bonne journée à vous.”
- 2026-07-15 “Marcel Deneux, une vie d'engagement au service du monde agricole et de la démocratie — Le Mouvement Démocrate a appris avec une profonde tristesse la disparition de Marcel Deneux, ancien sénateur démocrate de la Somme, à l'âge de 97 ans.
Grande figure du monde agricole français, artisan de la modernisation de l'agriculture et acteur majeur de la vie publique de son département, Marcel Deneux a consacré toute son existence au service de l'intérêt général. Responsable professionnel de premier plan avant de devenir élu local puis sénateur de la Somme de 1995 à 2014, il a toujours porté une vision exigeante du développement des territoires, fondée sur le dialogue, l'innovation et le sens des responsabilités.
Fidèle de notre président François Bayrou, il avait rejoint le Mouvement Démocrate dès sa création en 2007. Il est resté, jusqu'à ses derniers jours, un militant démocrate engagé, attaché à une vision humaniste de la politique, au compromis et à l'équilibre entre progrès économique, justice sociale et respect de l'environnement. Son parcours témoigne d'une fidélité rare à ses convictions comme à sa famille politique.
Avec Marcel Deneux disparaît une grande figure du monde agricole moderne, mais aussi un démocrate profondément engagé, dont la bienveillance, la sagesse et le sens de l'intérêt général auront marqué celles et ceux qui l'ont côtoyé.
Le Mouvement Démocrate salue la mémoire d'un grand serviteur de la République. Il adresse ses pensées les plus sincères à sa famille, à ses proches ainsi qu'à tous ceux qui ont eu le privilège de cheminer à ses côtés.”
- 2026-07-15 “Marina Ferrari : « Cette équipe de France nous a porté, nous avons tous été derrière elle et nous allons continuer à la porter. » — Invitée des 4V sur France 2, Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, s'est exprimée face à la défaite des Bleus en demi-finale de la Coupe du Monde de football, mais aussi sur Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie, et enfin sur l'augmentation des noyades lors des différents épisodes de canicule.
Coupe du Monde : « J'encourage nos Bleus vraiment du fond du cœur pour qu'ils aillent décrocher cette troisième place »
Marina Ferrari a réagi face à la défaite des Bleus en demi-finale de la Coupe du Monde de football :
Forcément, comme tous les Français aujourd'hui, c'est une déception puisque c'est vrai qu'on attendait nos Bleus en finale avec peut-être une troisième étoile sur le maillot. Pour autant, il faut vite se remobiliser puisqu'il y a une petite finale qui nous attend, je le rappelle.
Notre ministre souligne qu'une compétition n'est malheureusement jamais gagnée d'avance et qu'elle peut aussi réserver de mauvaises surprises : « Ça fait aussi partie du sport. » Elle ajoute :
On peut, sur une compétition, avoir de très bons matchs. Et puis, il y a des matchs où on passe à côté. C'est le sport. Le sport, ça apprend l'humilité, la résilience, la persévérance.
Elle précise que même si « ça n'aura pas suffi effectivement », être supporter, c'est aussi être présent dans les bons comme dans les mauvais moments :
Cette équipe de France, elle nous a quand même portés, nous avons tous été derrière elle et nous allons continuer à la porter. En tout cas, moi, j'encourage nos Bleus vraiment du fond du cœur pour qu'ils aillent décrocher cette troisième place.
Sur la dernière Coupe du Monde de Didier Deschamps, Marina Ferrari souligne :
Didier Deschamps va laisser un héritage incroyable au football français, en tant que joueur comme en tant que sélectionneur. Je crois qu'on peut lui rendre cet hommage, c'est un grand monsieur du football français.
Interrogé sur son successeur, elle rappelle que de nombreux noms circulent pour le remplacer, mais précise :
Il n'appartient pas au ministre des Sports de se positionner sur le choix du sélectionneur. Moi, je ne suis pas là pour définir la composition des équipes ou du staff. Mais il y a d'autres bons profils, également français. Vous savez que c'est aussi une des pattes du football français, que d'avoir de grands entraîneurs.
Elle s'est aussi exprimée sur les déclarations racistes de l'ancien ministre espagnol :
Je pense que je l'ai mal vécu, comme je pense que tous les Français l'ont mal vécu. Ce sont des propos qui sont absolument déplacés.
Sur le cas de Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis plus d'un an, notre ministre a rappelé la mobilisation du milieu sportif en faveur de sa libération :
La Fédération française de football est fortement engagée pour la libération de Christophe Gleizes. Et je tiens à les remercier parce que c'est très important. Le gouvernement est bien évidemment mobilisé sur le sujet.
Baignade : « 55 % des noyades ont lieu dans des lieux qui ne sont ni autorisés ni surveillés »
Notre ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative a annoncé 142 décès recensés depuis le 19 juin à cause de noyades. Elle ajoute :
La situation est préoccupante, puisque nous sommes largement au-dessus de ce que nous avons connu l'année dernière. C'est 20% en plus à peu près. Et surtout, ce qui est inquiétant, c'est que pour plus de 55%, ces noyades ont lieu dans des lieux de baignade qui ne sont ni autorisés ni surveillés.
Face à ces chiffres alarmants et à des victimes souvent jeunes, Marina Ferrari appelle donc à la responsabilité de chacun pour éviter ces accidents. Elle souligne également que des moyens sont toujours mis en place sur le « savoir-nager », puisque 80% des élèves sortent de la sixième savent nager. Elle ajoute que ce chiffre doit continuer de progresser grâce notamment aux piscines :
Nous avons une attention particulière sur les équipements. Plus de 300 équipements, 321 exactement, ont été financés ces dernières années. Mais on sait qu'on a un parc d'équipements qui vieillit beaucoup et sur lequel il va falloir réinvestir.
Dans les milieux ruraux notamment, notre ministre rappelle que les risques de fermeture des piscines sont plus élevés. Elle annonce :
C'est pour cela qu'au sein de l'Agence nationale du sport, j'ai demandé à ce qu'on ait une attention particulière sur les budgets alloués à la construction et à la rénovation de piscines.”
- 2026-07-15 “Didier Padey : « Réduire la production de plastique à la source est l'enjeu essentiel » — Lors des questions au gouvernement de ce mercredi 15 juillet, notre député de Savoie, Didier Padey, a interrogé le ministre délégué chargé de la transition écologique sur le plan plastique et les difficultés que connaissent les collectivités locales.
Merci Madame la Présidente. Ma question s'adresse à Monsieur le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefevre, sur un sujet sur lequel Philippe Bolo, notre collègue, s'est beaucoup engagé, celui de la pollution plastique.
Monsieur le Ministre, vous avez récemment présenté votre plan plastique, destiné à améliorer le tri, le réemploi et le recyclage des déchets plastiques. Il est bien sûr indispensable pour respecter nos engagements européens, mais vous le savez, nous entendons une vive inquiétude au sein des collectivités en première ligne dans la gestion des déchets ainsi que chez de nombreuses associations.
Nous partageons tous une même ambition : réduire rapidement les emballages plastiques à usage unique d'ici 2030. C'est un enjeu environnemental, sanitaire et économique.
Votre plan privilégie la consigne pour recyclage des bouteilles et canettes en plastique, alors même qu'il s'agit déjà des emballages les mieux recyclés, avec un taux de 58,4% en 2024, même si des progrès restent à accomplir pour atteindre l'objectif européen de 90%.
C'est pourquoi de nombreux élus alertent sur les conséquences d'un tel dispositif qui risque de fragiliser un service public construit grâce à des investissements importants des collectivités. Il en déstabiliserait le modèle économique bâti par des acteurs publics, sans doute au bénéfice d'opérateurs privés. Réduire la production de plastique à la source est l'enjeu essentiel et il faut que ce plan le permette et que le gouvernement choisisse la bonne méthode.
Monsieur le ministre, comment comptez-vous renouer le dialogue avec les collectivités afin de construire avec elle une stratégie efficace, conciliant ambition environnementale, maîtrise des finances publiques et préservation des investissements déjà réalisés ? Au-delà de cette mesure, comment poursuivre notre action pour réduire de manière rapide et durable les autres emballages plastiques et favoriser le recyclage ? C'est un levier essentiel pour tenir nos objectifs européens.
Je vous remercie.”
- 2026-07-12 “Première journée de commémoration d'Alfred Dreyfus — Ce dimanche 12 juillet 2026 a lieu la première journée de commémoration d'Alfred Dreyfus, avec l'inauguration de sa statue en face du Palais de Justice sur l'île de la Cité. Sculptée par Tim entre 1985 et 1988, elle avait connu plusieurs emplacements. Le Palais de Justice est le lieu idéal pour ne jamais oublier. L'Affaire, avec une majuscule, résonne jusqu'à aujourd'hui. Le calvaire subi par le capitaine Dreyfus et son long combat pour la réhabilitation de la vérité sont devenus un symbole d'injustice. La place Maurice Barrès sera également renommée place Lucie Dreyfus.
L'affaire Dreyfus est une crise politique, judiciaire et sociale majeure, qui s'est étendue – en ce qui concerne les faits – de 1894 à 1906. Mais ses effets à plus long terme sont considérables. Capitaine de l'armée française, d'origine alsacienne et de confession juive, Alfred Dreyfus est accusé, en 1894, d'avoir transmis des documents militaires secrets à l'Allemagne. Déclaré coupable de haute trahison, le capitaine Dreyfus est dégradé publiquement et envoyé au bagne sur l'île du Diable. Quelques années plus tard, le colonel Picquard découvre que les preuves ont été falsifiées et que le véritable auteur des documents secrets est Esterhazy. Or, une partie de l'état-major choisit sciemment de dissimuler l'erreur judiciaire afin de préserver le prestige de l'armée. Rejugé, Dreyfus est de nouveau reconnu coupable. Il est ensuite gracié mais c'est seulement en 1906 qu'il est officiellement innocenté et réintégré dans l'armée. Le mois dernier, l'Assemblée nationale a voté l'élévation posthume du capitaine Dreyfus au rang de général de brigade. On se souvient aussi que Marc Fesneau, président du groupe Les Démocrates, avait appelé à la plus grande vigilance sur les brevets d'honorabilité que d'aucuns peuvent se donner à bon compte en instrumentalisant le devoir de mémoire.
L'Affaire a profondément divisé la France, instaurant un climat délétère dans toutes les catégories de la société – responsables politiques, militaires, journalistes, intellectuels, religieux, citoyens. On se souvient de ce dessin de presse humoristique de Caran d'Ache de l'époque montrant une famille dînant tranquillement puis, la case suivante, cette même famille s'étripant avec les couverts de table, la légende indiquant « Ils en ont parlé ». Le rôle de l'intellectuel dans la vie politique a acquis son statut avec la lettre ouverte au président de la République, le vibrant « J'accuse » d'Emile Zola.
L'Affaire a eu des conséquences sur les avancées de l'Etat de droit. Ce combat de longue haleine pour la vérité, pour les droits de l'individu, pour l'indépendance de la justice est véritablement emblématique. L'Affaire a également empoisonné la France en distillant un antisémitisme puissant. Inscrire la date du 12 juillet dans le calendrier des journées de commémoration nationale est naturel et nécessaire.”
- 2026-07-10 “Retour sur la visite de Jean-Noël Barrot en Martinique — À l'occasion de son déplacement en Martinique, Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, a participé à une réunion publique consacrée à la coopération régionale et à la lutte contre le narcotrafic aux Antilles-Guyane. Organisé par le mouvement territorial de Martinique, cet événement a réuni plus d'une centaine de participants au Palais des Congrès de Madiana, à Schœlcher.
Le jeudi 2 juillet 2026, dans le cadre de sa participation à une conférence régionale, Jean-Noël Barrot est intervenu devant un public venu nombreux pour échanger sur les enjeux de coopération entre les territoires caribéens et les moyens de renforcer la lutte contre le narcotrafic.
Le mouvement territorial de Martinique, organisateur de cette réunion publique, a eu le plaisir d'accueillir notre ministre et vice-président. Devant une salle attentive, Jean-Noël Barrot a présenté les actions engagées par l'État pour lutter contre le développement des trafics de stupéfiants, qui touchent durement les territoires des Antilles et de la Guyane.
Devenues l'une des principales zones de transit de la drogue, les Antilles-Guyane sont confrontées à l'implantation de réseaux criminels dont les conséquences pèsent lourdement sur la jeunesse, les familles et la sécurité des territoires. Le ministre a réaffirmé la détermination de l'État à mener une lutte résolue contre ce fléau.
Cette rencontre a également été l'occasion de renforcer les liens entre les mouvements ultramarins du MoDem. Celui de Martinique s'est réjoui de la présence de Betty Besry, présidente du mouvement territorial de Guadeloupe, et de Marie-Reine Girault, présidente du mouvement territorial de Guyane. Le lendemain, Patrick Ultet, administrateur du mouvement territorial Martinique, a réuni ses homologues des Antilles-Guyane afin de définir ensemble les priorités du mouvement pour les prochains mois.
Le mouvement territorial de Martinique remercie chaleureusement Jean-Noël Barrot pour sa disponibilité et pour le temps consacré aux échanges avec les militants, sympathisants et élus présents lors de cette rencontre.
Max Orville, référent Outre-mer”
- 2026-07-09 “François Bayrou dans le podcast « Dans les yeux d'Agathe » — Retrouvez François Bayrou dans le podcast d'Agathe Lambret : « Dans les yeux d'Agathe ».
🎧 Pour écouter le podcast 👉 https://open.spotify.com/episode/4kXHLPQQNTdg6WAMzS1D4Z?si=5e691f4f2f574c94
Dans les yeux d'Agathe : Bonjour François Bayrou et bienvenue. Merci beaucoup d'avoir accepté de participer à ce podcast. Vous, l'ancien Premier ministre, ministre, député, maire de Pau pendant 12 ans, vous avez perdu la mairie de cette ville que vous aimez tant aux dernières municipales. Vous revenez aujourd'hui, après un long silence médiatique de dix mois, avec un livre : « Alerte sur la France qui vient » aux éditions de l'Observatoire. Un livre dans lequel vous tirez le signal d'alarme, une fois de plus, sur la dette, dans lequel vous revenez aussi sur votre expérience à Matignon. Peut-être qu'il y a un besoin aussi d'expliquer, de justifier ce que vous avez vécu. Ma première question, c'est comment allez-vous aujourd'hui ? Et est-ce que vous êtes en paix avec les derniers événements ?
François Bayrou : Je vais très bien. Et je suis personnellement absolument engagé dans la période qui va s'ouvrir. Après, en effet, les difficultés de Matignon, on va y revenir. On en reparlera. Une défaite électorale, dans une vie politique sérieuse, il y a toujours des défaites électorales. Mais ce n'est pas cela qui m'inquiète le plus. Ce qui m'inquiète, c'est la terrible crise qui vient et que tout le monde fait semblant de ne pas voir. Les conséquences de cette crise qui sont pour moi le risque d'une guerre des générations. La crise de la dette. Avec les plus jeunes qui diront à ceux qui ont assumé les responsabilités sans rien dire. Mais pourquoi avez-vous eu cette irresponsabilité de nous laisser un monde dans lequel nous les jeunes on va avoir beaucoup de mal à trouver notre place. On va devoir assumer la charge de tout ça et en effet je raconte ce que nous avons fait pendant neuf mois à Matignon avec mon gouvernement, avec des résultats comme il n'y en a pas eu depuis très longtemps, on en parlera.
Question : Oui on va en reparler mais sur la dette votre livre est très pédagogique parce que c'est assez imagé, c'est très concret, on comprend bien les enjeux et ce que l'on perçoit aussi, je ne sais pas si c'est de l'amertume, mais il y a a minima, une grosse colère. Vous avez des mots très durs contre la classe politique, inconséquente selon vous. Vous parlez notamment, il y a une phrase qui m'a marquée, vous parlez du complot des sachants et des puissants contre les faibles aveuglés. Vous parlez aussi de guerre de couloir. C'est moche la politique, à vous lire, c'est cela la réalité ?
François Bayrou : Non, la politique, c'est formidable parce que cela permet de se battre pour quelque chose qui vous dépasse. Et deux, dans le détail de la vie de tous les jours, spécialement dans les périodes les plus tendues, alors ce n'est pas très agréable à vivre et c'est pas très beau. Mais précisément, si on est engagé, comme je le suis, et comme un certain nombre d'autres le sont, c'est précisément pour changer tout cela. Vous avez dit quelque chose qui mérite d'être rappelé à l'égard de ce livre, c'est que jamais aucun livre n'a expliqué pour le grand public comment tout cela était arrivé. Et personne n'a jamais expliqué, jusqu'à maintenant, jusqu'à ce que j'ai essayé de le faire à Matignon. Quelles sont les conséquences directes aujourd'hui ? Un très grand nombre de Français commencent à se dire qu'il y a un problème depuis que j'ai lancé cette campagne d'explication et de mobilisation.
Question : Vous vous voyez comme un lanceur d'alerte qui a un peu ouvert les yeux des Français sur ce sujet ?
François Bayrou : Depuis que j'ai lancé cette campagne d'information, de mobilisation sur le sujet, les Français se disent : « mais oui c'est un problème. Oui, on voit bien que ça ne va pas pouvoir durer, mais c'est pour dans longtemps, dans un jour. Un jour, cela viendra. Un jour, on va devoir rembourser ». Ce n'est pas du tout ça. La dette, ce n'est pas dans longtemps, ce n'est pas un jour, c'est aujourd'hui, l'année prochaine. La totalité de l'impôt sur le revenu des Français, la totalité du prélèvement du trésor public sur le revenu, ne suffira pas à payer les intérêts de la dette de l'année. Tout cet argent dont on aurait le plus grand besoin pour les plus jeunes, pour l'éducation, pour la santé, cet argent, il ne sera pas là. On le verse à nos créanciers. Et nos créanciers, ils sont pour 60% d'entre eux étrangers. Au fond, la part de richesse supplémentaire qu'ils créent chaque année, elle est détournée vers nos créanciers étrangers. Qu'est-ce que c'est la dette ? C'est l'accumulation de nos déficits. Cela fait plus de 50 ans que nous n'avons pas voté un budget en équilibre en France. Depuis ces 50 ans-là, nous n'avons jamais remboursé un euro de la dette. On rembourse les intérêts de la dette. On est obligé maintenant d'assumer, de payer à nos créanciers chaque année les intérêts de la dette. Mais le capital de la dette, le montant de la dette, il ne rétrécit pas. Il continue à augmenter chaque année. Et c'est pourquoi, vous voyez bien à quel point cela ressemble au surendettement dans une famille. C'est pourquoi je suis monté inlassablement à la tribune de l'Assemblée pour dire que nous ne pouvons pas l'ignorer. Nous ne pouvons pas laisser les générations au travail et les générations qui viennent devant cet immense défi que nous avons laissé se constituer.
Question : Et François Bayrou, on comprend que vous considérez aujourd'hui que la classe politique est assez médiocre, au mieux peut-être, en tout cas clairement, pas consciente de ces enjeux. Nous allons y revenir mais d'abord, pour ce podcast, je me suis posé des questions. Je ne vous le cache pas parce que ce n'est pas évident de discuter d'une vie et d'un parcours riche en peu de temps, puisqu'on n'a malheureusement pas une semaine devant nous. Mais je voudrais qu'on aille à l'essentiel. Et l'essentiel, là où tout commence, c'est l'enfance. Et vous dites dans ce livre, je suis né dans l'univers de ceux qui n'ont rien, qui travaillent tous les jours de leur vie sans argent, sans gagner d'argent. Vous avez depuis connu le pouvoir, une vie où l'argent n'est pas un problème. Est-ce qu'il y a toujours une part de vous qui appartiendra à cet univers de ceux qui n'ont rien ?
François Bayrou : Oui, je suis fait comme ça.
Question : Et concrètement, qu'est-ce que ça fait ? Encore aujourd'hui, parfois, vous pouvez avoir l'impression de manquer.
François Bayrou : Oui, en tout cas, je vis comme beaucoup, avec l'idée d'une menace latente qui serait d'être devant ces rendez-vous-là où on ne peut pas faire face. J'ai raconté dans le livre, j'avais été agacé parce que j'avais lu sur des réseaux sociaux où on lit les pires injures, mises en cause, saloperies, vous savez bien protégées par l'anonymat, j'avais lu une jeune femme. Cela m'avait d'autant plus frappé que c'était une jeune femme qui disait « Oui, c'est tellement facile quand on est né avec une cuillère d'argent dans la bouche ou quand on est né chez les riches. » Et cela m'avait agacé parce que notre enfance, l'enfance de ma sœur, la mienne, c'était un univers dans lequel il n'y avait pas un sou. Nous étions paysans sur 10 hectares. Je ne sais pas si vous voyez ce que c'est une propriété de 10 hectares. Toute la famille vivait là-dessus. Et la propriété et la maison étaient dans l'indivision familiale depuis deux générations. Et je vois très bien pour ma mère le fait de n'être pas chez elle, le fait que la maison ne leur appartenait pas. Et le fait que les champs ne leur appartenaient pas.
Question : Quoi, c'était un sentiment d'insécurité ?
François Bayrou : Pour elle, c'était, j'ai compris après coup, c'était sans doute une explication des disputes qu'il y avait avec mon père, comme cela arrive souvent. Mais là, c'était récurrent parce que je pense que pour elle, c'était impossible à supporter. Si je peux vous faire une confidence, j'ai la gorge un peu serrée en parlant de ça. Ma mère, elle a eu une vie incroyable. D'abord, elle s'est mariée tard, et mon père encore plus tard. Ma mère, quand elle s'est mariée, elle avait 32 ans. A l'époque, on était vieille fille à 25 ans, vous savez cela. Et tout le monde lui dit, il faut te marier. Et à mon père, tout le monde lui dit, il a presque 40 ans, puis 41 ans, 42 ans, tout le monde lui dit il faut te marier. Et il ne trouve pas. Enfin, les gens qu'on leur présente ne leur plaisent pas. On finira par les faire se rencontrer, et là ça marche. Mais tellement tard dans leur vie, et donc vous voyez cette jeune femme qui se retrouve dans une maison qui n'est pas à elle, et où on ne gagne rien. J'ai retrouvé, je pourrais vous montrer, le carnet de compte de mon père quand j'ai 10 ans. Et dans toute l'année, il a en tout et pour tout eu comme chiffre d'affaires, pas comme bénéfice, comme chiffre d'affaires, quelque chose comme 9 000 francs de l'époque. Cela veut dire 1500 euros pour toute l'année.
Question : Comment cela se concrétisait quand vous étiez enfant ? Vous ressentiez le manque ? Vous ne pouviez pas avoir tout ce que vous vouliez ?
François Bayrou : Non, je m'en fichais de cela. On n'imagine pas. Dans le village d'où je viens, où j'habite toujours, les routes n'étaient pas goudronnées. Il n'y avait que la route nationale, départementale en tout cas, qui était goudronnée. Les autres routes du village, c'était terre battue et cailloux. Alors, non, j'avais aucun désir de biens matériels. Je ressentais très bien le risque du manque.
Question : Vous parliez de votre mère qui a eu un destin très particulier, votre père aussi est mort dans un accident du travail. Il est tombé d'une charrette quand vous aviez 22 ans et vous dites que vous avez eu la rage, la rage que cet homme qui gagnait à être connu parte de cette façon. En tout cas vous avez eu la rage, est-ce que vous avez toujours la rage ?
François Bayrou : Oui. Je m'arrête une seconde sur le destin de mon père, puisque vous l'évoquez. Il était paysan. Son frère était polytechnicien. Sa sœur était médecin. Et il avait un autre frère qui lui était dans la mécanique. Et mon père, c'était quelqu'un qui lisait à la maison. On lisait tout le temps.
Question : Vous lisiez même à table ?
François Bayrou : Je ne sais pas où vous avez appris ça, mais c'est la vérité. Normalement, à table, on se tient bien. C'est la vérité et encore vrai. On était à la table de famille et chacun, mon père, ma mère, ma sœur et moi, on avait un livre. On lisait en mangeant. Et ça dure encore, en vérité. Je ne suis jamais aussi heureux que quand je rentre le soir tard et que je dois dîner tout seul, souvent. Ma femme est couchée ou bien je suis à Paris et je suis tout seul. Et je lis. Vous voyez les traces de l'enfance, la marque que l'enfance laisse sur ces êtres en formation.
Question : Je suis toujours fasciné par ça quand vous avez sept ans vous devenez bègue ou vous êtes pris d'un bégayement, est-ce qu'il y a un événement qui déclenche cela ?
François Bayrou : Il faudrait une psychanalyse, je ne la ferai pas avec vous.
Question : donc vous ne savez pas quelle est l'origine ?
François Bayrou : J'ai quelques idées mais je n'en parle pas.
Question : Cela reste pour vous. Est-ce que cela a été difficile ? J'ai entendu ou j'ai lu que vous avez donné un surnom, je ne sais pas si vous vous en rappelez, ça vous ennuie que j'en parle ?
François Bayrou : Non, pas du tout.
Question : On vous surnommait Shake comme Shakespeare. Est-ce que vous avez été harcelé ou est-ce que vous avez beaucoup souffert de ça ?
François Bayrou : La question du harcèlement, vous savez, je ne suis pas... très indulgent avec les émissions de dérision, parce que je les connais très bien. Ce sont les harceleurs de cours de récréation. Et naturellement, comment vous voulez être un petit garçon ? En avance, scolairement, donc plus petit que les autres. Bègue, habillé, pas comme les gens du chef-lieu sont habillés. Comment voulez-vous ne pas être harcelé ? Et vous disiez, est-ce que vous avez la rage ? Oui. Aussi pour ça. Et cela ne s'est jamais effacé. Et donc, dans ma vie, j'ai été professeur, j'ai adoré l'être et j'ai adoré les élèves. Et j'ai adoré d'en prendre par la main et de les porter à des destins qui ne seraient pas les leurs. Et ils savent bien, il y en a plein.
Question : Vous étiez bègue quand vous étiez enfant et vous avez ensuite donné des cours. C'est quand même un destin. Vous avez surmonté ce handicap.
François Bayrou : Oui, surmonté. On ne surmonte jamais. Vous resterez toujours un enfant bègue. J'ai écrit la préface du livre d'un garçon qui était responsable de l'audiovisuel, d'ailleurs responsable de France 3, je crois. Il a écrit un livre sur le bégaiement. J'ai essayé de dire, en quelques pages, ce que c'est comme histoire. J'avais tous les mots dans la tête. J'avais tous les discours. Shakespeare, c'était en effet un de ces surnoms qui disait cela. Il y en avait d'autres. Quand j'étais à l'école primaire, il m'avait trouvé, ou elle m'avait trouvé, c'était une école primaire mixte, publique, et les filles m'appelaient l'orateur. Alors j'imagine qu'elles n'ont pas trouvé ça toutes seules. Cela devait être un instituteur qui avait dû dire cela parce que j'étais assez stupide pour faire des discours. Et puis un jour, cela se casse. Tous ces mots que vous portez en vous, toutes ces, les littéraires disent des périodes, c'est-à-dire avec le rythme, comme une chanson. Et c'est cassé. Les mots, vous les avez dans la tête mais vous n'arrivez plus à les dire. Et vous ne pouvez plus les dire. Ça bloque là. En effet, ce n'est pas l'expérience la plus agréable qu'on puisse traverser. Et cela dure.
Question : Cela a duré combien de temps ?
François Bayrou : Ça dure encore. Je vous raconte juste une cruelle et petite histoire. J'aimais tellement la poésie que j'ai voulu apprendre à la dire. Parce qu'un jour, quelqu'un m'a dit : « Mais pourquoi tu ne corriges pas ton accent ? » Une fille à qui je récitais des poèmes, très beaux poèmes, et avec beaucoup de cœur. Et je ne savais pas que j'avais de l'accent. Les petits-enfants de chez nous, ils ne savent pas qu'ils ont de l'accent. Ils parlent leur langue avec leur tonalité. Alors j'ai fait le conservatoire. J'ai un prix du conservatoire. Je suis allé frapper à la porte du conservatoire. Et c'est André Limoges, s'il écoute encore, qui était un de vos confrères, qui était le chef des émissions à Bordeaux-Aquitaine, qui était professeur au conservatoire. Et il m'a dit, vous savez, vous arrivez trop tard, les recrutements sont faits, mais enfin, montez sur la scène et dites-moi un poème. Alors j'ai dit, je m'en souviens encore, La fileuse de Paul Valéry. Il m'a dit, bon, je vous prends quand même. J'ai fait le cycle du conservatoire avec quelqu'un que vous connaissez qui s'appelle Catherine Laborde et sa sœur Françoise Laborde. On a fait ça ensemble. Catherine et moi, on était en Hypokhâgne ensemble et au Conservatoire. Et un jour, M. Limoges, qu'on appelait maître parce qu'à l'époque, les professeurs du conservatoire, on les appelait maîtres. Il m'a dit : « Écoute, on va traiter cette question du bégaiement ». Et il a téléphoné à un grand psychanalyste très célèbre, qui comme lui faisait des émissions à la radio qu'il avait interviewé. Et il m'a donné l'écouteur. Et j'ai entendu le psychanalyste lui dire que mon bégaiement était assez lourd. Et le psychanalyste lui dit : quel âge a-t-il ? Et il dit, je ne sais pas, il a 20 ans ou 21 ans. Il dit : « ben c'est foutu. Il y a trois choses qu'il ne pourra pas faire. Il ne pourra pas faire de l'enseignement. Il ne pourra pas faire de la radio. Et il ne pourra pas faire de la politique ». Il a raccroché. Et j'ai dit, c'est très bien, je vais faire les trois.
Question : C'est exactement ça que vous avez fait.
François Bayrou : Je suis de ceux qui croient que la vie est pleine de signes. Vous savez, Baudelaire qui dit : « La nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles. L'homme y passe au travers de forêts de symboles qui l'observent avec des regards familiers. » Et je trouve que tout au long de la vie, en tout cas pour moi, il y a toujours eu des signes comme ça. Alors ce que j'explique dans cette préface, qui est pour moi un texte assez significatif et même je crois assez joli, très souvent des garçons bègues, car c'est 90% des garçons, les filles, elles, font de l'anorexie, et les garçons sont bègues.
Question : Il y a un parallèle qui est fait entre l'anorexie et...
François Bayrou : Moi je crois que oui, mais je vous expliquerai ça une autre fois. Parce que j'ai eu à rencontrer l'anorexie...
Question : Vous avez une fille qui a fait de l'anorexie.
François Bayrou : Chez mes enfants, et c'est pas très facile non plus. Mais quand on en sort, c'est formidable. Et donc les garçons me disent, comment on fait ? Qui dois-je voir ? Et ils sont paralysés par ce handicap-là, qui est si totalement injuste. Parce qu'en vérité, ce n'est pas une difficulté physique. Si cela bloque, ce n'est pas que les articulations bloquent, ou que les muscles bloquent, pas du tout. C'est dans la tête. C'est l'inconscient qui bloque.
Question : Donc il n'y a pas d'exercice à faire ?
François Bayrou : Et donc je crois que j'aurais aimé m'occuper de tout cela, mais on n'a qu'une vie comme on dit. Et je le dis dans cette préface, l'enjeu c'est de se réconcilier avec l'enfant qui est en vous et qui bloque.
Question : Et la clé est là selon vous ?
François Bayrou : Et pour moi la clé est là. Et donc l'enfant, il ne s'en va jamais, bien sûr. Il est toujours là. Simplement, il faut être réconcilié avec lui et gentil avec lui. Et alors, il laisse passer les mots.
Question : Et les mots, vous les laissez filer, notamment quand vous récitez des poèmes. Je me rappelle, je crois que c'était il y a 15 ans, on s'était rencontré une fois à BFM et vous étiez mis à déclamer un poème dans la loge à maquillage. Je ne sais plus quel poème c'était. Et j'aurais bien aimé m'en rappeler. Mais je sais qu'il y en a un que vous aimez particulièrement et que je trouve très beau aussi. C'est « Booz endormi » de Victor Hugo. Vous voulez nous réciter la première strophe ou deux strophes ?
François Bayrou : Booz s'était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.
Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.
Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière.
Question : Ce n'est pas beau ça. Il paraît que vous parlez en latin aussi parfois avec Alain Juppé, on m'a dit ça, je ne sais pas si c'est vrai, vous échangez pas des messages en latin, vous parlez en latin ?
François Bayrou : Oui, cela nous arrive. On a fait les mêmes études. Pour lui, brillant par l'École normale supérieure, moi par le chemin de la fac. J'ai un fils normalien, cela dit. Et on est deux à avoir manqué le concours, Macron et moi. Mais lui de peu et moi de beaucoup.
Question : Cela donne quoi un échange en latin entre François Bayrou et Alain Juppé ?
François Bayrou : Non, je ne vais pas vous faire ça.
Question : Vous parlez de politique en latin ?
François Bayrou : Je ne vais pas vous faire cela. Mais il y a deux ou trois autres personnes avec qui il m'arrive d'échanger en latin.
Question : Ah oui ? Le président ?
François Bayrou : Non.
Question : On ne parle pas latin à Emmanuel Macron.
François Bayrou : Peut-être, mais on n'a jamais fait ça.
Question : Juste pour clore ce chapitre, est-ce qu'il n'y a pas le Bayrou des villes et le Bayrou des champs. Le Bayrou des villes, à l'aise dans les cercles du pouvoir intrigants et le Bayrou des champs, le paysan attaché à son village qu'il n'a jamais quitté ?
François Bayrou : Je n'ai jamais été dans les cercles du pouvoir dans les villes. C'est peut-être même la raison pour laquelle j'ai duré. J'ai dépassé cette limite-là aussi. Alors, soyons clairs, je me sens beaucoup plus jeune aujourd'hui que je ne l'étais il y a quelques années. Parce que j'ai traversé des frontières, des limites. J'ai duré plus que les autres.
Question : Et vous avez rencontré des présidents, vous avez été à Matignon, vous avez été au commissariat au plan, vous êtes assez proche d'Emmanuel Macron. Donc au moins depuis 2017, d'une certaine façon, les cercles du pouvoir ne vous font pas d'étrangers.
François Bayrou : J'avais été ministre il y a très longtemps.
Question : Vous avez été ministre de l'Education nationale.
François Bayrou : J'avais été, je crois, en tout cas en échange de proximité avec François Mitterrand. Pas très proche de Jacques Chirac, mais je l'ai fréquenté quand même. C'était un peu plus conflictuel. Mais par exemple, je n'ai jamais dîné en ville de ma vie.
Question : Vous n'avez jamais dîné en ville de votre vie ?
François Bayrou : Jamais.
Question : Donc vous réfutez cette analyse du Bayrou des villes et du Bayrou des champs ? Et je vais vous dire, vous savez, il y a un très grand lieu de pouvoir qui s'appelle le Siècle. Peut-être que vous en êtes membre.
François Bayrou : Non, pas du tout.
Question : En tout cas, des gens que vous connaissez en sont membres. Et le siècle, c'est le dîner du siècle, c'est tous les mois et la cooptation au dîner du siècle, c'est l'entrée dans un monde, c'est le Graal.
François Bayrou : Et il se trouve que le cercle était animé par quelqu'un qui est comme mon frère, qui s'appelle Jean-Claude Casanova, qui est un très grand professeur de Sciences politiques, le successeur de Raymond Aron. Et donc, il y a 30 ans, 40 ans, il m'a fait élire au Siècle. J'y suis allé une fois. Je suis sorti en disant : « Jean-Claude, je ne viendrai plus jamais ». Il m'a dit, mais pourquoi ? Pour lui, vous vous rendez compte, d'une certaine manière, je niais sa vie. J'ai dit, il y a une raison extrêmement simple que je peux vous dire encore aujourd'hui : le siècle, c'est ceux qui sont in, et moi, je suis out. C'est ceux qui regardent le pouvoir, la puissance, les relations, comme légitime. Et moi, il y a toujours eu en moi, vous l'avez souligné très bien au départ, il y a toujours eu en moi ce regard de contestation, de la légitimité. Et ça, c'est depuis ma plus grande enfance, ma plus petite enfance.
Question : Vous êtes un rebelle au fond.
François Bayrou : J'ai été collé des dizaines de fois au lycée.
Question : Vous n'étiez pas un super bon élève ?
François Bayrou : Je n'étais pas trop mauvais, mais je ne faisais rien. Je lisais, je passais ma vie à lire. J'ai été collé des dizaines de fois.
Question : Pourquoi ?
François Bayrou : Parce que, disaient les profs, j'avais le regard insolent. Et c'était totalement injuste, parce que j'avais le regard insolent, certaines fois, c'était vraie mais d'autres fois, non. Simplement, mon regard traduisait quelque chose qui est absolument vrai et qui dure encore aujourd'hui. Et ceux qui me connaissent ou ont vécu avec moi le savent très bien. Je ne vois pas les galons, je vois le mec qu'il y a sous les galons. C'est pourquoi c'était habile de votre part de commencer par cela. C'est la même chose. C'est-à-dire l'idée qu'au fond, ce qu'un très grand philosophe qui s'appelle Blaise Pascal appelle les grandeurs d'établissement, c'est-à-dire tout ce qui vous signale comme un grand homme, les grandeurs d'établissement, ce n'est pas mon truc. Mon père était génial et pauvre, et il était regardé de haut par tout le monde, Il n'avait aucun galon. Et c'est vrai que pour moi, cela ne s'est pas effacé, que tout ça, c'est vivant comme si c'était produit à l'instant. C'est le cas de chacun de nos plis de personnalité.
Question : Dans votre livre, il y a une place assez importante faite à l'affaire Bétharram. Les sévices sexuels, les viols commis pendant des décennies dans cette école catholique, c'est une affaire qui vous a touchée, vous, directement, et votre famille. Des épreuves, vous en avez vus d'autres, mais cette épreuve, l'affaire Bétharram, c'est la plus dure épreuve de votre vie politique.
François Bayrou : Oui, mais pourquoi ? Parce qu'elle est injuste. Parce qu'il y a deux affaires Bétharram. Une affaire vraie avec des sévices de brutalité pour des garçons. C'était un établissement pour des garçons qu'on voulait remettre sur les rails. Et un certain nombre d'attitudes qui étaient, il y a quelques décennies, habituelles et qui sont devenues dans cette affaire systémiques, insupportables. Et moi, j'ai parlé à ces hommes-là, à ces hommes dans lesquels je voyais les petits garçons. Et leur désarroi était celui des petits garçons qu'ils avaient été. Et puis, pire encore, il y a eu des atteintes sexuelles, avec des plaintes qui seront instruites, j'espère. Ça, c'est la première affaire. Ça, c'est Bétharram. Puis il y a une deuxième affaire, parce que j'étais à Matignon, parce que mes enfants avaient été élèves. À Bétharram, sans rien voir de tout cela. Ils n'étaient pas à l'internat, parce que c'est juste à côté de chez nous. Mes enfants avaient été là il y a plusieurs décennies. Quand l'affaire Bétharram sort, mon dernier fils a quitté Bétharram depuis 23 ans, et ma fille est née depuis 35 ans. Et donc, ça me tombe sur la tête, je n'ai aucun souvenir et aucune information autre que celles qui étaient dans les journaux. C'est la phrase que j'aurais dû dire. J'ai dit : « je n'ai aucune information », et en réalité j'aurais dû dire autre que ce qui était écrit dans les journaux, et encore aujourd'hui je n'ai aucune autre information.
Question : Et on ne va pas refaire l'affaire ici François Bayrou, mais d'un côté il y a la commission d'enquête qui pointe un défaut d'action de votre part à l'époque, des actions selon ce rapport que vous aviez les moyens d'engager alors que vous étiez notamment ministre de l'Éducation nationale. Certains vous accusent d'avoir menti, de l'autre il y a vous.
François Bayrou : Vous savez que ce n'est pas vrai ce que vous racontez.
Question : En tout cas le rapport de la commission d'enquête...
François Bayrou : Non, le rapport de la commission d'enquête, je les ai affrontés pendant 5 heures de temps.
Question : C'est vrai.
François Bayrou : Et elle était composée d'opposants pour la majorité d'entre eux, puisque j'étais minoritaire, ultra minoritaire au sein du gouvernement. Et le rapport qui voulait me convaincre de faux témoignages ou d'avoir menti, les Députés ont refusé de le suivre, parce que j'ai apporté toutes les preuves. Vous dites défauts d'action, mais moi je vous dis, non seulement il n'y a pas eu défauts d'action, mais j'ai réussi à retrouver, après plus d'un mois et demi de recherche, l'inspection que j'avais demandée de l'établissement. Et l'inspection, elle dit, il n'y a pas de problème dans cet établissement, au contraire.
Question : Mais c'était une inspection qui a été remise en cause aussi.
François Bayrou : Non, ce n'est pas vrai. L'inspecteur qui l'a faite dit, il y a 30 ans : « en fait, je n'ai pas bien fait mon boulot ». Donc oui, c'est lui qui le dit. Et donc les dizaines d'entretiens qu'il a eus, dont il rend compte. Mais vous voyez à quel point cette deuxième affaire a été incroyablement blessante. Matin, midi et soir, vous, les journalistes de la presse écrite, de la presse audiovisuelle, de la radio, de la télé, ont créé une situation dans laquelle Bétharram portait mon nom. Comme si j'aurais pu laisser mes enfants élèves dans un établissement dont j'aurais su qu'il y avait des choses qui n'allaient pas. Mais tout ceci est terrifiant. Et j'ai apporté, il ne faut jamais laisser passer, j'ai apporté les preuves écrites que tout ça était faux. Et dans une confrontation qu'on peut regarder encore sur les réseaux, qui a duré cinq heures et demie. Avec, pas la commission, mais le rapporteur LFI de la commission, j'ai pu en 5h30 leur faire baisser les yeux. Ils ont fini cette commission en regardant leurs chaussures.
Question : Vous dites que le moment venu, vous réglerez vos comptes ? Ça veut dire quoi ?
François Bayrou : Oui, j'ai pu dire ça. Je sais très bien qu'il y a eu des gens qui s'en sont servis politiquement.
Question : Pour vous affaiblir, pour vous nuire.
François Bayrou : Oui, pour abattre celui qui était au pouvoir et pour le toucher dans le point le plus sensible, c'est-à-dire en réalité sa famille.
Question : Oui, parce qu'il y a l'une de vos filles, Hélène Perlan, qui a révélé qu'elle avait été victime, elle aussi, quand elle avait 14 ans.
François Bayrou : Non mais elle n'était pas à Bétharram. C'était lors d'un camp. J'ai beaucoup d'admiration pour mes enfants. J'ai six enfants et les six méritent beaucoup d'admiration. Et Hélène, elle est extrêmement forte, capable, et elle a fait ce livre très puissant, dont beaucoup de gens me parlent avec des larmes dans les yeux, qui s'appelle « Le déni ». Et donc, elle explique le mécanisme de ça. Mais vous connaissez bien ce mécanisme. L'inceste est partout. L'inceste a été dans tous les étages de la société. Et on connaît tous des gens qui ont rencontré l'inceste. Qui raconte ? Et ce qu'Hélène montre, qui est pour moi très juste, c'est pas seulement qu'on n'ose pas raconter, c'est qu'on n'ose pas voir.
Question : Mais elle ne vous l'a jamais dit, ça. Elle vous l'avait jamais dit.
François Bayrou : Non, jamais.
Question : Alors que c'est votre fille que vous étiez...
Elle l'avait dit à sa mère qui ne l'a plus jamais mise dans ce genre de camp. Mais à moi, elle ne me l'avait pas raconté. Elle me l'a raconté quand l'affaire est sortie. Et je me souviens très bien de ce moment-là. Et pour moi, c'est une brûlure. Mais ce n'est pas la seule et ce n'est pas le seul endroit et c'est pas le seul sujet dans lequel le déni, le refus de voir, même pas le refus de parler. Les mères ou les grand-mères qui savent que dans leur famille, une petite fille ou un petit garçon est victime de ce genre d'ignominie, elles ne parlent pas. Et elles ne parlent pas parfois parce qu'elles n'osent pas parler et parfois parce qu'elles n'osent pas voir. Et puis, permettez-moi de dire ça, il y a, à Paris, le périscolaire. Pire que le périscolaire, les ignominies qui se produisent dans les crèches. Dans les crèches ! Cela ne vous donne pas envie de boxer ? Moi oui. Qui en parle ? Personne. On a parlé de Bétharram parce que j'étais là. Mais les crèches, à Paris... Et on va aller un tout petit peu plus loin. Vous vous souvenez qu'il m'est arrivé d'avoir, sur ce sujet-là, des accrochages et des conflits à la télévision. Il y a eu des courants entiers dans la société française, et notamment dans la gauche française, qui ont justifié et apporté leur soutien à ce qu'ils appelaient la révélation de la sexualité aux enfants. Que les enfants avaient droit à ces expériences sexuelles. Et qui est monté contre ? C'était moi. Vous comprenez pourquoi c'était un peu difficile à vivre ?
Question : Vous parliez de vos enfants qui sont brillants, enfin ils sont brillants en tout cas, ils ont des parcours brillants. Un polytechnicien, un chercheur, un docteur, deux agrégés, une normalienne ou un normalien. Vous leur avez mis une pression de malade à vos enfants ?
François Bayrou : Jamais. Et leur mère non plus. Chez nous, il n'y a jamais eu de pression. Et je suis très en colère contre le système éducatif. J'ai été ministre. Il y a des choses, je vais dire des trucs qui vont me valoir, des polémiques. J'ai été ministre de l'Éducation. Je suis très fier de ces quatre ans et un peu plus, au ministère de l'Éducation. J'avais rétabli l'enseignement du latin, l'enseignement du grec, le bac S, L, E, S, c'était le bac que j'avais créé. Le niveau des élèves quand j'ai quitté le ministère de l'Éducation était près de deux ans supérieurs au niveau des élèves aujourd'hui. Et c'est le moment, quand je sors du ministère de l'Éducation, où les sondages récurrents faits sur la satisfaction des Français sur l'éducation sont le plus haut. Je n'aurais jamais laissé faire Parcoursup. Je vais vous expliquer pourquoi. J'ai dit à la tribune de l'Assemblée : « les enfants ce ne sont pas comme les poireaux, cela ne pousse pas tous à la même vitesse ». Vous parliez de mes enfants. Je suis très fier de tous, mais un de ceux qui ont réussi à s'imposer dans leur milieu professionnel, la recherche et la médecine vétérinaire. Quand il avait 10 ans, 11 ans, 14 ans, il était en rupture complète avec l'école. Il ne comprenait pas ce qu'on lui demandait de faire. Les maîtresses disaient « il faudra qu'il fasse un métier manuel ». Et Dieu sait que j'aime les métiers manuels. Et que j'ai même créé, vous savez, un concours général de ces métiers-là quand j'étais ministre de l'Éducation. Jamais il n'aurait réussi dans le système français. Parce que dans le système français, la sélection est tellement précoce qu'en vérité, en raison des cycles de vie qui ne sont pas les mêmes, dans des métiers comme cela, les filles, par exemple, réussissent brillamment. Et après, c'est moins facile dans le troupeau. Mais en tout cas, c'est trop précoce. Pour porter des jugements définitifs. Et aujourd'hui, Parcoursup, c'est à 15 ans ou à 14 ans qu'on leur met une pression fantastique. Et avant même les résultats du bac. À partir de la seconde, c'est Parcoursup qui guide tout ça. C'est n'importe quoi. Parce qu'il se trouve qu'il y a des enfants qui grandissent tôt, il y a des tempéraments qui grandissent tôt, et puis il y a des tempéraments, y compris physiologiques, dans lesquels l'intérêt, la passion, c'est autre chose. Il y en a qui regardent le sport, il y en a qui regardent les filles, ou symétriquement, il y en a qui se sentent mal dans leur peau. Il y a des singes qui se sentent des canards, et des canards qui se croient des singes. Fermez les portes, c'est pour ça que je déteste ce système.
Question : Mais à qui la faute alors, François Bayrou, parce que qui a créé ce Parcoursup ?
François Bayrou : Ce sont les gouvernements. Et j'estime les gens qui les ont créés. Je les connais personnellement. Je leur ai dit, ils savent très bien ce que j'en pense. Et si j'étais resté à la tête du gouvernement, j'aurais essayé de changer tout cela. On n'est resté que neuf mois donc. Vous vous rendez compte de l'injustice parce que, en plus derrière tout cela, il y a le mécanisme de maîtrise sociale. Pourquoi ? Parce qu'il y a des familles dans lesquelles l'enfant qui a 14 ou 15 ans, on sait très bien quel parcours il va falloir suivre pour réussir plus tard les grands concours. On sait très bien. Chez moi, on ne savait rien de tout ça. Je ne savais pas que Hypokhâgne et Khâgnes, ça existait. Je ne savais pas que Sciences Po, ça existait. Et a fortiori, je ne savais pas que l'ENA existait. Je savais qu'il y avait un truc qui s'appelait l'agrégation. Et ça, pour moi, le jour après la mort de mon père, quelques semaines après la mort de mon père, où j'ai été reçu à l'agrégation, Vous m'entraînez dans des confidences, ce n'est pas bien.
Question : Oui, parce que vous avez eu effectivement l'agrégation juste après la mort de votre père.
François Bayrou : Oui, donc je venais d'avoir 23 ans dans ces jours-là. Je suis rentré de la proclamation des résultats. À cette époque, il y avait une proclamation des résultats. Et je sais encore qui était major du concours. J'étais reçu. Et en marchant sur les boulevards après la proclamation des résultats. Je sais encore quelles chaussures j'avais et comment j'étais habillé. J'avais devant les yeux ma notice nécrologique.
Question : François Bayrou, c'est comme ça qu'on annonce les morts.
François Bayrou : Il y avait écrit au-dessous, agrégé de l'université. Et pourquoi c'était formidable ? Pourquoi c'était libérateur avec toutes ces difficultés que nous évoquons ensemble ? Pourquoi ? Parce que j'avais le sentiment que quoi que ce soit, il n'y aurait personne dans cet univers de l'enseignement pour prétendre être plus légitime que moi. Vous comprenez ça ?
Question : Oui.
François Bayrou : Et vous comprenez ce parcours, ce que ça veut dire. Et c'est pourquoi je déteste, mais vraiment je suis en colère, contre ceux qui verrouillent le destin des enfants. Parce que si vous ne faites pas la bonne formation, si vous ne correspondez pas aux moules qu'ils ont définis à l'avance, si vous venez d'ailleurs d'autres quartiers, d'autres cultures, aucune chance de vous en sortir. Et si vous regardez, vous parliez tout à l'heure des milieux de pouvoir, si vous regardez les milieux de pouvoir et que vous voyez le caractère, la reproduction sociale, et je n'en veux pas du tout à ceux qui protègent leurs enfants. Et j'en veux pas du tout aux enfants qui réussissent dans cette voie-là, parce qu'ils ont lu souvent plus de livres plus tôt. Mais j'en veux qu'on empêche ceux qui viennent de loin et ceux qui viennent d'ailleurs de réussir.
Question : François Bayrou, vous avez évoqué l'anorexie. Vous avez une fille qui a fait de l'anorexie, qui a été hospitalisée. Vous avez raconté qu'un jour vous aviez essayé de rentrer en contact avec elle alors que vous étiez sur un plateau de télévision. Qu'est-ce que vous avez fait ? Est-ce que vous pouvez me raconter ?
François Bayrou : Parce qu'elle était à l'hôpital. Vous savez que pour soigner l'anorexie, qui est une maladie... Vous savez bien que Jacques Chirac a perdu une fille comme ça. Sa fille, Laurence. Et beaucoup de gens. Parce que c'est une maladie méchante. Mentale et méchante dans laquelle on refuse de manger, on se donne la mort, en tout cas symboliquement. Et pour soigner cette maladie, les psychiatres interdisent tout lien, tout contact avec la famille. Il faut isoler l'enfant. Oui, en tout cas le couper de la famille parce qu'on soupçonne, j'imagine, qu'il y a quelque chose dans le lien. Et elle s'en est sortie formidablement. Merci encore aux psychiatres. Je parle quelques fois, 25 ans après, à celui qui a fait ça, qui a trouvé la clé. Ils ne trouvent pas tous la clé. Et ceux qui trouvent la clé pour certains ne la trouvent pas pour tous.
Question : Vous avez essayé de rentrer en contact avec elle à ce moment-là.
François Bayrou : J'avais soudoyé une infirmière pour qu'elle dise à ma fille de regarder cette émission, qui était une émission, je crois, du dimanche à la mi-journée, quelque chose comme ça. C'était chez Paul Amart. Et j'ai commencé l'émission par une phrase qui, pour Paul Amart, devait être totalement sibylline. J'ai dit, écoute, quelque chose comme : « C'est difficile, mais on va s'en sortir ». J'avais un besoin, je ne sais pas comment on peut dire physiologique de lui parler. J'imagine que les spectateurs ont dû se dire qu'est-ce qui se passe dans la tête de ce mec. Voilà, on va s'en sortir. Et c'était vrai. Elle s'en est sortie.
Question : Et ça vous a un peu rapproché de Jacques Chirac aussi, cet épisode, parce que vous avez partagé vos expériences de père sur ce sujet.
François Bayrou : Oui. Je ne sais pas où vous avez trouvé tout ça.
Question : Vous l'avez raconté une fois. Vous avez eu un rendez-vous avec Jacques Chirac. Je sais encore quel jour c'était. C'était le 25 mai 2000.
François Bayrou : Donc, il y a 26 ans. Je n'avais pas souvent eu des relations faciles avec Jacques Chirac, comme vous savez. Et ce jour-là, j'avais rendez-vous avec lui. En plus, je venais le matin même d'apprendre, simplement parce qu'il n'y avait plus personne qui répondait au téléphone, d'apprendre son hospitalisation forcée. Forcée, parce que le pronostic vital est en jeu. C'était un peu lourd. Puis il y a eu plein d'incidents dans cette matinée que je ne vous raconte pas, mais j'avais rendez-vous avec Jacques Chirac en début d'après-midi. Et vous savez comme il était, il était d'autant plus jovial que vous étiez moins son ami. Par exemple, il exigeait, je fais un peu la même chose, donc j'en parle avec prudence, il exigeait que le tutoient ceux qui n'étaient pas ses amis. Ses amis le vouvoyaient. Et je m'aperçois avec le temps que c'est comme ça pour moi aussi. Les jeunes qui travaillent avec moi, mais enfin loin de moi, me tutoient ceux qui sont avec moi me vouvoient. Et c'est normal si on y réfléchit. Je n'ai jamais tutoyé Raymond Barre, vous voyez. Et Giscard évidemment, et les gens qui étaient les grands de cette époque. Et donc j'arrive à l'Élysée. Lui ouvre la porte et il me dit « Et comment ça va ? ». Je lui dis « ça va très mal » . Pourquoi je me souviens ? C'était le jour de mon anniversaire. Après la campagne européenne que j'avais faite en dissidence avec Chirac, sur lequel on a eu un très beau score, et c'était le lancement de toute cette aventure-là. Il me dit pourquoi ça va mal. Je lui raconte. Et comme il avait vécu la même chose, on a eu une demi-heure d'échange d'homme à homme et de père à père. Je n'ai jamais oublié cet échange. Et après, il avait bien vu qu'il m'avait touché. Et il me dit, tu veux qu'on parle politique cinq minutes ? Je dis oui. Il me dit cette phrase que je n'ai jamais oubliée. Et il y avait dans sa pensée quelque chose de vrai. Il me dit, qu'est-ce que tu nous fais chier avec les idées ? La politique, ce ne sont pas des idées. Je vais te dire ce que c'est la politique. J'ai souvent pensé à ça quand j'étais à Matignon. Il faut se rappeler, le 25 mai 2000, c'est la cohabitation Chirac-Jospin et les deux sont au sommet des sondages. Et il me dit, je vais te dire ce que c'est la politique. Le Premier ministre s'est fait, et il fait ce geste avec la main, que je connais bien, parce que j'ai souvent dit que c'était le même geste que ma mère quand elle enseignait aux filles à faire des gâteaux. Tu mets un peu de farine, de sucre. Et Chirac, il fait ce geste, là, de la main qui tournoie, et il dit : « Le Premier ministre s'est fait pour que cela ne se passe pas trop mal en France ». Ce sont ses mots exacts. J'y ai pensé cent fois. Et le Président de la République, dit-il, s'est fait pour représenter la France à l'étranger. Et je lui ai dit : « Je ne suis pas d'accord avec toi, sur un point. Pour moi, le Président de la République s'est fait pour donner aux gens des raisons de vivre ». Je vois très bien ce qu'il veut dire. Parce que je candidat à l'élection présidentielle trois fois, je n'avais jamais imaginé ou mesuré la place que la politique étrangère, la politique de défense, les échanges avec les autres pays représentent dans la vie d'un président de la République. C'est incroyable. Incroyable. Et le Premier ministre, je sais ce que c'est, et la difficulté pour que ça ne se passe pas trop mal en France. Et je pense cependant que la responsabilité politique, suprême et même moyenne, c'est de donner aux gens des raisons de vivre.
Question : Mais vous ne serez pas candidat en 2027, François Bayrou.
François Bayrou : J'ai fait ce choix, vous avez compris pourquoi. Je ne peux pas sortir ce livre qui dit : « Alerte sur la France qui vient » et être candidat en même temps parce que les gens vont dire, il écrit pour lui. Lui aussi, il est adhérent de ce parti que j'ai appelé le TPMG : « Tout pour ma gueule ». Parce que quand vous êtes candidat à une élection, c'est terrible, vous ne vivez qu'avec les sondages. Votre entourage vous rapporte chaque jour, mais vous savez ce que c'est, vous les connaissez très bien, en disant là tu as perdu trois points, et puis demain matin la SOFRES ou l'IFOP ou je ne sais pas quoi, fait un terrain, un terrain cela veut dire une enquête. Qu'est-ce que tu pourrais dire aujourd'hui qui demain fasse bouger de deux points. Cela se passe comme ça. Et vous n'êtes plus vous-même. Vous ne parlez plus authentiquement, vous parlez « utilitairement ». Voilà.
Question : Alors, vous avez été le faiseur de Roi en 2017, vous pourriez l'être aussi ?
François Bayrou : Peut-être en 2012 aussi.
Question : Tout à fait, vous avez soutenu François Hollande à l'époque, face à Nicolas Sarkozy. Donc, faiseur de roi en 2012 et en 2017, peut-être en 2027, est-ce que vous voyez un candidat aujourd'hui que vous pourriez soutenir ? Qu'il soit déclaré ou non, d'ailleurs.
François Bayrou : Oui, voilà. J'ai quelques idées. Mais pas déclarées. Mais je sais une chose précise, ou deux ou trois choses précises. Un, c'est trop tôt pour savoir ce qui va se passer à l'élection présidentielle. Je vous rappelle, Emmanuel Macron a été candidat en novembre. Et on peut faire le tour de tout ça, tout ce qui a changé entre ce qui est arrivé avec Dominique Strauss-Kahn et puis le paysage après, l'élection de François Hollande et toutes ces choses-là, et le surgissement de ma candidature en 2007, gagnant 10 points pendant la campagne et même à un moment très près du deuxième tour. Donc je sais que c'est un, trop tôt. Deux, j'ai deux questions. La première c'est, est-ce que les candidats osent poser les vrais problèmes et dire la vérité aux gens ? Sur les retraites, sur la dette, et on en a parlé tout à l'heure. Donc ça c'est la première condition. Premier critère. Deuxième critère. Est-ce qu'ils me garantissent que jamais, en aucune manière, ils ne feront quelque chose en direction de l'extrême droite ou en direction de l'extrême gauche ? Parce qu'on a deux immenses risques, et plus qu'immenses risques, deux promesses de malheur. Est-ce que vous connaissez un pays dans lequel l'extrême droite ou l'extrême gauche ont gagné et qui s'en soit sorti en bonne santé ou avec des gens heureux entre eux ou des relations de bonne qualité ? Je sais ce qu'il y a derrière et ce qui vient derrière.
Question : Et vous les mettez sur le même plan ? Vous les renvoyez dos à dos ?
François Bayrou : Je ne les mets pas sur le même plan, je les identifie tous les deux comme des dangers de mort pour le pays.
Question : Et la troisième condition, c'est quoi alors ?
François Bayrou : La troisième condition, c'est qu'il faut une expérience suffisante pour accomplir cette fonction.
Question : C'est quoi une expérience suffisante ? C'est avoir été Premier ministre, avoir été Président, avoir été ministre ? Parce qu'il n'y en a pas beaucoup.
François Bayrou : En tout cas, une expérience de la vie, et de la vie en responsabilité. Ce n'est pas une improvisation, la présidence de la République, dans un moment de crise comme celui que nous vivons. Et donc ça, c'est pour moi un critère. Il y a un dernier critère. Il faut qu'ils comprennent qu'ils ne sont pas des ennemis entre eux. Vous voyez ce que je veux dire ? Ils peuvent être des concurrents. Ils peuvent présenter des solutions différentes ou différenciées, bien entendu. Mais ils appartiennent au même ensemble.
Question : Vous parlez d'où ? Vous parlez de la social-démocratie du côté de la gauche ?
François Bayrou : J'appelle de la social-démocratie.
Question : à la droite de qui ? À LR si... À la droite de Bruno Rotailleau.
François Bayrou : S'ils refusent les solutions simplistes ou extrémistes... Parfois, j'ai des interrogations.
Question : Mais sinon, votre idéal, ce serait une espèce de confédération ?
François Bayrou : Je dis, c'est un fleuve. Il y a deux rives, il y a un fleuve. Et dans le fleuve, il faut qu'ils comprennent qu'ils vont devoir vivre et travailler ensemble. Que si vraiment ils refusent les deux risques mortels, mortels. Jamais l'extrême droite n'a rendu service à un pays et jamais l'extrême gauche n'a rendu service à un pays. Ils conduisent les pays à leur mort.
Question : Donc vous appelez de Raphaël Glucksman à éventuellement Bruno Retailleau ?
François Bayrou : Je n'appelle pas. Je vous dis mon regard à moi, c'est ça. L'aspiration qui est la mienne, c'est d'imposer des sujets que pour l'instant on ne traite pas ou de proposer un comportement que pour l'instant on n'accepte pas.
Question : Ça, on l'a entendu, notamment sur la dette. Est-ce que François Hollande, qui a l'expérience d'un ancien président, un regard sur l'international, parce que c'est important pour vous l'international quand on est chef d'État, vous le dites, pourrait être ce candidat au milieu de ce fleuve ?
François Bayrou : Alors, un, je lui dis, la première chose, c'est qu'il faut qu'il clarifie sa position à lui. Parce que pour l'instant, il n'est pas candidat. D'abord, il n'est pas candidat, mais ceci est secondaire.
Question : Mais clarifier quoi, alors ?
François Bayrou : Sa position à l'égard de LFI et des associés de LFI. Parce que pour l'instant, le Parti Socialiste, dont Hollande est encore membre, que je sache. Est-ce qu'ils ont clarifié leur position ?
Pas du tout.
Question : Et ça, vous l'avez dit à François Hollande ?
François Bayrou : Oui, bien sûr.
Question : Et qu'est-ce qu'il vous a répondu ?
François Bayrou : Ça ne vous regarde pas. Et c'est la même chose à droite. Deuxièmement, combien de candidats y a-t-il qui ne sont pas déclarés à l'heure qu'il est ? Peut-être beaucoup. Pas mal. Il y en a beaucoup de déclarés, trop, sans doute, et beaucoup qui ne le sont pas. Parmi lesquels, il y a des visages, des expériences, et on va juger de tout ça et de la pertinence de ce qu'ils disent.
Question : Mais donc François Hollande, en tout cas, vous ne m'avez pas dit non.
François Bayrou : A condition qu'ils disent c'est dans ce fleuve que je suis. Il y en a d'autres. Et pas sur la rive. Il y en a d'autres. Il y en a d'autres que François Hollande qui pourraient incarner cela. Il y en a plein.
Question : Mais donnez-moi des noms par exemple, parce que vous parlez de quelqu'un qui a une expérience, une vision.
François Bayrou : Je ne vais pas faire un concours de beauté.
Question : En tout cas, on a compris que ce n'était pas Édouard Philippe ou Gabriel Attal. Ceux-là sont candidats aujourd'hui.
François Bayrou : Mais non, Mais je crois que la réponse est ailleurs. Cela va s'élargir. Et cela va nous permettre de juger, par exemple, il y en a plein, d'après ce que je sens, qui en rêvent ou qui prépare le chemin.
Question : Vous pensez que le futur président, si je mets l'idée du bloc central, il n'est pas parmi les candidats déclarés ?
François Bayrou : On verra. Je sais qu'une élection, c'est une décantation. Mais je ne crois pas trahir de secret, en disant qu'il y a plein de gens qui y pensent. Bruno Le Maire y pense, Thierry Breton pourrait être dans cette liste. Le nombre de tous ceux qui sont là, je ne sais pas, est-ce que Wauquiez a renoncé tout à fait à son élection ? Est-ce que Xavier Bertrand a renoncé à cette élection ? Je ne crois pas. Est-ce que François Baroin a renoncé à tout ça ?
Question : Bruno Le Maire, il ferait un bon candidat, selon vous ?
François Bayrou : Non, mais c'est juste pour avoir votre regard. Je suis venu chez vous parce que ça n'était pas une émission d'interviews politiques habituels.
Question : Mais tous ces politiques-là, vous les connaissez intimement. C'est comme Jean-Luc Mélenchon, vous l'avez connu. Il y a une période où vous discutiez ensemble. C'est intéressant aussi. Il y a des relations humaines derrière.
François Bayrou : Pour moi, je vous ai dit les critères. Est-ce que tu acceptes de regarder les problèmes et de les énoncer ? Pas de les fuir. Deuxièmement, est-ce que tu as l'expérience qu'il faut ? Parce que diplomatie, armée, tout ça, est-ce que tu as le caractère nécessaire pour résister à toutes les tempêtes et vagues qui viennent ? Est-ce que tu es prêt à considérer que dans le fleuve, il n'y a pas d'ennemis ? Eh bien, ça écrème ! Ça prépare une décantation.
Question : Est-ce qu'en ce moment, vous ne vous sentez pas quand même plus proche d'un François Hollande ou d'un Raphaël Glucksmann ou d'un Bernard Cazeneuve que d'un Gabriel Attal ou d'un Edouard Philippe ? C'est un nom qui coche les cases de l'expérience et de la vision. Qui peut apparaître ?
François Bayrou : oui. On verra.
Question : On essaiera de clarifier les critères. En tout cas, vous vous sentez plus proche d'eux que des héritiers officiels d'Emmanuel Macron.
François Bayrou : Ça, c'est vous qui le dites, mais ce n'est pas ça la question. Je me sens plus proche de l'avenir et des problèmes qu'il pose. Je viens d'écrire un livre qui me semble utile. Maintenant, c'est écrit. Personne ne pourra dire qu'on ne l'a pas vu. Les problèmes qui se posent aujourd'hui, jamais depuis trois quarts de siècle, ils ne se sont posés à la France.
Question : Mais oui, j'entends ce que vous dites, François Bayrou, mais il y a quand même deux candidats aujourd'hui qui sont deux anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Édouard Philippe, et qui se sont mis d'accord entre eux. Ils ont noué une sorte de pacte de non-agression. Le moins bien placé des deux céderait sa place à l'autre. Quel regard vous portez là-dessus ?
François Bayrou : Alors ça, c'est votre manière de raconter l'histoire.
Question : Ah, alors racontez-la à votre manière.
François Bayrou : Encore ce matin, j'en ai vu quelques-uns de ceux-là. Ce n'est pas leur manière de raconter l'histoire.
Question : Alors qu'est-ce qu'ils disent ? Vous les interrogerez. Vous n'y croyez pas à ce pacte présenté officiellement ?
François Bayrou : Je ne pense pas qu'il y ait de pacte, mais s'ils ont des pactes, ils le disent. Vous comprenez la clarté, c'est pas mal. J'ai montré cet exemple-là. Moi, je me suis retiré pour faire une alliance avec Emmanuel Macron parce qu'à cet instant-là, il était mieux placé. Et c'est pourquoi j'insiste sur cette idée, peut-être je vous l'ai laissé entendre. Dans ce grand courant-là, il faut quelque chose qui est peu fréquent en politique. Il faut de l'abnégation.
Question : Et vous ne la voyez pas pour l'instant ?
François Bayrou : Il faut être capable de dire, et tous les gens qui sont là, dont on a cité le nom, et je peux en citer encore d'autres, tous les gens qui sont là, il faut qu'ils soient capables de dire « si ce n'est pas moi ». J'ai adoré. Alexis Kholer, ancien secrétaire général de l'Élysée, dire parfois à ses interlocuteurs que pour être président, il faut avoir un plus un, c'est-à-dire l'intelligence, et un moins un, c'est-à-dire un petit grain de folie, la certitude d'avoir un destin.
Question : Est-ce que vous le voyez chez quelqu'un, cela aujourd'hui ? Et est-ce que pour vous, personne n'est au niveau d'Emmanuel Macron, dont vous dressez un portrait élogieux d'ailleurs dans le livre ?
François Bayrou : D'abord, il suffit d'ouvrir les yeux pour savoir que, quand je dis qu'il est à la hauteur, on voit qu'il l'est. La hauteur du monde. Et pour moi, c'est un critère, être à la hauteur de Trump et de Xi Jinping et de Poutine.
Question : Il n'y en a pas un qui lui arrive à la cheville aujourd'hui ?
François Bayrou : Ah, je n'ai jamais dit ça.
Question : C'est une question que je vous pose.
François Bayrou : Non, non, je pense au contraire qu'on a plein de capacités peu révélées. Et peut-être que je suis là pour aider à ça. Je pense qu'il y a dans les noms que nous avons cités des gens qui, oui, ont cette capacité-là. Et on va regarder, dans la décantation des temps qui commencent, on va regarder ensemble qui, parmi les candidats, a cette capacité. Cela compte beaucoup. Et je dirais, au moment venu, je dirai ce que je vois sur ces critères-là.
Question : Et vous vous engagerez ? Vous prendrez position ?
François Bayrou : Oui, bien sûr. Vous savez, il n'est pas souvent arrivé que je ne m'engage pas.
Question : Certains ont attendu, notamment en 2007.
François Bayrou : Oui, mais justement parce qu'il ne correspondait pas aux critères. Mais il y a encore autre chose. Qui, dans cela, va être capable de s'imposer par rapport aux autres ? Parce que ce n'est pas seulement un caractère, c'est un tempérament aussi qu'il faut.
Question : Il y a quelque chose d'assez darwinien dans la politique ?
Un tout petit peu.
François Bayrou : Je ne suis pas très darwinien, mais je connais quelqu'un qui l'est, le président de la République. Je vois dans les yeux, il faut avoir une envie qui est sans limite, en fait. Parce que c'est aussi là-dessus que ça se joue. Alors moi qui y suis passé trois fois, ça compte énormément. Mais aujourd'hui pour moi, c'est secondaire par rapport au sens du devoir qu'on devrait avoir. Parce que la crise qui vient, personne n'en parle, on fait comme si tout allait bien. On fait comme disent les anglais « business as usual ». On fait comme d'habitude. On va promettre des dépenses considérables, tout ça. Mais la vérité est que tout cela, cette peinture rose sur le paysage, c'est un mensonge. C'est le bal des menteurs. Je ne dis pas du sang et des larmes, mais je dis que oui, c'est un temps Churchillien. Cette gravité-là, ce sentiment de responsabilité, que tout ce que nous avons devant nous est lourd.
Question : Alors cela va se décanter. François Hollande, il pense que cela va se décanter deux mois avant l'élection. Est-ce que ce sera si tard que ça ?
François Bayrou : C'est très simple. L'alliance que j'ai réalisée avec le président de la République qui allait être élu, Emmanuel Macron, cette alliance-là, elle est du 23 février. Donc c'est à peu près ça. Et ça commence entre fin novembre et le mois de février, il y a trois mois, cruciaux. Il faut que le paysage soit en place, il faut que les candidats soient identifiés, et il faut à la fin assez d'abnégation pour que tous ceux qui sont dans le grand courant que j'évoque disent écoute c'est lui qui est le mieux placé, ou elle.
Question : Ce fleuve de la social-démocratie à la droite de LR, François Bayrou cette fois.
François Bayrou : Oui, parce que dans les noms, pour l'instant, on ne cite que des hommes, mais il y aura aussi, j'en suis sûr, des femmes. Il y a Yaël Braun-Pivet. Il y a des gens de qualité.
Question : Cette fois, vous ne serez pas candidat, mais vous dites, je peux aider et contribuer à faire émerger cette personne fédératrice-là. Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir une mission ou est-ce que vous vous sentez en mission ? Il y a quelque chose chez vous de l'ordre de la mission, j'ai l'impression.
François Bayrou : Oui, je n'ai jamais quitté ce sentiment. Alors, je vais essayer de répondre aussi exactement que je pense sur ce sujet. J'ai toujours eu le sentiment d'avoir une mission.
Question : Une mission divine ?
François Bayrou : Ce sont des conneries, pardon, excusez-moi.
Question : Parce que vous êtes croyant aussi.
François Bayrou : Oui, mais souvent, oui j'ai eu le sentiment que nous avons tous un destin. Je dis ça parce qu'il m'est arrivé d'être moqué sur cette idée que nous avons un destin, c'est-à-dire une responsabilité. Mais je dis, la jeune femme qui élève deux enfants toute seule dans la cité, et qui ne peut pas sortir parce qu'elle n'a pas les sous pour le faire. Et elle repasse en surveillant ses enfants. Elle a un destin. Vous, qui êtes journaliste et brillant, vous avez un destin. Et les politiques, ils ont un destin. Et moi, je me suis toujours senti en effet en mission.
Question : Mais est-ce que Dieu a quelque chose à voir avec cela ? C'est-à-dire portant une responsabilité. Est-ce que cela a à voir avec, qu'est-ce que vous dites avec Dieu parce que vous êtes croyant ?
François Bayrou : Je ne sais pas. Essayons de laisser Dieu où il est, c'est-à-dire vraiment très haut. Je pense que nous ne sommes pas seuls à décider. Pardon de dire des choses comme ça. Je pense qu'il y a au-dessus, il y a des influences. Avec mes meilleurs amis qui s'appellent Philippe Lapousterle, qui a été un grand journaliste, intervieweur, quand on se sépare, on se dit l'un à l'autre que les puissances gardent. C'est un mot oriental, c'est une formule orientale. Je crois qu'en effet, on a une responsabilité qui dépasse la contingence de nos événements, de nos intérêts, des accidents. Je pense qu'on est tous là pour faire quelque chose. Il y a des gens qui croient qu'on est là par hasard. Moi, je n'ai jamais cru ça. Je ne pense pas que le monde soit par hasard. Et je ne pense pas que vous soyez là par hasard. Et je ne pense pas être là par hasard. Je pense qu'aucun d'entre nous ne peut considérer que le monde se débrouille sans lui. Je pense que nous avons une responsabilité. Alors vous appelez ça mission, destin, je veux bien tous les mots que vous utilisez, à condition qu'on prenne la dimension de tout ça.
Question : François Bayrou, c'est le moment de la série de questions. A tous mes invités, questions courtes, réponses courtes. Si vous deviez changer quelque chose dans votre vie, ce serait quoi ?
François Bayrou : Rien.
Question : Votre mot préféré ?
François Bayrou : Mon mot préféré ? Quand j'étais à l'école primaire dans le petit village chez nous, l'instituteur qui était formidable et qui allait mourir à 44 ans d'une tumeur au cerveau en laissant cinq enfants. Sa jeune femme et cinq enfants s'appelaient M. Lacoux, juste avant de partir, se faire opérer et mourir, dans sa dernière leçon, il nous a appris quelque chose que je n'ai jamais oublié. Il a dit n'oubliez jamais le mot le plus long de la langue française c'est « anticonstitutionnellement » alors je dis pas que c'est mon mot préféré mais quand je pense au mot je vois son visage.
Question : et vous pensez à « anticonstitutionnellement ». Est-ce que vous êtes heureux aujourd'hui François Bayrou ? est-ce que vous avez peur de la mort ?
François Bayrou : non
Question : Et vous pensez d'ailleurs que les morts ne sont pas morts ?
François Bayrou : Oui, je pense qu'on n'est pas là par hasard. Et je pense que les destins, quand ils se rencontrent, votre père et votre mère, ils ne vous transmettent pas que de l'ADN, et c'est déjà beaucoup l'ADN. Ils vous transmettent quelque chose d'autre qui a trait au sens de la vie. Et vous savez, autrefois, dans les cours de philo, on distinguait l'inné et l'acquis. Et j'ai très souvent pensé, on parle souvent de cela avec ma femme, le mystère de tout cela, c'est que c'est 100% inné et 100% acquis. Et peut-être plus. Alors, ce ne sont pas des additions qui tombent justes. Et c'est précisément parce que ces additions ne tombent pas justes que ça s'appelle la vie. J'ai une grande admiration pour Louis Pasteur. Pasteur, le grand Pasteur. Et Pasteur, il n'était pas médecin, il était physicien, il s'occupait de physique et il s'occupait de cristallographie, les cristaux. Et il a fait une découverte que je trouve inouïe. C'est pourquoi tout est relié, pour moi, tout le sens des choses explose les frontières. Il a découvert ceci, qui est que les cristaux de la matière inerte, de la matière morte inerte, sont symétriques et les cristaux de la matière vivante sont dissymétriques. Et si vous réfléchissez à cela, vous vous dites : « Qu'est-ce que ça dit ? ». Quand je vois un enfant qui marche, qu'est-ce que je vois ? C'est comme une chute contrariée par un pas en avant. Et dans la vie, tous les accidents qui vous arrivent, heureux ou malheureux, c'est un déséquilibre qui sera plus tard compensé par un autre geste qui amènera l'équilibre. Et pour moi, tout ça est très étroitement lié. Alors peut-être que vous allez dire que j'ai quelque chose, il faudrait que je me soigne, que je voie un psychiatre.
Question : Vous avez peut-être un moins-un, vous aussi, en parlant de la phase d'Alexis Kholer.
François Bayrou : Oui, volontiers.
Question : Vous prenez le moins-un.
François Bayrou : J'accepte d'avoir une case en plus et une case en moins. Parce que ça, c'est vrai.
Question : Donc vous avez le profil pour être président, selon lui, alors. Qu'auriez-vous aimé que votre mère vous dise et qu'elle ne vous ait jamais dit ?
François Bayrou : Les messages ne passent pas que par la parole. Tout ce qu'elle avait à me dire. Alors, c'est des temps où on ne parlait pas. C'est récent de parler. De parler en famille. De se dire qu'on s'aime.
Question : Vous n'auriez pas aimé qu'elle vous le dise ?
François Bayrou : Si, si, j'aurais tout à fait. Mais aucun des messages d'amour, même pas en parole, n'a manqué. Je vais parler d'elle un peu parce qu'on parle souvent de mon père en deux phrases. J'ai raconté ça le jour de ses obsèques. Elle était morte après deux années très difficiles de malheurs, de difficultés, de souffrances, d'Alzheimer, tous ces trucs-là. Et puis il y avait ces obsèques et j'ai raconté la petite fille qu'elle était. Et sa mère, elle, lui disait tout le temps, il faut faire son devoir. Et le premier jour où elle est partie à l'école avec son petit cartable. On lui a dit : « Qu'est-ce que tu vas faire, Emma ? » Et elle a dit « Je m'en vais faire son devoir ». Elle avait mis à la première personne du singulier l'expression du devoir que nous devons tous accomplir. « Je m'en vais faire son devoir. » Je trouve que c'est assez joli. Et je trouve que ça dit quelque chose d'assez profond, c'est-à-dire que vous parliez de mission, de responsabilité, on doit tous faire le devoir, prendre sa part du devoir commun.
Question : Votre père, qu'auriez-vous aimé qu'il vous dise ?
François Bayrou : J'aurais aimé qu'il reste un peu plus longtemps. Papa s'est tué le jour du deuil national de Pompidou. Et Babeth est venue, ma femme est venue me chercher pour me dire qu'il s'était tué. C'était assez chaud pour moi, pour elle, pour tout le monde. On avait deux petites filles, on avait 22 ans. Et je suis arrivé devant son corps. Il avait fallu rentrer de Bordeaux, déposer les enfants. Donc je suis arrivé, la nuit était là. Et donc je suis arrivé devant lui. Et ce qui m'est apparu si difficile à supporter, et l'image que j'ai eue c'était exactement celle-là : le trait était tracé en bas de l'opération. Je pense qu'il ne pouvait pas me dire plus de manière non-verbale, comme ma mère. Mais moi, j'aurais pu lui dire plus. J'aurais pu lui dire, moi, que je l'aimais, par exemple. A cette époque, on ne disait pas ce genre de choses. Je n'ai pas pu lui dire. J'ai dit à ma mère, parce qu'elle est restée beaucoup plus longtemps, évidemment, jusqu'à la difficulté finale. Mais vous voyez, on dit toujours, « Qu'auriez-vous aimé que votre père vous dise ? » Et moi, je vous dis : « Que vous, vous auriez aimé lui dire ». Ce que moi, j'aurais aimé lui dire.
Merci beaucoup François Bayrou.
François Bayrou : Merci beaucoup. Merci à vous.
🎧 Pour écouter le podcast 👉 https://open.spotify.com/episode/4kXHLPQQNTdg6WAMzS1D4Z?si=5e691f4f2f574c94”
- 2026-07-09 “Jean-Noël Barrot : « Nous n'avons jamais cessé de nous tenir aux côtés du peuple syrien qui a été meurtri par des années de répression sanglante » — Ce jeudi matin, Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, était l'invité de la matinale de TF1 pour évoquer la situation au Moyen-Orient, après les frappes américaines ayant visé l'Iran dans la nuit, mais aussi sa visite en Syrie en début de semaine ainsi que l'élection présidentielle.
Moyen-Orient : « Cette guerre n'a fait que des perdants »
Cette nuit, l'armée américaine a annoncé avoir ciblé en Iran, les Iraniens qui avaient tiré sur les bases américaines, Jean-Noël Barrot a réagi :
L'Iran a violé l'accord qui a été trouvé avec les États-Unis, violé aussi le droit international en s'en prenant à des navires qui circulaient à l'extérieur des eaux iraniennes.
Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a appelé à l'arrêt des représailles entre les deux parties pour que les engagements soient tenus, c'est-à-dire la réouverture du détroit d'Ormuz et que débute enfin une négociation « dont nous avons besoin pour encadrer strictement le programme nucléaire iranien. » Il ajoute sur la responsabilité de l'Iran :
C'est l'Iran qui, en s'en prenant à des navires qui circulaient dans les eaux omanaises, a violé ses propres engagements, ainsi que le droit international et qui doit absolument cesser pour que ces négociations si importantes puissent se poursuivre dans les meilleures conditions.
Pour Jean-Noël Barrot, les États-Unis ont riposté face à la violation des engagements pris par l'Iran. Pour autant, le président américain a continué d'exprimer son intention à ce que les pourparlers se poursuivent puisque « cette guerre n'a fait que des perdants » pour les Iraniens, les Américains mais aussi nous les européens avec l'augmentation du prix de l'essence :
Nous n'avons aucune intention de continuer à payer le prix des guerres qui ne sont pas les nôtres.
Interrogé sur un possible retour du porte-avions Charles de Gaulle vers le détroit d'Ormuz, Jean-Noël Barrot a affirmé qu'il continue de se rendre vers son port d'attache à Toulon. Il a donc précisé l'état d'esprit de la France :
Et donc c'est dans le même état d'esprit que nous restons, en souhaitant bien sûr que le calme revienne, que ces opérations de déminage puissent intervenir le plus rapidement possible pour que la navigation reprenne et que, si l'on peut dire, la pression qui s'est exercée sur le prix des hydrocarbures cesse.
Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a affirmé que les prix à la pompe n'augmenteraient pas et a souligné : « nous sommes opposés radicalement à toute forme d'entrave, de péage ou de chantage dans le détroit d'Ormuz et dans tous les détroits du monde. » Il ajoute :
Nous ne sommes pas les seuls à tenir cette position, c'est l'ensemble de la communauté internationale qui voit le péril que représenterait un blocage ou un péage imposé par l'Iran.
Jean-Noël Barrot espère que ce cycle de représailles cesse immédiatement pour que les discussions reprennent.
Syrie : « Nous sommes aux côtés du peuple syrien »
En début de semaine, Jean-Noël Barrot était avec le président de la République en Syrie. L'occasion d'évoquer les nouvelles stratégies économiques avec le pays dont la dictature de Bachar al-Assad s'est achevée depuis un an et demi maintenant. Pour notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, et avec le nouveau président syrien Ahmed al-Charaa, l'idée de préparer des voies alternatives est désormais possible. Il précise :
La Syrie, après avoir renversé le dictateur sanguinaire Bachar al-Assad, il y a un an et demi maintenant, est en train de se réunifier, de se renforcer et de devenir potentiellement, en tout cas c'est ce que nous souhaitons, un carrefour pour les échanges économiques, que ce soit dans le domaine de l'énergie mais aussi dans le transfert des données.
Pour notre vice-président, on peut imaginer désormais une Syrie renforcée, souveraine et réunifiée à l'écart de l'emprise de l'Iran. Il rappelle :
Nous n'avons jamais cessé de nous tenir aux côtés du peuple syrien qui a été meurtri par des années de répression sanglante. C'était le premier message que nous venions apporter avec le président de la République en Syrie, nous sommes aux côtés du peuple syrien.
Jean-Noël Barrot précise aussi que c'est un message de sécurité pour la France : « des pays renforcés, souverains, maîtres de leur destin, c'est la meilleure des choses que nous pouvons espérer pour notre propre sécurité. » Et enfin, cette rencontre avec le gouvernement syrien a permis de développer et d'approfondir sur les sujets économiques.
Présidentielle : « Nous combattrons Marine Le Pen et ses idées »
À la fin de l'entretien, Jean-Noël Barrot a été interrogé sur la décision de justice qui condamne Marine Le Pen, finalement candidate à l'élection présidentielle :
Ce que je peux dire, comme François Bayrou l'a dit à sa manière, c'est que nous combattrons Marine Le Pen et ses idées comme nous le faisons depuis 50 ans.
Sur les derniers sondages publiés qui place le Rassemblement national en tête des intentions de vote, Jean-Noël Barrot affirme « qu'il ne faut pas regarder les sondages un an avant l'élection ou même neuf mois avant l'élection. » Pour lui, l'importance est de se préparer à mener une campagne exigeante et difficile tout en disant la vérité sur le projet du Rassemblement national. Il précise :
C'est un projet qui considère que la France a déjà perdu, qui ne fait pas confiance en la France dans sa capacité à relever tous les défis, qui au fond est un poison mortel pour le pays parce qu'ayant perdu tout espoir, son seul projet, c'est de dresser les Français les uns contre les autres, de désigner des boucs émissaires.”
- 2026-07-09 “Soirée-débat France Forum « Faut-il craindre les extrêmes » ? — Mercredi 8 juillet, l'amphithéâtre Jean Lecanuet accueillait une soirée-débat sur la montée des extrêmes au sein de notre société. Animée par Agnès Louis (maître de conférences en science politique à l'Université catholique d'Angers) – coordinatrice du dossier thématique de la revue – la discussion s'est engagée entre les chercheurs Dorothée Reignier (maître de conférences en droit public à Sciences po Lille), Adrien Louis (maître de conférences en science politique à l'Université catholique d'Angers) et la députée de la 1ère circonscription de la Nièvre Perrine Goulet.
Les partis situés aux extrémités du champ politique connaissent une forte montée en puissance depuis une dizaine d'années. Aujourd'hui, le groupe RN à l'Assemblée compte 119 députés et celui de la France insoumise environ 70. Corrélativement, la violence des débats parlementaires s'est accrue. Qu'est-ce que l'extrémisme ? Les partis situés aux deux extrêmes sont-ils teintés d'extrémisme ? Le premier article du dossier, de Jean-Luc Pranchère dresse un certain nombre de critères, dont la primauté des moyens sur les fins et l'incapacité à s'inscrire dans le pluralisme politique. La construction du compromis avec les partis situés aux extrêmes est pratiquement impossible. Adrien Louis remarque la différence de stratégie entre LFI, parti explicitement insurrectionnel et à l'idéologie solide, du RN, qui affiche à l'Assemblée calme et respect des règles tout en remettant en cause, insidieusement, la justice et l'état de droit – comme viennent de le montrer les déclarations de Marine Le Pen le 7 juillet au soir.
Dorothée Reignier a étudié avec précision le rapport à la loi des députés RN, notamment à travers l'étude de la proposition de loi « Citoyenneté-Identité-Immigration » déposée le 25 janvier 2024. Sur le fond et la forme, cette proposition révèle tous les dangers qu'une telle politique présente pour l'Etat de droit et les citoyens. Le RN propose que la Constitution soit supérieure à toutes les normes ouvrant une brèche sur les textes protégeant les droits de l'homme. Différents types de discrimination entreraient ainsi dans la loi, et rompraient l'universalisme porté par la République. Une aide-soignante venue d'Afrique n'aurait, par exemple, pas accès aux soins pour elle-même. La question de la double nationalité qui interdirait l'accès à certains métiers est également choquante. Tout ce qui touche au droit d'asile se trouve directement attaqué par cette proposition. Quant à la déclaration de Marine Le Pen à la suite du verdict, elle oppose clairement le droit et le peuple, affirmant qu'il revient au peuple de juger.
La députée de la Nièvre Perrine Goulet garde un souvenir frappant de cet épisode à l'Assemblée. Elle nous livre un témoignage sur le comportement des partis extrêmes en hémicycle. La stratégie de « bordélisation permanente » de LFI entretient sciemment un climat insurrectionnel, de violence verbale, qui empêche les débats de se dérouler sereinement. A l'inverse, les députés RN veillent à se couler dans le moule et à conserver un calme olympien. La stratégie « de la cravate » du RN n'est pas moins dangereuse, car le fond extrêmement problématique du projet est camouflé sous une apparente respectabilité. Nul doute que, au pouvoir, le RN s'écarterait des principes démocrates essentiels. C'est aux démocrates, au sens large, de les défendre. Au pouvoir, les extrêmes ne pourraient que décevoir un électorat captif de leurs promesses irréalistes. Par exemple, une incohérence frappe d'emblée : le RN demande aux étrangers de s'assimiler mais leur barre toutes les voies d'accès vers le travail.
L'incohérence du programme du RN, qui promet des choses inconciliables, doit être soulignée. Tout comme celui d'Eric Zemmour, qu'Adrien Louis a étudié. A la lecture de son dernier livre, La messe n'est pas dite, il ressort qu'il demande aux musulmans une foi privée, tout en demandant aux chrétiens une foi nationale. Il ne semble pas s'intéresser à la transcendance religieuse et au message d'amour universel, mais érige la religion catholique en bien national à défendre. Et Eric Zemmour affirme nettement son admiration pour Donald Trump et sa politique migratoire musclée.
Dorothée Reignier souligne que les arguments rationnels – pourtant nécessaires – ne suffisent pas à convaincre l'électorat des extrêmes. Démonter l'incohérence de leur programme place les opposants en position de membre d'un système dominant, ce que d'aucuns appellent « l'extrême centre », qui se prétendrait détenteur des valeurs « bonnes » de la démocratie libérale ou néo-libérale. La position de surplomb de certaines élites a ainsi pu passer pour du mépris de classe. Or, c'est de considération et de reconnaissance que les citoyens ont besoin. Comment faire pour lutter contre les extrêmes ? S'attaquer aux thèmes qu'ils portent, en montrant que non seulement ils n'apportent pas les bonnes réponses mais qu'ils formulent également les questions de manière biaisée, renvoyant l'ensemble des problèmes à la question de l'immigration.
Lutter contre les extrêmes implique également de tracer un chemin d'espérance. La situation géopolitique, européenne et nationale, est sombre. Pour autant, il ne faut pas en rester à ce constat mais offrir des pistes pour s'en sortir collectivement, sans laisser une partie de la population sur le bord de la route. Les deux extrêmes jouent sur l'opposition frontale de deux types de population – les musulmans pour le RN, les riches pour LFI – ce qui entraîne une division profonde de la société. Au centre, les démocrates visent, à l'inverse, à comprendre et à écouter toutes les strates de la population, pour rechercher une politique de compromis et de justice sociale. Un projet et un discours d'espoir sont indispensables.
Dans les moyens, la maîtrise des réseaux sociaux par les extrêmes est réelle. La puissance de l'immédiateté s'accorde parfaitement avec le simplisme de leur message. Il nous faut s'emparer également de ce terrain, sans perdre en nuance. Le règne de l'image, de l'apparence physique joue considérablement, certainement plus qu'on n'ose le dire. Le RN comme LFI bénéficient en outre d'une force : leurs leaders sont identifiés depuis très longtemps, les citoyens se sont attachés à eux.
N'oublions pas que ces extrêmes sont souvent soutenus par des puissances étrangères, qui ont intérêt à fragiliser les démocraties libérales. Et regardons également les exemples d'extrêmes au pouvoir, comme en Italie – ou la tentative de jouer le peuple contre le droit a récemment échouée, mais qui a régressé sur de nombreux plans - ou en Hongrie.
Pour combattre l'idéologie et les stratégies des deux extrêmes, il faut les connaître, les analyser et, bien évidemment, ne pas tomber dans la fascination ou l'imitation. Les démocrates doivent s'unir pour porter un projet collectif d'espoir.”
- 2026-07-09 “Portrait : Patricia Maussion, nouvelle députée Les Démocrates ! — Pouvez-vous revenir sur votre parcours avant de devenir députée ?
Je suis avant tout une femme de terrain, ancrée dans le monde agricole depuis plus de trente ans. J'ai suivi des études agricoles au Campus de Pouillé avant de m'installer avec mon mari en janvier 1993 sur une exploitation laitière à Loiré, en Maine-et-Loire. En 2009, j'ai fait évoluer mon exploitation, fondée sur l'autonomie alimentaire avec des prairies multi-espèces et équipée d'un séchage en grange, vers l'agriculture biologique. Depuis début 2026, je travaille aux cotés de mon fils, à qui mon mari a transmis ses parts de l'exploitation.
Mon engagement professionnel a naturellement accompagné ce parcours. Dès 1993, j'ai rejoint le syndicat des Jeunes Agriculteurs de Maine-et-Loire. J'ai ensuite intégré le bureau de la chambre d'agriculture, d'abord au niveau départemental puis régional, où j'ai présidé le pôle agriculture biologique. La formation des agriculteurs a été l'un de mes chevaux de bataille :
Je suis convaincue qu'on ne peut pas construire l'agriculture de demain sans anticiper les transitions auxquelles le monde agricole doit faire face. La formation permet l'autonomie de décision des futurs agricultrices et agriculteurs.
Mon engagement public s'est progressivement élargi à la sphère élective. Conseillère municipale à Loiré dès 2001, je suis devenue adjointe au maire en 2014, puis première adjointe en 2020. Cette même année, j'ai été élue à la présidence du Pays de l'Anjou Bleu, qui exerce des compétences déléguées par deux communautés de communes, Anjou Bleu Communauté et les Vallées du Haut-Anjou. Depuis 2015, je suis conseillère régionale des Pays de la Loire, où je siège à la commission agriculture, m'impliquant en particulier sur les dossiers relatifs à l'agriculture biologique. En mars 2026, j'ai été élue maire de Loiré, mandat dont j'ai été contrainte de démissionner en raison de la loi sur le non-cumul des mandats.
Qu'avez-vous ressenti en entrant à l'Assemblée nationale pour la première fois ?
Le poids de la responsabilité, immédiatement. C'est un lieu chargé d'histoire, traversé par des générations de femmes et d'hommes qui ont façonné notre République et notre pays.
On se sent tout petit face à cela, et je pense que c'est sain. Cette humilité-là, je veux la garder. Elle rappelle que l'on n'est pas là pour soi, mais pour celles et ceux que l'on représente.
Quelle députée souhaitez-vous être ?
Une députée de proximité, d'abord. Je veux rester connectée au territoire et aux citoyens, ne jamais perdre le lien avec la réalité du terrain. Ce qui remonte des habitants, des élus locaux et des différents corps intermédiaires, c'est cela qui guidera mon travail parlementaire.
Je veux aussi être une députée à l'écoute et dans la construction.
Je souhaite travailler avec les autres, étape par étape, en cherchant le consensus là où il est possible. C'est ma méthode depuis toujours, et je veux la conserver.
Pourquoi avoir choisi de siéger au sein du groupe Les Démocrates ?
Pour ses valeurs, d'abord : l'écoute, le dialogue, la volonté de construire plutôt que de s'opposer. Dans un hémicycle souvent marqué par les postures et les affrontements, Les Démocrates représentent pour moi une façon positive de faire de la politique, plus attentive aux solutions concrètes. C'est quelque chose d'important pour faire de l'année électorale qui s'ouvre une année utile.
Je connaissais bien ce groupe : j'ai été la suppléante de Philippe Bolo, et j'ai eu l'occasion d'observer cette culture de travail de près.
C'est un groupe dans lequel je me reconnais pleinement, et dans lequel je sais que je pourrai travailler avec cohérence et sincérité.
Dans quelle commission/groupe d'amitié allez-vous siéger ? Pourquoi ?
J'ai rejoint la Commission des affaires économiques, qui traite naturellement des sujets agricoles mais dont le champ est bien plus large : industrie, énergie, numérique, commerce… Tous les grands enjeux économiques du pays y sont abordés.
Sur les groupes d'amitié et les groupes d'études, je n'ai pas encore arrêté mes choix définitivement : les premières semaines à l'Assemblée laissent peu de place à la réflexion tranquille !
Quels sujets comptent particulièrement pour vous et sur lesquels vous souhaitez vous mobiliser ? Quelles sont vos premières priorités ?
L'agriculture, sans hésitation. Mes premières semaines à l'Assemblée ont d'ailleurs été très largement dédiées au projet de loi d'urgence agricole, pour lequel nous avons examiné plusieurs centaines d'amendements.
Mais je ne m'intéresserai pas qu'à la seule thématique agricole. Mon mandat sera aussi façonné par ce qui remonte du territoire, dans toute sa diversité. Les enjeux ruraux comme l'accès aux soins, la vitalité des communes, sont au cœur de ma circonscription, mais je représente aussi des territoires urbains, comme Angers et Avrillé, avec leurs propres réalités et leurs propres attentes.
Je ne veux oublier personne. C'est cette globalité du territoire que je souhaite porter à l'Assemblée.
Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager en politique ?
Je ne suis pas entrée en politique par attrait du « politicien ». Cela s'est fait progressivement, presque naturellement, à partir de mon engagement professionnel. À chaque étape, ce sont des personnes qui sont venues me chercher, qui m'ont fait confiance et m'ont proposé de prendre de nouvelles responsabilités. Au final, je n'ai jamais planifié de carrière politique.
Ce qui m'anime profondément, c'est la dimension d'intérêt général. Résoudre des problèmes concrets, améliorer le quotidien des gens, contribuer à quelque chose qui dépasse l'individu, voilà ce qui donne du sens à mon engagement.
Mon mandat de députée, je le vis comme le prolongement naturel de mes mandats locaux, à une échelle différente, avec des moyens d'action supplémentaires.
Les valeurs qui guident ma boussole politique sont celles du centre : le compromis, l'ouverture, le refus des extrêmes.
Une personne ou un événement qui vous a marqué dans votre vie ou dans votre engagement politique ?
Beaucoup de personnes ont compté dans mon parcours. Au niveau professionnel, Christiane Lambert m'a donné envie de m'engager pour le monde agricole avec conviction et ambition. En région, Jean-Marc Lézé m'a beaucoup apporté. Et des personnalités comme Jean-Louis Borloo m'ont aussi beaucoup inspirée.
Mais si je devais citer une figure qui me touche profondément, ce serait Simone Veil, qui représente pour moi un modèle d'engagement au sens le plus noble du terme.”
- 2026-07-07 “Jean-Paul Matteï : « La charge de la dette va devenir le premier poste de dépense de l'État devant l'école, devant notre défense » — Lors des questions au gouvernement du mardi 7 juillet, notre député des Pyrénées-Atlantiques a interrogé le ministre de l'Action et des Comptes publics sur l'état des finances publiques.
Merci, merci Madame la Présidente et merci pour ce bel hommage. On a une pensée au groupe Les Démocrates pour Béatrice et sa famille, ainsi que les membres de son groupe parlementaire.
Ma question s'adresse à Monsieur le ministre de l'Action et des Comptes Publics. Le constat sur nos finances publiques était lourd, mais le comité d'alerte de ce matin confirme nos plus vives inquiétudes. Les chiffres sont implacables : 152 milliards de déficit en 2025, une dette franchissant les 3500 milliards et une croissance revue à 0,7% percutée par la crise du détroit d'Ormuz.
Disons-le clairement, la dépense n'est pas encore hors de contrôle. Les efforts initiés par François Bayrou ont été poursuivis et la trajectoire tenue par Sébastien Lecornu.
Pour autant, l'heure des choix est venue. La charge de la dette va devenir le premier poste de dépense de l'État devant l'école, devant notre défense. Face à cela, nos dettes sont de toute nature : budgétaires, bien sûr, mais aussi écologiques, productives, démographiques et par conséquent démocratiques.
Le prochain budget exigera des arbitrages forts. Au groupe Les Démocrates, nous voulons poser les jalons d'une solidarité intergénérationnelle, réinventer et investir pour la transition, la recherche, et l'innovation. Un budget court-termiste serait une impasse. Ce n'est pas parce que les cartes seront rebattues en 2027 que nous ne sommes exonérés de notre responsabilité de législateur ici et maintenant. Chacun devra assumer ses choix.
Alors, Monsieur le Ministre, trois questions simples. Quelles orientations privilégiez-vous à ce stade ? Quelle sera votre méthode puisque vous écartez toute loi de finances rectificatives ? Enfin, pouvez-vous vous engager à ce qu'une loi spéciale dont nous ne voulons pas ne soit pas la solution de facilité choisie par l'exécutif ?
Je vous remercie.”
- 2026-07-07 “François Bayrou : « La France va pouvoir avoir le débat auquel elle a droit » — François Bayrou était l'invité de Jacques Cardoze sur Sud Radio ce matin, mercredi 8 juillet, à 8h15.
Jacques CARDOZE : Je suis très heureux d'accueillir François Bayrou. Vous avez décidé de réserver votre parole à Sud Radio après la folle journée que nous avons connue hier. Marine Le Pen, contre vents et marées, a décidé de se présenter à la présidentielle. Certes, elle est condamnée pénalement, mais pas empêchée juridiquement. Tout simplement, quelle est votre réaction à cette journée d'hier ?
François BAYROU : C'était une journée, comme il y en a souvent dans la politique française, d'ailleurs dans la politique du monde. C'est une journée un peu folle, absolument frappante par le suspense. Au fond de moi, je trouve que de tout cela, il faut en faire du bien .
Jacques CARDOZE : Pourquoi ?
François BAYROU : Premièrement parce que le jugement, vous le voyez bien, recherchait un certain équilibre. C'est-à-dire à la fois la confirmation de la reconnaissance d'un certain nombre d'errements, et puis deuxièmement le réconfort : respect du principe de ne pas porter atteinte aux droits de l'électeur, de choisir son candidat et son président.
Jacques CARDOZE : Vous vous étiez dit, pardon, troublé après le jugement, justement pour ces deux raisons que vous venez d'évoquer. Cette fois-ci, vous n'êtes plus troublé.
François BAYROU : Non, et vous voyez bien que ce que j'avais exprimé. J'étais Premier ministre, c'était donc une parole forte. J'avais pesé les mots et affirmé ce trouble à propos de l'exécution provisoire.
Jacques CARDOZE : Tout à fait.
François BAYROU : Parce qu'il y a un principe de droit que je considère comme intangible, c'est qu'il faut toujours avoir un recours devant un jugement. Et sur le fond, parce que c'est cela qui m'intéresse : la France va pouvoir avoir le débat auquel elle a droit. Le débat de l'élection présidentielle, c'est un débat pour que le pays saisisse et choisisse le destin qui doit être le sien. Si cela n'avait pas été le cas, il y aurait eu des polémiques incessantes. Et là, il y aura des polémiques parce que c'est le lot de la politique française. Mais au moins l'électeur, le citoyen, va voir devant lui se former le débat par lequel il doit choisir son avenir.
Jacques CARDOZE : On craignait justement, c'est ce que vous disiez, le pouvoir des juges après le premier jugement. Le fait que les juges, quelque part, s'immiscent et s'invitent dans un débat politique, c'est un peu le sens de ce que vous aviez dit. Est-ce que vous pensez que les magistrats, quelque part, l'ont compris, qu'il faut désormais laisser le peuple décider, et que quelque part, ils étaient allés trop loin ? Vous avez parlé de correction après ce premier jugement. À l'instant vous dites qu'il y a une forme d'équilibre qui a été trouvée. D'équilibre. Pardon, correction, ce n'était peut-être pas le bon terme, mais d'équilibre.
François BAYROU : D'équilibre. Ne changeons pas les mots, ils sont très importants dans ces affaires. Et donc, il y a la recherche d'un équilibre et vous le voyez bien, cet équilibre, il va être d'ailleurs enrichi par le pourvoi en cassation dans lequel est recherchée la question de fond sur est-ce qu'il est normal qu'un assistant parlementaire fasse ou pas de la politique nationale.
Jacques CARDOZE : Alors je rappelle que le MoDem a fait l'objet d'une enquête sur les faits présumés, des faits qui sont similaires et en même temps beaucoup moins importants, beaucoup moins forts. Entre 2005 et 2017, des fonds destinés à rémunérer des assistants parlementaires européens auraient servi à payer des collaborateurs travaillant en réalité pour l'UDF et le MoDem à l'époque. Donc c'est une affaire similaire, mais on a bien compris que les faits n'étaient pas identiques. Et d'ailleurs je vous propose, M. Bayrou, je vous propose justement d'entendre les quelques secondes où elle compare la situation à la vôtre.
On l'écoute : Oui, je viens de dire que j'ai les mains propres et encore une fois, je ferai un pourvoi en cassation pour le démontrer. Je note quand même que pour les mêmes faits, M. Mélenchon a bénéficié d'un non-lieu et M. Bayrou a été relaxé.
Ce n'est pas du tout les mêmes montants, Mme Le Pen. Là, on parle de plus de 3 millions d'euros.
C'est tout à fait les mêmes faits .
François BAYROU : Alors, j'ai été relaxé. Comme un certain nombre de ceux qui travaillaient avec moi, et quand Mme Le Pen dit que ce sont les mêmes faits, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai pour deux raisons principales, et qu'il est bon de rappeler, et évidemment, de ne pas laisser courir ce genre d'affirmation.
Jacques CARDOZE : Vous êtes là pour ça.
François BAYROU : Premièrement, je n'étais pas député européen. C'est une grosse différence. C'est une grosse différence parce que c'est en tant que député européen que les, entre guillemets, détournements, quelle que soit leur nature, ont été faits. Je n'étais pas député européen. Et deuxièmement, le jugement du tribunal dit en toutes lettres que chez nous, il n'y avait pas de système, il n'y avait pas d'organisation mise en place pour obtenir des financements supplémentaires.
Jacques CARDOZE : Cela veut dire quoi M. Bayrou ? Cela veut dire qu'à l'époque, on considérait que la règle n'était pas très claire et que donc il y avait une porosité finalement entre ce que pouvaient faire les assistants parlementaires, entre ce qui relève de l'Union Européenne et ce qui ne relève pas de l'Union Européenne.
François BAYROU : Le pourvoi en cassation va dire ce qu'est la réalité de l'affectation de cette accusation de détournement pour des assistants parlementaires. Mais je veux répéter devant vous, parce que pour ne pas laisser croire ou entendre même par allusion que c'était la même chose, je n'étais pas député européen. C'est en tant que député européen que Marine Le Pen est poursuivie. Et deuxièmement, le tribunal écrit en toutes lettres que dans notre cas, il n'y avait pas le système dont on nous avait accusé. Je vous donne un indice pour aller dans ce sens-là. Les montants que les magistrats affirment que nous aurions indûment mis en cause, c'est 1,5% de la masse salariale pendant 10 ans. Vous voyez que cela n'a absolument rien à voir avec une organisation de détournement, entre guillemets, parce que la Cour de cassation va pouvoir dire si détournement il y a ou pas.
Jacques CARDOZE : Alors en ce qui vous concerne, il y a l'appel de la relaxe qui arrivera en octobre, c'est bien cela ?
François BAYROU : En septembre.
Jacques CARDOZE : En septembre. Vous partagez une histoire, on peut dire, et des propositions communes avec le Rassemblement National, comme notamment la proportionnelle. Hier, on a entendu Edwige Diaz, députée, porte-parole du RN, dire que désormais le problème du RN, cela allait être le financement. Peut-être qu'avec cette condamnation, ce sera même peut-être encore plus compliqué. Est-ce que vous réitérez aujourd'hui à ce micro le fait que c'est un problème pour le RN de ne pas avoir suffisamment de fonds pour pouvoir concourir d'une certaine façon dans la logique de ce que vous avez toujours dit ?
François BAYROU : Je ne le crois pas qu'aujourd'hui, en raison des ressources considérables qui sont les siennes, parce que le nombre de députés que cette formation politique a désormais lui permet des financements importants. Après, je ne sais pas comment tout cela est géré. Je n'ai aucune indication sur tout cela. Mais vous vous souvenez que j'avais proposé l'idée d'une banque de la démocratie qui aurait été mise en place pour répondre à des problèmes de cet ordre parce qu'il n'est pas normal que ce soit des banques privées qui décident toutes seules si une formation politique ou une campagne électorale est finançable ou pas. Et donc, j'avais proposé cette idée, elle avait été reprise par le président de la République dans son programme, et puis le gouvernement de l'époque ne l'avait pas acceptée. Je considère que c'est un manquement.
Jacques CARDOZE : François Bayrou, on a tous été surpris quand même par la position de Marine Le Pen hier, qui a décidé de se pourvoir en cassation. Tout le monde imaginait peut-être à tort qu'elle accepterait cette condamnation en appel. Vous auriez pris la même décision ?
François BAYROU : Honnêtement, j'attendais cette décision, puisqu'elle avait dit qu'avec bracelet, jamais elle ne ferait campagne. Et je comprenais très bien qu'avec un bracelet, vous ne pouvez pas faire campagne. Tout ça n'a aucun sens. Et donc, la décision qu'elle a prise, c'est une décision prise parce que le calendrier des magistrats et de la Cour de cassation fait que probablement la décision sera prise tard. Ce qui fait que la campagne électorale pourra avoir lieu.
Jacques CARDOZE : C'est ce qu'elle croit.
François BAYROU : Alors vous savez, il y a un débat terrible parmi les juristes. Personne n'est d'accord sur ce que pourrait décider la Cour de cassation. Je vais trancher, je résume le débat pour que cela soit clair.
Jacques CARDOZE : On l'a évoqué ce matin sur l'antenne de Sud Radio.
François BAYROU : Si la Cour de cassation casse le jugement d'hier, alors cela veut dire qu'on revient au jugement antérieur, à l'inéligibilité immédiatement applicable. Et d'autres disent, plus nombreux je crois : Mais non, le jugement de la Cour d'appel infirme sur ce point le jugement du tribunal, de la première instance .
Jacques CARDOZE : Est-ce qu'on peut faire campagne lorsqu'on est repris de justice ? Dans l'opposition de Marine Le Pen, on entend beaucoup cet argument.
François BAYROU : Oui, je m'efforce de ne pas employer des mots qui soient des mots qui peuvent être appliqués à beaucoup dans le monde politique. On est dans un temps...
Jacques CARDOZE : Et d'ailleurs, on rappelle qu'avec le pourvoi en cassation, elle sera présumée innocente, officiellement.
François BAYROU : On est revenu à un temps d'une extrême violence dans la vie politique. Et donc, je m'efforce de ne pas employer des mots qui soient des mots de stigmatisation, même si je suis, comme vous le savez, un adversaire déterminé du RN et des extrêmes en général. Je veux en dire un mot, une phrase sur ce point. Jamais dans l'histoire du monde, jamais, la prise du pouvoir par l'extrême droite ou l'extrême gauche n'a apporté du bien à un pays. Pour deux raisons principales : la première c'est que ce sont des mouvements qui divisent la société, qui jettent les uns contre les autres, qui multiplient les accusations pour que les uns soient rejetés et les autres au contraire soient glorifiés. Tout cela, cet affrontement de violence, est le contraire de l'intérêt du pays. Et deuxièmement, la politique du bouc émissaire qui consiste pour les uns à dire on va faire payer les immigrés et l'Europe et pour les autres, à l'extrême gauche, dire : on va faire payer les riches , en jouant avec tout un tas de mots et de thèmes et d'allusions qui sont en réalité de l'antisémitisme. Ce sont les Juifs que l'on vise, et encore récemment, de manière pour moi tout à fait évidente. Tout cela, c'est faire reculer le pays. Il n'y a qu'une manière de faire avancer le pays -c'est pourquoi j'ai écrit ce livre- c'est de lui dire la vérité sur la situation comme elle est, de la lui expliquer alors qu'elle n'a jamais été expliquée clairement par personne. C'est le premier livre grand public qui explique ce que c'est. Ce qui fait avancer un pays, c'est la vérité partagée.
Jacques CARDOZE : On va y venir dans un instant, Alerte sur la France qui vient aux éditions de l'Observatoire. Une dernière question sur l'épisode RN, et puis ensuite on va aborder d'autres sujets, et notamment tout ce dont vous parlez dans ce livre, parce que c'est évidemment ce qui intéresse, et c'est l'avenir du pays qui est en jeu. Mais une dernière question, est-ce que vous pensez que l'opinion pardonnera cette condamnation à Marine Le Pen de trois ans de prison, ou que la poussée Rassemblement National finalement est trop forte, et que les gens se disent, en termes éthiques, et en termes moraux : eh bien tant pis, elle est condamnée, mais on veut que ce soit elle . Parce que c'est un peu ce qu'on entend. François BAYROU : Votre formulation laisse entendre que c'est joué à l'avance. Que le pays a choisi. Moi, je ne crois pas cela. Je regarde les dynamiques. Comme vous le disiez à l'instant, il y a deux dynamiques qui se font face, LFI et RN. Le pays est à la veille du plus grand choix qu'il ait eu à prononcer depuis très longtemps. Et ce grand choix touche à son avenir et singulièrement à l'avenir des plus jeunes. J'ai écrit ce livre pour éviter ce que j'appelle la guerre des générations. Et pour expliquer que si on ne veut pas la guerre des générations, il faut l'alliance des générations. Il faut que tout le pays, dans son ensemble, décide de prendre les décisions nécessaires pour que les jeunes aient enfin une place et que le pays lui-même retrouve son équilibre et on en est très loin. Cette orientation est la seule qui permet au pays d'avancer.
Jacques CARDOZE : François Bayrou est avec nous, l'invité exceptionnel de Sud Radio ce matin, et je montre à l'antenne en même temps sur YouTube la couverture de votre livre. François Bayrou, Alerte sur la France qui vient. On va y venir dans un instant, Monsieur le Premier ministre, puisqu'effectivement vous abordez des questions qui sont des questions majeures. La pauvreté, la dette, enfin tout ce qui évidemment, sera absolument au cœur et doit être au cœur du débat sur la prochaine présidentielle. Et puis, on vous demandera, parce que vous n'êtes pas encore très bien exprimé au sujet de la présidentielle 2027, quelle est votre vision ? Quels sont ceux vers qui vous pourriez aller ? Ou quels sont les arguments qui pourraient vous faire soutenir l'un ou l'autre des candidats ?
Seconde partie :
On aborde maintenant un deuxième thème avec vous, M. Bayrou. Votre livre, Alerte sur la France qui vient, est un livre qui puise, j'imagine, dans votre expérience toute récente de Matignon, votre constat. Vous avez eu des mots précis et constants, notamment sur la dette française. On va y venir, mais sur Sud Radio, on entend beaucoup d'auditeurs qui nous appellent au sujet des prix du carburant. Et je lis page 195 dans votre livre, vous y faisiez allusion à l'instant. Vous dites, voilà, on a un manque de moyens publics, manque de moyens privés, manque de moyens pour l'État, manque de moyens pour les particuliers. Vous dressez un constat qui est quand même terrible et vous terminez ce chapitre, ce petit paragraphe par : C'est certain, la France s'appauvrit .
François BAYROU : Il y a des chiffres nationaux et internationaux qui montrent cela.
Jacques CARDOZE : Et vous citez juste après, effectivement, le point de vue en PIB par habitant.
François BAYROU : J'ai essayé de prendre un pays de comparaison et j'ai pris un pays qui n'est pas la puissante Allemagne, dont on pourrait discuter d'ailleurs de la crise qui vient aujourd'hui, j'ai pris un pays qui, de ce point de vue-là, n'a pas l'assise, et j'ai pris les Pays-Bas. Écoutez bien, si l'on prend le produit intérieur des Pays-Bas, et qu'on essaie de l'estimer pour chacun des habitants, et ce chiffre qui s'appelle le produit intérieur par habitant, celui des Pays-Bas est supérieur à celui de la France de 30%. C'est terrible. Ce n'est pas un pays dont on puisse dire que la société est cruelle, que les gens ne sont pas soignés, qu'il y a de l'esclavage, c'est un pays tout à fait comparable au nôtre. Est-ce que vous imaginez la situation si chacun de ceux qui vous écoutent avait 30% de salaire de plus ? Et si l'État avait 30% de ressources de plus ? Même 15%, même 10% de ressources en plus ? Nous n'aurions plus de déficit.
Jacques CARDOZE : À quoi c'est dû, M. Bayrou ?
François BAYROU : À notre incapacité à résoudre les crises.
Jacques CARDOZE : Et vous l'avez dit lorsque vous étiez à Matignon. Vous avez essayé d'obtenir des arbitrages.
François BAYROU : Je l'ai même dit depuis plus longtemps, puisque j'ai fait des campagnes présidentielles sur ce sujet. C'est dû à quoi ? Oh, c'est très simple. Il y a 50 ans que la France n'a pas voté un budget en équilibre, singulièrement à partir de 1981. Et ce déficit annuel, multiplié chaque année, c'est très simple. Lorsque vous n'avez pas assez de ressources pour payer vos dépenses, vous empruntez la différence.
Jacques CARDOZE : Oui, et en plus maintenant, il y a la charge de la dette.
François BAYROU : Alors, vous empruntez la différence et on a eu comme cela une sédimentation comme au fond de la mer pendant des décennies, pendant presque 5 décennies, 4 décennies et demie au moins. Et on se retrouve avec une montagne de dettes qui est absolument impossible à imaginer puisque c'est plus de 3500 milliards. Simplement, on n'a jamais remboursé un euro de la dette. Vous entendez tout ce qui nous écoute ? Jamais la France n'a remboursé un euro de la dette. Quand on doit rembourser les échéances, on emprunte à nouveau le même montant plus le déficit de l'année qui vient. On est dans un cercle infernal. Même si on ne rembourse pas le capital, il faut payer les intérêts. Et les intérêts de la dette désormais sont devenus hors de contrôle.
Jacques CARDOZE : Alors comment faire maintenant François Bayrou ?
François BAYROU : Je donne les chiffres simplement pour que ceux qui nous écoutent les aient en tête. Il y a quelques années, les intérêts de la dette c'était entre 20 et 30 milliards. Cette année, cela sera 80 milliards. L'année prochaine, plus de 90 et puis d'ici à 2030, on va monter, dit la Cour des comptes, à près de 120 milliards.
Jacques CARDOZE : Mais s'il vous plaît, donnez-nous un peu d'espoir, comment va-t-on faire ?
François BAYROU : D'abord la vérité. C'est parce qu'on a refusé la vérité qu'on en est là. Et donc moi, mon engagement, c'est que la vérité soit dite. Et je dis 120 milliards dans 3 ans ou 4 ans. Or, le montant total de l'impôt sur le revenu que vous payez, vous, beaucoup, que paie chacun de ceux qui nous écoutent, chacun dans sa famille, dans son foyer, le montant total de l'impôt sur le revenu de tous les Français, de tous les foyers français, de tous les revenus français, c'est 90 milliards. Donc, l'année prochaine, le montant total de l'impôt sur le revenu payé par ceux qui nous écoutent partout dans toutes les villes et dans tous les villages additionnés à l'échelon national, ne suffira pas à couvrir les intérêts de la dette. C'est exactement une situation de surendettement.
Jacques CARDOZE : Et cela signifie que les investissements sont désormais impossibles ?
François BAYROU : En tout cas, ils vont être de plus en plus difficiles.
Jacques CARDOZE : Alors donnez-nous un peu d'espoir quand même, parce que, et vous le dites, à travers votre livre, ça se ressent que vous ne donnerez pas crédit, et je précise à tous ceux qui l'auraient oublié, vous avez été quelque part faiseur de roi, et que vous vous êtes à chaque fois prononcé en faveur d'un président de la République, et en l'occurrence, tout le monde s'en souvient, il y a 9 ans pour Emmanuel Macron, et cela avait été absolument déterminant. Donc dans la perspective de la saison prochaine, vous ne donnerez pas quitus à n'importe qui sur ce critère-là. Vous dites que le critère de la dette sera pour vous fondamental.
François BAYROU : Pas seulement celui-là. Quelle est la question ? La question c'est, est-ce qu'entre citoyens français on est capable de se dire la vérité ? Et de voir en effet le caractère dépassé d'un certain nombre de nos organisations ? Parce que si nous voyons cette menace qui est désormais comme une épée de Damoclès dont le fil serait tranché au-dessus de notre tête, alors on n'aura pas, on n'aura plus les moyens que tous les candidats promettent d'augmentation des uns, de subvention aux autres, de prise en charge, plus de fonctionnaires dans les hôpitaux.
Jacques CARDOZE : Alors, qu'est-ce que ça veut dire ?
François BAYROU : Cela veut dire qu'il faut changer l'organisation du pays.
Jacques CARDOZE : Ce serait la première réforme majeure.
François BAYROU : La France dépense 20% de plus que ses voisins pour ses dépenses publiques. Est-ce qu'on est mieux soigné, mieux éduqué ? Est-ce que les gens sont contents des services publics ? Est-ce que le pays est plus optimiste ? À ces quatre questions, la réponse est non. On a donc un devoir de reconstruction. Je l'ai proposé à la tribune de l'Assemblée nationale et les oppositions, les partis politiques se sont mis ensemble pour dire non, nous ne voulons pas entendre cela. L'espoir, cela consiste à penser cette reconstruction du pays, et il faut le penser dans une alliance des générations. Parce que vous voyez bien, lorsqu'on constate le fait que la moitié de l'endettement est allée pour compléter les pensions de retraite, ce n'est pas tenable. Or, il y a des gens qui disent qu'il faut faire payer telle génération et telle autre. Je crois qu'il faut que les générations plus avancées et les générations les plus jeunes soient dans une alliance indestructible pour trouver une organisation du pays qui nous permette non pas d'être aussi efficace mais d'être beaucoup plus efficace parce que nous ne sommes pas efficaces. Cela ne marche pas dans des tas de domaines et les Français le savent bien et en dépensant moins -Et vous voyez à quel point cela exige de croire en l'avenir- cela exige de penser différemment. Cela exige de sortir des moules ou des chemins battus habituels.
Jacques CARDOZE : Justement, pour dépenser moins, certains disent et préconisent même que peut-être ce ne serait pas une mauvaise idée que la France soit mise sous tutelle du FMI. Est-ce qu'il faut en arriver là puisqu'on ne sait pas le faire de l'intérieur ? Est-ce qu'il faut finir par espérer que des forces extérieures, en l'occurrence le FMI, puissent nous demander de faire des efforts qu'on n'arrive pas à décider nous-mêmes ?
François BAYROU : La mise en tutelle du pays, cela serait à nos yeux et aux yeux de tous ceux qui nous entourent, un drame pour la France épouvantable.
Jacques CARDOZE : Concrètement, cela voudrait dire quoi ?
François BAYROU : Ça voudrait dire que vous perdez votre capacité de décision, ce que la Grèce a fait. La Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Portugal ont réussi à redresser leurs finances publiques. La Grèce, comme vous vous en souvenez, dans cette violence imposée par le FMI, par l'Union Européenne, et donc tout cela exige que nous prenions nous-mêmes les choses en main. Je crois que cela serait une défaite et il ne faut pas accepter cette défaite.
Jacques CARDOZE : Qui en 2027, M. Bayrou, qui serait le meilleur porteur de ce que vous appelez, à savoir prendre notre destin en main ? Édouard Philippe, a beaucoup parlé de la génération qui vient. Est-ce que cela vous touche ?
François BAYROU : Non mais je fais la différence entre les discours et la capacité d'une femme ou d'un homme à faire vibrer le plus profond du pays. Pour l'instant, je ne vois pas qui peut faire cela, mais il va se passer beaucoup de choses dans les mois qui viennent.
Jacques CARDOZE : Vous attendez avant de vous prononcer ? Vous attendez de voir ? Je vous rappelle, la candidature d'Emmanuel Macron, c'est novembre. François BAYROU : Oui. Vous vous souvenez de la situation qui était celle de Dominique Strauss-Kahn, qui était celle d'Alain Juppé, qui est un homme que j'estime beaucoup.
Jacques CARDOZE : Vous voulez dire qu'il y a toujours beaucoup d'événements dans une campagne et qu'il vaut mieux attendre ? Ils étaient tous en tête.
François BAYROU : Non, il faut chercher qui a la capacité de regarder la réalité en face. Pour l'instant, ça n'est pas le cas.
Jacques CARDOZE : Qui serait le plus en adéquation avec cette réalité ? Gabriel Attal ?
François BAYROU : Je ne fais pas d'engagement sur les personnes. Je regarde ce qui va se passer. D'autres figures vont apparaître, je le crois. Je ne veux pas dire que je l'espère, je le crois.
Jacques CARDOZE : François Hollande ?
François BAYROU : Pas les noms que vous évoquez. Il y en aura d'autres, je le crois. D'autres vont arriver. Et pour moi, il y a deux critères. Le premier de ces critères, c'est est-ce que celui-là a le courage de dire la vérité comme elle est ? Deuxièmement, est-ce qu'il a l'imagination, la capacité de création, de créativité pour dire on va faire différemment, on va organiser le pays différemment, et on va souder les forces pour avancer. Pour l'instant, dans l'offre politique, comme vous dites, vous les journalistes, je ne vois pas de réponse à cette question, mais elle va venir la réponse, d'ici à l'automne.
Jacques CARDOZE : L'élection présidentielle, cela se joue quand ?
François BAYROU : Cela se joue entre novembre et février. Je vous rappelle que l'alliance que j'ai faite avec Emmanuel Macron, c'est le 22 février. Et cela a changé comme, je crois, assez profondément le cours de la campagne électorale. Il y aura des prises de conscience de cet ordre.
Jacques CARDOZE : Il y aura des trahisons.
François BAYROU : Il y en a beaucoup. Il y a un monde politique qui est spécialiste des trahisons.
Jacques CARDOZE : En gros, ce que vous êtes en train de nous dire, M. Bayrou, ce matin, au micro de Sud Radio, c'est qu'il y aura un troisième homme, qu'on ne le connaît pas. Ou une femme. Vous pensez à quelqu'un en particulier ?
François BAYROU : Comprenez-moi. Je ne suis pas là pour faire la campagne de...
Jacques CARDOZE : Non, non, il ne s'agit pas de cela. Mais il s'agit de faire comprendre aux auditeurs que dans une campagne présidentielle, il peut se passer plein de choses.
François BAYROU : Je pense que la situation, ce n'est pas qu'il peut se passer plein de choses, c'est qu'il va se passer et qu'il faut qu'il se passe plein de choses. Parce que pour l'instant, on en est grosso modo à des promesses pour continuer la situation comme elle est. Or la situation comme elle est, elle n'est pas viable et tous ceux qui nous écoutent le savent, puisque tous savent que cela ne marche pas. Qu'on est allé au bout de cette idée qu'on allait emprunter tous les ans ce qu'il fallait pour apporter à chacun ce qu'il demande et qu'au bout du compte le pays n'est pas du tout satisfait parce que les réalités ne sont pas là. Ce nouvel élan ou ce nouveau contrat qu'on doit passer avec le pays, il est à écrire. Et cela va s'écrire dans les mois qui viennent.
Jacques CARDOZE : Merci infiniment M. Bayrou d'avoir été l'invité exceptionnel de Sud Radio. Merci vraiment. Et je rappelle donc, Alerte sur la France qui vient aux éditions de l'Observatoire. Il faut le lire ce livre. Vous nous parlez de l'état de la France aujourd'hui et vous vous projetez dans l'avenir parce que précisément vous pensez aux jeunes générations.”
- 2026-07-06 “« Pour un centre de convictions : l'équilibre au service de l'action » par Elisa Clolot et Marya Negrouche — Face à une vie politique de plus en plus polarisée, Elisa Clolot et Marya Negrouche, deux Jeunes Démocrates, plaident dans ce billet d'humeur pour un centre de convictions, capable de conjuguer exigence, pragmatisme et ambition.
Redonner de l'espoir en faisant rimer nuance avec excellence
Notre paysage politique national est saturé de postures stériles et de passions destructrices, quand ce ne sont pas des calculs électoraux ou des batailles d'ego. Nous avons pu le constater lors des dernières élections législatives et dans les préparations en vue de la prochaine élection présidentielle.
Dans ce contexte, notre famille politique prend conscience de son potentiel stratégique, et entend que cette singularité n'est ni un confort ni une facilité : elle constitue une responsabilité.
Le centre n'est pas une simple position d'équilibre électoral, ni une réserve de voix : sa méthode doit d'abord devenir une solution. Cela implique notamment d'analyser la complexité du réel, de refuser les postures idéologiques et de construire des réponses ambitieuses et cohérentes en fonction des défis de notre temps.
Incarner une solution concrète
Nous assumons pleinement cette identité. L'intelligence collective est dans l'ADN du centre : réhabilitons-la !
La culture du compromis est une sagesse, qui consiste à reconnaître que la solution réside dans le dialogue, et est le fondement de la paix sociale. Dans cette période de tension extrême, il nous faut plus que jamais la porter.
Nous voulons d'un compromis qui se concentre sur les sujets sur lesquels nous pouvons nous retrouver en majorité.
Reprenons le narratif sur des enjeux d'avenir et majeurs tels que l'écologie, l'inclusion ou la sécurité, pour devenir une plateforme exigeante et forte de rassemblement autour de préoccupations communes des Français.
Le centre défend le dialogue comme une approche constructive dans laquelle on recherche la solution la plus adéquate pour optimiser l'ensemble du système. Nous voulons ainsi tendre vers une logique de résolution de problèmes dans un esprit d'unité et incluant tous les acteurs.
Les faits, l'évaluation et la recherche d'efficacité ne sont pas des opinions : ce sont des outils au service de l'action publique. C'est la transformation indispensable de l'acteur politique en « architecte du réel » plutôt qu'en « vendeur de promesses ».
Notre vocation historique est celle de l'équilibre, qui ne consiste pas à choisir entre le mérite et la justice sociale mais à les concilier, qui refuse l'opposition stérile entre efficacité économique et solidarité, et qui considère que l'émancipation individuelle et la cohésion collective sont complémentaires et non contradictoires.
La vision centriste : du "positionnement" vers la "méthode"
Nous sommes convaincues que le mot "centre" doit retrouver son essence, être synonyme de solutions pragmatiques, à la fois écologiques, économiques et socialement censées. En somme : un espace de raison face à la tentation du repli identitaire et de la simplification.
Continuons d'adopter cette position de rassemblement pour mieux lutter contre la radicalisation de la vie politique en redonnant leur sens aux notions de société, de bien commun, et à la patrie comme maison commune.
Cette réalité, vécue naturellement au sein de nos familles, de nos cercles amicaux ou de nos équipes de travail, ne doit pas disparaître aux portes du débat politique.
Nous nous unissons donc pour notre capacité à agir concrètement. Pour cela, la nuance doit rester une exigence intellectuelle face à la complexité du réel, mais ne jamais devenir synonyme d'hésitation, d'effacement ou de renoncement.
La jeunesse a, dans cette réflexion, un rôle essentiel à jouer. Elle est porteuse d'idées nouvelles et d'aspirations légitimes. Le premier réflexe de jeunes citoyens ambitieux et désireux d'agir doit être de se tourner spontanément vers les mouvements centristes.
Trop souvent, les partis centristes souffrent d'une image de mouvements éloignés des réalités de terrain et des préoccupations quotidiennes. Portons ce combat partout : dans les territoires, dans les associations, dans les universités, dans les entreprises, en milieu rural comme urbain, partout où se construisent les solutions concrètes.
C'est en recherchant ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous oppose que nous pouvons retrouver une véritable ambition collective. Cette volonté de construire des points d'union est au cœur de l'engagement centriste.
Ce grand mouvement de rassemblement doit faire converger toutes les sensibilités de la raison et du progrès et ainsi intégrer pleinement le moteur de la « proximité », indispensable pour rebâtir l'action publique au plus près du terrain et des français.
Les centristes ont une opportunité unique d'agir, si nous osons porter une vision, défendre nos convictions et démontrer que la modération n'est pas la résignation, mais la recherche exigeante de solutions durables.
A nous d'incarner un centre fort et de référence pour une politique radicale et audacieuse.
À nous de faire vivre cette ambition. À nous de prouver que l'équilibre peut être une force. À nous de montrer que la politique peut encore rassembler sans renoncer à agir.
Elisa Clolot et Marya Negrouche”
- 2026-07-05 “François Bayrou face à Alain Finkielkraut sur BFM TV — François Bayrou était face à Alain Finkielkraut sur BFM TV ce dimanche 5 juillet.
Guillaume Daret : L'heure du duel du dimanche. Avec Alain Finkielkraut, philosophe et essayiste, merci d'être avec nous. Et François Bayrou, ancien Premier ministre, auteur de « Alerte sur la France qui vient », qui vient d'être publié aux éditions de l'Observatoire.
On le disait, c'est une semaine politique décisive qui s'ouvre parce qu'il va y avoir la décision concernant Marine Le Pen. Il y a beaucoup d'enjeux et on a vu notamment aujourd'hui quelqu'un qui est candidat à l'élection présidentielle, qui a lancé son premier grand meeting. Il s'agit d'Édouard Philippe : il s'est présenté comme un pur produit de la méritocratie républicaine, il a dit qu'il allait falloir faire des efforts, mais des efforts mesurés. On a vu qu'il a ciblé le RN et la France insoumise. Globalement, jugez-vous cette entrée en campagne d'Édouard Philippe plutôt réussie ou pas ?
Alain Finkielkraut : Écoutez, oui, je l'ai écouté attentivement. Je trouve que son insistance sur l'école est très judicieuse.
Guillaume Daret : Il a dit, Édouard Philippe, que la méritocratie, le grand épisode de la méritocratie, le siècle de la méritocratie s'était fermé à la fin des années 80.
Alain Finkielkraut : Il a raison et il veut refonder l'école. J'espère qu'il en prendra les moyens. C'est très difficile à faire. Il règne sur l'école une véritable démagogie égalitaire. Marc Bloch disait en 1943, alors que la victoire se profilait, qu'il fallait précisément changer l'enseignement dans la mesure où on devait en finir avec un enseignement de classe. Il fallait introduire la sélection. On pense au contraire aujourd'hui que la sélection, c'est la reproduction sociale. Et donc, on met les élèves qui ne sont pas très bons avec les élèves plus avancés. Ce qui fait qu'ensuite, on est obligé de baisser le niveau d'exigence pour se régler sur leur capacité. Le niveau s'effondre et les élèves qui en ont les moyens prennent des cours particuliers ou vont dans le privé. L'inégalité s'aggrave. Donc il y a aujourd'hui une urgence à refonder l'école, détruite par 40 années de réformes démagogiques. C'est un des points que j'ai trouvés positifs dans le discours d'Édouard Philippe. J'espère pouvoir dire autre chose. Et j'espère qu'il sera assez courageux pour entreprendre cette refondation.
Guillaume Daret : Vous avez dû entendre aussi Édouard Philippe. Vous avez entendu Alain Finkielkraut. On voit qu'il y a beaucoup de candidats au centre et à la droite : Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Édouard Philippe. Si vous avez entendu Édouard Philippe, est-ce le bon candidat pour le centre et la droite ?
François Bayrou : En tout cas, c'était un bon meeting. Mais je reprends ce que dit Alain Finkielkraut. Il y a trois ou quatre problèmes dominants. Il y en a un qui domine tous les autres, c'est la dette. C'est-à-dire la charge qui va peser sur les générations actuelles qui sont au travail ou qui sont contribuables, puisque l'année prochaine — écoutez bien ce chiffre — la totalité de l'impôt sur le revenu payé par Alain Finkielkraut, par vous et par tous nos compatriotes ne suffira pas pour payer les intérêts de la dette. Pas pour rembourser le capital, pour payer les intérêts. C'est pourquoi je regarde ce point attentivement.
Guillaume Daret : Est-il à la hauteur, Édouard Philippe, sur ce sujet ?
François Bayrou : Oui, enfin, il a exprimé une intention, et c'est bien. Multiplions les intentions, mais après il va falloir choisir le chemin, parce que la France a pris des engagements et, si je comprends bien, elle ne veut pas les respecter. La deuxième chose, c'est l'école. Je considère qu'il y a beaucoup d'erreurs. J'étais, il y a 30 ans, un très jeune ministre de l'Éducation nationale. Je pense qu'Alain Finkielkraut était plutôt d'accord avec ce que je voulais faire, c'est-à-dire remettre les fondamentaux. Par exemple, j'avais rétabli la transmission du latin et du grec, ce que personne n'a jamais fait et qui a été supprimé après moi. Mais il y a une chose que je considère comme terrible et même comme insupportable, et cela s'incarne dans ce mécanisme qui s'appelle Parcoursup, que je considère sauvage. Je l'avais dit à la tribune de l'Assemblée nationale : « Les enfants, ce n'est pas comme des poireaux, cela ne pousse pas tous à la même vitesse. » Et faire une orientation ultra-précoce, en réalité, cela enlève toute chance à ceux qui ont un autre chemin, une autre maturation. Et donc cette espèce de ségrégation précoce est une injustice et une imposture. Parce que quand on regarde après, ce n'est pas comme cela que les vies se développent.
Guillaume Daret : Alain Finkielkraut, vous avez entendu Édouard Philippe ; il y avait un certain nombre d'autres déclarations qu'il a faites. Je vous propose d'en écouter une. On disait qu'il a cogné fort sur la France insoumise mais aussi sur le Rassemblement national. A-t-il raison, Édouard Philippe, sur ce qu'il dit du RN à vos yeux ?
Alain Finkielkraut : Oui, il a raison, bien sûr qu'il a raison. D'un autre côté, il a dit aussi : mon obsession, c'est la France de nos enfants. C'est aussi dans ce cadre-là qu'il a parlé de la dette. Mais son obsession devrait être aussi : la France de nos enfants et de nos petits-enfants sera-t-elle encore la France ? Dans 50 ans, dans 100 ans, combien y aura-t-il de territoires perdus de la République ? Y aura-t-il de la place pour les Juifs en France ? C'est Édouard Philippe qui avait parlé, quand il était Premier ministre, d'une alya intérieure. L'alya, c'est l'émigration des Juifs vers Israël. Alya intérieure, puisque tous les Juifs de la Seine-Saint-Denis quittaient la Seine-Saint-Denis. Cela va s'aggraver. La fracture française va s'aggraver. D'ailleurs, je pense qu'il y a une inconscience — mais il ne faut surtout pas, j'en reviens au Rassemblement national, abandonner cette angoisse existentielle au Rassemblement national. C'est le plus beau cadeau qu'on puisse lui faire. Tous les partis politiques devraient la prendre en charge. Il est normal qu'un pays veuille persévérer dans son être, et c'est d'autant plus légitime qu'aujourd'hui un parti explique qu'il est le porte-parole de la nouvelle France, donc que l'ancienne France peut disparaître. La France, le français, devrait disparaître au profit du créole, nouveau peuple, nouvelle France. Pour une grande majorité de Français, cela ne fait qu'aggraver leur angoisse. Elle doit être prise en charge par tous les partis politiques qui se respectent, elle ne doit pas être abandonnée au Rassemblement national.
François Bayrou : C'est un des thèmes du livre que vous citiez. Mais je vais préciser. Il y a deux éléments dans tout cela. Le premier de ces éléments, c'est la politique du bouc émissaire. La raison pour laquelle je suis contre les extrêmes, c'est parce que le Front national dit : « on va faire payer les immigrés. » La France insoumise dit : « on va faire payer les riches », et maintenant elle s'attaque directement aux Juifs en tant que Juifs, avec exactement les mêmes signaux que Jean-Marie Le Pen envoyait. Par exemple, c'est passé complètement inaperçu, mais Jean-Luc Mélenchon a fait un meeting il y a une quinzaine de jours dans lequel il a fait quelque chose que j'ai pris en pleine figure. Il a évoqué des groupes qui venaient protester contre ses meetings. C'est un groupe d'activistes juifs qui s'appelle « Nous Vivrons » et qui vient dans ses meetings. Et Jean-Luc Mélenchon a dit ceci, vous pourrez le vérifier, face au micro. Il a dit : « C'est un groupe, ce sont des imbéciles, nous savons que ce sont des imbéciles. Ils s'appellent : Nous vivrons, ou nous partirons. » Et quand on met dans la même phrase « Juifs » et « partir », cela dit quelque chose d'un rejet organisé, voulu, concerté d'une partie de l'identité des Français. Et donc, cette volonté de faire renaître, comme Jean-Marie Le Pen le faisait renaître, tous les réflexes souterrains, dissimulés, sous la table, qui ciblent une partie des Français — les uns ciblent les musulmans, les autres ciblent les Juifs — nous, nous sommes ceux qui voulons, qui exigeons qu'on puisse, chez nous, vivre ensemble en tant que Français, pas en tant qu'une autre identité.
Alain Finkielkraut : Mais alors, justement, vous avez raison, François Bayrou, il faut lutter contre la stratégie du bouc émissaire. Mais quand vous étiez Premier ministre, vous avez parlé d'un sentiment de submersion migratoire. Le Parti socialiste a déposé, pour cette formule, une motion de censure contre vous. Voilà où en est la gauche. Parce qu'évidemment, il y a un changement démographique très impressionnant en France aujourd'hui, comme en Angleterre d'ailleurs. Le prénom le plus donné aujourd'hui en Grande-Bretagne, c'est Muhammad. C'est quelque chose d'inouï.
Guillaume Daret : Mais pourquoi cela vous pose-t-il problème ?
Alain Finkielkraut : Il y a un énorme problème, parce que, d'abord, l'antisémitisme vient de l'extérieur ; il est relayé par la France insoumise. Il n'a pas été inventé par la France insoumise, la France insoumise l'a choisi par électoralisme. Cela veut dire quelque chose quand même. Et puis surtout, si on veut l'intégration, il faut éviter d'être noyé par le nombre, dans les classes, partout, dans les villes, etc. C'est absolument indispensable. L'intégration demande la maîtrise des flux migratoires. Et qui le fait aujourd'hui en Europe ? Qui le fait ? Qui a réussi, même, à très fortement ralentir l'immigration ? C'est le gouvernement social-démocrate du Danemark. Ce sont des sociaux-démocrates. C'est pour cela que je pense que, comme l'école, cela doit être une cause transpartisane aujourd'hui.
François Bayrou : Oui, c'est une précision qui n'est pas mince, pour illustrer ce qu'on pourrait penser de cette affaire. D'où vient cette phrase « submersion » quand j'ai dit « sentiment de submersion » ? Je n'ai pas dit « migratoire », j'ai dit « sentiment de submersion ». J'étais dans une émission chez un de vos confrères, chez Darius Rochebin. L'émission touchait à son terme, je crois qu'elle avait été intéressante. Et Darius Rochebin me dit, dernière Guillaume Daret : mais c'est bizarre, ou en tout cas j'ai été intrigué par quelque chose, je suis allé voir vos photos de collège. J'ai été stupéfait parce que sur les photos de collège, il n'y avait que des Blancs. Vous ne trouvez pas qu'il faudrait du métissage ? Et j'ai pensé deux choses : la première, c'est que si, au Sénégal, quelqu'un disait « je suis allé voir vos photos de collège, et sur vos photos de collège il n'y avait que des Noirs, vous ne trouvez pas qu'il faudrait du métissage ? », il se ferait renvoyer sur la touche. Et deuxièmement, une phrase prononcée comme cela — « il faudrait du métissage » — en parlant de ces sujets qui sont explosifs, de couleur de peau, de religion : si on dit qu'il faut du métissage, qu'est-ce qui est ressenti par les gens ? C'est que c'est quelque chose qu'ils vont devoir subir, que c'est un mouvement impossible à équilibrer. Si vous allez dans ce sens-là, alors vous provoquez un sentiment de submersion. Exactement ce qu'Alain Finkielkraut disait, c'est-à-dire le sentiment que nos compatriotes, beaucoup d'entre eux, ont l'impression que ce n'est plus leur pays et qu'ils ne le reconnaîtront pas. Et je pense que, de ce point de vue-là, présenter cela comme un mouvement irrésistible auquel on ne pourra rien faire, c'est, d'une certaine manière, contribuer à alimenter ce feu et à jeter les gens les uns contre les autres sur des sujets aussi archaïques, et donc aussi puissants.
Guillaume Daret : On évoquait il y a un instant, Alain Finkielkraut, le destin de Marine Le Pen, qui sera tranché mardi. Qu'est-ce qui se joue à vos yeux mardi si Marine Le Pen ne peut pas se présenter à l'élection présidentielle ? La justice jugera qu'elle a fauté : n'est-ce pas normal ?
Alain Finkielkraut : Écoutez, je voudrais citer Montesquieu, le grand penseur du libéralisme : pour qu'on n'abuse pas du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir. Rien aujourd'hui n'arrête le pouvoir judiciaire. Nicolas Sarkozy, quoi qu'on pense de sa politique, subit une véritable persécution judiciaire depuis 15 ans parce que, quand il était au pouvoir, il a voulu réformer l'instruction et a critiqué le corporatisme des magistrats. François Fillon a été écarté de la campagne présidentielle ; cela va peut-être arriver aussi à Marine Le Pen. On voit ce que font les cours constitutionnelles, on a retourné le principe de fraternité contre la souveraineté nationale. Et donc, il n'est plus possible au législateur d'ériger en délit l'aide à la circulation des étrangers en situation régulière, dès lors que cette aide est désintéressée. C'est-à-dire que l'État de droit, si vous voulez, criminalise le droit de l'État et le condamne à l'impuissance. Donc, il y a effectivement un dangereux pouvoir des juges aujourd'hui. Pour le reste, je ne sais pas, on verra bien. En 2017, il y a peut-être eu une grande modification des résultats électoraux. Là, cela ne changera rien : Jordan Bardella et Marine Le Pen caracolent tous les deux en tête. Mais j'aurais préféré que les juges ne décident pas non plus des candidats de cette élection.
Guillaume Daret : François Bayrou, êtes-vous d'accord avec cette influence ?
François Bayrou : J'avais exprimé des interrogations, alors que j'étais à Matignon, sur l'exécution provisoire.
Alain Finkielkraut : Voilà, c'est ça.
François Bayrou : Parce que pour moi, toute décision de justice doit être susceptible d'appel.
Guillaume Daret : Ce qui sera le cas.
François Bayrou : Appel, il y aura eu. Et on va voir, en effet, le résultat de tout cela. Mais il y a un danger, c'est que la magistrature soit considérée — et c'est sur ce point que je me démarque d'Alain Finkielkraut — comme une force de pression intervenant dans le débat public sur des préférences. Il m'arrive de ne pas être tout à fait satisfait des orientations, des décisions, des mises en cause de la justice. Mais c'est exactement comme le suffrage universel : il y a des moments où je ne suis pas d'accord avec le suffrage universel parce qu'il me semble qu'on aurait pu faire un autre choix. Mais il faut une justice qui soit considérée comme respectable et respectée par les citoyens. Si ce n'est pas le cas, à ce moment-là, on entre dans un chaos, et la démocratie n'y survivra pas.
François Bayrou : Vous mesurez très bien quelle est l'extraordinaire violence de la société dans laquelle nous vivons. Nous tous — vous êtes, je suis, vous aussi peut-être, Guillaume Daret, si vous lisez les réseaux sociaux — soumis aux jugements qui vous font brûler sur le bûcher, et encore, brûler ne suffit pas, il faut en plus vous insulter, vous couvrir d'avanies. C'est une société extrêmement violente.
Guillaume Daret : Qu'est-ce qui peut réguler une société violente ?
François Bayrou : Cela devrait être le travail de la justice. Il faut que la justice soit à la hauteur du respect qu'on lui doit, c'est tout. Moi, évidemment, je suis pour la séparation des pouvoirs, mais aucun pouvoir ne doit empiéter sur l'autre. Et tous les pouvoirs doivent respecter les principes, parce que l'État de droit, c'est qu'il y a un droit au-dessus de la loi. Au-dessus des lois fugaces qui passent, qui sont renouvelées sans cesse, il faut qu'au-dessus, il y ait des principes respectés. Et je disais que le principe de l'appel me paraît un principe essentiel.
Guillaume Daret : Sur cette question du Rassemblement national et de la France insoumise, Jean-François Copé a expliqué vendredi matin qu'il mettait, je cite, un signe égal entre le Rassemblement national et la France insoumise. Est-ce votre cas aussi, Alain Finkielkraut ?
Alain Finkielkraut : Non. Je pense que l'antisémitisme est passé totalement à l'extrême gauche. Totalement. François Bayrou a cité Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon a dit notamment que Jérôme Guedj tournait autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions, avec Éric Zemmour à l'autre bout.
Guillaume Daret : Mais pour vous, il n'y a pas d'antisémites au Rassemblement national ?
Alain Finkielkraut : C'est marginal. Et, pour le coup, c'est résiduel. Alors qu'Éric Zemmour, selon Mélenchon, reproduirait beaucoup de scénarios culturels : on ne change rien à la tradition, on a la créolisation en horreur, tout cela, ce sont des traditions qui seraient beaucoup liées au judaïsme.
Guillaume Daret : On voit parfois qu'il y a encore un bon nombre de militants quand on va chercher sur les sites internet.
Alain Finkielkraut : Je ne dis pas le contraire, mais je ne veux pas d'un deuxième tour Bardella-Mélenchon. Je pense que si le Rassemblement national accède au pouvoir, ce sera très mauvais pour la France. Non pas parce que ce serait encore un parti collaborationniste et fasciste — ce parti a tourné la page, c'est vrai — mais parce que sa démagogie est sans limite, son programme économique, notamment concernant la dette, est aberrant, et il a, ce qui est très grave, un tropisme poutinien. Donc il faut le critiquer pour ce qu'il est aujourd'hui.
François Bayrou : Je pense qu'effectivement, cela ne sert à rien de mettre un signe égal, comme on le fait. On ne doit pas lutter contre ces deux partis de la même façon. On doit lutter contre l'un et l'autre, mais pas de la même façon. Alors, pour moi, c'est extrêmement clair. Je suis d'accord avec Alain Finkielkraut, le signe égal est une mauvaise expression, et c'est de nature, d'une certaine manière, à les aider. Moi, je dis deux choses. Je dis : jamais on n'a vu, dans l'histoire, des extrêmes prenant le pouvoir dans un pays faire du bien à ce pays. Ils ont, par nature, parce qu'ils sont dans cette vision du bouc émissaire, à dresser les gens les uns contre les autres, à désigner des ennemis de l'intérieur et à laisser croire que les citoyens n'auront pas d'efforts à faire : il suffira de cibler ceux qu'on doit détruire. Il y a là quelque chose d'extrêmement dangereux des deux côtés. Et donc, je dis autre chose : je ne dis pas égal, chacun porte une dangerosité. La dangerosité de LFI, j'en ai parlé, elle est gravissime. La dangerosité de l'extrême droite, elle est extrêmement puissante.
Guillaume Daret : Mais y en a-t-il un qui soit plus dangereux que l'autre à vos yeux ?
François Bayrou : Non, je dis une chose très simple. Je ne veux pas me laisser enfermer dans votre question. Moi, je ne dis jamais avec l'un ni jamais avec l'autre. Et si vous me le permettez, cela dessine un paysage politique que, pour l'instant, on ne voit pas apparaître, mais qui devra apparaître un jour ou l'autre : ceux qui disent jamais avec l'un, pas pour les mêmes raisons, mais parce que les deux sont dangereux et, à mon avis, mortels pour le pays. Ceux qui ne disent jamais avec l'un, jamais avec l'autre, doivent considérer qu'ils constituent ensemble ce que j'appelle le fleuve central. C'est-à-dire des gens qui partagent des principes qu'ils devraient considérer comme essentiels, au point qu'ils devraient accepter de ne plus se considérer simplement comme des ennemis. Et ceci est une structuration, une architecture de la prochaine élection présidentielle. Parce que, si vous regardez bien, il n'y a pas grand monde qui dit : « jamais avec l'un et jamais avec l'autre. » Il y en a qui disent jamais avec l'un et se taisent sur l'autre, et réciproquement. Et donc, cette volonté de faire que la France ne tombe pas dans le piège imminent de l'un des deux extrêmes change évidemment le paysage de l'élection présidentielle.
Alain Finkielkraut : Oui, du fait de la montée du Rassemblement national, on assiste aujourd'hui à ce que j'appellerais l'extrême-droitisation de l'affirmation du droit à la continuité historique. Ce droit qui était le plus fondamental pour un peuple : dès qu'on l'affirme, on dit attention, c'est le discours de l'extrême droite, donc vous ne pouvez pas parler comme cela. Le grand problème de la France, c'est ce que je pourrais appeler la déchéance de l'antiracisme. L'antiracisme est un principe fondamental : tous les hommes sont égaux en dignité. C'est devenu l'occasion de dire, par exemple, que la distinction entre autochtones et étrangers relèverait de la discrimination, qu'on ne devrait plus la faire, et qu'il faudrait donc s'appliquer à une hospitalité inconditionnelle. Et on a entendu, par exemple, des députés de la France insoumise au moment de la panthéonisation de Marc Bloch.
Guillaume Daret : C'est à ce moment-là que cela vous a marqué ?
Alain Finkielkraut : Oui — enfin, autre chose. J'aimerais bien parler de Marc Bloch, si on a le temps. Mais des députés de la France insoumise ont expliqué que le projet de loi interdisant le mariage entre un citoyen français et une personne sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) était raciste. Thomas Portes, Clémence Guetté, voilà où en est l'antiracisme aujourd'hui. C'est très grave, c'est très grave. Il faut que les mots reprennent leur sens et que la nation retrouve ses droits.
Guillaume Daret : Vous parliez de la justice ; il y a quelque chose de marquant dans la colère qui monte aussi chez les Français : c'est parfois le sentiment que la justice ne fait pas son travail. On l'a vu avec Lyhanna, on l'a vu avec l'affaire de ce jeune adolescent, Louis, 17 ans — sa mère dit qu'on va devoir se faire justice soi-même. Ce matin, sa maman a mené une marche blanche à Narbonne, où il y avait 4 500 personnes. Elle dit qu'il faut arrêter avec l'excuse de la minorité. La semaine dernière, elle l'expliquait dans une interview : quand on tue comme un homme, on est jugé comme un homme. Entendez-vous cette colère profonde ?
François Bayrou : Ce n'est pas seulement que je l'entends, je pense que c'est un devoir de donner à cette immense douleur la place qu'elle mérite, et de ne pas l'écarter pour des raisons juridiques. Je pense depuis très longtemps au droit au procès. J'avais défendu l'idée, dans des drames antérieurs, que ce n'est pas parce que quelqu'un a perdu la raison qu'il ne doit pas, au bout du compte, être condamné : cela doit être la décision de la justice. Mais le procès, c'est aussi le fait que les proches ont le droit d'exposer leur douleur et de regarder dans les yeux.
Guillaume Daret : Faut-il juger ces jeunes comme des adultes, ou pas ?
François Bayrou : Il faut les juger. Ils doivent l'être, et ils le sont. Après, l'échelle des peines, c'est une autre question. Mais en tout cas, vous voyez bien qu'il y a ce besoin-là. J'ai une phrase à ajouter à la suite de ce qu'a dit Alain Finkielkraut. Pour moi, c'est extrêmement simple — je vais même proposer qu'on l'inscrive dans la Constitution, je l'avais fait dans un de mes livres antérieurs : un pays a droit à son identité, et en particulier à son identité culturelle. Un pays, vous savez, Renan disait : des vivants et des morts. Mais il n'y a pas seulement cela : c'est une langue, des principes, des principes culturels. Chez nous, la laïcité, par exemple. Je pense que l'intégration doit se faire par le travail. Or, il y a aujourd'hui des centaines de milliers de personnes interdites de travail, prises en charge par l'État, qui coûtent des millions et des millions. Le travail, la langue, et la vérification que les principes sont absolument respectés — notamment ce principe fondamental de notre pays, qui est que la religion ne fait pas la loi.
Alain Finkielkraut : Tout à fait d'accord avec cela, tout à fait d'accord. Vous vouliez que je parle de Marc Bloch. Il y a quelque chose qui m'a marqué dans la panthéonisation de Marc Bloch : c'est le discours du chef de l'État, et c'est l'attitude de la France insoumise également. J'ai trouvé que ce discours était de haute tenue, de même que la cérémonie. J'ai regretté simplement qu'il n'ait pas repris la critique de Marc Bloch adressée à la société française dans toute son ampleur. Certes, il a parlé de la faillite des classes dirigeantes, mais il n'y avait pas que cela. Marc Bloch s'en est pris aussi aux syndicats, à l'esprit borné des syndicats avant même et pendant la guerre. Il s'en est pris à la gauche internationaliste et pacifiste. Et c'est là qu'il a eu cette phrase magnifique : « c'est un pauvre cœur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d'une tendresse. » Donc j'ai trouvé cela un peu dommage. Mais ce que j'ai trouvé plus grave, c'est évidemment l'attitude de sa petite-fille, Suzette Bloch, que j'ai entendue sur France Info : elle a dit qu'elle refusait la présence de l'extrême droite au Panthéon parce que, dit-elle, ce sont les héritiers des Waffen-SS qui ont tué son grand-père. Mais elle a ajouté, de la même façon, c'est son expression, qu'elle ne souhaitait pas non plus la présence d'associations communautaires, parce que, certes, il était d'origine juive, Marc Bloch, mais il était athée. C'était du pain bénit pour Jean-Luc Mélenchon : hostilité simultanée à l'extrême droite et à la communauté juive, ce qui fait qu'elle a posé, triomphalement, avec Jean-Luc Mélenchon, sous les portraits de Marc et Simone Bloch.
Alain Finkielkraut : Et je voudrais terminer très rapidement : il y a eu un épisode tout à fait révélateur, un échange sur la matinale de France Culture. Guillaume Erner a voulu se demander ce qu'il fallait penser de la résistance à l'antisémitisme au moment même où la France célèbre l'entrée de Marc Bloch au Panthéon — un antisémitisme de nouvelle manière. Et il a dit, voilà : la glorification de Marc Bloch n'est-elle pas une stratégie de récupération, qui permet de célébrer un Juif mort, moins gênant que les Juifs vivants ? Mais il parlait justement de cette version, propre à LFI, antisioniste, de l'antisémitisme. Autrement dit, l'auteur de la France insoumise n'a ni yeux ni oreilles pour un antisémitisme qui ne cadre pas avec son grand récit antifasciste, et cela me paraît très inquiétant.
François Bayrou : Cette photo était extrêmement choquante, parce que le président de la République avait fait un discours axé sur l'antisémitisme — Marc Bloch aurait peut-être ajouté d'autres choses — et on vient faire une photo souvenir avec ceux qui portent aujourd'hui l'antisémitisme le plus virulent dans la société française. Merci pour cette précision. Je rappelle votre ouvrage, « Alerte sur la France qui vient ».”
- 2026-07-04 “François Bayrou sur la dette : « L'accident arrive » — Retrouvez ci-dessous l'entretien accordé par François Bayrou au journal Sud-Ouest.
Sud-Ouest : Comment analysez-vous votre défaite aux municipales ?
François Bayrou : L'explication est très simple, une triangulaire où le RN a bloqué plus de 15 % de voix en se présentant comme « la seule liste de droite ». Tandis que l'extrême gauche et la gauche se sont réunies sans qu'il manque une voix. L'extrême droite a servi de marchepied à ceux qu'ils prétendent combattre.
Votre campagne n'a peut-être pas porté…
Il est vrai que mon hospitalisation en réanimation fin décembre m'a fait perdre un mois de campagne. Matignon aussi a laissé des traces et la manipulation de l'affaire Bétharram. Et puis sans doute que je n'ai pas fait aussi bien qu'il le fallait. C'est la vie. J'ai donné douze ans de ma vie à cette mairie. On a transformé la ville et je suis très fier de l'avoir fait. Le combat continuera.
Avec ce nouveau livre, vous reprenez votre mantra de Matignon et cette alerte sur la dette de la France. Pourquoi ?
C'est la première fois, à ma connaissance, qu'un livre grand public explique ce qu'est la dette française. Il y a cinquante ans qu'on n'a pas voté un budget en équilibre. Quand on est en déficit, il faut emprunter pour équilibrer le budget. Et on n'a jamais remboursé un euro de cette pyramide de dettes. À chaque échéance, on réemprunte le même montant. Le problème c'est que les intérêts, chaque année, il faut les payer, on ne peut pas y échapper. Et ce montant est devenu hors contrôle.
La France n'est pas le seul pays à être endetté…
Il y a deux autres pays, les États-Unis et le Japon, mais leurs créanciers sont américains ou japonais, c'est donc de l'argent qui est recyclé dans le pays. Notre dette à nous dépend pour 60 % de créanciers étrangers. C'est une hémorragie. Il y a quelques années, les intérêts de la dette représentaient entre 20 et 30 milliards d'euros. Ce sera 80 milliards cette année. 90 l'année prochaine. La totalité du montant de l'impôt sur le revenu payé par tous les Français ne suffira pas à ce montant. L'accident arrive. Le même qui a touché la Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Suède, le Canada… Ce sera notre ordre du jour dans quelques mois.
Votre livre revient aussi sur les dix mois passés à Matignon. Qu'en retenez-vous ?
Quand j'ai été nommé à Matignon, le gouvernement précédent venait d'être renversé. Il n'y avait pas de majorité, pas de budget pour l'action de l'État, les collectivités locales… Tout était chaotique. Nous avons fait voter le budget de l'État, celui de la Sécurité sociale, puis la loi d'orientation agricole et la loi sur le narcotrafic. Nous avons aussi fait baisser le déficit du pays de presque 1 % [0,7 %, NDLR], ça ne s'était jamais fait depuis dix ans. Ensuite, j'ai ouvert le chapitre des retraites avec le conclave…
… qui a achoppé. Comment l'expliquez-vous avec le recul ?
On était à un millimètre de réussir. L'ensemble des syndicats réformistes, CFDT, CFTC et CGC avaient accepté les 64 ans. Ce qui est inimaginable, c'est que l'accord n'a pas abouti parce que le Medef a refusé non pas la pénibilité, mais le constat de la pénibilité pour ceux qui en relevaient. Or il me paraissait absolument évident que si on reculait l'âge de la retraite, il fallait que les emplois les plus pénibles puissent partir plus tôt. La vérité, c'est que certains ne voulaient pas d'accord du tout.
Votre séjour a aussi été marqué par l'affaire Bétharram. Vous dénoncez une nouvelle fois dans ce livre la « manipulation » de LFI…
Parlons d'abord des victimes. Tout le monde les oublie. Les violences, les brutalités et les atteintes sexuelles qui sont des crimes. C'est la première affaire Bétharram. Ensuite, il y a la manœuvre politique. Pour faire croire que j'aie quoi que ce soit à voir avec cette affaire. Comme des milliers de familles de chez nous, nous avons été parents d'élèves de cette école. Mais quand cette affaire éclate, mon dernier fils a quitté l'établissement depuis vingt-trois ans et ma fille aînée depuis trente-cinq ans. Oui, LFI a essayé de me mêler à cette affaire. Leur entreprise a réussi jusqu'à ce que j'apporte les preuves à la commission d'enquête. J'ai beaucoup réfléchi : est-ce que j'aurais pu me défendre autrement ? Je n'ai pas trouvé.
Dans la communication peut-être ?
J'ai eu une phrase incomplète. J'ai dit « je n'ai aucune information ». J'aurais dû dire « je n'ai aucune autre information que ce qui avait été écrit dans le journal ». Je n'ai pas pu me défendre parce qu'on ne peut pas se défendre contre le pire du pire, c'est-à-dire « il n'y a pas de fumée sans feu ». Là où il y a une blessure, c'est que des gens qui me connaissent ont pu ajouter foi à ces accusations scandaleuses.
Le 7 juillet, Marine Le Pen saura si elle est condamnée dans l'affaire des députés européens du RN. Cette décision peut-elle influencer les juges de l'affaire des députés européens du MoDem en septembre ?
Marine Le Pen avait été condamnée en première instance. J'ai été relaxé. Je vous assure que pour être relaxé en première instance, dans ce moment-là, il fallait réellement que toutes les preuves soient apportées. Ce qui a été prouvé en première instance sera prouvé en appel.
Vous avez récemment dénoncé le « tout pour ma gueule » des candidats à la présidentielle. À qui pensiez-vous ?
C'était une réflexion générale. Je répondais à la question de savoir si ce livre était la préfiguration de ma candidature. Ce n'est pas le cas, je ne serai pas candidat. Quand on examine le profil des candidats actuels, on a le droit de penser qu'un grand nombre d'entre eux n'ont pas la structure pour être présidents de la République. L'heure n'est pas à une candidature de témoignage. Il faut répondre à la double menace de l'extrême droite et de l'extrême gauche en proposant un projet qui rassemble tout le camp démocratique, idéalement depuis le PS raisonnable jusqu'à LR. Nous appartenons au même fleuve.”
- 2026-07-02 “François Bayrou : « Personne, dans le monde politique, ne mesure ce qui nous attend, ni ne veut le mesurer » — Retrouvez ci-dessous l'entretien croisé accordé par François Bayrou vs Éric Zemmour au Figaro Magazine.
Par Alexandre Devecchio et Antoine Lévêque
LE FIGARO MAGAZINE. - Malgré vos différences, vous partagez le constat que la France traverse une crise existentielle – peut-être la plus grave de son histoire ?
François BAYROU. – Si l'on excepte les deux guerres mondiales et la guerre d'Algérie , c'est bien l'épreuve la plus grave que nous ayons à affronter – d'où le titre de mon livre, Alerte sur la France qui vient.Personne, dans le monde politique, ne mesure ce qui nous attend, ni ne veut le mesurer. Depuis que j'ai lancé ma campagne sur la dette , les Français en ont tout au plus une idée vague. Ils pensent que c'est préoccupant, mais pas urgent. Nous sommes pourtant, aujourd'hui même, dans ce que j'appelle la dévitalisation du pays. Ses ressources, sa capacité de travail, son intelligence, ses inventions seront captées par l'obligation de payer à nos créanciers les intérêts de cette dette.
Or ces créanciers sont étrangers, pour près de 60 %. L'année prochaine, la totalité de l'impôt sur le revenu payé par tous nos compatriotes ne suffira pas à couvrir les seuls intérêts de la dette. Je ne sais pas si l'on mesure ce que représente cette hémorragie de ce qui fait la substance du pays, au moment même où nous aurions tant besoin de cet argent pour affronter les grandes mutations qui viennent. Je crois être le premier à décrire aussi précisément le mécanisme de la dette et ses conséquences. Je raconte aussi, dans ce livre, mon passage à Matignon. Après avoir fait baisser le déficit de la France de plus de 0,70 point – baisse que l'on n'avait pas connue depuis plus de dix ans –, j'ai voulu engager une véritable épreuve de vérité sur la dette. Les partis politiques ont refusé de me suivre. Ils préfèrent ignorer la réalité sur ce sujet, comme sur tant d'autres.
Éric ZEMMOUR. – J'ai lu le livre de François Bayrou, et je me suis amusé à y retrouver certaines de mes propres formules – je ne dis pas que vous me copiez, bien sûr. Dans un passage, vous écrivez qu'il est très difficile d'être seul à voir ce que personne ne veut voir. J'aurais pu écrire la même phrase. Vous citez même, et cela m'a beaucoup fait sourire, la prophétie de Jérémie sur les pères qui mangent des fruits trop verts et les enfants qui en ont les dents agacées. Je l'avais mise en exergue d'une partie du Suicide français. Cet effet de miroir m'a amusé. Cela dit, je ne veux pas entrer dans une bataille de préséance. Sur le plan de l'action politique, on ne traite évidemment pas un problème le lundi et un autre le mardi : il faut s'occuper de tout en même temps. Pour un responsable politique qui tient les manettes, c'est une évidence. Tout ne se situe pas pour autant sur le même plan. Ce que j'affirme, depuis que je me suis lancé dans la bataille présidentielle, en 2022, c'est que, sur le plan civilisationnel, métapolitique, culturel, il existe une hiérarchie entre voir le peuple de souche française devenir minoritaire sur son propre sol, remplacé par un peuple d'une autre civilisation, et rembourser à des créanciers une dette de plus en plus lourde.
Cela ne relève pas de l'action politique mais de quelque chose d'existentiel. Prenons un exemple simple : la Russie et les pays de l'Est ont été ruinés par cinquante ou soixante-dix ans de communisme. En en sortant, ils se sont redressés, et beaucoup prospèrent aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que le peuple était resté le même. Le problème existentiel de la France est que son peuple est en train d'être remplacé par un peuple d'une autre civilisation. Et cela change tout. Nous ne sommes plus dans les mécanismes traditionnels d'immigration, d'intégration, d'assimilation, mais dans l'affrontement de deux peuples qui se disputent une même terre – avec toute la violence que cela suppose en termes de vols, viols et trafic de drogue. Contrairement à ce que prétendent les politiques et les médias, il ne s'agit pas d'une forme de délinquance, mais de véritables actes de guerre, de guérilla.
On a le sentiment que vous portez deux inquiétudes distinctes : l'une économique et sociale, l'autre identitaire – même si les deux peuvent se rejoindre.
F. B.– Il y a, dans ce livre, un chapitre que je crois essentiel sur l'immigration et la coexistence. Mais j'ai avec Éric Zemmour une différence majeure. Son raisonnement conduit à la guerre civile. Je pense même qu'il y songe, pour dire la vérité – je le connais depuis longtemps, je suis ses déclarations. Au bout de son chemin, il y a un peuple qui nous envahirait. Si tel est le cas, que faire ? Sa réponse est la « remigration », c'est-à-dire obliger ces personnes à partir. Mais si l'on croit pouvoir dire à des Français qui, pour beaucoup d'entre eux, détiennent cette nationalité depuis trois ou quatre générations, qu'ils doivent partir, il n'y a que deux issues possibles. La première est la guerre civile. La seconde est l'essor d'acteurs dotés d'une stratégie très réfléchie en matière d'immigration : La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon.
S'ils le pouvaient, ils allumeraient chaque jour des cierges pour qu'Éric Zemmour continue de dire que ces Français-là devront partir. En effet, pensez à ceux à qui l'on dit : « Bien que vous soyez des Français en règle – et non des Français de papier –, bien que vous soyez des Français de nationalité, de droit, de service, vous devez partir ». Ils se rassembleront en se déclarant : « La nouvelle France, c'est nous ! » Le moment que nous vivons est crucial – c'est pour cela que j'y consacre quarante pages dans mon livre. J'estime, en effet, que nous nous situons à un carrefour. Cette appropriation du débat par les frères siamois que sont Éric Zemmour d'un côté et Jean-Luc Mélenchon de l'autre – les deux faces d'une même médaille, qui emploient d'ailleurs presque les mêmes mots, « France éternelle » contre « Nouvelle France » – laisse entendre que l'on va faire partir certaines personnes, et les Juifs aussi. Je le dis parce que, cette semaine, Jean-Luc Mélenchon a prononcé un discours dans lequel, pour qui l'écoute bien, ce qu'il insinue à l'intention de certaines populations est très clair. Cette logique favorise incroyablement l'extrême gauche, ainsi que le « On est chez nous » que l'on entend crier dans toutes les tribunes de rugby.
É. Z. – François Bayrou a raison, la guerre civile me hante. Mais je ne la provoque pas, je la vois venir. Je pense même qu'elle a déjà commencé. François Bayrou connaît, mieux que moi peut-être, l'histoire des guerres de Religion, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit. Il sait, comme moi, que la Saint-Barthélemy de 1572 n'est que l'acmé d'une guerre commencée cinquante ans plus tôt entre catholiques et protestants. Je crois que nous sommes dans une situation comparable, une guerre de Religion qui débute par des guérillas.
Un dernier point. François Bayrou a dit que Mélenchon et moi sommes les deux faces d'une même pièce. C'est à la fois très juste et très faux. Il a raison sur le fond. Le grand affrontement politique de ce siècle, que l'on observe en Angleterre, en Allemagne ou en France, sera celui de ce clivage ethnico-civilisationnel. Mélenchon a choisi le camp pro-islamique et pro-palestinien si l'on veut. J'ai, pour ma part, choisi celui de la France éternelle, parce que le peuple français m'a accueilli, je l'aime, et je veux le défendre contre ceux qui le menacent. C'est la mission que je me suis donnée, par fidélité à mes parents et grands-parents, qui ont follement aimé la France. Je veux défendre ce peuple que je considère envahi et colonisé. Mais cela ne fait pas de moi le responsable de la situation, ni même Mélenchon. Pardonnez-moi, monsieur Bayrou : le vrai responsable, c'est vous.
C'est la politique menée depuis quarante ans, au nom des grands principes des droits de l'homme et de l'universalisme français, qui a fait entrer des millions d'immigrés venus d'Afrique et du Maghreb, sans jamais en renvoyer ni en sanctionner aucun, et qui a fait grossir ce peuple étranger sur notre sol. Mélenchon n'est que le produit de la politique de Macron, de Hollande, de Sarkozy, de Chirac, de Mitterrand, de Giscard, il n'en récolte que le bénéfice. Vous dites que nous façonnons et que nous attisons les tensions. Non, nous sommes le produit de ces tensions. Et la politique, vous le savez aussi bien que moi, c'est toujours l'affrontement autour d'un clivage qui résume l'époque. Au XVIIIe siècle, c'était la question du pouvoir, du roi, de la liberté. Au XIXe s., la question sociale, la question ouvrière. Aujourd'hui, je crois que c'est celle de l'identité et de la civilisation.
François Bayrou, qu'est-ce qui, pour vous, est le plus important entre les enjeux économiques et identitaires ?
F. B.– Je vais vous répondre en trois phrases. Premièrement : la dette nous condamne à quelque chose de terrible, une impuissance publique générale, à laquelle nous ne pourrons pas échapper. Deuxièmement : qui en seront les principales victimes ? Les jeunes, car il y aura derrière tout cela une véritable guerre de générations. Troisièmement : ces jeunes devront affronter un monde devenu infiniment plus difficile.
Cela est dû au fait qu'une violence incroyable y règne, à tous égards. Par exemple, sur les réseaux sociaux, on assiste à un affrontement généralisé. Certains déversent leur haine sur chaque événement et sur chaque personnalité qui émerge. Ils lancent presque des appels au meurtre. En outre, cela pose la question essentielle du pluralisme, et notamment du pluralisme culturel au sein d'un même pays. C'est la question de l'immigration. Elle consiste à se demander si nous pourrons vivre ensemble. Mon affirmation est simple : nous allons devoir vivre ensemble ! En effet, à quoi nous mènerait la guerre civile, dont je soutiens qu'Éric Zemmour est le promoteur ? À la mort de la France.
François Bayrou évoque une fracture générationnelle. Vous parlez, de votre côté, plus souvent de fracture identitaire. N'y a-t-il pas, en particulier sur la question des retraites, un risque de fracture entre deux France : celle des actifs et celle des retraités ?
É. Z. –Je ne sous-estime pas cela. Je crois qu'il existe, en effet, une fracture générationnelle, un affrontement entre les jeunes et ceux que l'on appelle les boomeurs. Il faut les écouter. Je parle beaucoup avec des jeunes de 20 à 30 ans. Il faut entendre leur acrimonie, leur détestation des boomeurs. J'ai moi-même écrit un livre entier pour les critiquer. Cette génération a saccagé le pays, je ne peux pas être plus direct. Il n'empêche : ce sont aussi les boomeurs aujourd'hui qui, par leur connaissance de la France d'avant, par leur culture, leur expérience et donc finalement par leur vote, peuvent sauver leurs petits-enfants et la France de leurs petits-enfants : qu'ils abandonnent la facilité du vote pour le bloc central et qu'ils nous rejoignent, nous qui, à Reconquête, défendons la France éternelle, celle qu'ils ont eu la chance de connaître.
Au sujet de la dette, je suis d'accord avec François Bayrou sur l'importance de ce sujet, et je lui rends même hommage. Ce fut, en effet, l'un des premiers responsables politiques à l'évoquer, il y a maintenant plus de vingt ans. Je suis toutefois moins d'accord avec lui, lorsqu'il laisse entendre que le problème, ce sont d'abord les retraités.
F. B. – J'ai dit une chose précise. Sur les 1000 milliards que nous avons empruntés, 500 sont partis vers les retraites. J'ai, à cet égard, été le premier, en tant que haut-commissaire au Plan, à montrer que les cotisations ne couvrent que 70 à 80 % des pensions, l'État finançant le reste.
É. Z. – Ce chiffre a été beaucoup contesté. Et le coût des retraites tient aussi aux cotisations que continuent de verser les actifs. Dire que, sur les 1000 milliards empruntés, 500 sont allés aux retraites correspond à affirmer que c'est tout le système social français qui en a bénéficié, pas seulement les retraites.
Si ce n'est pas dans les retraites, où faut-il couper ?
É. Z. – Voici trois chiffres qui m'ont frappé lorsque je les ai découverts, car j'avais du mal à y croire. Avant le Covid, en 2019, la dépense publique française s'élevait à 1 350 milliards d'euros. Avec le « quoi qu'il en coûte », elle est montée à 1480 milliards. On pourrait croire qu'elle est redescendue, une fois cette parenthèse refermée. Ce n'est pas le cas. En 2025, dans le dernier budget, elle atteint 1714 milliards, c'est-à-dire davantage qu'au plus fort du Covid. Nous dépensons donc aujourd'hui plus qu'au temps du « quoi qu'il en coûte ». Il y a là un problème global de dépense publique. Songez aux collectivités locales, dont les dépenses ont doublé en vingt ans, passant de 180 à 330 milliards, ou à l'hôpital, qui est passé, sur la même période, de 60 à 130 milliards. Les retraites coûtent cher, c'est vrai ; mais c'est là que je me distingue de vous. En effet, je crois qu'il faut tailler dans toutes les dépenses publiques, pas seulement dans celle-ci.
F. B.– Les chiffres que j'avance sont ceux du débat public, connus de tous. Sur dix ans, 250 milliards pour les collectivités locales, 250 milliards pour l'action de l'État et 500 milliards pour les dépenses sociales, dont 90 % pour les retraites. Voilà le « camembert ». Votre approche est fausse. Dire que ce ne sont pas les retraites n'est pas exact.
É. Z. – Je n'ai pas dit que ce n'étaient pas les retraites mais que ce n'étaient pas seulement les retraites. Il ne faut pas uniquement s'intéresser à cela, alors qu'il y a tant d'autres choses à changer.
F. B.– Il est nécessaire de faire des économies partout, bien que ce ne soit pas qu'une question d'économies. Il faut surtout rendre l'action publique plus efficace, car elle est devenue, depuis des décennies, largement inefficace.
François Bayrou, d'après vous, si l'on ne fait rien maintenant, le pays va dans le mur. C'est ce que vous avez essayé de faire comprendre aux Français. Pourquoi, selon vous, ne vous ont-ils pas écouté ? Et comment créer les conditions du sursaut ?
F. B.– D'abord, grâce à cette épreuve de vérité, j'ai au moins obtenu un résultat : la conscience publique sur ce sujet a progressé de quarante points dans les sondages. Cela n'arrive presque jamais. Pourquoi ? Parce que les hommes politiques regardent les sondages et, quand ceux-ci leur disent qu'un sujet n'intéresse personne, ils s'en détournent. Quand j'ai fait campagne sur la dette, en 2007 – Éric Zemmour, alors journaliste, en était témoin –, Nicolas Sarkozy se moquait de ce candidat qui croyait pouvoir être élu président en parlant de la dette. J'avais simplement senti, très tôt, venir le drame que cela constituerait.
Si les Français ne veulent pas entendre, c'est que personne, depuis des décennies, ne leur dit la vérité. Ai-je eu tort de provoquer cette épreuve de vérité ? Je crois que c'était la seule chose à faire. Je n'aurais jamais signé le renoncement à la réforme des retraites. Exercer des fonctions gouvernementales pour repousser la poussière sous le tapis, c'est nier l'engagement lui-même. Il existe, je crois, une manière de feindre l'ignorance qui trahit ce que la mission politique a de plus précieux. C'est pourquoi j'ai voulu cette épreuve de vérité, pour que l'on sache qu'il existait encore des gouvernements prêts à ne pas faire n'importe quoi simplement pour se maintenir.
Éric Zemmour, vous présentez Le Suicide français comme un manifeste pour le réveil de la France ?
É. Z. –Quand j'ai écrit ce livre, il y a douze ans, j'écrivais pour alerter. Aujourd'hui, j'écris pour mobiliser. C'est toute la différence. Il y a douze ans, on me disait : « Vous exagérez, vous êtes un décliniste ». Aujourd'hui, on me dit : « Vous avez raison, mais c'est trop tard ». Avant, je me battais contre le déni ; je me bats désormais contre le fatalisme – c'est mon combat. Permettez-moi une analogie historique. Notre situation ressemble beaucoup à celle de 1958. Trois crises, alors, convergeaient. La première était la guerre d'Algérie. Or, ce qui se passe aujourd'hui dans nos banlieues est une forme de guérilla comparable à ces événements.
La seconde était institutionnelle. Le général de Gaulle avait diagnostiqué que le peuple n'était plus représenté, à cause d'un parlement trop puissant. André Tardieu parlait du peuple en régime parlementaire comme d'un « souverain captif ». Aujourd'hui, je crois que les juges ont pris la place du parlement comme gardiens de prison du « peuple souverain ». La troisième, enfin, était la crise financière et budgétaire. De Gaulle a traité ces trois crises de manière concomitante, comme cela se fait en France, comme l'avait fait Bonaparte avant lui. Je crois que la France n'est jamais aussi grande ni aussi forte que lorsqu'elle a le dos au mur. C'est exactement notre situation aujourd'hui, et c'est à ces trois défis qu'il nous faut répondre ensemble.”
- 2026-07-02 “Marc Fesneau : « Cet épisode de canicule, il fait des ravages de l'Atlantique à l'Oural » — Sur le plateau de Public Sénat ce jeudi 2 juillet, Marc Fesneau, président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée nationale et premier vice-président du MoDem, a défendu l'action conduite face aux défis du dérèglement climatique, plaidé pour une adaptation durable de l'agriculture et appelé à construire une candidature de rassemblement en vue de l'élection présidentielle de 2027.
Canicule : « C'est une bataille »
Face aux critiques de l'opposition et à la menace d'une motion de censure, Marc Fesneau a dénoncé une initiative qu'il juge déconnectée des priorités du moment.
Je trouve ça assez désolant au moment où il y a une canicule et où il faudrait plutôt se concentrer sur ce qu'on fait, ce qu'on doit faire, que le gouvernement soit plutôt à la tâche.
Il a également rappelé qu'« une motion de censure, accessoirement, c'est une après-midi de perdu pour le gouvernement » alors que celui-ci est mobilisé contre les risques liés aux fortes chaleurs et aux incendies.
Pour le président du groupe Les Démocrates, « c'est une bataille, la bataille contre la canicule », qui impose à la fois des réponses immédiates et une stratégie de long terme. Il a ainsi mis en avant le bilan des gouvernements d'Emmanuel Macron, soulignant que « les gaz à effet de serre en dix ans ont baissé de 20 % » et que « le budget de l'écologie a doublé », tout en rappelant les contraintes budgétaires auxquelles le pays est confronté.
Marc Fesneau a également insisté sur les efforts de préparation réalisés depuis plusieurs années : renforcement des dispositifs sanitaires après la crise de 2003 et la pandémie de Covid-19, amélioration de la prévention des feux de forêt ou encore adaptation des services publics.
On ne peut pas dire qu'on n'a rien fait.
Il reconnait cependant que « le dérèglement climatique cavale beaucoup plus vite que nous ». Pour aller plus loin, il a estimé indispensable de retrouver des marges de manœuvre financières afin d'investir davantage dans l'adaptation climatique et la décarbonation.
Agriculture : « Il faut qu'on arrive à adapter le modèle agricole »
Interrogé sur les conséquences de la canicule pour le monde agricole, Marc Fesneau a rappelé que l'urgence devait s'accompagner d'une transformation en profondeur.
Il faut qu'on arrive à adapter le modèle agricole et le dérèglement va tellement vite qu'on n'a pas le temps sur des cycles aussi courts de faire un mouvement aussi long.
L'ancien ministre de l'Agriculture a défendu le travail engagé ces dernières années, notamment la réforme de l'assurance récolte, rappelant que « le système assurantiel, il était en défaut, quand on est arrivé » et qu'« on a rajouté des centaines de millions d'euros sur le dispositif » afin de mieux protéger les exploitations.
Sur la gestion de l'eau, il a plaidé pour une approche équilibrée, combinant création de réserves et évolution des pratiques agricoles. « Il faut qu'on combine deux choses. Il y a besoin de plus de réserves », a-t-il reconnu, tout en mettant en garde contre les solutions simplistes :
Arrêtons de faire croire qu'on va stocker [l'eau], on va stocker, on va stocker et qu'on aura résolu le problème.
Pour lui, « la question de la sobriété (…) n'est pas un gros mot » et devra concerner l'ensemble des acteurs.
Enfin, concernant les débats au Sénat sur les pesticides, Marc Fesneau a réaffirmé la ligne défendue par le gouvernement et le groupe Les Démocrates : « ce texte ne sera jamais voté avec ces dispositifs », a-t-il averti, préférant concentrer les avancées sur les sujets structurants comme l'eau, les bâtiments agricoles ou la protection des éleveurs face à la prédation. « Je préfère une politique où on avance sur les trois sujets que je viens d'évoquer », a-t-il conclu.
Élection présidentielle : « On soutiendra quelqu'un au MoDem »
À moins de deux ans de l'élection présidentielle, Marc Fesneau a appelé à ne pas précipiter les choix tout en réaffirmant la volonté du Mouvement Démocrate de porter une candidature. « On soutiendra quelqu'un au MoDem », a-t-il assuré, précisant avoir encore échangé sur ce sujet avec notre président François Bayrou.
Pour notre premier vice-président, l'enjeu dépasse les ambitions individuelles.
On a besoin d'avoir une candidature qui rassemble (…) les Français.
Il souhaite ainsi qu'un candidat soit capable à la fois de franchir le premier tour et de réunir largement au second.
Espérant qu'« à l'automne, les choses se décanteront », Marc Fesneau a appelé les différents prétendants à éviter les affrontements inutiles. « Il ne faut pas qu'on se fasse non plus des vilénie les uns avec les autres », a-t-il prévenu, estimant que les manœuvres politiciennes risqueraient de compromettre les rassemblements indispensables.
Enfin, il a livré une analyse : « J'ai peur qu'il n'y en ait pas assez », non pas de candidats, mais de personnalités « capables de franchir le premier tour et gagner le deuxième ». Une conviction qui explique, selon lui, qu'il soit légitime de continuer à explorer toutes les options afin de faire émerger une candidature en mesure de rassembler les Français et de l'emporter en 2027.”
- 2026-07-02 “Handicap et citoyenneté : une soirée pour faire avancer le débat — Comment permettre à chacun de vivre pleinement sa citoyenneté ? C'est autour de cette question essentielle que les Jeunes Démocrates, en collaboration avec le Mouvement Démocrate, ont organisé une table ronde consacrée au handicap, un sujet qui nous concerne tous et qui mérite d'être placé au cœur du débat public.
Nous sommes particulièrement fiers d'avoir porté cet événement, à l'initiative de Céline Lewandowski et d'Elias Kari, avec la volonté de créer un véritable temps de sensibilisation, de réflexion et de dialogue autour des enjeux de l'inclusion.
La soirée s'est ouverte par la diffusion du documentaire Every Bodies, réalisé à partir du défilé organisé à Villeurbanne par l'association PIH, qui met en lumière la diversité des corps et invite chacun à changer son regard sur la différence. À travers des témoignages sincères et des parcours de vie inspirants, ce documentaire rappelle que l'inclusion passe avant tout par la reconnaissance de chaque personne dans toute sa singularité. Une projection particulièrement émouvante, qui a profondément touché les participants et donné le ton des échanges à venir.
Le handicap concerne aujourd'hui près de 12 millions de Français, qu'il soit visible ou invisible. Pourtant, les obstacles restent nombreux : accès à l'emploi, à l'enseignement, aux transports, au logement, à la culture ou encore à la participation à la vie démocratique. Défendre une société inclusive, c'est permettre à chacun d'exercer pleinement ses droits et sa citoyenneté.
Pour nourrir cette réflexion, nous avons eu l'honneur d'accueillir des intervenants aux parcours complémentaires :
- Inès Chaaba, avocate engagée et présidente de l'AFEC Jeunes, qui a partagé son regard sur les droits des personnes en situation de handicap, notamment invisible.
- Blandine Brocard, députée du Rhône, investie depuis de nombreuses années sur les questions d'inclusion et d'éducation.
- Mathys Dupuis, étudiant en histoire et lauréat du Trophée des aidants de l'Ordre national du Mérite, qui a livré un témoignage fort sur son parcours dans l'enseignement supérieur.
- Béatrice Moderne, fondatrice de PIH, engagée pour changer le regard de notre société sur les différences à travers la mode et la culture.
Cette table ronde, animée par Elias Kari, a donné lieu à des échanges riches, sincères et constructifs. Ils ont rappelé que le handicap ne doit jamais être un frein à la participation citoyenne et que l'inclusion ne peut être une simple ambition : elle doit devenir une réalité concrète.
À travers cette initiative, les Jeunes Démocrates et le Mouvement Démocrate réaffirment leur volonté de faire vivre le débat d'idées sur des sujets qui touchent le quotidien de millions de Français. Nous croyons qu'une société plus juste se construit en donnant la parole à celles et ceux qui vivent ces réalités, en écoutant leurs expériences et en portant des solutions concrètes.
Soucieux de promouvoir les questions d'inclusion, de sensibilisation au handicap et de l'accès aux droits, les Jeunes démocrates travaillent également depuis plusieurs mois à l'élaboration d'un livret de propositions sur le thème du handicap, dans le but de porter des mesures concrètes d'amélioration dans l'espace public.
Merci à tous ceux qui ont rendu cette soirée possible. C'est ce genre de moments qui donnent envie de continuer à porter des projets qui ont du sens.”
- 2026-07-02 “Marina Ferrari : « Nous sommes extrêmement vigilants face aux manipulations dans le cadre des paris sportifs » — Invitée de RMC, Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, est revenue sur l'affaire des paris truqués dans le monde de la pétanque. Elle a également dressé le bilan de la canicule, tout en appelant à la plus grande vigilance dans la pratique des activités sportives, alors que de nouveaux épisodes de fortes chaleurs pourraient toucher la France dans les prochaines semaines.
Paris truqués : « C'est une réalité aujourd'hui dans le monde du sport »
Neuf personnes, dont quatre internationaux français, dont Dylan Rochet et Henri Lacroix, élites mondiales de la pétanque, ont été interpellés et placés en garde à vue cette semaine. Ils sont soupçonnés avec leurs proches d'avoir manipulé une partie de pétanque et truqué des paris lors des Masters de Pétanque en 2025. Interrogée sur cette affaire, notre ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, réagit :
Je ne veux pas jeter le problème sur tout le milieu du sport, mais en tout cas, les manipulations sportives dans le cadre des paris sportifs, oui, c'est une réalité aujourd'hui dans le monde du sport.
Marina Ferrari rappelle qu'il faut rester vigilant et que l'Autorité Nationale des Jeux est utile à ce sujet : « C'est une cellule d'investigation et de surveillance qui fonctionne d'ailleurs très bien. » Elle souligne qu'il y a 15 jours notamment, elle s'est rendue sur place pour avoir le compte rendu opérationnel de la plateforme. Elle ajoute :
On travaille sur ça, bien évidemment, au niveau mondial aujourd'hui, européen, puisque grâce à des algorithmes, on observe aussi ce qui se passe sur les plateformes de jeu.
Marina Ferrari précise que les résultats des enquêtes montrent que le dispositif est efficace, avec des observations qui sont menées constamment. Elle explique également :
La cellule est en veille opérationnelle très haute, puisque dans le cadre de la Coupe du Monde également on sait qu'on a des pics qui peuvent intervenir, donc nous sommes en grande vigilance aujourd'hui.
Pour notre ministre : « il faut remettre de l'éthique dans le sport », la politique que nous avons en France est donc très offensive pour lutter contre les manipulations.
Canicule : « À l'avenir, il est certain que les calendriers sportifs vont devoir évoluer »
Marina Ferrari s'est ensuite exprimée sur les épisodes de canicule à venir et notamment sur de potentielles nouvelles annulations. Elle affirme : « De nouvelles annulations, c'est possible. » Elle souligne que les conditions météorologiques sont surveillées de très près puisque, lorsqu'une zone est en vigilance rouge, les annulations ne sont pas systématiques mais fréquentes, et lorsqu'une zone est en alerte orange alors c'est à l'appréciation des pouvoirs publics en fonction notamment de la tension hospitalière.
À Nice, par exemple, la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, a souligné que malgré l'annulation de l'Ironman, il a été effectué de manière pirate par certains athlètes. Elle précise alors que sur cette course, par exemple, ils vont travailler pour établir une doctrine et pour accompagner les organisateurs.
Les épisodes caniculaires vont se répéter à l'avenir. Elle précise alors :
Quand j'entends parler d'impréparation, je m'inscris en faux, puisqu'on va tirer les conséquences de ce qui s'est passé.
Marina Ferrari a aussi rappelé que les fédérations sportives sont déjà en train de s'adapter, par exemple la Fédération française de rugby a décalé ses matchs de plusieurs jours. Elle ajoute :
À l'avenir, il est certain que les calendriers vont devoir évoluer et que les fédérations sont déjà en train de travailler sur des aménagements. (...) Les compétitions vont devoir être aménagées.
Notre ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, a ensuite dressé le bilan chiffré de la canicule. Elle annonce, sur l'annulation de compétitions sportives le week-end dernier :
Plus d'une soixantaine le week-end dernier ont été annulées partout en France. Je crois que c'était une mesure de responsabilité que nous devions prendre. Beaucoup d'organisateurs l'ont fait d'eux-mêmes et d'autres ont dû être annulées par les autorités.
Elle s'est également exprimée sur le nombre de noyades :
Alors depuis le 19 juin, nous déplorons plus de 90 noyades, un chiffre qui est inquiétant. Là, on a assisté à une baisse ces derniers jours, donc on voit bien que c'est corrélé aussi au pic de chaleur où les gens vont chercher la fraîcheur.
Marina Ferrari rappelle que les premiers jours, beaucoup de jeunes étaient victimes de noyade en raison de la fragilité des profils :
On ne doit pas les laisser sans surveillance, je le rappelle. Ensuite, il y a les jeunes sur des comportements qui sont dangereux : je saute d'un pont, je vais dans un canal qui n'est pas surveillé.
Elle souligne alors l'importance de privilégier la baignade dans des lieux surveillés et donc protégés comme les piscines municipales. Elle a notamment annoncé avoir lancé, il y a déjà quelques mois, une réorientation des crédits de l'Agence Nationale du Sport sur les piscines en priorité.
Je tiens à rappeler quand même, j'entends beaucoup de choses, 320 projets de piscines ont été accompagnés en France depuis 2019, mais on sait qu'on a une fragilité sur les piscines, notamment en zone rurale où on a de moins en moins de piscines, parce qu'il y a un problème de rénovation.
Marina Ferrari a ajouté qu'un travail a également été effectué sur l'attractivité du métier de maître nageur :
On travaille sur une refonte du brevet national de sauveteurs-secouristes aquatiques pour leur donner plus d'autonomie dans la surveillance pour renforcer les maîtres nageurs sauveteurs. Donc le décret va bientôt être publié pour être opérationnel dès l'année prochaine.
Un troisième levier, c'est aussi le redéveloppement de l'apprentissage de la nage en eau libre, a précisé notre ministre :
On le voit bien aujourd'hui, nous avons beaucoup d'accidents qui ne sont pas en piscine et c'est très différent quand vous nagez dans un lac ou quand vous nagez en piscine.”
- 2026-07-02 “Conférence à Strasbourg : comprendre la dette française pour mieux agir — Mercredi 1er juillet 2026, une conférence consacrée à la « dette française : constat et solutions possibles » s'est tenue à Strasbourg, à l'initiative du Village Démocrate « Entreprise, commerce et industrie ».
Modérée par Frédéric Agaud, animateur du Village, cette rencontre avait pour intervenant M. Luc de Boever, docteur en sciences économiques à la Sorbonne. Son parcours particulièrement riche — d'agriculteur dans sa jeunesse à président de la Fédération nationale ovine, puis expert du commerce international et essayiste — donne un relief singulier à son engagement. À 86 ans, avec une énergie intacte, il souhaite parcourir la France pour partager ses convictions sur la dette française : la gravité de la situation, mais aussi les possibilités réelles de redressement de notre pays.
Ce thème est depuis longtemps au cœur des préoccupations de notre mouvement et de notre président François Bayrou. Il demeure plus que jamais d'actualité, comme le rappelle son dernier ouvrage, Alerte sur la France qui vient.
Avec la rigueur d'un universitaire reconnu et un grand sens de la pédagogie, Luc de Boever a présenté les principaux chiffres permettant de mesurer l'ampleur du problème : une dette publique de plus de 3 500 milliards d'euros, en progression continue depuis 1974 ; un déficit supérieur à 150 milliards d'euros cette année ; et une charge d'intérêts qui devrait dépasser 60 milliards d'euros, soit l'équivalent du budget de l'Éducation nationale, puis atteindre plus de 100 milliards d'euros en 2030, davantage que le produit de l'impôt sur le revenu.
Son message est clair : sans mesures exceptionnelles et sans réformes urgentes, profondes et globales, couvrant l'ensemble des champs politiques, économiques et sociaux, le « bateau France » risque de perdre le cap. Ses moteurs ne produisent plus l'énergie suffisante, il dérive et laisse apparaître de nombreuses voies d'eau.
Pourtant, ce travail difficile a déjà été engagé, voire mené à bien, chez certains de nos partenaires européens. Dès lors, une question s'impose : pourquoi cela serait-il possible ailleurs et pas chez nous ?
Pour avoir une chance de réussir, plusieurs conditions apparaissent essentielles :
- associer les Français aux efforts nécessaires, en leur expliquant clairement les raisons de ces efforts ;
- faire vivre une solidarité nationale réelle ;
- garantir une équité absolue dans la répartition des efforts ;
- présenter un plan global, annoncé à l'avance et compréhensible par tous.
Notre pays a déjà montré sa capacité à se mobiliser autour d'un objectif commun. Lorsque Notre-Dame a brûlé, la France a su rassembler les volontés pour permettre sa reconstruction, plus belle encore, en cinq ans, grâce à un consensus et à une mobilisation générale.
Nous sommes donc capables, nous aussi, de redresser notre maison France. Mais cela suppose de regarder le monde tel qu'il est, et non tel que nous voudrions qu'il soit. Un pays ne peut pas vivre durablement au-dessus de ses moyens sans mettre en danger son avenir.
La clé du redressement passera par un travail de fond : former des citoyens conscients des enjeux, convaincus que des solutions réalistes existent et prêts à s'engager dans un effort collectif fondé sur l'équité et la responsabilité.
Après cet exposé dense et stimulant, de nombreuses questions et remarques ont été formulées par le public strasbourgeois, composé de participants de tous âges et de tous horizons. Toutes ont été accueillies avec bienveillance et ont donné lieu à des réponses constructives.
Cette réunion constitue une étape dans le travail important qui nous attend : convaincre les Français de la nécessité d'agir, expliquer les efforts à consentir et montrer qu'un avenir positif et enthousiasmant, notamment pour les jeunes générations, demeure possible.
Dans les prochains mois, le MoDem aura un rôle majeur à jouer pour porter ce message et contribuer au redressement du pays, comme le fait inlassablement notre président François Bayrou.”
- 2026-07-01 “Christophe Blanchet : « Ceux qui veulent vendre en Europe doivent respecter nos règles » — Lors des questions au gouvernement, notre député du Calvados et vice-président de l'Assemblée nationale, Christophe Blanchet, a interrogé le ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l'Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'achat sur le droit de douane européen sur les petits colis.
Merci Madame la Présidente.
600, c'est le nombre d'avions gros porteurs chinois qui décollent chaque nuit à destination du marché européen. 25, c'est le nombre de petits colis qui entrent en France chaque seconde, soit plus de 800 millions de colis par an. Et sur ces colis, je l'ai vu à Roissy, plus de la moitié relève de la contrefaçon ou ne respecte pas les règles de sécurité européenne.
Derrière ces flux, une réalité simple : une concurrence qui n'est pas à armes égales avec des règles sociales, fiscales et environnementales qui ne sont pas les mêmes dans tous les pays. C'est aussi pour répondre à cela que la France a instauré le 1er mars une taxe de 2 euros par colis. L'objectif était clair, derrière les 400 millions d'euros de recettes espérées, c'était surtout une logique de patriotisme économique et écologique assumée pour arrêter de laisser inonder notre marché par des pays qui ne respectent en rien les accords de Paris alors que nos entreprises perdent des parts de marché.
Il y a aujourd'hui un contournement massif du dispositif avec des flux réorientés via d'autres États membres notamment la Belgique et les Pays-Bas, avant de revenir sur notre marché.
Autrement dit, la règle existe, mais elle ne nous protège pas dans les faits, car nous sommes seuls dans une Europe attaquée à vouloir agir vite et fort. Le gouvernement a choisi de suspendre la taxe nationale pour passer aux dispositifs européens à 3 euros dès aujourd'hui, puis à 5 euros en novembre. Cette évolution est compréhensible, car face à des plateformes mondiales, la bonne réponse est européenne.
Mais cette réponse ne sera crédible que si l'Europe assume enfin sa puissance. Avec près de 450 millions de consommateurs, elle est le premier marché économique mondial. C'est une force considérable. A nous d'en faire un levier de souveraineté économique et écologique. Ceux qui veulent vendre en Europe doivent respecter nos règles, nos normes et nos exigences commerciales et environnementales.
Monsieur le ministre, à quand une réelle protection de nos frontières européennes face à des compétiteurs qui chaque jour nous affaiblissent économiquement et condamnent notre planète ?”
- 2026-07-01 “Soirée-débat autour du nouveau numéro de France Forum : « Faut-il craindre les extrêmes ? » — Pour lutter contre les extrêmes, il faut les connaître, comprendre leur idéologie et leur stratégie, ainsi que les causes de leur montée dans les sondages.
Mercredi 8 juillet, la revue France Forum vous invite à une soirée-débat « Faut-il craindre les extrêmes ? », animée par Agnès Louis, avec la députée de la Nièvre Perrine Goulet, qui a piloté un groupe de réflexion sur les causes de la montée du vote RN, et plusieurs auteurs de notre dossier.
Venez nombreux, un pot convivial suivra le débat.
🗓 Mercredi 8 juillet
⏰ 19h30
📍 133 bis, rue de l'Université, 75007 Paris”
- 2026-07-01 “Convention régionale des mouvements territoriaux de Bourgogne-Franche-Comté — Les mouvements territoriaux de Bourgogne-Franche-Comté vous invitent à leur convention régionale annuelle qui se tiendra cette année à Autun le 11 juillet, en présence de Marc Fesneau, Premier Vice-Président du MoDem et Président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée nationale, Maud Gatel, Secrétaire Générale du MoDem, Christophe Grudler, Député européen, Laurent Croizier, Député du Doubs, Vincent Chauvet, Maire d'Autun, François Deseille, Maire-adjoint de Dijon, et de nombreux élus, militants et sympathisants.”
- 2026-06-30 “François Bayrou : « Je n'aurais pas voté ce texte sur la fin de vie » — François Bayrou était l'invité de Laurence Ferrari ce mardi 30 juin sur Europe 1 et CNews.
Laurence FERRARI : Et notre invité ce matin dans la grande interview sur CNews et sur Europe 1, c'est le président du MoDem, François Bayrou. Bonjour.
François BAYROU : Bonjour.
Laurence FERRARI : Neuf mois après votre départ de Matignon, vous publiez aux éditions de l'Observatoire : « Alerte sur la France qui vient ». C'est un plaidoyer contre la dette, une adresse aussi à la jeunesse qui, selon vous, va payer le plus cher. C'est un livre qui est passionnant, qui est prémonitoire, on va en parler dans un instant. Mais je voudrais vous poser deux questions d'actualité. La première, elle porte sur le texte qui sera voté aujourd'hui à l'Assemblée nationale sur l'euthanasie, la loi fin de vie. Ils ont finalisé, les députés, ce texte. Il y a beaucoup de clauses qui sont considérées comme les plus permissives d'Europe. Est-ce que ce texte, en tant que député, vous l'auriez voté, François Bayrou ?
François BAYROU : Non, je ne l'aurais pas voté. C'est un immense problème de conscience. Parce que dans tous les pays où ce genre de texte est peut-être encore moins engageant que chez nous, dans tous les pays où ce texte a été voté, cela a fait tache d'huile. C'est pour cela que c'est très difficile et douloureux. Parce qu'il y a des gens qui, eux, pour leur propre destin, pensent que cela serait mieux d'avoir cette issue. Mais à partir du moment où on dit : « la mort est un soin », nous qui avons construit notre société sur : « normalement, je ne te laisserai pas seul. Je ne te laisserai pas malade et je ne te laisserai pas souffrir », à partir du moment où on introduit l'idée qu'il existe un soin qui est pour mettre un terme à tout cela et qui est la mort, partout cela fait tache d'huile parce que cela s'introduit, cela s'immisce dans la conscience générale et cela se multiplie.
Laurence FERRARI : Notamment sur les populations les plus vulnérables.
François BAYROU : C'est exactement ce que je voulais dire. Cela se multiplie pour qui ? Pas pour les gens qui sont avantagés, qui ont les moyens, qui ont des relations, de la famille. C'est pour les autres que cela vient. Je n'ai jamais oublié une lettre qui m'a bouleversée. C'est une maman qui m'écrivait alors parce qu'elle avait une petite fille trisomique. Et elle me disait : « mais quand je ne serai plus là, avec cette loi, elle est tellement gentille, elle veut tellement faire plaisir à tout le monde, qu'on lui expliquera que c'est pour rejoindre sa maman ». Je ne dis pas que cela se passera. Je ne dis pas que c'est dans les intentions de ceux qui rédigent la loi. Mais il y a ce risque. En tout cas, je sais une chose, c'est que tous les médecins qui travaillent dans ces admirables services de soins palliatifs, dans les établissements dédiés à cela, Jeanne Garnier par exemple, tous disent qu'il ne faut pas faire cela. Tous disent : « donnez-nous les moyens de soulager la douleur ». On a constaté une chose très simple. Parmi tous les gens qui sont en soins palliatifs et qui voulaient avant qu'on leur applique cette fin de vie, parmi tous ceux-là, il n'y en a plus que 2 ou 3% s'ils sont soulagés de la douleur qui veulent continuer. Alors cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas des personnes, j'en connais, et j'ai parlé beaucoup avec elles, qui disent : « mais moi j'ai une maladie très lourde, dégénérative, comment je fais le jour où je ne pourrai plus bouger ? ». Eh bien c'est cette question-là qui, à mon avis, se traite. Les yeux dans les yeux avec les médecins, on est là pour aider, comme cela se fait tous les jours alors que la loi n'existe pas.
Laurence FERRARI : C'est pour cela que vous aviez scindé le texte en deux, une partie soins palliatifs parce qu'on a une vraie pénurie sur les soins palliatifs dans notre pays et une partie sur la loi fin de vie.
François BAYROU : C'est-à-dire, je n'ai pas voulu qu'il n'y ait qu'un vote pour deux problèmes distincts. Si on croit que notre démocratie ou notre République doit être transparente et honnête. C'est pourquoi j'ai voulu deux votes, un sur les soins palliatifs et un sur cette fin de vie.
Laurence FERRARI : Vous n'appelez pas euthanasie ? C'est de l'euthanasie ou pas ?
François BAYROU : Alors c'est compliqué parce que euthanasie cela veut dire la mort douce. C'était déjà une périphrase. C'est l'aide à mourir ou c'est l'action de donner la mort en fin de vie. Et c'est un énorme problème de conscience parce que c'est un changement profond de la société dans laquelle on est. Et je dis cela en respectant tous ceux qui ont une opinion différente et que je connais aussi.
Laurence FERRARI : Vous comprenez l'entêtement d'Emmanuel Macron à vouloir faire voter absolument cette loi maintenant, alors qu'il y a tant de problèmes dans notre pays et on va les évoquer.
François BAYROU : Il y en a beaucoup, mais il n'est pas vrai que ce soit un entêtement personnel. C'est davantage la pression des députés au sein de l'Assemblée nationale. Et j'ai donc séparé ces deux textes. Et un jour, le promoteur principal, que je connais bien, qui est un ami, Olivier Falorni, est venu me voir et il m'a dit au fond, tu as eu raison de séparer les deux textes. Parce qu'on a pu avoir des débats plus concentrés. Mais le problème de conscience que je rapporte et dont j'atteste ce problème de conscience, il est pour l'avenir de la société qui est la nôtre très important.
Laurence FERRARI : François Bayrou, l'autre grand thème dans l'actualité, c'est tout ce qui concerne la justice, tout ce qui concerne le fonctionnement de notre société. On a les drames quotidiens qui émaillent l'actualité, les prénoms comme Lyhanna, comme Philippine, comme Louis, qui chaque jour représentent ses victimes. Et ces familles qui désormais refusent de se taire, qui refusent de se faire silencer par le système, et qui disent non, on veut une justice qui soit une vraie justice et qui nous protège. Il y a une fracture désormais entre les Français et la justice. Deux tiers d'entre eux ne lui font plus confiance. Est-ce qu'il y a un moyen de réparer cela, François Bayrou ?
François BAYROU : Il va falloir le réparer. Je veux dire, vous avez des attitudes qui sont des attitudes très antagonistes. Vous avez les Français qui voudraient juger les juges, qui exigent de juger les juges.
Laurence FERRARI : En tout cas, qui prônent des sanctions.
François BAYROU : Et vous avez les juges qui disent ne touchez pas aux magistrats. Il va falloir trouver. Et c'est un bon exemple de toutes les réconciliations qu'il va falloir conduire en France. Et vous voyez que vous avez ces antagonismes qui excitent complètement les positions. Moi, je suis du côté des parents. Alors, ce n'est pas très original de dire ça. Cela fait homme politique qui a ses formules sur ses sujets. Et aucun d'entre nous ne peut être indifférent. Mais dans l'affaire Lyhanna, par exemple, on voit bien que ce qui a provoqué le drame, c'est une erreur de fonctionnement de la justice ou un dysfonctionnement, comme on dit. C'est-à-dire, non seulement cela n'a pas fonctionné, mais cela a fait le contraire, cela a poussé sous le tapis la poussière. Ce dysfonctionnement est hélas, et je dis cela en pensant aux parents de cette petite fille, cela a hélas provoqué le drame. Ce n'est pas un drame qui a été subi, c'est un drame qui a été provoqué.
Laurence FERRARI : Il y a aussi la mort de Louis. C'est très lourd ce que vous dites. Il y a aussi Louis, ce jeune homme qui a été massacré par cinq autres jeunes dont trois mineurs. Est-ce qu'on peut parler d'ensauvagement ? Vous avez souvent fait ce constat-là, il figure aussi dans ce livre, François Bayrou. Est-ce qu'aujourd'hui, il y a un ensauvagement de la situation en France ?
François BAYROU : Il y a des secteurs de la société qui sont tellement en panne et tellement enflammés. Par exemple, l'aide sociale à l'enfance. C'est exactement le cas.
Laurence FERRARI : C'est exactement le cas.
François BAYROU : Nous avons dans nos rangs, dans notre groupe à l'Assemblée nationale, une jeune femme formidable sur ce sujet qu'elle connaît intimement, qui s'appelle Perrine Goulet, et qui mène le combat sur la réforme en profondeur qu'il faut conduire, parce que ces jeunes garçons et ces jeunes adolescents, dans des familles d'accueil qui sont parfois démunis pour maîtriser ou pour orienter leur développement. C'est un immense travail à conduire et dans un pays qui n'a plus les moyens d'augmenter les dépenses perpétuellement.
Laurence FERRARI : Ma question, c'est l'ensauvagement. Est-ce qu'on assiste, et c'est un vrai sujet, à une faillite morale, éducative, sociétale, qui ne nous permet plus d'élever nos jeunes, nos enfants, qui s'entretuent les uns les autres ?
François BAYROU : Oui. Peut-être qu'il ne faut pas avoir une formule en pensant que c'est dans toutes les villes et dans toutes les rues. Mais c'est très important et très choquant. Cela existe. C'est Jean-Pierre Chevènement qui avait dit, je crois, des sauvageons. Des sauvageons, vous savez, dans une forêt, c'est des drageons qui poussent sans être guidés. Oui, il y a quelque chose d'une violence tellement forte dans toute la société que c'est un ensauvagement de la société tout entière. Exemple, vous allez sur les réseaux sociaux et vous lisez les postes qu'il y a sous chacun de vos gestes, de vos actes, vous journaliste, responsable politique, chef d'entreprise. C'est d'une violence, d'une méchanceté, d'une haine recuite, une volonté d'abattre, de déshonorer, de tuer. Par centaines et milliers, protégés par l'anonymat. Comme si -j'ai un chapitre dans le livre sur ce sujet- comme si se révélait par l'anonymat le tréfonds de la nature humaine dans les sociétés où nous sommes, qui ne sont plus cadrées, qui ne sont plus guidées, et qui donne aux responsables de la société une très importante charge. Personne ne pourra éluder, y compris dans les campagnes qui viennent.
Laurence FERRARI : François Bayrou, « Alerte sur la France qui vient », c'est votre livre aux éditions de l'Observatoire. Pour vous, le cœur du réacteur, c'est la dette qui est abyssale dans notre pays. Vous dites quasiment que nous sommes à un point de bascule pour cet endettement. Et concernant le système des retraites, évidemment, qui est connexe, vous dites qu'il peut y avoir une guerre de génération. Est-ce qu'on peut encore éviter ces écueils-là, à votre avis ?
François BAYROU : Laurence Ferrari, on va vers une guerre de génération si on ne fait rien. Une guerre des générations par négligence, par laxisme. Il y a 50 ans, 50 ans, que la France n'a plus voté un budget en équilibre. Cela veut dire des déficits tous les ans, des déficits croissants. Et ces déficits, il faut les emprunter pour payer les salaires, pour payer les charges de l'État et de la Sécu. Ce sont ces déficits qu'il faut emprunter, qui accumulés au fil du temps, forment la dette incroyable dans laquelle nous sommes. Et alors autrefois, vous savez que je mène campagne sur ce sujet depuis longtemps.
Laurence FERRARI : Depuis 2006-2007 en tous cas.
François BAYROU : Oui, en tous cas depuis 2007, dont j'avais fait un sujet majeur. Autrefois on disait bon, d'accord François Bayrou a raison, c'est une obsession chez lui, mais c'est pour plus tard, c'est un jour qu'on aura des ennuis. Mais aujourd'hui, vous l'avez vu, et la Cour des comptes et toutes les analyses que j'ai développées dans ce livre montrent que cela n'est plus pour plus tard. C'est désormais aujourd'hui. Cela n'est plus un risque, c'est une fatalité que nous affrontons aujourd'hui. A telle enseigne que l'année prochaine, la totalité des impôts sur le revenu que paient chacun de ceux qui nous écoutent quand ils en paient, et vous, et moi, et tous ceux qui sont là, la totalité de l'impôt sur le revenu de toutes les villes et de tous les villages français ne suffira plus à rembourser seulement les intérêts de la dette. Pas la dette, on n'a jamais remboursé un euro de dette depuis 50 ans.
Laurence FERRARI : Et la guerre des générations, c'est quoi ? Ce sont les jeunes qui s'en prendraient aux plus âgés, qui leur reprocheraient d'avoir profité du système et de l'avoir ruiné ?
François BAYROU : Si vous parlez avec eux, la charge qu'ils vont avoir à porter, la plus lourde et le plus longtemps dans les décennies qui viennent, c'est eux qui vont avoir à le faire. Quand nos générations avaient 20 ans, il n'y avait pas de dette. En 80, il n'y avait pas de dette. Et puis, tout d'un coup, cela s'est installé, cela s'est accéléré. C'est devenu un réflexe pour chacun des gouvernants et chacun des citoyens. Tout le monde dit mais sur ce problème, il faut des moyens. Tous les grands sujets que vous avez évoqués, il faut des moyens. Et on doit donner les moyens supplémentaires. Il n'y aura plus de moyens supplémentaires. Parce qu'on a la défense, on a l'école, on a la sécurité. On devrait avoir la science et la recherche. On a l'intelligence artificielle. Et donc vous voyez que tout cela, en réalité, exige une prise de conscience de la société. Parce que s'il n'y a pas de prise de conscience, alors les gouvernants qui suivent toujours la société, qui suivent toujours la demande, qui suivent toujours les sondages, ne feront pas face.
Laurence FERRARI : Prise de conscience et des Français et de leurs responsables politiques. C'est ce que vous dites aussi clairement dans ce livre. Est-ce qu'il y a un homme ou une femme providentielle qui pourrait, selon vous, renverser la table ? Remettre la dette, en tout cas la faire un peu baisser ? Est-ce que vous, vous êtes candidat, François Bayrou ?
François BAYROU : Je ne suis pas candidat.
Laurence FERRARI : Vous n'êtes pas candidat. Est-ce que vous avez passé un pacte avec François Hollande ?
François BAYROU : Non, j'ai lu cela. C'est n'importe quoi. Les journalistes qui se laissent entraîner à n'importe quoi. J'ai vu ces jours-ci qu'il y avait cette rumeur, une rumeur fondée sur un article démenti. Enfin vous voyez tout cela.
Laurence FERRARI : Donc c'est non, il n'y a pas de pacte secret. Évacuons-le.
François BAYROU : Pourquoi ? Parce que je pense que cette élection présidentielle, elle n'est pas comme les autres. Autrefois, on allait à l'élection présidentielle pour se faire connaître, pour se faire voir, pour que les Français découvrent les charmes immenses qui sont ceux des candidats successifs. Mais c'est fini ! Cette année, l'élection présidentielle, ce n'est pas cela. Cette année, l'élection présidentielle, c'est la menace des extrêmes. Et il n'y a aucun pays dans le monde, aucun pays dans le monde, qui se soit relevé des extrêmes. Jamais. Je ne veux pas citer des noms, mais vous les avez en tête. Et donc, la menace immense créée par cette tenaille, elle doit être conjurée et elle change la nature de l'élection présidentielle et des candidatures. Pourquoi ? Parce que cela veut dire qu'il ne faut pas se présenter pour participer, il ne faut pas se présenter pour témoigner, il ne faut pas se présenter pour faire connaître, il faut se présenter pour gagner. Et se présenter pour gagner, cela veut dire aussi qu'il faut des candidats, je suis sûr qu'il y en a qui vont apparaître, qui ont les épaules pour être demain matin président de la République.
Laurence FERRARI : Cela veut dire qu'il n'y en a pas actuellement qui ont les épaules ?
François BAYROU : Sûrement, peut-être.
Laurence FERRARI : Edouard Philippe, il n'a pas les épaules ?
François BAYROU : Je ne veux pas participer à ces concours-là. Vous voyez bien que ce que traduisent les sondages, c'est comme une insatisfaction par rapport aux candidats déjà déclarés, qui ont des qualités, qui ont des mérites, qui ont des vertus, mais qui ne semblent pas toucher et répondre à la question. Il faut des gens qui ont une expérience qui ne ressemble à aucune autre, une compréhension des différents domaines de l'économie et des relations internationales et de la diplomatie et des armées, et qui puisse exercer la fonction demain. Et deuxièmement, qui soient capables de rassembler et de réconcilier.
Laurence FERRARI : Vous venez de faire votre portrait-robot, François Bayrou ?
François BAYROU : Non, je ne suis pas candidat.
Laurence FERRARI : Et vous ne le serez pas, quoi qu'il arrive ?
François BAYROU : Non, je ne veux pas. Je vous ai dit, si j'avais écrit ce livre en étant candidat, qui aurait lu le livre comme un livre sur la France ? Ils auraient cru que c'était un livre sur moi, que je défendais mes propres avantages. Et ce n'est pas ce que les Français veulent.
Laurence FERRARI : Mais pourtant, vous dites, j'ai choisi le combat. Il n'y a qu'à chaque fois qu'une question s'arrêter ou repartir. J'ai choisi le combat. Donc vous voulez toujours combattre pour la France, François Bayrou ?
François BAYROU : Combattre pour essayer de sauver -je parle de sauvegarde- un pays qui est aujourd'hui dans une situation depuis des décennies que nous avons vues, vous et moi, depuis des décennies. Le pays se laisse envahir par des pratiques qui sont des dérives, en réalité, et celle de la dette n'est pas la plus mince, mais ce n'est pas la seule. Vous avez dit tout à l'heure, il n'y a plus rien qui marche dans le pays. C'est vrai ce qui veut dire qu'il faut changer notre organisation profondément.
Laurence FERRARI : Mais est-ce que les Français le veulent ? Est-ce qu'ils sont prêts à changer tout ce à quoi ils sont habitués depuis tant d'années ?
François BAYROU : Ceci est exactement la question. Est-ce qu'on va changer par force, méchamment ? Écoutez-moi bien, vous enregistrez, hein ? Par force, méchamment. Ou bien est-ce qu'au contraire, on va comme un peuple debout, ouvrir les yeux, ce que j'ai proposé et qui a été refusé à l'Assemblée nationale il y a neuf mois. On va ouvrir les yeux et dire voilà le constat et donc on va décider tous ensemble de faire ce qu'il faut pour s'en sortir. Ce qu'il faut sur plusieurs années, ce qu'il faut pour s'en sortir avec un plan sérieux, exigeant de retour à l'équilibre. Les mois que nous allons vivre, je ne parle même plus d'années, je parle de mois, les mois qui viennent sont un danger terrible pour le pays et donc il faut une prise de conscience, et donc il faut les yeux ouverts et du courage.
Laurence FERRARI : Merci beaucoup François Bayrou. « Alerte sur la France qui vient » aux éditions de l'Observatoire. Merci d'avoir partagé votre constat avec nos téléspectateurs et nos auditeurs. Bonne journée sur CNews et sur Europe 1.”
- 2026-06-30 “François Bayrou : « Il n'y a pas un pays dans le monde qui se soit relevé de l'extrême droite ou de l'extrême gauche parce qu'ils organisent la guerre civile dans le pays. » — Le Président du Mouvement Démocrate était sur le plateau de Darius Rochebin hier soir sur LCI.
Darius Rochebin : Bonsoir François Bayrou, Monsieur le Premier ministre. C'est votre livre, François Bayrou, Alerte sur la France qui vient, c'est aux éditions de l'Observatoire, merci d'être là. Vous avez 75 ans François Bayrou ? Comment allez-vous ?
François Bayrou : Non. Il paraît. Non. 30, quelque chose comme cela.
Darius Rochebin : Je me rappelle une collègue qui m'avait dit, tu verras dans la vie, tu es toujours le plus jeune, et un jour tout à coup tu es le plus vieux.
François Bayrou : C'est exactement cela. J'ai été le plus jeune très longtemps. Et d'une certaine manière, je le reste. Voilà ce que je crois au fond de moi-même.
Darius Rochebin : C'est l'impression que vous donnez, d'être en forme ?
François Bayrou : Oui, je suis en forme.
Darius Rochebin : Vous allez compter dans cette élection présidentielle. Il faut rappeler à quel point vous avez compté dans les précédentes, notamment dans l'élection d'Emmanuel Macron. C'était en 2017. Vous nous en direz davantage dans quelques instants. Votre regard d'abord sur ce qu'on vient d'entendre, sur cette polémique concernant la canicule, est-ce qu'elle a été préparée ?
François Bayrou : Non, nous ne sommes pas prêts parce que le changement climatique, la révolution dont nous avons sous les yeux des manifestations quotidiennes, non nous ne sommes pas prêts, mais c'est normal, on va s'adapter. Ce que j'ai trouvé complètement délirant, c'est la polémique contre la climatisation. Comme si l'idée de procurer du confort comme dans tous les pays du monde était insupportable. Au Maroc, il y a des climatiseurs, y compris chez les gens qui sont pauvres. Aux Etats-Unis, il y a des climatiseurs partout. En Espagne, il y a des climatiseurs partout. Quelle idée incroyable que de devoir souffrir pour qu'on expie le changement climatique.
Darius Rochebin : Il y a une part de cela quand la ministre a tenu ses propos. On rappelle, soyons honnêtes avec elle, qu'elle disait bien que cela n'exclut pas la clim mais elle a eu ses propos qui ont beaucoup heurté de gens en disant arrêtez avec cette histoire de clim.
François Bayrou : Si on peut s'arrêter une seconde sur la clim, il y a à mes yeux deux choses nécessaires à faire. La première, il faut qu'on ait un programme accessible financièrement pour qu'on puisse rafraîchir au moins une pièce pour les personnes fragiles. Et cela, je suis persuadé que c'est possible. Et il faut qu'on monte un programme qui permette de financer pour les familles les équipements minimaux pour sauvegarder ceux qui méritent de l'être. Deuxièmement, il faut prendre le problème profondément pour tout le monde, pour les constructions nouvelles. Et il y a une solution qui est extraordinaire, qui permet de faire des économies magiques, qui est gratuite et éternelle. Une solution qui permet de ne pas rejeter de chaleur dans l'atmosphère comme les écologistes le disent, c'est la géothermie. Nous sommes debout, couchés quelquefois, sur la plus extraordinaire production de calories pour l'hiver et de frigories pour l'été, qui est notre sous-sol. Et la géothermie permet d'inverser. D'avoir de la chaleur l'hiver et de la fraîcheur l'été, notamment en injectant la chaleur dans le sous-sol, qu'on récupère pendant l'hiver. Alors cela paraît incroyable, cela paraît bizarre, les gens disent mais enfin ce n'est pas possible ce que vous racontez. Non seulement c'est possible, mais c'est certain. Il y a des pays autour de nous, vous en connaissez un très bien, qui font cela. Tous les outils sont absolument au point, et c'est gratuit au bout du remboursement.
Darius Rochebin : Tout est hystérisé en France à tel point, je ne sais pas si vous avez regardé ces images de Hamza "la douane", c'est ce jeune de 14 ans qui terrorise une partie du Canal Saint-Martin, le mot est peut-être excessif, mais je vous interroge parce que tout le monde a en tête la fameuse image de 2002, un jeune garçon, je crois qu'il a 11 ans à l'époque, plonge la main dans votre poche et vous lui envoyez une petite claque, en lui disant tu ne me fais pas les poches . François Bayrou, l'homme de la gifle à Strasbourg en 2002, cela avait marqué.
François Bayrou : J'ai souvent dit que c'était une gifle de père de famille, ce n'était pas une gifle de violence. Jamais l'histoire n'a été racontée. Alors je vais la raconter brièvement parce que c'est une histoire de vie aussi. On était à Strasbourg. Et avec la maire de Strasbourg de l'époque, on avait une réunion dans un quartier de Strasbourg. Et vous vous souvenez peut-être que j'avais interdit le voile à l'école, ce qui est resté, qui a changé les mœurs dans les écoles. J'avais interdit le voile et il y avait naturellement des rancœurs, des polémiques et une contestation très forte dans un certain nombre de milieux. Et donc, nous sommes dans une mairie annexe et il se trouve que nos opposants commencent à lapider la mairie. Il y a des pierres qui volent. Et le préfet nous dit qu'il faut évacuer, ce qui m'agace toujours. Et on descend. Au moment où nous descendons, des insultes sexistes inimaginables commencent à sortir du groupe des personnes qui étaient là. Pour la maire de Strasbourg. Alors je suis descendu de la voiture, j'ai dit : excusez-moi, on ne parle pas comme cela à une femme. On ne parle pas comme cela en général, sans doute, mais on ne parle pas comme cela à une femme, et avec cette approche-là . Donc j'étais en discussion avec un groupe d'une trentaine d'hommes, et à ce moment-là, machinalement, je sens une main dans ma poche qui était en train de me piquer mon portefeuille. Cela me rend un peu triste, parce que je pense que le petit garçon de l'époque, après, a sans doute eu des difficultés. Il a mal fini, trafic de drogue, etc. Et je ne m'en réjouis en rien.
Darius Rochebin : Mais monsieur le Premier ministre, quand vous voyez aujourd'hui cet Hamza "la douane", alors il n'y a pas mort de personne, mais enfin, il empêche les passants de passer, il leur jette de l'eau. Il jette de l'eau aux policiers, il provoque sans arrêt les policiers, il paye des petites amendes, etc. Il s'en vante, voilà, qu'est-ce que vous lui diriez si vous étiez face à Hamza "la douane"en 2026 ?
François Bayrou : Je lui dirais, si j'étais ton papa, je ferais en sorte que tu ne continues pas. Parce que vous voyez bien de quoi il s'agit. La responsabilité des parents qui devraient, dans une société normale, s'exercer, cette responsabilité-là, elle échappe aux mères de famille et aux pères de famille. Et la société n'est pas là pour les aider. Alors, je suis intimement d'accord, ce sont des députés de mon groupe qui ont fait voter la loi contre les violences éducatives. Mais il y a quelque chose à faire pour venir en aide aux parents, parce que les parents de ce petit garçon, je suis sûr qu'ils disent, on n'arrive plus à le tenir. Il a 14 ans, on n'arrive pas à le tenir. Et que la société se regroupe autour des parents pour les aider, peut-être un jour pour les former, en tout cas pour être avec eux. Donc je trouve cela comme une démission. Et il faut aller dans l'autre sens.
Darius Rochebin : Je recommande votre livre François Bayrou parce que vous parlez aussi de vos convictions. Et l'actualité nous rejoint en cela puisque c'est l'examen de la loi dite sur la fin de vie. Je sais combien vous êtes opposé. Il faut rappeler que cela a été adopté à l'Assemblée, cela va repartir maintenant au Sénat. Mais enfin, on est sur la voie de l'adoption de ce que beaucoup voient comme un progrès. Vous le voyez, vous, comme une régression morale. Pourquoi ?
François Bayrou : Ce n'est pas ce que je dis, mais je vais essayer de le dire avec toute la réserve, toute la retenue et le respect qu'on doit à ceux, ils sont nombreux, qui se sont engagés et qui considèrent que cette loi est une émancipation. Moi, ce que j'observe dans les pays qui ont adopté cette loi et vous en connaissez là encore, c'est que cela n'est pas limité à un tout petit nombre de cas. Très rapidement, cela devient dans l'esprit public une issue. Maladie, solitude, et entre peu à peu dans les esprits, peut-être on pourra l'éviter, mais je vois le risque, entre peu à peu dans les esprits l'idée qu'au fond, c'est une solution.
Darius Rochebin : Et c'est une issue pour qui ?
François Bayrou : L'inquiétude que j'exprime, c'est pour les plus fragiles. Je me souviens très bien d'une dame qui m'avait dit Moi, je ne veux pas être à la charge des enfants. Une dame, dans sa vieillesse et dans ses difficultés, qui dit Je les embête, vous voyez, je vais leur coûter cher. Elle évoquait cette idée-là. Je trouve qu'une société qui conduit à cela, qui conduit à cette démission-là, c'est une société qui n'est pas pour moi une émancipation.
Darius Rochebin : Qu'est-ce qui peut se passer, François Bayrou ? Soyons plus concrets. Vous savez combien certains de celles et ceux qui nous écoutent - une partie -partagent votre opinion, mais beaucoup disent, oui, j'ai connu tel père, telle mère qui sont arrivés à un certain degré, par exemple, de cancer, et qui ont envie de mourir, et qui avaient de la peine, avaient besoin d'être aidés pour cela. Quelles sont les dérives que vous craignez ? Quel type ?
François Bayrou : Vous voyez. Un, je parle très souvent avec les médecins et les soignants de soins palliatifs, depuis des années. Parce que ce sujet me préoccupe depuis des années. Je parle très souvent avec eux. Qu'est-ce qu'ils disent ? Ils disent quelque chose d'extrêmement précis et qui est vérifiable. Ils disent quand les patients entrent dans nos services, tous n'y meurent pas. Alors c'est un petit nombre, mais il reste toujours une petite lumière d'espoir. Quand ils entrent dans nos services, un certain nombre parmi eux, 5-6%, dit je veux mourir . Et puis on leur enlève la douleur. On leur rend cette paix physique qui va souvent avec une paix morale. On leur rend cette paix. Il n'y en a plus que, écoutez bien, 0,3%, peut-être 1%, peut-être 2 qui disent, qui maintiennent leur souhait de mourir.
Darius Rochebin : À quoi cela correspond chez vous ? Pourquoi êtes-vous aussi touché par ce sentiment-là ? Si j'ai le droit de vous taquiner, François Bayrou, vous les centristes, vous êtes un peu des navigateurs, il y a plein de sujets où vous savez faire, des actions, des contre-actions. Pas là-dessus. Il y a quelque chose vraiment qui vous heurte profondément ?
François Bayrou : Alors, un, vous connaissez peut-être des centristes qui sont des slalomeurs, mais celui que vous avez en face de vous n'en est pas. Et je vous prie de noter pour vos mémoires que ceci est une contre-vérité. S'il y a quelqu'un dans la vie politique française, et s'il y a un mouvement autour de moi dans la vie politique française, qui a maintenu avec audace, fierté, insolence, je ne sais pas quoi, une ligne absolument indiscutable, c'est celui-là.
Darius Rochebin : En tout cas, sur ce sujet, vous n'êtes pas suspect.
François Bayrou : J'enregistre que vous avez retiré vos propos. Donc cela, c'est le premier point.
Darius Rochebin : Alors, pourquoi sur ce sujet, cela vous touche tellement ? Est-ce que c'est le chrétien en vous ? C'est la personne ? Je sais que vous avez perdu votre père très tôt dans des circonstances d'accident. Votre rapport à la mort, qu'est-ce qui fait que ce qui est vu comme un progrès, encore une fois, vous vous dites non, non, c'est dangereux.
François Bayrou : Oui, je dis c'est un changement de société. Il y a quelque chose-là qui se joue. Nos voisins belges, par exemple, j'ai un fils qui vit en Belgique et qui a des enfants belges.
Darius Rochebin : Il y a des Français qui partent pour mourir en Belgique, pour cela, pour se faire aider.
François Bayrou : C'est vrai, c'est vrai, je dis juste une chose qui est compliquée, il y a des situations limites. Et j'en connais, j'en connais. J'ai parlé avec des amis à moi qui sont dans l'inquiétude de ne pas pouvoir mourir s'ils le décidaient. Mais je ne crois pas qu'il faille légiférer à partir des solutions limites, dans quelques circonstances que ce soit. Et donc, qu'est-ce qui motive pour moi cette inquiétude ? Je suis amoureux de la vie. Je n'y suis pour rien. Ce n'est pas une vertu, et ce n'est pas une construction. Je suis né comme ça, avec cette idée que la vie était la plus extraordinaire chose qu'on puisse imaginer. L'autre jour, j'ai montré dans une interview - si j'avais su, je l'aurais apportée - une vidéo qu'un ami m'a envoyée. On a filmé l'intérieur d'une cellule humaine. Et vous voyez l'incroyable entrelac de vie, de toutes les formes de vie, de l'ADN, des différentes parties de la cellule. Et je trouve que c'est un miracle. Chaque fois que je rencontre la mort, vraiment chaque fois, je considère que c'est une défaite incroyable.
Darius Rochebin : Est-ce que c'est de la religion ?
François Bayrou : Non. Je ne dis pas que ce soit contraire à la religion, ni extérieur, mais pour moi, c'est la vague d'admiration que j'ai quand je vois la vie naître, se manifester, croître, et les enfants, les malades, tout cela est pour moi de l'ordre d'infinie admiration.
Darius Rochebin : Et c'est aussi le père de combien d'enfants qui parle ? Combien avez-vous d'enfants ?
François Bayrou : Six. Voilà, c'est devenu…
Darius Rochebin : François Bayrou, vous avez vu, comme j'ai retiré ma remarque sur les centristes tout à l'heure, je me suis tout à fait aplati devant vous, c'est pour mieux amener le sujet qui vient. C'est évidemment les sondages et la présidentielle. Vous avez effectivement pesé, on peut dire qu'Emmanuel Macron, par exemple, vous doit, en partie, une partie de sa réussite en 2017. Quand on voit l'état des sondages aujourd'hui, et notamment la forte avance que Jordan Bardella ou Marine Le Pen. Et je précise d'ailleurs que Marine Le Pen sera l'invitée du grand entretien sur cette chaîne à la même heure demain. J'aimerais votre réaction à ce que Gabriel Attal a dit sur ce qu'il appelle le danger du pacte nationalo-insoumis. Il a eu des mots très durs à la fois contre Jean-Luc Mélenchon et contre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Il dit, Mélenchon est le nouveau Trump français, et il dit Bardella-Marine Le Pen se glissent de plus en plus dans les habits poutiniens. Et il dit un second tour, RN et LFI, notre pays ne s'en relèverait pas. Partagez-vous cela ?
François Bayrou : Oui, je partage cette approche et c'est même encore un peu plus accentué dans ce que je vais vous dire. D'abord pour dire, l'élection présidentielle a changé de nature. Personne ne s'en aperçoit. On croit que c'est une élection ordinaire, mais moi qui en ai vécu de l'intérieur, plusieurs, au moins quatre ou cinq, j'affirme que l'élection n'est plus la même.
Darius Rochebin : Pourquoi ?
François Bayrou : Autrefois, dans une élection présidentielle, on pouvait se présenter pour se faire connaître, pour représenter ses idées, pour que votre parti ait une figure, pour se rallier plus tard, etc. Maintenant, c'est fini. Nous sommes sous le coup d'une double menace mortelle pour le pays. Parce que les deux extrêmes, il n'y a pas un pays dans le monde, qui se soit relevé de l'extrême droite ou de l'extrême gauche.
Darius Rochebin : Pourquoi ?
François Bayrou : Parce que l'extrême droite et l'extrême gauche organisent la guerre civile dans le pays, en ciblant les uns en disant : ce sont les immigrés qui vont payer ou l'Europe , c'est une version de la même chose et les autres en disant mais ce sont les riches qui vont payer, on va leur faire rendre gorge . Et tout cela, c'est l'organisation d'un affrontement interne. Dans le monde comme il est, un pays comme la France ne peut pas se relever d'un affrontement interne. Donc on est sous le coup d'une double menace létale. L'élection n'est plus une élection où on peut se présenter pour témoigner, pour se faire connaître, pour se faire voir, comme on dirait chez moi. L'élection, désormais, elle a changé de nature. On ne peut pas se présenter pour témoigner. On ne peut se présenter que pour gagner quand on appartient au grand fleuve central. Je ne suis pas pessimiste.
Darius Rochebin : Un alarmiste, disons.
François Bayrou : Un alarmiste, oui.
Darius Rochebin : Si on est aussi alarmiste que vous, qui peut faire obstacle ? Le canard enchaîné à paraître demain rapporte que vous imagineriez Jean Castex, mais en disant qu'il ne va sans doute pas quitter son poste, et aussi et surtout Thierry Breton. Pourquoi Thierry Breton ?
François Bayrou : Jean Castex parce qu'il a l'expérience et qu'il a un style particulier. Thierry Breton, il a quelque chose que personne d'autre n'a et qui, pour moi, est incroyablement significatif.
Darius Rochebin : Il a quoi ?
François Bayrou : Il est le seul responsable politique en Europe qui ait résisté à Trump et résisté à Poutine. Résisté à Trump au point que, peut-être on l'a oublié, mais c'était il n'y a pas longtemps. Cet homme-là est interdit de séjour sur le territoire américain parce qu'il a résisté à Trump. Et il a résisté à Poutine sur les vaccins. Alors je ne suis pas payé pour faire sa pub, mais je dis le plus profond de ce que je pense. Il a eu la responsabilité du renforcement des armées en Europe, donc il connaît très bien ce sujet. Il a été comme vice-président de la Commission européenne, à la tête d'une machine diplomatique et d'une machine commerciale de résistance à la Chine. Et il est un responsable politique français. Il a commencé avec Méhaignerie. C'est lui qui a inventé le Futuroscope.
Darius Rochebin : Et vous croyez, vous, qu'un candidat hyper-européen a ses chances cette fois-ci ?
François Bayrou : Ce n'est pas qu'il est hyper-européen. Il est insatisfait de la manière dont l'Europe fonctionne. C'est pour cela que Mme Von der Leyen a exigé qu'il s'en aille alors qu'il avait été renommé par la France. Je considère que c'est quelqu'un, parce que c'est aussi important pour moi, capable de rassembler large. Il a été très jeune ministre de l'Économie de Jacques Chirac, dans les gouvernements Villepin. Et il a, je crois, la reconnaissance d'une partie de la gauche. Et vous voyez ce que j'essaie de décrire par lui ou par quelqu'un d'autre. Si nous étions sérieux, en dehors des deux extrêmes, il y a un fleuve central qui rassemble les Républicains. Il y aurait deux choses à faire. La première, c'est qu'on apprenne à parler ensemble, en dépit des nuances, des différences, des divergences.
Darius Rochebin : Il y a tout cela. Mais c'est plus le temps des différences. François Bayrou, on entend vos vœux, mais pardon, regardez la réalité des sondages de Jordan Bardella. Il se passe quelque chose là ce soir qui est un rebondissement. Est-ce que ça le sera ? C'est ce qu'il a lui-même annoncé sur Twitter tout à l'heure. Il dit depuis tôt ce matin que des perquisitions sont en cours au siège et à son domicile personnel pour des prestataires de communication ayant travaillé avec lui. Plus l'ouverture prochaine d'une information judiciaire concernant une plainte d'une association militante à propos d'un emploi occupé au Parlement européen. Comme à chaque fois, dit-il, les procédures judiciaires annoncent le calendrier électoral, nous n'avons rien à nous reprocher et nous le montrerons dans une affaire qui ressemble un peu à celle de Marine Le Pen. Vous aviez été inquiété dans l'affaire des assistants parlementaires.
François Bayrou : Et j'ai été complètement lavé.
Darius Rochebin : De quel œil regardez-vous ce type d'affaire ?
François Bayrou : Ce type d'affaires, cela compte. Ce sont des rebondissements, mais ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel, c'est qu'un pays comme le nôtre, je le crois, résistera à cette pente qui paraît infinie. Je ne crois pas que l'élection soit jouée.
Darius Rochebin : Mais pardon, là-dessus, François Bayrou, est-ce que la politique doit se décider là-dessus ? Le 7 juillet, il y a cette échéance très importante pour Marine Le Pen. Est-ce que vous avez un vœu ? Alors c'est la justice, liberté de la justice, mais est-ce que vous espérez qu'elle soit empêchée ou au contraire qu'elle puisse aller à la candidature ?
François Bayrou : Non, je suis absolument neutre devant la justice. Vous vous souvenez peut-être qu'étant à Matignon, je m'étais ému de l'exécution provisoire. C'est-à-dire du fait qu'avant d'aller en appel, on était obligé d'appliquer l'inéligibilité. Je trouvais que dans un pays avec des principes de justice, il faut que toute décision ait un recours. C'est ce que j'avais dit. Là, je suis complètement objectif. La justice va prendre sa décision. Je ne sais pas si elle est facile à prendre ou pas. Je ne crois rien de ces informations que nous entendons courir.
Darius Rochebin : Mais en clair, le fait qu'une candidate qui fait 32% des sondages soit empêchée par ce type d'affaire, cela vous paraîtrait quoi ?
François Bayrou : Si un responsable politique dit la justice n'a pas le droit de se prononcer dans une affaire, celui-là ne respecte pas les principes qui sont les nôtres. Je l'avais dit, étant à Matignon, sur l'exécution provisoire. C'était un peu, comment dire… Risqué, c'était chaud ! Je l'avais dit parce que je trouvais qu'il y avait là quelque chose qui méritait qu'on y réfléchisse.
Darius Rochebin : François Bayrou, on va parler notamment de la dette parce que c'est une partie très importante de ce que vous dites dans votre livre. Un mot encore de réaction sur les sujets d'actualité immédiate, c'est l'affaire Betharram qui a beaucoup compté évidemment pour vous ces derniers mois. Une réaction à cette information : l'établissement, qui était devenu évidemment le symbole de violence physique, sexuelle, morale dans l'enseignement catholique, va fermer ses portes définitivement à la fin de la semaine. Votre réaction à ce sujet ?
François Bayrou : C'était annoncé déjà depuis longtemps. Il y avait quelque chose de devenu inéluctable dans une affaire qui est drame et criminelle sur un certain nombre de sujets et avec des victimes dont personne ne parle, vous aurez observé. Mais c'était devenu inéluctable. Et il y a beaucoup de gens qui ont fait leurs études là et qui sont probablement aussi très perplexes devant des choses qu'ils ignoraient, car le plus grand nombre des élèves n'ignorait pas tout à fait que l'internat c'était des punitions physiques devenues ou qui sont inacceptables, mais la seule chose qui est criminelle, ce sont les atteintes sexuelles.
Darius Rochebin : Donc pour vous c'est une bonne chose cette fermeture ?
François Bayrou : Je ne sais pas si c'est une bonne chose, c'est la conséquence directe de ces années dans lesquelles se passaient des choses insupportables, d'autres ignobles et qui ne pouvaient conduire qu'à cela.
Darius Rochebin : François Bayrou, j'aimerais vous entendre sur les derniers chiffres qui ont été donnés concernant l'endettement de la France. On était déjà dans un degré de vertige extrême et vous en parlez très bien. La dette publique de la France continue son envolée tout à fait inexorable. Elle atteint au premier trimestre le montant record de 3 536 milliards d'euros. C'est une hausse de 75, même plus de 75 milliards par rapport à la fin du quatrième trimestre de 2025. Il y a là une dégringolade et il y a toujours un certain nombre de politiques qui, hors caméra, quand ils viennent chez nous, disent au fond, ce n'est pas si grave . Regardez la notation de la France. C'est vrai que les grandes agences de notation, elles n'ont pas tellement dégradé la France.
François Bayrou : Elles l'ont fait, mais l'espèce de laxisme dans lequel toute la classe politique, sans exception, je dis sans exception parce que, pardonnez-moi de dire devant vous, cela fait 20 ans que je me bats sur ce sujet, parce que je vois le piège en train de venir, la marée en train de monter, l'espèce de désinvolture avec laquelle tout le monde traite cela. Le fait qu'il n'y a pas un sujet sur lequel les politiques ne demandent pas des moyens supplémentaires, pas un. Vous ne pourrez pas m'en citer un. Et donc, cette chose est terrible. Pourquoi ? Parce que c'est ce que dit la Cour des comptes dans les extraits que vous évoquez. Qu'est-ce que dit la Cour des comptes ? J'aurais aimé qu'elle le dise très fort avant, notamment quand je suis monté à la tribune, pour dire aux députés de l'Assemblée nationale : il faut qu'on fasse le constat ensemble . Parce que si on fait le constat, on va bâtir des politiques. Et ils ont très largement, toutes les oppositions ensemble, ils ont dit non, on refuse. Et donc, votre gouvernement, il faut qu'il tombe. Très bien, c'était l'épreuve de vérité que j'avais moi-même souhaitée. Il faut qu'il tombe. Or, quelle est la situation aujourd'hui ? C'est exactement ce que vous avez dit, mais le chiffre est passé très vite. Écoutez-moi bien. On n'a jamais, depuis 50 ans, remboursé un euro de la dette. Ou plus exactement, chaque fois qu'on a remboursé un euro du capital, on l'a emprunté pour et un peu plus. Cela a sédimenté au fond de la mer.
Darius Rochebin : Une espèce de pyramide de Ponzi. C'est une pyramide. Une cavalerie.
François Bayrou : Voilà, une cavalerie. Et la plupart de ceux qui nous écoutent et qui vous écoutent, ils disent jusqu'à maintenant, depuis un an que j'ai lancé cette affaire, ils se rendent un peu plus compte des difficultés. Mais ils pensent que c'est pour plus tard.
Darius Rochebin : D'où vient qu'Emmanuel Macron lui-même soit différent de vous ? Parce que, Dieu sait si vous l'avez aimé, vous l'aimez toujours. Mais là-dessus, il est différent de vous.
François Bayrou : Je vous réponds après. Mais suspendons une seconde votre question pour que tout le monde ait cela en tête. Désormais, ce qui nous étrangle, c'est qu'il faut payer tous les ans les intérêts de la dette. Le capital, on ne le rembourse pas, mais les intérêts, ils nous écrasent. La totalité de l'impôt sur le revenu de tous les Français qui nous écoutent, de tous leurs voisins, de tous leurs cousins, de toutes les villes et de tous les villages de France, l'impôt sur le revenu, l'année prochaine, ne suffira pas à payer les intérêts de la dette. Vous entendez ? Cela ne suffira pas. Nous serons à 20% de moins. Il faudra 20% de plus pour payer les intérêts de la dette.
Darius Rochebin : Mais François Bayrou, je reviens à ma question. Il y a une partie des gens, et je pense que c'est tout ce qui est rapporté d'Emmanuel Macron, mais vous êtes mieux placé que moi pour me dire si c'est vrai. Ces gens qui croient qu'au contraire, il y a une forme de pari sur l'avenir, et que ça ira. Pourquoi Emmanuel Macron a toujours été plutôt de cette école-là ? Chacun a son tempérament.
François Bayrou : Peut-être. Je dis dans le livre, à un moment, j'ai tendance à voir le caractère historique et parfois tragique des choses. Je les vois venir comme si c'était une locomotive qui fonçait vers nous. Depuis longtemps. Peut-être le président de la République est plus optimiste que moi. Je crois qu'il y a en lui quelque chose qui fait qu'il imagine que les événements tourneront dans le bon sens. Moi, je suis plus inquiet.
Darius Rochebin : Est-ce que cela en dit beaucoup, par exemple, de son caractère ? Il est là au pouvoir depuis bientôt dix ans, et on rappelait hier la performance. Élu, réélu, sauf accident, il aura évité deux mandats sans une seule cohabitation. Si on ne l'aime pas, on dit que c'est manœuvrier, si on l'aime bien, on dit que c'est génial. En tout cas, c'est réussi. Mais là-dessus, il y a quelque chose qui correspond visiblement à lui.
François Bayrou : Oui, je pense que cet optimisme-là a toujours porté ses décisions. Et pas seulement ça, mais l'immense demande des Français. Des Français et de tous leurs représentants politiques. Parce que, comme je le dis souvent, ce n'est pas les gouvernants qui gouvernent. C'est l'opinion. Les gouvernants, ils regardent les sondages tous les matins, leurs collaborateurs arrivent. Et disent : Monsieur le ministre, je suis désolé de vous dire, on a perdu trois points cette semaine. Il faudrait trouver, comme l'IFOP va avoir un terrain vendredi -vous savez, c'est cela qu'ils disent- une déclaration jeudi. Autrement dit, le grand avantage de la démocratie, c'est que les citoyens comptent. Le grand désavantage de la démocratie, c'est que les gouvernants parfois les suivent, et les suivent sans avoir le courage de leur dire la vérité. Et ce livre, le but de ce livre, c'est de dire la vérité, à un point que jamais, à ma connaissance, un livre grand public n'a été écrit à destination des Français pour leur expliquer ce que c'était.
Darius Rochebin : Et je le recommande parce que vous avez aussi, François Bayrou, l'art du conteur. Et Dieu sait si cela compte dans un exercice comme celui-là. Alerte sur la France qui vient, c'est aux éditions de l'Observatoire. Merci beaucoup à vous.”
- 2026-06-30 “Retour sur la fête de la démocratie à Versailles — Un signe ? Alors que la canicule a conduit à l'annulation de plusieurs grands événements, des orages ont éclaté dans la nuit de samedi. Menacée, la fête de la démocratie imaginée par notre vice-président Jean-Noël Barrot a donc bien eu lieu au jour et aux horaires prévus, le 28 juin. Se retrouver, après ces journées accablantes de chaleur, pour fêter la démocratie était réellement réconfortant et salutaire !
Dans un jardin extraordinaire, le domaine de Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, à Versailles, Jean-Noël Barrot a accueilli de nombreux participants tout au long de la journée. Après un café accompagné par la fanfare, place à la réflexion, pour des échanges passionnés sur la nature de notre démocratie.
Littéralement conspuée par les populismes et extrémismes contemporains, la démocratie n'est pas seulement un mot. C'est notre état social, comme l'écrivait déjà Alexis de Tocqueville : une promesse d'égalisation des conditions, une espérance. Durant la matinée, animée par les jeunes élus locaux Jean-Baptiste Hamonic et Vincent Chauvet, le prix Nobel d'économie Philippe Aghion, très en verve, a livré un diagnostic sur l'état du pays et sur les dangers que les promesses électoralistes des deux extrêmes lui feraient courir. Laurence Parisot, l'ancienne président du Medef a insisté sur la nécessité d'entretenir de bonnes relations avec les syndicats, dans une société en pleine transformation. Une arrivée au pouvoir de l'extrême-droite serait absolument délétère pour notre économie. La cheffe d'orchestre Zahia Ziouani, d'origine algérienne, a expliqué tout ce qu'elle devait à la France, elle qui est partie de rien et qui n'avait pas même accès à des cours de musique. La France est un pays d'accueil, où l'intégration se doit d'être à la hauteur. Le philosophe Gaspard Koenig a fait part de ses inquiétudes devant le développement inconsidéré de l'IA et a rappelé la nécessité de l'inventivité humaine.
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s'est dite en accord avec Jean-Noël Barrot sur la nécessité du compromis. Dans un contexte de « bordélisation » de l'Assemblée par les extrêmes, elle a rappelé que la modération et la civilité étaient essentielles. Et la fête de la démocratie, fixée au 28 juin, correspond également au jour de son élection à la présidence de l'Assemblée ! Le discours de Jean-Noël Barrot, incontestablement, venait des tripes. La démocratie, c'est ce que nous avons de plus précieux, notre espérance de liberté et d'égalité. Le slogan « La France en grand » met l'accent sur ce que peut la France (y compris en football), face au rétrécissement et au repli sur soi qu'entraîneraient immanquablement les populismes, d'extrême-droite et d'extrême-gauche. La France souffre de nombreux blocages : en ces temps de canicule, nous mesurons combien la transition écologique, l'adaptation de notre économie, la simplification de l'Etat et l'accessibilité de nos services publics sont nécessaires. Il reviendra au prochain président, et à son prochain Premier ministre de s'y atteler. Une bascule vers l'un ou l'autre des deux extrêmes serait gravissime. Yaël Braun-Pivet comme Jean-Noël Barrot ont insisté, comme le fait depuis longtemps François Bayrou, sur le caractère indispensable du scrutin proportionnel.
C'est d'ailleurs le thème du nouveau numéro de la revue France Forum, « Faut-il craindre les extrêmes ? » qui tenait un stand sur la pelouse, aux côtés de l'association Esprit Civique, des stands du PDE et des Démocrates pour la Planète. Un espace de jeux pour les enfants avait été aménagé, avec des robots pédagogiques et des jeux d'eau.
Après la pause, place à la séance de dédicaces de François Bayrou, pour son livre Alerte sur la France qui vient. Le président du Mouvement Démocrate a exposé, devant un auditoire très concentré, les causes de la dette et les moyens de s'en sortir, par un exercice de lucidité collective. A aucun moment François Bayrou ne nous a noyés sous les chiffres : toujours – comme dans le livre – les chiffres cités étaient explicités, éclairés par un exemple concret.
L'après-midi, Rebecca Breitmann, vice-présidente de la métropole de Strasbourg, a animé les échanges, avec le politologue David Djaïz (auteur de Slow Démocratie), le constitutionnaliste très pédagogue et fin Benjamin Morel, notre eurodéputé passionné Sandro Gozi, le politologue Hugo Micheron, spécialiste du djihadisme, et Jacques Marceaux, cofondateur des Assises de la cohésion numérique et territoriale.
Une fête pleinement réussie, en musique et en chansons (de France Gall aux BB Brunes), comme les fêtes de village d'antan, dans un esprit familial et résolument tourné vers l'avenir.”
- 2026-06-30 “Sophie Mette : « La forêt a besoin qu'on s'occupe d'elle, pas qu'on l'abandonne au dogmatisme ou au dérèglement climatique » — Lors des questions au gouvernement du mardi 30 juin, notre députée de Gironde a interrogé le ministre en charge de la transition écologique sur la gestion des forêts, le renouvellement forestier et la prévention des incendies.
Merci Madame la Présidente.
Monsieur le ministre, avec près de 17,5 millions d'hectares en métropole et 26 millions dans les Outre-mer, la forêt française est à la fois un patrimoine naturel exceptionnel et une filière économique essentielle. Mais le réchauffement climatique, la multiplication des épisodes de sécheresse et des vagues de chaleur mettent cet équilibre en péril. Chacun garde en mémoire les incendies de 2022 en Gironde. L'année dernière, notre pays a connu près de 15 000 départs de feu. Et dès cette fin de mois de juin, les premiers incendies se déclarent déjà.
Beaucoup déjà a été fait et les moyens de la sécurité civile ont été renforcés. La flotte aérienne est en cours de renouvellement pour atteindre à terme 16 avions bombardiers d'eau et la coopération européenne s'est développée.
Néanmoins, face à un risque devenu structurel, il nous faut désormais inscrire cet effort dans une véritable culture de la résilience. Nous avons également adopté en 2023 une loi renforçant la prévention et la lutte contre le risque incendie, notamment en matière d'obligation légale de débroussaillement.
Mais une difficulté demeure. Les travaux forestiers, indispensables à l'entretien et à l'adaptation, restent trop souvent ralentis par des procédures ou des obligations qui se contredisent.
Enfin, le président de la République a fixé l'objectif de planter un milliard d'arbres en dix ans. Cet engagement a été renforcé par Marc Fesneau lorsqu'il était ministre de l'Agriculture puis par les crédits maintenus dans la loi de finances pour 2026, à la demande notamment du groupe Les Démocrates. Mais les forestiers ont besoin de visibilité. Les annonces successives de fermeture, puis de réouverture des guichets, les évolutions fréquentes des règles ou les incertitudes sur les financements fragilisent les projets à long terme.
Monsieur le ministre, protéger, gérer, renouveler, tels sont les défis. La forêt a besoin qu'on s'occupe d'elle, pas qu'on l'abandonne au dogmatisme ou au dérèglement climatique. Et la forêt d'aujourd'hui ne sera pas celle de demain. Quelle est donc la stratégie du gouvernement pour adapter durablement la forêt française au changement climatique, soutenir une gestion forestière résiliente et donner aux acteurs de la filière la visibilité dont ils ont besoin pour investir dans l'avenir ?
Je vous remercie.”
- 2026-06-29 “François Bayrou dans les médias ce mardi 30 juin — François Bayrou sera l'invité de Laurence Ferrari ce mardi 30 juin sur Europe 1 et Cnews à 8h10. Le Président du Mouvement Démocrate sera également sur le plateau de Darius Rochebin demain à 21h05.
François Bayrou sera l'invité de Laurence Ferrari ce mardi 30 juin sur Europe 1 et Cnews à 8h10. Le Président du Mouvement Démocrate sera également sur le plateau de Darius Rochebin demain à 21h05.”
- 2026-06-29 “François Bayrou : « Depuis que j'ai mis sur la place publique ce sujet de la dette, il commence à être identifié » — Retrouvez-ci dessous les entretiens accordés par François Bayrou à La République des Pyrénées.
Bayrou et la dette : « Depuis que j'ai mis sur la place publique ce sujet, il commence à être identifié »
PAR PROPOS RECUEILLIS PAR ÉRIC BÉLY ET NICOLAS REBIÈRE
👉 Lire l'entretien sur le site de La République des Pyrénées
Dans l'introduction de votre dernier livre vous écrivez que « dire la vérité est un sport dangereux ». Et condamne même à une forme de solitude. Vous vous êtes senti seul ?
Vous voyez bien les tempêtes que j'ai dû affronter parce que je disais la vérité. Avec les chiffres qui viennent d'être publiés ce jeudi, les alertes rouges de la Cour des comptes, on sait aujourd'hui que ce que je disais était la vérité.
Vous revenez dans ce livre sur un thème sur lequel vous insistez depuis la campagne présidentielle de 2007, celui de la dette…
C'est la première fois, je crois, qu'en France un livre explique à destination du grand public, des citoyens, ce qu'est cette dette, comment elle s'est constituée, ce qu'elle représente, quel est son mécanisme. Voilà 50 ans qu'on n'a plus voté en France un budget en équilibre. Donc tous les ans des déficits, de plus en plus importants. Ces sommes, il faut les emprunter. Comme les sédiments au fond de la mer, s'est accumulée cette colossale et abyssale quantité de dette. Aujourd'hui, nous venons de dépasser les 3 500 milliards d'euros. Pour les gens, ce sont des chiffres très lointains, très abstraits. Mais depuis que j'ai mis sur la place publique ce sujet vital, il commence à être identifié.
Mais la prise de conscience est-elle complète selon vous ?
Non. Les gens commencent à se dire : « La dette, c'est dangereux, il a raison. Mais, c'est pour plus tard. Ce sont les générations futures qui paieront ». C'est cela le grand mensonge : nous avons atteint un seuil où désormais, ce sont les générations actuelles qui non seulement paient, et paient bien au-delà de tout ce qui avait été imaginé. L'année prochaine, la totalité de l'impôt sur le revenu de tous les foyers fiscaux de tout le pays, toutes ces sommes que vous payez, que nous payons tous, additionnées, ne suffiront pas à compenser les intérêts de la dette ! Cette année, 80 milliards d'euros, l'année prochaine 90 ! Cela change tout, car cet argent, on en aurait la plus urgente utilité, pour les jeunes, pour l'école, pour la justice, pour la sécurité, pour les hôpitaux, mais on ne l'aura plus.
Pour sortir de cette situation, vous donnez aussi dans ce livre une sorte de plan de survie, 12 points qui apparaissent un peu comme le socle d'un possible programme pour un candidat à la présidentielle…
Si je n'avais pas dit à l'avance que je ne serais pas candidat, tout le monde aurait considéré que c'était un livre de campagne, que j'écrivais pour me mettre en valeur. Or je voulais montrer aux Français qu'il est des responsables qui ne travaillent pas pour eux-mêmes.
Alors que vous défendez votre bilan de Premier ministre dans ce livre, pourquoi avoir déclenché le siège éjectable en septembre en sollicitant la confiance des députés ?
Le bilan, il vient d'être confirmé. Ne serait-ce que par une baisse importante du déficit. Mais pour durer on voulait m'imposer par exemple de renoncer à la réforme des retraites. De Gaulle et Mendès (et je ne me compare pas à ces géants) ont vécu cela avant moi. Qu'ont-ils dit ? « Si on m'empêche de poser les questions essentielles, à quoi bon rester au pouvoir ? » C'est le sens de cette épreuve de vérité. Et cela a plus de gueule que de se faire censurer tête basse…
Que pensez-vous de l'action de votre successeur Sébastien Lecornu ?
Il a été ministre de la Défense dans mon gouvernement et je ne l'ai pas oublié. Et tout a toujours été clair entre nous : je savais que si j'étais renversé, c'est lui qui serait nommé. Et nommé dans cet esprit : pour chercher des accommodements, des compromis qui permettraient que le gouvernement dure. Ma philosophie au contraire était de prendre de face la vérité. D'ici peu de mois, je ne sais pas si c'est 6 ou 18, mais pas beaucoup plus, il n'y aura plus de discussion possible sur ce sujet. Parce que la France ne peut pas échapper à la même crise qu'ont vécue la Grèce, l'Italie, l'Espagne, le Portugal… Tous ces pays qui ont été obligés d'entrer dans une démarche incroyablement sévère.
Vous défendez ardemment votre action à Matignon, mais avez-vous laissé assez de place à l'autocritique ?
Quand on disait cela à Mitterrand, il répondait : « La critique, il y en a suffisamment venant de mes adversaires sans que j'apporte de l'eau à leur moulin ». Peut-être que j'aurais pu mieux faire des choses. Mais je n'aurais pu être de meilleure foi. Et les résultats que nous avons obtenus, personne ne les a obtenus jusqu'à maintenant. Depuis combien de temps il n'y a pas eu un gouvernement qui a fait baisser le déficit de manière aussi importante ?
Bétharram, la « blessure »
Vous revenez longuement dans le livre sur l'affaire Bétharram. N'avez-vous pas eu peur de remettre une pièce dans la machine ?
Pouvais-je écrire un livre sur cette période sans parler de l'affaire Bétharram ? D'abord, ceux que je ne veux pas qu'on oublie, ce sont les victimes. Les victimes qui ont besoin pas seulement de compassion mais de justice. Eux, et toutes les victimes de ces agressions criminelles, partout en France, jusque dans les crèches comme à Paris.
Et pour vous-mêmes, vous dites encore « c'est une blessure… »
C'est surtout une blessure parce qu'il y a des gens qui se disaient : « il n'y a pas de fumée sans feu ». Et je ne voulais pas laisser cela sans réponse. Je connais bien Bétharram par la chapelle baroque, classée monument historique. Mais je n'ai jamais mis les pieds dans l'établissement scolaire. Sauf il y a trente ans, une fois, en dehors du temps scolaire, pour une inauguration de gymnase. Je ne connaissais aucun des protagonistes. Je n'ai jamais parlé à Carricart. Des gens disaient que ma femme était professeur à Bétharram. Elle ne l'a jamais été. Enfin quand l'affaire sort, mon dernier fils a quitté Bétharram depuis 23 ans. Et ma fille aînée a quitté Bétharram depuis 35 ans. Et pendant des mois, matin midi et soir, on répétait aux Français que j'étais mêlé à cette affaire !
Est-ce que vous vous dites qu'avec le recul, vous auriez pu faire autrement devant la représentation nationale, devant la commission d'enquête ?
La première fois à l'Assemblée nationale, au lieu de dire que je n'avais aucune information, j'aurais dû dire je n'avais aucune information « sauf ce que j'avais lu dans la presse à l'époque ». C'est probablement ce que j'aurais dû faire. Mais sur le moment, cela ne m'a pas traversé l'esprit.
C'était une manipulation. Et je rappelle qu'au terme de tout ça, au bout d'une confrontation de 5 h 30, où la commission était plus que majoritairement composée d'adversaires politiques ou de gens qui doutaient, alors que j'avais apporté les preuves écrites que j'avais lancé une inspection, que j'avais détruit l'accusation d'intervention, les députés, majoritairement des opposants, ont refusé de suivre Paul Vannier (NDLR, le co-rapporteur LFI de la commission). Avoir pu désamorcer cette bombe, ce n'était pas rien. J'avais gagné, mais en vérité j'avais perdu. Le poison de la calomnie est très puissant !…
Alerte sur la France qui vient, par François Bayrou, Éditions de l'Observatoire, 288 pages, 22 euros.
François Bayrou après sa défaite à Pau : « Nous mènerons sans répit la bataille »
PAR PROPOS RECUEILLIS PAR ÉRIC BÉLY ET NICOLAS REBIÈRE
👉 Lire l'entretien sur le site de La République des Pyrénées
C'est la première fois que vous prenez la parole dans les médias locaux, depuis le soir du deuxième tour des municipales. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?
Trois mois, j'avais besoin de ce temps de silence. Cette défaite était un moment douloureux bien sûr. Pour moi et pour nos équipes. Un sentiment d'injustice, c'est vrai. Avoir été élu il y a douze ans quand la ville subissait une hémorragie d'habitants sans précédent, quand elle n'était pas identifiée parmi les villes de France, dont on était obligé de dire « Pau, entre Biarritz et Lourdes », tout le monde se souvient de cette époque. Et en faire, en deux mandats, la ville en tête de tous les classements, dans le sport, dans les équipements, dans la vie quotidienne, dans la gestion, gagner 5000 habitants, et rencontrer la défaite, pour moi, c'était un arrachement.
Et vous avez surmonté tout ça ?
Oui. J'ai fait ce que je fais habituellement, dans les moments où j'ai besoin de me régénérer, j'ai écrit un livre qui me paraissait essentiel.
Beaucoup ont dit que vous aviez perdu à cause de Bétharram. C'est votre analyse ?
Non. J'ai perdu d'abord en raison de la triangulaire avec le Rassemblement national. Pour l'essentiel 16 % des voix pour beaucoup venues de la droite ont été bloquées sur le vote RN, peut-être en croyant que je gagnerais quand même. En revanche toutes les voix d'extrême gauche se sont rassemblées sur la liste PS. C'est cela qui a fait le résultat. Ceux qui se présentent comme les plus acharnés adversaires de la gauche l'ont fait élire. Après, toutes les polémiques, Matignon, Bétharram, c'était autant de voix perdues, mais ce n'était pas l'essentiel.
Votre campagne n'a-t-elle pas été moins bonne qu'en 2014 par exemple. N'avez-vous pas démarré un peu tard ? La grippe sévère qui vous a touché a-t-elle joué ?
C'est vrai que si je n'avais pas eu ce séjour en réanimation, j'aurais eu un mois de plus sur le terrain. Nous avions une équipe géniale, et fait au moins 60 réunions de terrain. Mais aujourd'hui, mon souci principal, c'est le souci devant ce qui est en train de se faire dans notre ville.
Justement, comment vivez-vous la dénomination des halles « André Labarrère » ?
C'est minable, c'est petit, c'est mesquin, c'est médiocre. Et c'est le contraire de ce que nous avons voulu faire de cette ville, aussi bien Labarrère que moi. D'abord, c'est contraire à tous les usages. Vous pouvez nommer un bâtiment si vous l'avez construit. Ni Labarrère, ni moi n'avons jamais rien nommé. Le Zénith est resté le Zénith. Le palais des sports est resté le Palais des sports. Et avec moi, le stade du Hameau est resté stade du Hameau, et le Foirail le Foirail. Surtout, il est absolument contraire aux usages de nommer ce que l'on n'a pas construit ! D'autant plus que cette équipe s'est opposée farouchement à la construction des Halles, a toujours voté contre, depuis la première seconde, sans répit, avec les mots les plus désobligeants et les plus ridicules, que c'était « pharaonique », que c'était « pour les bobos », que Pau « n'avait pas besoin de Halles propres ». Et ils osent… Et vous croyez que les Palois ne s'en aperçoivent pas ?
Que pensez-vous des autres premières mesures prises par Jérôme Marbot ?
Il y a un exemple parlant : sur les cantines, ils se sont fait élire en expliquant qu'ils allaient faire gagner de l'argent à tout le monde, jusqu'à distribuer des questionnaires pour que chacun calcule quel serait son bénéfice. Aujourd'hui la vérité apparaît. Avec nous, le repas le moins cher pour les familles économiquement en difficulté, c'était 30 centimes. Et le repas le plus cher, c'était 3,03 euros. Avec eux, cela va monter jusqu'à 5,50 euros. Et qui va payer ? Ce sont les classes moyennes. Pour un couple avec les deux conjoints au SMIC, la cantine va coûter 25 % de plus.
J'ajoute qu'en plus, la nouvelle municipalité vire tous les gens qui étaient en responsabilité dans des démarches grand-guignolesques comme on vient de le voir à la tête de la SPL des Halles. Alors que moi, je n'ai viré personne. Tous les responsables nommés par mes prédécesseurs, par exemple aux HLM, ou à l'office du tourisme, tous je les ai maintenus. Vous voyez que c'est toujours la même idée. Ils veulent effacer ce que nous avons fait. Or c'est ineffaçable. Et ils se présentent en maîtres. Or, c'est une ville qui ne veut pas de maître. Une ville qui ne veut pas être soumise.
Vous avez choisi de ne pas siéger au conseil municipal et vous n'avez pas expliqué pourquoi…
Parce qu'après douze ans de mairie, je ne voulais pas devenir l'opposant officiel. En tout cas, il y a une chose qui désormais est certaine, c'est que nos adversaires avaient menti. Le vote du compte administratif, c'est-à-dire le bilan comptable précis, officiel et voté, montre que la ville était en parfaite santé financière, qu'il n'est pas vrai qu'elle était endettée puisque l'on sait aujourd'hui qu'on est dans le tiers le moins endetté des villes de France de la même strate.
Il y a une petite musique en ville qui suggère que le dossier des Galeries Lafayette serait une bombe à retardement…
Voilà les bruits qu'ils font courir ! Je vais mettre les choses au point une fois pour toutes. Les entreprises me disent que le chantier est précisément respecté, en temps et en coût. Si l'on respecte les engagements pris, si on n'essaie pas d'évincer la société qui porte l'enseigne des Galeries Lafayette à Pau, comme j'entends dire que certains veulent le faire pour des intérêts personnels, cette reconstruction magnifique enrichira la ville et ne lui coûtera rien. Pas un euro d'argent public ! Mais si on arrête tout, alors oui, on aura une catastrophe. Mais je ne crois pas qu'ils vont avoir l'imprudence de le faire. Il y aurait une conséquence immédiate, c'est la fermeture du magasin actuel des Galeries Lafayette avec des dizaines d'employés au chômage.
Et la suppression de l'arrêté anti-regroupements place d'Espagne est aussi un très mauvais signal, demandez aux riverains…
Vous reverra-t-on candidat à Pau ou dans une élection locale ? Il y a les législatives en 2007, les élections départementales en 2028, et même les municipales en 2033…
Est-ce que lors de cette interview, vous avez eu le sentiment que j'avais quitté le champ de bataille ? Avec nos équipes, nous venons d'emménager (NDLR, rue Henri-Faisans à Pau). Nous mènerons sans répit la bataille…
Mais quelle bataille ?
La bataille de l'avenir de la ville, la bataille de la vérité, contre les intérêts particuliers et partisans. Cette gestion accumule les signaux désastreux. Je vais tout faire pour réunir tous les gens qui ont envie de ne pas laisser faire.
Donc on vous verra dans d'autres élections ?…
Je ne ferme aucune porte. La seule candidature que j'ai écartée, c'est l'élection présidentielle, parce que je ne veux pas entrer dans les bagarres de ces gens qui donnent l'impression de ne penser qu'à eux. Ce n'est pas pour moi seulement que je fais tout ça, je le fais parce que je crois qu'il faut donner aux citoyens des raisons de vivre.”
- 2026-06-28 “François Bayrou : « Comme citoyen engagé, je regarde la laïcité comme la seule clé pour que vivent ensemble des convictions religieuses et philosophiques différentes. » — Retrouvez ci-dessous l'entretien accordé par François Bayrou à l'hebdomadaire Le Point.
PROPOS RECUEILLIS PAR JÉRÔME CORDELIER
Le Point : Vous avez toujours mis un point d'honneur à respecter scrupuleusement la laïcité, tout en restant un catholique engagé. Tenir les deux, est-ce facile ?
François Bayrou : Cela va ensemble. Comme citoyen engagé, je regarde la laïcité comme la seule clé pour que vivent ensemble des convictions religieuses et philosophiques différentes. Et la source de la laïcité que notre pays la France a offerte à l'humanité, et dont nous, Français, sommes les premiers (souvent les seuls) défenseurs, c'est l'Évangile : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». La séparation radicale de la conviction religieuse et du pouvoir.
Quand vous étiez Premier ministre, vous avez décidé de scinder le dispositif législatif sur la fin de vie en deux textes, l'un assurant le développement des soins palliatifs et de l'accompagnement, l'autre instaurant une aide active à mourir. Le premier a été adopté par le Parlement. Le second, voté par l'Assemblée nationale mais rejeté par le Sénat, est en troisième lecture. Si vous étiez aujourd'hui député, voteriez-vous ce texte ?
En tant que Premier ministre, j'ai pris la responsabilité de dissocier le vote sur l'aide active à mourir de celui sur les soins palliatifs et l'accompagnement. Cela m'a été reproché de manière virulente par certains acteurs car, au fond, beaucoup, parmi les promoteurs des textes, s'accommodaient de l'obligation qui était créée : si vous souteniez les soins palliatifs, vous étiez obligé de voter l'intégralité du texte sur la fin de vie. Pour moi, il y avait là un détournement de débat.
J'ai séparé les deux textes parce qu'il ne s'agit pas du même problème. D'un côté, il y a une option philosophique lourde, la société accepte de donner la mort – et je suis spontanément un défenseur du caractère sacré de la vie. D'un autre côté, je connais des situations tragiques ; des proches que j'aime, par exemplr atteints de maladies dégénératives, qui s'angoissent : « Si je ne peux plus, physiquement, choisir ma mort, comment vais-je faire ? ».
C'est un dilemme de conscience absolu. Le texte sur les soins palliatifs a été adopté très largement, et c'est une excellente chose. Celui sur la fin de vie est beaucoup plus préoccupant, douloureux, difficile, et de nombreux députés hésitent encore. Pour ma part, je ne peux aborder cette question qu'à la lumière de ce que je crois de plus profond. Faire entrer dans l'esprit public que donner la mort est un soin comme un autre, un service public, c'est dangereux, pour toutes les situations de faiblesse.
Y a-t-il une précipitation de la part du pouvoir à vouloir faire voter ce texte avant le 15 juillet ?
C'est un texte emblématique pour certains des grands courants philosophiques du pays. Pour eux, l'émancipation de l'être humain passe par l'affranchissement à l'égard de tous les absolus, et donc de ce dernier absolu qu'est le respect de la vie. Pour moi, c'est différent. Je comprends les situations limites, mais je crois que notre devoir d'être humain est d'empêcher les situations limites. On nous dit : si un être cher souffre atrocement, allez-vous appuyer sur le bouton ?
J'ai tendance à répondre : nous savons supprimer la souffrance, commençons par là. Là est l'humanité. Et préservons à tout prix les soignants, médecins et infirmiers, qui ne veulent pas donner la mort. Et les situations limites, comme depuis toujours, elles s'accomplissent les yeux dans les yeux, entre malades et médecins, malades et soignants.
Pensez-vous qu'il s'agisse d'une rupture anthropologique, comme l'affirment une centaine de sommités médicales et juridiques réunies dans le collectif « Démocratie, éthique et solidarités » ?
Oui, c'est une rupture anthropologique. Notre société s'est entièrement construite sur « je respecte l'autre, dans sa vie, dans son intégrité, on a le devoir absolu de le soigner, on ne peut pas le laisser souffrir ».
Ajouter « en tant que société, en tant qu'État, en tant que structure, en tant qu'administration, avec des procédures, je peux aussi lui donner la mort pour en finir », c'est lourd de conséquences. On n'empêchera pas que cette faculté devienne une possibilité largement envisagée. Et je crains, extensive. Vers les plus faibles et les plus fragiles. Mais je voudrais qu'on ne transforme pas ce débat essentiel en guerre de religion.
Parlementaire, vous ne voteriez pas ce texte ?
Je ne le voterais pas, mais je tiens à ne pas perdre de vue aussi les angoisses et les visages derrière ces débats.
Que pensez-vous des catholiques identitaires ?
Je suis opposé à toutes les stratégies qui visent à faire de la religion un parti politique, développant des stratégies de pouvoir et d'influence. C'est le débat que j'ai avec Vincent Bolloré, quand il s'affirme « démocrate-chrétien ». Je le suis aussi, depuis mon premier engagement. Mais pour cette philosophie, la religion ne doit jamais devenir une organisation de pouvoir sur la société.
C'est écrit à chaque ligne des Évangiles. Ceux qui veulent instrumentaliser la religion pour prendre le contrôle spirituel et moral de la société commettent la même erreur que celle que nous combattons chez les islamistes : vouloir que la loi religieuse dicte la loi civile. L'Évangile dit : « Va, ta foi t'a sauvé ». Il ne dit pas : « Ton respect des prescriptions ou ton contrôle des institutions t'ont sauvé ». La foi chrétienne, comme je la ressens, est une libération intérieure, pas une contrainte sociale que l'on impose aux autres. Le christianisme, ce n'est pas une loi, mais une foi. Quelque chose qui librement vient de l'intérieur, qui n'est pas imposé de l'extérieur.
Dans l'exercice du pouvoir, notamment à Matignon, votre foi a-t-elle été mise à l'épreuve ?
Non. Ma sensibilité personnelle a été bousculée, mais pas ma foi. Durant mon passage à Matignon, le seul véritable cas de conscience auquel j'ai fait face concernait justement cette loi sur la fin de vie. Et j'ai tranché, non pas en fonction d'un dogme confessionnel, mais en me référant à ce que Jules Ferry appelait « la morale universelle du genre humain ».
Quel genre de chrétien êtes-vous ? Il vous arrive souvent de prier ?
Je prie, c'est vrai, très souvent. J'ai écrit un jour que je ressentais une immense émotion en pensant à ces milliards d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards qui, dans les moments critiques de leur existence, ont récité le Notre Père et le Je vous salue Marie. Je me sens dans cette chaîne, la plus humble et la plus animée de tendresse. Depuis Villon jusqu'à Blaise Pascal. Et la jeune femme qui pleure son enfant, comme cela, je suis avec elle, et celle qui va mettre au monde aussi. Et ceux, si nombreux qui ne sont plus là et que j'éprouve comme vivants. On ne prie pas seulement pour soi-même. C'est une chaîne. Une dimension d'intimité avec un Dieu personnel, et un mystère.
Avez-vous reçu cette foi en héritage ?
Oui et non. J'ai grandi dans l'univers traditionnel d'un village pyrénéen. Ma mère allait à la messe, mon père assez souvent. Mais à l'époque, les hommes restaient au fond de l'église et discutaient entre eux pendant que le curé marmonnait des prières en latin. C'était l'Église telle qu'elle existait depuis le Moyen Âge : on n'analysait pas la liturgie, on y assistait, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Il a fallu attendre Vatican II pour que l'on comprenne enfin les textes. En plus, à la maison, on n'était pas cléricaux du tout. Plutôt le contraire. Mais dans le village il y avait les rites. Les garçons devaient servir la messe.
J'aimais, à 7 heures du matin, en coupant à travers les champs ou les prairies, à l'aube, rejoindre cette église totalement silencieuse et totalement déserte où il n'y avait que le vieux curé et les garçons, qui devaient l'assister. Quelque chose de profond s'y nouait, dont on ne parlait pas.
Plus tard, mon engagement intellectuel s'est enrichi grâce à un professeur exceptionnel, Jean Biès, qui avait fait sa thèse d'État sur la pensée hindouiste, qui était orthodoxe, et m'a ouvert à d'autres horizons philosophiques et spirituels. Et puis, il y a notre famille. À la maison, autour de ma femme, le sujet est très présent et suscite de grands débats, parfois vifs. Pour mes enfants, ces questions comptent beaucoup, la majorité d'entre eux sont engagés, d'autres très réticents. Je dis « réticents » mais au fond je ne sais pas trop, ça leur appartient. Et chacun a droit à son chemin, à sa manière, à son histoire avec ces réalités révélées ou mystérieuses.
Une rumeur est reprise parfois dans le monde politico-médiatique depuis des années selon laquelle la Vierge Marie vous aurait annoncé un jour que vous seriez président de la République… C'est vrai ?
Ce sont des infâmies. On devrait avoir honte de répéter de telles absurdités, offensantes et indécentes ! C'est Jean-Luc Mélenchon, entre autres, qui a lancé cela pour moquer mes convictions. Et lui ? Qui lui a rendu visite pour prédire son destin : Saint Trotski, Saint Staline ou Saint Chavez ?
Si quelqu'un insultait ou tournait en dérision un musulman ou un juif sur ses croyances personnelles en France, cela susciterait une levée de boucliers légitime. Et si on désignait les francs-maçons en moquant leurs rites. Mais lorsqu'il s'agit des catholiques, la dérision est générale, on s'autorise à bafouer et à piétiner ce qu'ils ont de plus précieux, dans l'indifférence ou la connivence générales. Or, je suis, comme Jules Ferry, pour le respect de toutes les convictions. D'un autre côté, c'est un juste retour des choses, comme le dit dans Don Juan : l'Église a tellement dominé les esprits, les structures et les mœurs pendant des siècles qu'elle en paie le prix historique aujourd'hui, et ce depuis la Révolution.
Mais vous avez dit souvent que vous ressentiez le destin ?
Je crois que chaque être humain a un destin.
Vous croyez toujours au vôtre ?
Bien sûr. J'ai un destin. Mais vous aussi en avez un. Et la jeune femme qui élève seule ses enfants dans une cité et qui n'a pas de sous et passe ses soirées à repasser pour s'en sortir. C'est un destin. J'ai toujours pensé que ma vocation me conduisait sur des chemins publics incertains et dangereux, mais que c'était un devoir. J'accepte les vicissitudes de ce voyage. Je n'ai jamais cru au hasard. Face aux vertiges de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, je me situe résolument du côté de Blaise Pascal.
Tenez, je vais vous montrer une vidéo. Vous savez ce qu'est cet entrelacs de vaisseaux, de fils vivants, de structures qui bougent, imbriquées vivantes ? Non ? C'est une cellule humaine. C'est la première fois qu'on a pu en filmer une au microscope électronique et la reconstituer de l'intérieur. Et vous savez combien il y en a dans notre corps de ce truc, vivant, programmé ? Pas un milliard, pas mille milliards, mais 30 000 milliards en moyenne. Certains croient que c'est le hasard. Moi ça m'est impossible. Je crois que tout ça a du sens ! Et, au fond, c'est peut-être en cela que je me distingue de beaucoup ; je crois que tout cela, le monde et notre vie, tout cela a du sens.
Dans l'affaire des abus survenus à l'institution Notre-Dame de Bétharram, près de Pau, le politique a-t-il été rattrapé par le chrétien ?
Le politique a surtout été attaqué par un parti, La France insoumise, qui a voulu instrumentaliser une tragédie humaine à des fins politiciennes. Les faits de brutalité et d'atteintes sexuelles qui se sont produits à Bétharram sont, pour les premiers, intolérables et, pour les autres, ignobles, criminels. Les victimes en sont marquées à jamais. J'ai passé ma vie publique en première ligne pour condamner la permissivité sexuelle envers les enfants et défendre leur protection, alors que des influences politiques puissantes soutenaient ces abjections.
Lorsque cette affaire a éclaté, LFI s'en est saisie pour tenter de me détruire politiquement en instillant le soupçon. J'ai apporté les preuves que je n'avais évidemment aucun lien avec ces faits inacceptables, que je ne connaissais aucun des protagonistes – sauf le juge –, alors que mes enfants avaient quitté cette institution voisine de notre village des décennies auparavant. Ces accusations étaient d'une totale déloyauté, mais terriblement efficaces, parce que, dans l'opinion, « il n'y a pas de fumée sans feu ! »
Considérez-vous que vous avez manifesté suffisamment de compassion envers les victimes ?
Les victimes vous répondraient, elles me le disent avec véhémence, qu'elles n'ont pas principalement besoin de compassion, elles ont besoin de justice.
Pensez-vous que cette affaire aurait été autant médiatisée si vous n'aviez pas été un catholique déclaré ?
Évidemment non. Et si je n'avais pas été Premier ministre non plus.
Pour conclure, quelle figure spirituelle parle le plus au monde d'aujourd'hui selon vous ?
Pour ma part, j'ai profondément aimé Jean-Paul II. Son visage et sa stature de pape polonais ont marqué ma vie de manière indélébile. C'était un homme selon mon cœur. J'appréciais également beaucoup le pape François. L'Église se doit d'être solidaire des plus démunis plutôt que de s'enfermer dans un discours purement conservateur ou frileux. Le nouveau pape est une personnalité intéressante. Léon XIV, ses premiers discours et son encyclique Magnifica Humanitas sont audacieux et prolongent ce chemin, comment dirais-je, de radicalité évangélique.”
- 2026-06-26 “Jean-Noël Barrot : « Je récuse l'idée que l'élection présidentielle serait jouée d'avance » — Notre ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président, Jean-Noël Barrot, a accordé un entretien au Figaro.
LE FIGARO. - Vous organisez, dimanche, une « Fête de la démocratie ». Quel est le sens de votre démarche ?
Jean-Noël BARROT.- C'est la première édition d'un moment d'expression et de rassemblement convivial, ouvert à tous ceux qui défendent la démocratie, croient en la France et l'Europe et refusent que le débat public soit pris en tenailles par les extrêmes qui éclipsent les sujets essentiels pour notre avenir car ils se satisfont des dérives actuelles.
Un coup de gueule collectif pour que soient enfin traitées les vraies questions.
C'est le moment pour le faire car, l'année prochaine, l'élection présidentielle comptera triple tant les enjeux qui se dressent devant nous sont gigantesques.
C'est un évènement pour imposer des thématiques dans le débat public ?
Oui. Ne laissons pas Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui sont d'accord sur presque tout, nous détourner des vrais problèmes du pays.
La gérontocratie, qui écrase la jeunesse de France sous le poids de la dette financière, écologique et technologique et qui menace de provoquer une guerre des générations.
La technocratie, qui entrave la liberté d'initiative, dépossède les Français de leur pouvoir d'agir et l'exerce à leur place depuis les bureaux parisiens climatisés et déconnectés des réalités du terrain. L'égocratie, la dictature du nombril dans une société rouillée par l'individualisme qui pousse à la consommation plutôt qu'à l'engagement, où déclinent le civisme et le sens du collectif et où prospère la solitude. Voilà des sujets qu'il me semble vital de placer au centre du débat démocratique qui s'ouvre.
Pourquoi réinvestir le sujet de la démocratie ? Les oppositions estiment justement qu'elle sort affaiblie de dix ans de macronisme.
Nous sommes à un moment de vérité de notre Histoire récente : pour la première fois depuis plus de deux siècles, la France se trouve face à un risque réel de régression démocratique. Le doute s'installe, notamment chez les jeunes générations.
C'est le moment ou jamais de se lever et de dire « non », de résister à cette tendance funeste alimentée par l'extrême droite comme l'extrême gauche qui ne cessent de remettre en cause les piliers de la démocratie.
De fustiger l'État de droit, la presse libre et indépendante, les contrepouvoirs. Ce sont deux poisons différents mais tous les deux mortels pour la démocratie. Il est de notre responsabilité de la défendre.
Est-il encore possible pour votre famille politique de proposer une nouvelle vision de la société après dix années au pouvoir ? Jean-Luc Mélenchon arrive avec le concept de la Nouvelle France. Avez-vous la force de contrer son récit ?
Bien sûr.
Au fond, la Nouvelle France de Jean-Luc Mélenchon et la France éternelle de Marine Le Pen sont les deux faces d'une même pièce, celle du défaitisme.
Deux manières d'acter le déclassement et de dresser les Français les uns contre les autres en désignant des boucs émissaires. « L'étranger », « le musulman », l'audiovisuel public pour l'une. « Le riche », « le juif », le journaliste pour l'autre. Mais il existe une vision alternative, celle de la France en grand. Une France qui a confiance en elle-même, qui puise dans l'esprit et le cœur de chaque Française et chaque Française la force nécessaire pour se hisser au premier rang et entraîner l'Europe avec elle, qui donne à chacun les mêmes opportunités, appelle chacun à contribuer selon ses moyens, et qui conjugue les différences en son sein, de tradition, de paysages, d'origines, de religion en un même sentiment d'appartenance nationale et de fraternité véritable.
François Bayrou ne sera pas candidat à l'élection présidentielle. L'idée vous titille-t-elle ? Le MoDem a-t-il besoin d'être incarné lors de cette campagne ?
Nous donnerons assurément de la voix. Ce n'est pas parce que l'on n'est pas candidat à l'élection présidentielle que l'on doit garder sa langue dans sa poche. Tout au contraire, on peut parler avec une plus grande liberté. La démocratie est au cœur de mon engagement politique depuis 20 ans. Je n'épargnerai donc aucun effort pour la défendre contre la poussée des populistes à tendance autoritaire.
Je récuse l'idée que cette élection serait jouée d'avance.
Qui pourriez-vous soutenir ? François Bayrou serait tenté d'appuyer François Hollande ou un candidat social-démocrate. Est-ce également votre avis ?
Je ne crois pas qu'il se soit exprimé en ce sens.
Ce n'est en revanche un secret pour personne que François Bayrou travaille de longue date à ce que les forces réformistes travaillent ensemble.
La première étape, c'est l'expression de nos idées et de notre vision, dans leur singularité et leur radicalité. Ensuite viendra le moment du rassemblement. Mais cela ne suffira pas. Il nous faudra trouver les moyens de gouverner, et pour cela avancer sur un chemin de crête entre intransigeance sur l'essentiel et compromis nécessaire avec tous ceux qui, comme nous, y sont prêts.
François Bayrou n'a pas pu se maintenir à Matignon et a perdu la mairie de Pau. Avez-vous l'intention de lui succéder à la tête du MoDem ?
Le MoDem s'incarne dans l'engagement et les visages de ses militants, élus locaux, parlementaires, et évidemment son président qui tous entendent peser dans le débat démocratique. J'observe avec beaucoup de satisfaction l'émergence de nouvelles générations de cadres et d'élus au sein de notre mouvement. Je crois que c'est le souhait de François Bayrou, lui-même dépositaire de cette filiation politique, que de la projeter vers l'avenir.
Votre « Fête de la démocratie » contrevient-elle à la consigne du premier ministre de ne pas impliquer le gouvernement dans l'échéance présidentielle ?
Le premier ministre souhaite que les membres de son gouvernement soient pleinement à la tâche et ne soient pas engagés auprès de tel ou tel candidat. Il a parfaitement raison. Cela ne signifie pas pour autant que ses ministres, qui sont aussi des militants et des élus, doivent se tenir à l'écart du débat démocratique.
Lire l'entretien dans Le Figaro.”
- 2026-06-26 “Marina Ferrari : « C'est absolument dangereux de pratiquer du sport avec ces températures » — Invitée de France Info ce vendredi 26 juin, la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, Marina Ferrari, a détaillé la mobilisation de l'État face à la canicule et rappelé les priorités du gouvernement en matière de protection des populations et d'adaptation du sport. Elle est également revenue sur les enjeux de gouvernance du football français.
Canicule : « La situation est critique »
Face à un épisode de chaleur inédit, la ministre a d'emblée insisté sur la gravité de la situation. « La situation est critique », a-t-elle rappelé, soulignant une mobilisation du gouvernement qui est « extrêmement vigilant et très mobilisé sur ce sujet depuis maintenant plusieurs jours », avec des cellules interministérielles activées quotidiennement.
Nous surveillons bien évidemment l'évolution de la situation.
Dans ce contexte, le dispositif hospitalier est renforcé avec le déclenchement du plan Orsan de niveau 3. Pour Marina Ferrari, il s'agit aussi d'un enjeu de responsabilité collective, notamment dans le champ sportif :
Afin de ne pas saturer davantage nos hôpitaux, il faut aussi qu'il y ait une responsabilité collective [pouvant aller jusqu'à] limiter certains événements sportifs.
La ministre a également alerté sur les conséquences dramatiques des fortes chaleurs, avec « plus d'une cinquantaine de noyades que nous déplorons aujourd'hui », dont « 65% (…) sur des points (…) non surveillés ou non autorisés ». Un constat qui l'a conduite à rappeler un impératif simple : « un message de vigilance absolu » et le respect strict des règles de baignade.
Cette sensibilisation passe notamment par les campagnes de prévention, comme celle portée par Voies Navigables de France avec « Ne coule pas ton été », destinée à alerter sur les dangers des canaux. En parallèle, la ministre a mis en avant les politiques d'apprentissage de la natation, rappelant que « 83-85% d'élèves (…) savent nager » à la sortie du collège, tout en insistant sur la nécessité de développer « l'apprentissage en eau libre », là où les risques sont les plus élevés.
Les collectivités locales sont en première ligne, notamment sur les équipements. Marina Ferrari a salué celles qui ont anticipé la crise en ouvrant des bassins de baignade surveillés, tout en rappelant les investissements engagés via l'Agence nationale du sport : priorité à la rénovation des piscines et au déploiement de piscines mobiles.
Je remercie les collectivités, parce qu'elles sont aussi en première ligne.
Sur ce point, elle a insisté sur une stratégie de long terme : « il faut absolument que nous travaillions sur ces plans de rénovation de piscines », alors même que certaines collectivités sont contraintes de fermer des équipements vieillissants.
La ministre a aussi évoqué les contraintes budgétaires, assumant des arbitrages :
Quand on a des difficultés budgétaires, on fait des choix.
Elle a défendu les orientations engagées, rappelant notamment que « le fonds vert, en 2022, il n'existait pas. C'est nous qui l'avons mis en œuvre ».
Dans un contexte de finances publiques dégradées, elle a appelé à la responsabilité : sans redressement, « comment allons-nous financer ces investissements ? », a-t-elle interrogé, évoquant la hausse des taux et la nécessité de préserver la capacité d'investissement de la France.
Enfin, sur les pratiques sportives en période de chaleur, son message est sans ambiguïté :
C'est absolument dangereux de pratiquer du sport avec ces températures-là.
Plusieurs compétitions ont déjà été annulées par arrêté préfectoral, une soixantaine au niveau national, tandis que certaines fédérations, comme le rugby, adaptent leurs calendriers.
Réforme de la gouvernance du football : « Il faut voter ce texte »
Interrogée sur la réforme de la gouvernance du football, Marina Ferrari a appelé clairement les parlementaires à l'adopter : « il faut voter ce texte ».
Ce texte, d'initiative parlementaire, vise d'abord à lutter contre un phénomène massif : le piratage des droits sportifs. Selon les estimations de l'ARCOM, les pertes atteignent « plus de 1,5 milliard d'euros », dont « 300 à 400 millions d'euros ».
La réforme poursuit également un objectif de structuration du sport professionnel féminin, avec la création de modèles économiques dédiés, ainsi qu'une modernisation de la gouvernance du football français. Elle prévoit notamment une transformation de la Ligue en société commerciale, sur un modèle inspiré de certains championnats européens.
Pour la ministre, l'enjeu est clair : donner au sport français une organisation plus lisible, plus robuste et mieux adaptée aux réalités économiques, tout en renforçant la place des acteurs institutionnels dans la régulation du secteur.”
- 2026-06-26 “François Bayrou face à Éric Zemmour dans "Esprits Libres" du Figaro — Retrouvez François Bayrou face à Éric Zemmour dans "Esprits Libres", une émission organisée par Le Figaro.
🎧 Écouter l'émission en podcast 👉 https://podcasts.lefigaro.fr/le-figaro-le-club-esprits-libres/202606251603-la-france-peut-elle-eviter-une-nouvelle-etrange-defaite-le-d
François Bayrou est venu présenter son livre Alerte sur la France qui vient dans l'émission "Esprits Libres", centré sur l'urgence de la dette publique, qu'il considère comme la crise la plus grave que la France traverse depuis la Seconde Guerre mondiale. Il rappelle que la totalité de l'impôt sur le revenu ne suffira bientôt plus à couvrir les seuls intérêts de la dette, dont 60 % sont dus à des créanciers étrangers. Face à Zemmour, il défend une lecture plus globale des dépenses publiques — retraites, hôpital, collectivités — et insiste sur la nécessité d'agir aussi sur les recettes et l'efficacité de l'action publique. Sur la question identitaire, il s'oppose fermement à la remigration, qu'il juge porteuse de guerre civile et contre-productive car elle nourrit selon lui l'électorat de Mélenchon. Il conclut en revendiquant son passage à Matignon comme une « épreuve de vérité » nécessaire, refusant de gouverner en repoussant les problèmes sous le tapis.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Esprit libre, la grande émission de débat et de décryptage du Figaro et du Figaro Magazine. Un jeudi par mois, nous recevons deux personnalités pour approfondir un grand sujet d'actualité. La France est-elle condamnée à une nouvelle étrange défaite ? Qui sont les responsables du suicide ? Est-ce les Français eux-mêmes ou les élites qui les dirigent ? Quelles sont les conditions du sursaut ? Tout de suite, les réponses dans nos deux esprits libres. Éric Zemmour, François Bayrou, bonsoir.
FRANÇOIS BAYROU : Bonjour.
ÉRIC ZEMMOUR : Bonsoir.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Très heureux de vous recevoir. Vous êtes chacun président d'un mouvement politique, mais vous êtes aussi écrivain et vous venez pour nous parler de vos livres respectifs. François Bayrou, vous êtes l'auteur d' « Alerte sur la France qui vient », c'est aux éditions de l'Observatoire. Et Éric Zemmour, vous êtes l'auteur du « Suicide français », un immense succès en 2014, qui ressort aujourd'hui en France à l'occasion également de la sortie d'un documentaire qui sera diffusé le 30 juin sur Canal+, et à l'occasion de son édition américaine, « Le suicide de la France, la révolution qui a détruit la nation ». Merci d'être ici. Je le disais, vous avez finalement des points communs, Éric Zemmour et François Bayrou. Vous êtes tous les deux des hommes politiques désormais, mais aussi des écrivains. Et je dirais que le point commun en lisant vos livres respectifs, c'est que vous partagez malgré tout en partie un même constat. En vous lisant, on a le sentiment que la France traverse une crise existentielle. Et vous allez peut-être, ce sera la première question, peut-être la crise la plus grave ou l'une des plus graves de son histoire. Est-ce que je me trompe, François Bayrou ?
FRANÇOIS BAYROU : Non, c'est vrai. Si l'on considère depuis la guerre ou depuis les guerres, puisqu'entre la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale -je dis seconde en espérant que mon expression grammaticale est juste, parce que peut-être faudrait dire la Deuxième Guerre mondiale- depuis la Seconde Guerre mondiale et la guerre d'Algérie, c'est en effet l'épreuve qui vient. Une « Alerte sur la France qui vient » que personne ne mesure, que personne ne veut mesurer dans le monde politique, dont les Français ont maintenant, depuis que j'ai lancé la campagne sur la dette, une idée vague. Ils pensent que c'est embêtant. Mais que c'est pour plus tard. Or, nous sommes aujourd'hui en plein dans la dévitalisation du pays qui fait que ses ressources, sa capacité de travail, son intelligence, ses inventions vont être captées et bien au-delà par l'obligation dans laquelle nous sommes de payer à nos créanciers les intérêts de la dette. Or, nos créanciers sont étrangers. Nos créanciers sont pour près de 60% étrangers. De sorte que l'année prochaine, la totalité de l'impôt sur le revenu que vous payez, qu'Éric Zemmour paie beaucoup, que ceux qui sont là paient pour chacun d'entre eux, et tous nos compatriotes, sans exception, la totalité de l'impôt sur le revenu ne suffira pas à payer les intérêts de la dette. Je ne sais pas si on se rend compte ce que cela veut dire comme hémorragie, c'est le terme qui me paraît le plus adapté, comme hémorragie de la substance du pays et qui quitte la France alors qu'on aurait tellement besoin de cet argent pour les grandes mutations qui viennent. Voilà, ce que je décris pour la première fois, parce que je ne crois pas qu'il y ait de livres qui décrivent la dette comme cela, pour la première fois le mécanisme de la dette. Pour la première fois les conséquences de la dette. Et je décris le passage à Matignon où j'ai essayé, après avoir fait adopter les budgets, après avoir, je pense que cela mérite qu'on le dise en une phrase, après avoir réussi à faire baisser le déficit de la France de plus de 0,70 points, c'est-à-dire une baisse du déficit qui n'a jamais été obtenue depuis très longtemps, depuis plus de dix ans. Après avoir fait tout ça, j'ai voulu lancer cette épreuve de vérité sur la dette, ce que les partis politiques ont refusé de suivre parce qu'ils préfèrent ignorer la réalité sur ce sujet comme sur bien d'autres.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Je vais donner la parole à Éric Zemmour, mais François Bayrou, vous avez été Premier ministre, un Premier ministre lanceur d'alerte d'une certaine manière qui a demandé la confiance, un vote de confiance, qu'il n'a pas obtenu, mais sur cette question de la dette. En vous lisant, on comprend que ce n'est pas seulement une crise économique et financière, mais que c'est une crise aussi morale et politique. Est-ce que vous avez suffisamment réussi à le faire comprendre aux Français ?
FRANÇOIS BAYROU : En tout cas, j'ai fait ce que personne n'a jamais fait. De même que Mendès France avait choisi le même chemin pour faire entendre au pays qu'on avait devant nous la décolonisation comme une menace de chaque seconde et qu'il fallait l'affronter. De même que De Gaulle, à deux reprises, après la guerre et au moment de son référendum, avait essayé d'expliquer aux Français qu'il fallait changer. La manière de les gouverner, que la place des partis politiques, qui étaient des blocages et des freins et des perpétuelles influences pour s'échapper, cela fait au moins deux exemples. Alors je ne dis pas que je suis au niveau de ces exemples-là, historiquement, mais ce sont deux exemples de gens qui ont dit « cela ne sert à rien de gouverner pour éviter les problèmes. Cela ne sert à rien de gouverner simplement pour être au pouvoir, pour avoir des galons sur les épaules ». La seule chose qui vaille, c'est que les Français acceptent et se confrontent à la vérité. Si vous n'avez pas le soutien des Français, ces politiques ne servent à rien. C'est pourquoi le travail de persuasion de l'opinion est un travail absolument essentiel sur ce sujet comme sur d'autres.
ALEXANDRE DEVECCHIO :Éric Zemmour, je le dis en préambule... Je pense que vous pensez que la France est confrontée à l'une des crises les plus graves de son histoire, si ce n'est la crise la plus grave. Est-ce que dans cette crise, le plus important, c'est la crise de la dette ?
ÉRIC ZEMMOUR : Si vous voulez, j'ai lu le livre de François Bayrou. D'ailleurs, vous avez dit tout à l'heure qu'on a des points communs et je m'amusais à retenir certaines de vos formules que j'avais soit déjà écrite, cela ne veut pas dire que vous me copiez évidemment, vous voyez ce que je veux dire. Et c'était assez amusant, à un moment vous dites, il est très difficile d'être seul à voir les choses et que personne ne veut voir. J'aurais pu écrire la même chose. Et vous citez même, cela m'a fait beaucoup sourire, la fameuse prophétie de Jérémie qui disait que les gens ont mangé des fruits trop verts et les enfants ont eu les dents. Je le mettais en exergue d'une des parties du « Suicide français » donc cela m'a amusé cet effet miroir. Deuxième chose, je ne veux pas rentrer dans une bataille qu'est-ce qui est le plus important sur le plan de l'action politique. Sur le plan de l'action politique vous n'allez pas dire lundi je m'occupe du grand remplacement et mardi je m'occupe de la dette. C'est évident qu'il faut traiter tous les problèmes de concert. Tout n'est pas sur le même plan mais tout est lié. Voilà, et en tout cas pour un responsable politique et quand vous avez les manettes. En revanche, moi ce que j'ai dit depuis des années, depuis que je me suis lancé dans la bataille présidentielle en 2022, c'est que sur le plan civilisationnel, métapolitique, culturel, il y a une hiérarchie entre voir le peuple de souche français devenir minoritaire sur son sol et être remplacé par un peuple d'une autre civilisation et le fait de rembourser à des créanciers une dette de plus en plus importante. Je dis bien, encore une fois, ce n'est pas sur le plan de l'action politique, c'est sur le plan de l'existentiel. Je donne un seul exemple assez simple à comprendre. Les pays de l'Est, Russie et pays de l'Est de l'Europe, ont été ruinés par le communisme. Quand ils sont sortis du communisme au bout de 50 ans ou 70 ans de communisme, ils se sont redressés, ils prospèrent pour beaucoup aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que le peuple était resté le même. C'était le même peuple qui était sous le communisme et qui était après. Vous voyez, donc ça c'est la grande différence. Mais maintenant on va parler de la dette, on va parler des remèdes à la dette, mais moi je pense que le problème effectivement existentiel du pays, c'est que son peuple est en train d'être grand remplacé par un peuple d'une autre civilisation. Et cela change tout. Nous ne sommes plus dans les mécanismes d'immigration traditionnelle, avec intégration, assimilation, etc. On est dans l'affrontement de deux peuples et le remplacement de l'un par l'autre, avec toute la violence qui s'exprime avec. C'est-à-dire les vols, les viols, les trafics de drogue, etc., qui ne sont pas, contrairement à ce que disent les politiques et les médias, de la délinquance, mais pour moi, qui sont des actes de guerre, de guérilla, entre deux peuples qui se disputent une même terre.
ALEXANDRE DEVECCHIO : François Bayrou, vous parlez assez peu, finalement, de ces questions-là. Vous avez parlé de l'école, de l'identité mais ce n'est pas le cœur du livre. On a le sentiment qu'il y a quand même deux inquiétudes différentes, une inquiétude d'ordre économique et social, et une inquiétude effectivement liée à l'identité, même si les deux questions peuvent se rejoindre, et du coup je vous écoute.
FRANÇOIS BAYROU : Pour corriger les choses, et Éric Zemmour a l'objectivité de le dire. Il y a dans ce livre un chapitre, à mon avis, essentiel, sur ces questions d'immigration et de coexistence. J'ai une très grande différence avec Éric Zemmour. C'est que son mécanisme conduit à la guerre civile. Et je pense qu'il y pense, pour dire la vérité. Je suis ses déclarations, je le connais depuis longtemps. Au bout de son chemin, il y a un peuple qui veut nous envahir. Qu'est-ce qu'on fait ? Éric Zemmour répond : « On fait la remigration, on les oblige à partir. Et si vous croyez qu'on peut obliger des Français de notre nationalité, et de notre nationalité depuis longtemps, pour beaucoup d'entre eux, c'est trois générations, quatre générations, si vous pensez qu'on peut dire comme ça, vous allez partir, alors il y a deux conséquences. La première conséquence est la guerre civile. Et je répète que je pense que c'est sa manière de réfléchir un peu. Et la deuxième, c'est que vous favorisez la montée sans mesure de ceux qui alors sont des ennemis de notre société-civilisation, mais qui ont une stratégie solide, méditée, réfléchie, à savoir LFI et Mélenchon. Eux, ils savent exactement ce qu'ils font. Ils font brûler des cierges tous les jours pour que Zemmour continue à évoquer l'idée qu'ils vont devoir partir. Parce que tous ceux à qui vous dites : « Français avec les papiers, pas Français de papier », si vous leur dites, ces gens-là veulent vous chasser, qu'est-ce qu'ils vont faire ? Eh bien, ils se réunissent en disant, la nouvelle France, c'est nous. C'est exactement ce qu'ils font.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Qu'est-ce que vous mettez derrière le concept de remigration ? Est-ce qu'il s'agit de gens qui ont la nationalité française ou pas ? Et ensuite, est-ce que vous souhaitez la guerre civile ? François Bayrou ne l'a pas dit, il l'a suggéré mais il l'a suggéré. Il faut être honnête dans le débat.
FRANÇOIS BAYROU : Disons précisément les choses parce que c'est très important, n'est-ce pas ? Le moment qu'on est en train de vivre, c'est pour cela qu'il y a 40 pages dans le livre sur ce sujet. Le moment que nous sommes en train de vivre est absolument crucial au sens que nous sommes au carrefour des choses. Et cette appropriation du débat par les frères Siamois, que sont Zemmour d'un côté et Mélenchon de l'autre, les deux faces de la même médaille, ceux d'ailleurs qui emploient quasiment les mêmes mots, puisque France éternelle contre la France nouvelle... L'idée qu'on va les faire partir, pas seulement eux, les juifs aussi. Je dis cela parce qu'il y a eu cette semaine même un discours de Mélenchon, si on l'écoute bien, on va voir ce qu'il insinue à l'usage des populations. Et donc, cette logique de la situation elle favorise incroyablement l'extrême gauche. Elle favorise incroyablement le « on est chez nous » qu'on crie dans toutes les tribunes de rugby.
ALEXANDRE DEVECCHIO : On va laisser Éric Zemmour répondre.
ÉRIC ZEMMOUR : D'abord, je réponds précisément, répond à votre question. La remigration concerne premièrement évidemment les illégaux. Je rappelle qu'on ne renvoie que 10% des gens à qui on délivre des OQTF. Donc les illégaux premièrement, deuxièmement les délinquants étrangers qui représentent 25% de nos prisons. On dit qu'elles sont à ras bord mais il y a 25% qui sont étrangers. Et puis c'est là qu'on peut discuter parce que j'imagine que les deux premiers vous ne les discuterez guère. Même si vous n'y arrivez pas, pas plus que vous d'ailleurs que les autres. Personne. Pour l'instant. Pour l'instant, on est d'accord. Ensuite, j'estime qu'il faut étendre l'abolition de la nationalité française pour les doubles nationaux délinquants. Cela existe déjà. C'est l'article 25.1 du Code civil, c'est une mesure d'ailleurs révolutionnaire, depuis la Révolution qui prévoit la déchéance de nationalité pour les gens qui sont ennemis de l'État. Moi je considère que d'abord, ces gens-là sont des doubles nationaux, ils sont tous doubles nationaux. Il faut bien que les gens comprennent que la nationalité algérienne, marocaine, tunisienne, malienne, sénégalaise, ne se perd jamais de père en fils, en petit-fils. Et deuxièmement, j'estime que ces gens-là, s'ils sont trafiquants de drogue, s'ils sont violeurs, s'ils sont criminels, n'ont rien à faire en France. Et donc, il faut les déchoir de nationalité et les renvoyer. Comme avait voulu d'ailleurs faire François Hollande pour les terroristes. Voilà mon cadre de la remigration. Et je compte renvoyer aussi, mais là, cela n'a rien de choquant si on sort un peu de la France, les gens qui sont au chômage de très longue durée, comme font les Suisses, comme font les Américains, etc. Là, j'ai posé le cadre. Maintenant, je reviens à ce que m'a dit François Bayrou, parce que c'est quand même un débat, et qu'il me parle de guerre civile, il dit que c'est dans mon esprit. Vous avez tout à fait raison. Cela me hante. On est tout à fait d'accord. Je la vois arriver de façon évidente. Mais ce n'est pas moi qui la provoque, cher François. Je pense, moi, si vous voulez, que la guerre civile a déjà commencé. Et que quand vous voyez ce que j'appelle les « francocides », c'est-à-dire le nombre incalculable de petits Français qui se font massacrer à la machette ou au coup de couteau par des Arabes musulmans ou des Africains, moi j'appelle cela le début de la guerre civile. François Bayrou connaît peut-être mieux que moi d'ailleurs l'histoire des guerres de religion. Parce que, évidemment, c'est une guerre de religion. Et il sait très bien, et vous savez très bien, que la Saint-Barthélemy de 1572 n'est que l'acmé d'une guerre qui a commencé 50 ans plus tôt entre les catholiques et les protestants. On sera d'accord là-dessus. Je pense que nous sommes dans la même situation. Et que nous avons commencé une espèce de guerre de religion qui commence par des guérillas. Maintenant, dernier point sur Mélenchon, vous dites on est les deux faces d'une même pièce. C'est à la fois très juste et très faux. Si vous me permettez, je continue et je vous rendrai la parole après. Vous avez raison sur un point fondamental. Je pense qu'aujourd'hui, et cela va être le phénomène politique du XXIe siècle, on le voit en Angleterre, on le voit en France, on le voit en Allemagne, cela va être l'affrontement autour de ce clivage ethnico-civilisationnel. Et donc, vous avez raison, Mélenchon a pris la partie pro-islamique, si j'ose dire, pro-palestinienne, etc. Et moi, j'ai pris la partie France éternelle parce que, excusez-moi, moi le peuple français m'a accueilli, je l'aime et je veux le défendre contre ses ennemis. Voilà, c'est la mission que je me suis donnée d'abord par souvenir de mes parents, de mes grands-parents qui ont aimé la France de façon folle. Vous comprenez le sens dans lequel je l'emploie. Et oui, je veux défendre le peuple français qui est pour moi envahi et colonisé. Mais cela ne veut pas dire que c'est moi le responsable de cela, ni même Mélenchon, pardonnez-moi, M. Bayrou. En vérité, le responsable, c'est vous. Je veux dire vous, vous avez compris. La politique qui est menée depuis 40 ans au nom des grands principes, des droits de l'homme, de l'universalisme de la France, et qui fait rentrer des millions d'immigrés venus de contrées d'Afrique et du Maghreb, qui le font venir ici, qui ne renvoient personne, qui ne sanctionnent personne, et qui font monter ce peuple étranger sur notre sol, Mélenchon, est le produit de la politique de Macron, de Hollande, de Sarkozy, de Chirac, de Mitterrand, de Giscard. Mélenchon, il n'a fait que prendre le bénéfice de cela. C'est tout. Alors évidemment, vous dites, ah mais ils façonnent et ils font monter les tensions. Non, on est le produit de ces tensions. Et la politique, vous savez très bien, c'est l'affrontement autour d'un clivage qui résume l'époque. Au XIXe siècle, c'était la question sociale, la question ouvrière. Au XVIIIe siècle, c'était la question du pouvoir, du roi, de la liberté, etc. Tout ça, vous le savez aussi bien que moi. Eh bien, aujourd'hui, oui, je pense que la question est celle de l'identité et de la civilisation.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Alors vous voyez, il faut essayer de démonter tout ça, parce que c'est absolument vital au sens propre du mot pour le pays.
FRANÇOIS BAYROU : D'abord, Éric Zemmour a, à juste titre, rappelé que j'ai écrit beaucoup de livres sur les guerres de religion et sur la figure d'Henri IV, qui nous a permis de sortir des guerres de religion avec l'édit de Nantes.
ÉRIC ZEMMOUR : Je ne suis pas d'accord.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Non mais on va en parler, vous me permettez.
FRANÇOIS BAYROU : Si vous me permettez, c'est pas un argument d'autorité, mais que Henri IV, en 1598, ait signé l'édit de Nantes, et que cela a fait 80 ans de paix, sauf que les Zemmour de l'époque ont obligé Louis XIV...
ÉRIC ZEMMOUR : Non, monsieur Bayrou, je ne suis pas d'accord avec cela, pardonnez-moi. Mais laissez-moi parler.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Je vous laisse parler. On refera le débat historique sur la laïcité. Est-ce que la laïcité vient vraiment de l'édit de Nantes ou est-ce que c'est l'inverse ? C'est un débat passionnant mais cela pourrait presque faire une émission entière.
FRANÇOIS BAYROU : Excusez-moi mais l'édit de Nantes, c'est le premier pas de la laïcité. Et le chapitre que dans ce livre je consacre à ce sujet dit que la laïcité va beaucoup plus loin. La laïcité, c'est Blaise Pascal, c'est-à-dire le plus grand philosophe du millénaire.
ÉRIC ZEMMOUR : Ça, on est d'accord.
FRANÇOIS BAYROU : Il dit une chose extraordinairement bouleversante et révolutionnaire. Il dit qu'il y a le pouvoir, qu'il y a la force, l'armée, il y a la science et il y a l'amour, la religion. Et aucun des trois pouvoirs n'a le droit d'empiéter sur l'autre. Aucun des trois pouvoirs ne doit diriger l'autre. Et la laïcité, cela va encore plus loin. Ce n'est pas seulement j'accepte que tu sois différent. Ce n'est pas seulement, je ne veux pas que la religion fasse la loi. C'est plus que ça. Je suis content que tu existes, alors que tu es différent de moi.
ÉRIC ZEMMOUR : Je vous laisse finir.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Je ne suis pas du tout à la fin, je suis au début. Non, mais parce que je veux répondre à cela. C'est vraiment important, je vous assure.
ÉRIC ZEMMOUR : Je ne suis pas d'accord avec votre conception de la laïcité. Je ne suis pas d'accord non plus sur Henri IV. Je pense que Henri IV, avec l'édit de Nantes, a fait une pause magnifique, importante. Mais que finalement c'est Richelieu en liquidant La Rochelle qui a réglé la question protestante. Et vous voyez, il a eu besoin de le faire près de 20 ans plus tard. Donc vous voyez que ce n'était pas réglé la question.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Merci, merci. Parce qu'on ne pouvait pas trouver meilleure démonstration.
ÉRIC ZEMMOUR : Mais absolument.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Qu'est-ce qu'il dit ?
ÉRIC ZEMMOUR : Il dit : « Il faut les liquider ».
FRANÇOIS BAYROU : Non. Et vous savez très bien. Excusez-moi, l'abolition de l'édit de Nantes, c'est après, c'est Louis XIV en 1685. C'est Louis XIV parce que les plus radicaux...
ÉRIC ZEMMOUR : Non, non, non, il avait prêté serment de rétablir la religion catholique, c'est son serment de roi. Mais bon, passons.
FRANÇOIS BAYROU : Non. Mais je veux sur la laïcité…
ÉRIC ZEMMOUR : Je ne suis pas d'accord avec vous sur la laïcité, pardonnez-moi.
FRANÇOIS BAYROU : Ah non ! Non, c'est n'importe quoi.
ÉRIC ZEMMOUR : Vous pouvez ne pas être d'accord, mais ce n'est pas n'importe quoi.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Mais qu'on avance sur la guerre civile. La laïcité, c'est très important.
ÉRIC ZEMMOUR : Je n'ai pas du tout la même conception de la laïcité que François Bayrou. Je l'ai lu, et effectivement, vous avez dit ce que vous avez écrit, donc il n'y a aucun problème, mais moi, je ne suis pas d'accord avec cela. La laïcité, d'abord, vous le savez mieux que personne. C'est évidemment né dans le christianisme, la fameuse phrase de Jésus-Christ « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu » et après Pascal, etc, tous les chrétiens. Premièrement, c'est la séparation entre l'église, entre le temporel et le spirituel qui n'existe pas en islam, qui n'a jamais existé. Deuxièmement. La loi de 1905 n'est pas une loi, contrairement à ce qu'on dit, de liberté religieuse et encore moins, comme vous dites, « je suis content que tu existes », etc. Non. C'est une arme de guerre contre l'Église, c'est une arme pour réduire et limiter ce qu'ils appelaient à l'époque les républicains « le cléricalisme ». Et d'ailleurs l'article 1 qui donne la liberté de conscience existait déjà depuis la Révolution française et même avant, puisque c'est Louis XVI en 1787 qui a donné la liberté aux protestants, avant même la Révolution. Mais c'est l'article 2 qui est fondamental et qui dit la séparation entre l'Église et le pouvoir politique et qui implique donc un devoir de discrétion dans l'espace public. Et c'est ce devoir de discrétion dans l'espace public qui depuis 30 ans, 40 ans n'est plus respecté. C'est pour cela qu'on a les voiles, c'est pour cela qu'on a enlevé la kippa sur la tête. Moi je suis de confession juive et je rappelle toujours que ma mère, quand j'étais enfant, me faisait enlever la kippa sur la tête dès qu'on sortait dans la rue. Dès que je sortais de la synagogue par exemple, où je l'avais mise. Donc, c'est une démission des autorités publiques qui a fait cette éclosion dans l'espace public de la religion. C'est cela la mort de la laïcité. Et il faut donc faire respecter cette règle de façon très ferme, en interdisant par exemple le voile, mais aussi...
FRANÇOIS BAYROU : Excusez-moi, celui qui a interdit le voile à l'école, en France, c'est moi.
ÉRIC ZEMMOUR : Oui.
ÉRIC ZEMMOUR : À l'école, François Bayrou. Pas à l'université, pas dans la rue.
FRANÇOIS BAYROU : Je ne vais pas interdire le voile dans la rue.
ÉRIC ZEMMOUR : Bah et pourquoi pas ?
FRANÇOIS BAYROU : Vous défendrez cette thèse.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Reprenons le fil de la conversation parce que vous vouliez répondre sur la confrontation.
FRANÇOIS BAYROU : Vous voyez bien, lorsque Éric Zemmour dit « celui qui a réglé la question religieuse, c'est Richelieu en prenant la Rochelle. Elle a été si peu réglée que 60 ans après, les mêmes ont obligé ou poussé ou convaincu Louis XIV de mettre fin à la tolérance entre les deux religions et à un principe essentiel que nie Eric Zemmour qui est : vous êtes de religions différentes mais vous avez les mêmes droits.
ÉRIC ZEMMOUR : Mais je ne nie pas du tout cela. Pourquoi vous dites ça ? C'est scandaleux ce que vous dites, je n'ai jamais dit ça.
FRANÇOIS BAYROU : C'est scandaleux, n'exagérons pas.
ÉRIC ZEMMOUR : Alors c'est faux parce que vous me prêtez des choses qui sont fausses. Moi je suis pour la liberté religieuse. Je suis simplement pour la liberté religieuse chez soi. Ce n'est quand même pas pareil, c'est la tradition française.
FRANÇOIS BAYROU : Ce que vend Éric Zemmour, c'est la remigration. Qu'est-ce que les Français, l'opinion, les gens qui sont déstabilisés par un certain nombre de choses qui se passent et qui sont vraies, qui ne sont pas à l'échelle que Éric Zemmour décrit, mais qui sont vraies, dans certains quartiers, dans certaines villes, qui sont vraies. Qu'est-ce qu'ils entendent ? Ils entendent qu'ils vont repartir. On va les faire repartir, quoi qu'il en coûte. L'État, dans la conception impérieuse que décrit Éric Zemmour, l'État va s'en occuper. Après, lui, pour les spécialistes, il dit une note en bas de page, et il dit mais pas du tout, moi je veux faire repartir les délinquants.
ÉRIC ZEMMOUR : Ce n'est pas en bas de page, j'ai répondu tout de suite. Je veux faire repartir que les délinquants.
FRANÇOIS BAYROU : Nous avons 70 000 places de prison en France. Et il y a 25% des gens, 25%, le quart, cela veut dire qu'il y a un peu plus de 15 000 personnes qu'ils visent dans...
ÉRIC ZEMMOUR : Entre autres, oui.
FRANÇOIS BAYROU : 15 000 personnes, c'est sur 7 millions, vous dites 7 millions, c'est...
ÉRIC ZEMMOUR : Je n'ai pas les chiffres, on n'a pas le droit de les avoir en France.
FRANÇOIS BAYROU : Ben, il faut les avoir. C'est l'épaisseur du trait, n'est-ce pas ? Et vous comprenez que dire « je vais organiser la remigration », ce qu'un certain nombre de gens entendent, ce n'est pas seulement pour les délinquants. Ce que les gens entendent, c'est ceux qui n'ont pas notre couleur de peau ou pas notre religion, et ceux-là, ils vont repartir. Et moi, je trouve que c'est, d'une certaine manière, une offense à la France que nous avons construite. Parce que qui est sur les échafaudages ? Ce n'est pas Zemmour qui est sur les échafaudages. Ce n'est pas ses amis. Ne dites pas : « oh là ». C'est un sujet sérieux. Qui est dans les arrière-cuisines des restaurants ? Ce ne sont pas les Zemmour qui sont dans les arrière-cuisines ?
ÉRIC ZEMMOUR : Bon alors là, vous avez tort, mais bon, pas moi. Certes, j'ai fait des études supérieures, mais dans ma famille, oui.
FRANÇOIS BAYROU : Voilà. Qui s'occupe des gens dans les EHPAD ? Or, tous ceux-là, ceux qui sont sur les échafaudages, dans les arrière-cuisines, les EHPAD, quand ils entendent Zemmour, ils se disent, ce type-là, il va nous chasser. Et qu'est-ce qu'ils font ? Ils rejoignent en troupes serrées les Mélenchon de la création. C'est pour cela que Zemmour nourrit Mélenchon.
ÉRIC ZEMMOUR : Non, c'est vous qui nourrissez Mélenchon.
FRANÇOIS BAYROU : Oui, très bien.
ÉRIC ZEMMOUR : Mélenchon il attend que vous lui donniez les 500 000 immigrés par an légaux que vous lui donnez, et il attend et cela fait nombre. Et voilà comment il vit Mélenchon, et comment il compte arriver au second tour. C'est tout simple. Donc c'est vous le responsable de Mélenchon, vous Macron, et toutes les politiques qui ont suivi votre politique.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Et régulièrement quand on vous fait la critique de parfois mettre des gens peut-être contre vous, qui se sentent visés et qui sont finalement des Français parfaitement intégrés, est-ce que vous l'entendez que la virulence du discours peut être contre-productive ? Sans parler de nourrir Mélenchon.
ÉRIC ZEMMOUR : Si vous voulez, on a un gros problème à notre époque, c'est qu'on ne sait plus raisonner. En dehors des individus. C'est un vrai problème conceptuel. C'est-à-dire que quand le général de Gaulle attaquait les communistes, il y avait des millions de français communistes. Quand il les traitait de séparatistes, il y avait des millions de communistes. Et chacun ne venait pas pleurnicher en disant « Ah, il m'a stigmatisé ». Aujourd'hui, on ne sait plus raisonner en termes de masse. Moi, je raisonne en termes de masse, de civilisation, de peuple, et j'essaye de voir à long terme. Normalement, c'est la responsabilité des politiques. Cela, on ne veut plus le faire, les politiques ne veulent plus le faire.
FRANÇOIS BAYROU : Et vous en êtes ?
ÉRIC ZEMMOUR : Bah écoutez, en tout cas, je me suis lancé dans la bataille politique. Je ne suis plus journaliste. Voilà. Je suis un écrivain qui fait de la politique. Si vous voulez, je n'ai pas une carrière politique.
FRANÇOIS BAYROU : Pour l'instant. Parce que ce que vous ambitionnez, c'est d'en avoir une, si je comprends bien.
ÉRIC ZEMMOUR : Si vous voulez, en tout cas, pas une carrière. J'ai voulu et je voudrais être président de la République pour essayer de mettre en œuvre la politique que je vois parce que je pense qu'il y a un grand danger. Vous voyez que c'est très intéressant ce débat. Parce qu'on va passer à la partie économique, j'imagine.
ALEXANDRE DEVECCHIO : C'est ce que j'allais dire. Qu'est-ce qui est le plus important pour vous ? Est-ce que d'ailleurs vous ne pensez pas que de résoudre les questions économiques justement cela va nous permettre d'avancer ?
FRANÇOIS BAYROU : Je vais vous le faire en trois phrases. Un, la dette nous condamne à quelque chose qui est terrible, c'est-à-dire une impuissance publique générale à laquelle on ne va pas pouvoir échapper. Deux, qui vont être les principales victimes ? Ce sont les jeunes, parce qu'il va y avoir une guerre de générations derrière tout cela. D'autant plus que les jeunes, c'est cela la troisième partie du livre, vont avoir à affronter un monde qui est devenu infiniment plus difficile. D'abord parce qu'il y a une violence à tous égards incroyable. Les réseaux sociaux, l'anonymat des réseaux sociaux, l'affrontement généralisé, les types qui foncent sur tout événement, sur toute personnalité qui apparaît avec quasiment des appels au meurtre. Deuxièmement, cette question essentielle du pluralisme et notamment du pluralisme de culture dans le même pays. Question essentielle. Et c'est la question de l'immigration. Est-ce qu'on peut arriver à vivre ensemble ? Moi, mon affirmation, elle est simple. Nous allons devoir vivre ensemble. Parce qu'au bout de la guerre civile, dont je prétends que Zemmour est le promoteur, et qu'il ne peut pas l'éviter, parce que dès l'instant qu'il lance des thèmes comme cela, s'il arrivait au pouvoir, il y aurait, je le crains, ça. Au bout de la guerre civile, il y a quoi ? Il y a la mort de la France. On parlait d'Henri IV à l'instant. Quand Henri IV devient roi, il y a l'ambassadeur de Venise à Paris qui fait un journal qui est absolument formidable. Et il dit, d'Henri IV, qu'il a reçu entre les mains non pas la France, mais le cadavre de la France. Et on est depuis 30 ans en guerre civile, cette guerre civile que Zemmour justifie en disant les protestants attaquaient...
ÉRIC ZEMMOUR : Il ne justifie rien, c'est l'État dans l'État. Je parle comme Richelieu, c'est un de nos plus grands hommes, François Bayrou.
FRANÇOIS BAYROU : C'est un de nos plus grands hommes et les conséquences, c'est l'abolition de l'édit de Nantes, c'est-à-dire les protestants...
ALEXANDRE DEVECCHIO : Avançons sur le terrain économique. François Bayrou a parlé d'une fracture générationnelle, je trouve cela intéressant. Vous parlez souvent de la fracture identitaire, est-ce qu'il n'y a pas un risque, notamment sur la question des retraites, d'une fracture entre deux Frances, là aussi, une France des actifs et celle des retraites ?
ÉRIC ZEMMOUR : Je ne mésestime pas cela. Je pense qu'il y a aussi une fracture générationnelle, qui est un affrontement entre les jeunes et ceux qu'on appelle les boomers. Il faut en parler. Je parle beaucoup avec des jeunes gens entre 20 et 30 ans, il faut entendre leur acrimonie et leur détestation des boomers. Je le dis parce que moi je discute avec eux et évidemment je me fais notre avocat puisque là on est dans le même panier, vous et moi.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Sauf que François Bayrou a critiqué les boomers, cela lui a coûté cher politiquement.
ÉRIC ZEMMOUR : J'ai écrit un livre entier pour critiquer les boomers, donc pardonnez-moi, c'est cela que je dis. Je dis que cette génération a saccagé le pays, donc je ne peux pas faire plus. D'abord, je suis d'accord avec François Bayrou sur l'importance de la dette. Je lui rends même hommage, je pense que s'il a été un des premiers politiques à l'évoquer il y a maintenant plus de 20 ans. Donc je ne suis pas là pour dire ce n'est pas vrai, etc. Premièrement. Deuxièmement. Je pense que la dette, évidemment, comme il le dit, que nous remboursons auprès des étrangers, je tiens à dire que d'ailleurs cela a été une inflexion depuis 30 ans, qu'auparavant, c'était les Français qui prêtaient à l'État français. Vous vous souvenez ? D'ailleurs, cela coûtait très cher. L'emprunt Giscard, l'emprunt Pinay, etc.
FRANÇOIS BAYROU : Gagé sur l'or, cela nous a coûté une fortune. L'emprunt Giscard et l'emprunt Pinay, il faut donner les chiffres. Cet emprunt qui a eu un énorme succès, parce qu'il était dépourvu de droits de succession était indexé sur l'or, le Napoléon pour l'un, le lingot d'or pour l'autre. Il a coûté 15 fois plus à l'État en remboursement, 15 fois, ce sont des chiffres exacts. 15 fois plus à l'État en remboursement que la souscription de l'emprunt.
ÉRIC ZEMMOUR : Emprunter aux étrangers coûte parfois beaucoup moins cher qu'emprunter aux Français. En l'occurrence, d'ailleurs c'est une facilité qu'on se permet tous, mais François Bayrou sera d'accord avec moi, ce ne sont pas nos enfants qui vont payer notre dette. On la paye tous les jours, la dette. On la rembourse tous les jours. On la rembourse tous les jours et on fait rouler la dette, comme vous dites dans votre livre, et comme disent les technos. Effectivement, plus le coût de la dette va augmenter, et plus cela va nous empêcher de donner de l'argent à d'autres, à la police, à l'école, etc. Deuxièmement, là où je ne le suis pas, c'est quand il dit, en gros, le problème, c'est les retraités et la dette...
ALEXANDRE DEVECCHIO : Non, vous n'avez pas dit cela, mais c'est presque cela quand même.
FRANÇOIS BAYROU : Non, j'ai dit une chose, une chose simple. Sur les 1000 milliards que nous avons empruntés, il y en a 500 qui partent aux retraites. Et je suis le premier comme commissaire au plan, dans une polémique inouïe, à avoir mis en évidence le fait que les retraites ne sont payées que par l'État qui abonde de 20 ou 30%.
ÉRIC ZEMMOUR : Vous savez aussi que ce chiffre a été beaucoup contesté par beaucoup de gens et que le coût des retraites c'est aussi des cotisations des gens, tout bêtement, qui continuent à payer pour les retraites. Donc quand vous dites sur les 1000 milliards qu'on a empruntés, il y a les 500 pour la retraite, elles sont parties aussi pour tout le système social français, pas seulement pour les retraites.
FRANÇOIS BAYROU : Non, non, disons des choses précises parce que là, vous faites des romans. Alors je ne veux pas vous laisser faire des romans.
ÉRIC ZEMMOUR : J'ai écrit des romans aussi.
FRANÇOIS BAYROU : Je ne savais pas. Ah ben vous voyez. Vous auriez dû me les envoyer.
ÉRIC ZEMMOUR : Avec plaisir, je le ferai volontiers.
FRANÇOIS BAYROU : Pour revenir à cela, ce n'est pas vrai du tout ce qu'il raconte. C'est extrêmement simple. Les cotisations compensent ou équilibrent quelque chose comme 80% des pensions de retraite. Mais les 20 autres pourcents, c'est l'État qui les paye.
ÉRIC ZEMMOUR : Je n'ai jamais dit le contraire. C'est l'État qui les paye. Je n'ai pas dit que l'État n'avait pas abondé le système déficitaire.
FRANÇOIS BAYROU : Si, si, vous disiez que…
ÉRIC ZEMMOUR : Non, je dis que la dette, ce n'est pas la moitié pour les retraités.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Ce n'est pas que les retraités, il dit que ce n'est pas la moitié. Il dit qu'il y a aussi l'assistanat, un certain nombre de dépenses.
FRANÇOIS BAYROU : Les chiffres sont intéressants. S'il vous plaît. Et là, je n'avance rien qui ne soit dans les comptes publics. 50% des 1 000 milliards d'emprunts qui ont été faits sur les 10 dernières années, 50% sont partis pour les retraites. Peut-être, allez, 10% de ces sommes pour le système social.
ALEXANDRE DEVECCHIO : En gros, vous êtes en train de nous dire que si on payait moins les retraités, nous serions sortis de l'affaire, que nous ne nous endetterions plus et que...
FRANÇOIS BAYROU : Ou si on faisait travailler les actifs... Attendez, nos dépenses publiques seraient réglées, toutes les questions seraient réglées.
ÉRIC ZEMMOUR : C'est cela que je conteste. Imaginez, les Allemands n'ont pas notre dette. Ils ont aussi des boomers et j'imagine qu'ils payent des retraites conséquentes à cette population énorme. D'ailleurs, si la retraite représente, je crois, 14% de notre PIB, en Allemagne, je crois que c'est 11%. Ce n'est quand même pas rien. Et si on arrivait au niveau de l'Allemagne en baissant la part des retraites dans la richesse nationale, on serait quand même en haut de la pile pour les dépenses publiques par rapport à cette richesse nationale. Donc vous voyez que c'est un autre sujet.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Les retraites, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qui fait la spécificité des sociétés françaises ? Et où est-ce qu'il faut couper ?
ÉRIC ZEMMOUR : Alors écoutez, je vais vous donner trois chiffres qui m'ont frappé quand je les ai découverts parce que je n'y croyais pas. Avant le Covid, en 2019, les dépenses publiques étaient d'un montant de 1350 milliards d'euros. On est en 2019. Arrive le Covid, le quoi qu'il en coûte, et on monte à 1480 milliards d'euros. Très bien. On croit ensuite qu'il n'y a plus le « quoi qu'il en coûte », donc on va descendre. Point du tout. Aujourd'hui, en 2025, en tout cas le dernier budget, on était, tenez-vous bien, à 1 714 milliards d'euros. Donc cela veut dire que dans les dépenses publiques, on dépense plus que pendant le Covid et le temps du « quoi qu'il en coûte ». Donc vous voyez bien qu'il y a un problème énorme de dépenses publiques générales. Je pourrais vous donner l'exemple des collectivités locales qui en 20 ans ont doublé. Je crois que c'est 180 milliards à 330 milliards. Je pourrais vous donner l'exemple de l'hôpital qui lui aussi a presque doublé. Je crois qu'on est passé en 20 ans de 60 milliards à 130 milliards. Donc vous voyez bien, moi je veux bien, les retraites cela coûte beaucoup d'argent, vous avez raison. Mais ce qui me distingue de vous, je pense, c'est que je pense qu'il faut tailler dans toutes les dépenses publiques. Globalement, il y a beaucoup de domaines où il faut trancher. D'ailleurs, je vais laisser parler François Bayrou par courtoisie, mais je peux vous donner des domaines...
ALEXANDRE DEVECCHIO : Merci de votre courtoisie. Si vous n'aviez pas été courtois, je lui aurais rendu la parole.
ÉRIC ZEMMOUR : Mais non, mais parce que j'aurais pu continuer. Vous comprenez pourquoi j'ai dit cela.
FRANÇOIS BAYROU : Bon, un, je connais Éric Zemmour depuis longtemps, donc je lui demande de ne pas prendre mal ce que je vais dire. Mais il s'est spécialisé dans les ouvrages historiques et les ouvrages politiques. Je lui conseille de ne pas entrer dans les ouvrages économiques, parce que les chiffres qu'il conteste...
ÉRIC ZEMMOUR : Pas plus que vous, mon cher. Les chiffres, pas plus que vous, vous êtes un littéraire comme moi, vous n'avez absolument pas de culture économique.
ALEXANDRE DEVECCHIO : C'est vrai que ce livre que j'ai lu est assez littéraire pour un livre qui parle de la dette.
FRANÇOIS BAYROU : Vous allez simplement dire que c'est bien écrit, vous avez le droit de le dire.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Parfaitement. C'est pour cela que je suis heureux de vous recevoir, parce que vous êtes un des derniers hommes politiques qui ne parlent pas comme un techno, même quand vous parlez de la dette.
ÉRIC ZEMMOUR : Vous n'êtes pas plus techno que moi, et moi j'ai fait des études, j'ai étudié l'économie à Sciences Po et en prépa. Donc je suis désolé, je peux très bien parler d'économie, et j'aime beaucoup parler d'économie, ça m'intéresse beaucoup.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Allez, on avance.
FRANÇOIS BAYROU : Il y a un certain nombre de gens qui sont en train de rigoler parce que les chiffres que j'avance, ce sont les chiffres du débat public pour tout le monde. 250 milliards sur les 10 ans pour les collectivités locales, 250 milliards pour l'action de l'État et 500 milliards, dont 90% pour les retraites. C'est cela le camembert, comme on dit. Le chiffre que j'ai donné là. De dépenses publiques. Est-ce qu'ils sont faux ?
ÉRIC ZEMMOUR : Non, ils ne sont pas faux. Votre approche est fausse.
FRANÇOIS BAYROU : Donc, il dit que ce n'est pas les retraites, ce n'est pas vrai.
ÉRIC ZEMMOUR : Mais je n'ai pas dit que ce n'était pas les retraites, je dis que ce n'est pas que les retraites.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Franchement, on ne vous mettra pas d'accord. Et que vous focalisez sur les retraites, alors qu'il y a beaucoup de choses à changer dans la dépense publique. On comprend que vous ne couperiez pas au même endroit.
FRANÇOIS BAYROU : Peut-être que le Figaro pourrait mettre le camembert. Que vous trouverez sur internet.
ALEXANDRE DEVECCHIO : On fera cela après. Pour que tout le monde sache. On promet qu'on le fera.
FRANÇOIS BAYROU : C'est la première chose. La deuxième chose, est-ce qu'il y a des économies à faire partout ? Oui. Je pense que nous avons un immense problème d'organisation. Mais il se complique. Ce n'est pas seulement qu'il y a des économies à faire. Il faut rendre l'action publique plus efficace. Elle est totalement rendue inefficace depuis des années et des décennies. On a des problèmes de méthode et moi je crois que c'est facile. Il y a une troisième chose. La question du déficit, ce n'est pas la question des dépenses, c'est aussi la question des recettes.
ÉRIC ZEMMOUR : On dirait du Macron. Remarquer, ce n'est pas étonnant.
FRANÇOIS BAYROU : Pourquoi ? Parce que vous pensez que ce n'est pas une question de recettes.
ÉRIC ZEMMOUR : Non, c'est une question de dépenses.
FRANÇOIS BAYROU : Je vais essayer de vous dire les choses. J'ai pris une comparaison assez simple avec un pays qui n'est pas très différent de nous, qui n'a pas une civilisation totalement différente de la nôtre, où les gens ne sont pas dans la misère. J'ai pris la comparaison avec les Pays-Bas. Les Pays-Bas, le produit par habitant aux Pays-Bas, si on le compare au produit par habitant français, c'est-à-dire toutes les richesses qu'on produit et qu'on divise par le nombre d'habitants, il est de 30% supérieur au nôtre.
ÉRIC ZEMMOUR : Il y a un problème de production, je pense que là vous ferez…
FRANÇOIS BAYROU : Non, ce n'est pas seulement cela. J'ai essayé d'étudier la situation des Pays-Bas, pour comprendre pourquoi il y avait cette différence de 30% ? C'est très simple, la première, c'est qu'ils aiment que les entreprises s'installent chez eux, y compris les multinationales. Nous, les entreprises puissantes que nous avons, nous leur faisons la guerre.
ÉRIC ZEMMOUR : Absolument.
FRANÇOIS BAYROU : Et Dieu sait que, franchement, on a peu d'entreprises puissantes. Il y en a dans l'énergie totale, il y en a dans le luxe. On leur fait la guerre tous les jours, on explique qu'il va falloir qu'ils payent, or il se trouve que quand vous bloquez le projecteur comme cela, en disant : « c'est vous qui allez payer », eh bien les gens s'en vont. Et aux Pays-Bas, ce n'est pas qu'ils s'en aillent, ils y vont. Et deuxièmement, ils travaillent plus que nous.
ÉRIC ZEMMOUR : Mais, je ne suis pas du tout en désaccord avec cela. Je vous dis simplement qu'on dépense trop. Nos dépenses publiques représentent 57% du PIB. L'Allemagne, c'est à 50%. Cela fait 200 milliards de différence. Ils sont soignés peut-être mieux que nous, l'école fonctionne aussi bien ou aussi mal que la nôtre, etc. 200 milliards, c'est tout ce que je disais.
FRANÇOIS BAYROU : Et moi, ce chapitre ne m'effraie pas.
ALEXANDRE DEVECCHIO : On en reste là pour cette question, parce qu'il reste 5 minutes. Je voudrais qu'on conclue, François Bayrou, ce qu'on comprend dans votre livre, c'est que la question est existentielle, que vous nous dites, si on ne fait pas quelque chose maintenant, on va dans le mur et le pays est foutu. C'est ce que vous avez essayé de faire comprendre aux Français, notamment en posant la question de confiance. Pourquoi est-ce qu'ils ne vous ont pas écouté, à votre avis, et comment on peut créer les conditions du sursaut ? Vous avez deux minutes et demie pour que Eric Zemmour nous réponde à la même question.
FRANÇOIS BAYROU : D'abord, par cette épreuve de vérité, j'ai au moins fait une chose, c'est monter la conscience publique sur ce sujet. Elle a gagné 40 points. Cela n'arrive jamais dans les sondages, jamais. Donc ça, c'est la première chose. Pourquoi ? Parce que les hommes politiques ne dirigent pas l'opinion, ils la suivent. Il regarde les sondages. Quand les sondages disent « mon pauvre, ce sujet-là, vous ne vous rendez pas compte, vous êtes complètement sonné ». Quand j'ai fait campagne sur la dette en 2007, Nicolas Sarkozy, Éric Zemmour était là pour le voir, se gaussait de la campagne que je faisais en disant « ce type-là, il croit qu'il va être élu président de la République en parlant de la dette » parce que j'avais senti très tôt venir le drame que cela constituerait.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Et pourquoi les gens veulent pas ?
FRANÇOIS BAYROU : Parce que personne ne leur dit, personne. Cela fait des décennies que ce sujet est évité, éludé par tout le monde, et en tout cas par tout l'univers du pouvoir. Et donc c'est cela la raison. Est-ce que j'ai eu tort d'aller à l'épreuve de vérité ? Moi je réponds que c'était la seule chose à faire. Je n'aurais jamais signé le renoncement à la réforme des retraites.
Je n'ai pas tout à fait fini, mais presque. Je veux dire, être au pouvoir pour ne rien faire, je pense que c'est un reniement politique. Être au pouvoir pour repousser la poussière sous les tapis, comme on dit, pour moi c'est une négation de l'engagement. Et je pense qu'il y a en effet une manière de jouer l'ignorance qui est une trahison de ce que nous avons de plus important dans la vocation politique ou dans la mission politique. Et c'est pourquoi j'ai voulu cette épreuve de vérité, pour qu'on sache qu'il y avait des gouvernements qui étaient prêts à ne pas faire n'importe quoi pour rester.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Éric Zemmour, vous dites en conclusion du suicide français que c'est un manifeste pour le réveil de l'Occident. Oublions l'Occident, mais comment vous réveillez la France, et pas uniquement sur la question de la dette, parce que dans votre livre on comprend que ce n'est pas quand même le sujet central pour vous ?
ÉRIC ZEMMOUR : Disons que quand j'ai écrit ce livre, il y a 12 ans, j'écrivais pour alerter. La différence avec aujourd'hui, c'est que j'écris pour mobiliser. Il y a 12 ans, on me disait tout ça, tu exagères, c'est n'importe quoi, tu es un décliniste, etc. Maintenant, on me dit, tu as raison, mais c'est trop tard, c'est foutu. Donc avant je me battais contre le déni, maintenant je me bats contre le fatalisme. C'est ça mon combat. Maintenant, faisons une analogie historique. Vous savez que j'aime bien les analogies historiques. La situation ressemble beaucoup à celle de 1958. Je m'explique en trois mots, parce qu'il y a trois crises. Un, nous étions en pleine guerre d'Algérie. Je considère que ce qui se passe aujourd'hui dans nos banlieues, etc. ressemble à une espèce de guérilla d'Algérie. Deux, le général de Gaulle avait diagnostiqué un problème institutionnel majeur, c'est-à-dire que le peuple n'était plus représenté à cause du Parlement. Aujourd'hui, je considère que les juges ont remplacé le Parlement dans le rôle de gardien de la prison démocratique. Et trois, la crise financière, budgétaire et de la dette. Le général de Gaulle a traité cela de façon concomitante. À sa manière, je dirais, française, parce qu'il y avait d'autres cas précédents, Bonaparte, etc., je pense que c'est cela. La France n'est jamais aussi grande et aussi forte que quand elle est le dos au mur. Je pense que là, elle est le dos au mur et que nous devons régler les trois questions majeures que je viens de dénoncer.
ALEXANDRE DEVECCHIO : Ce sera la conclusion. Lisez « Alerte sur la France qui vient ». Il n'y a qu'un seul chapitre sur l'immigration, mais c'est un très bon livre. Lisez et relisez le suicide français et regardez le documentaire qui est consacré à ce livre, le 30 juin sur Canal+. Merci et vous pourrez retrouver sur le Figaro Magazine ce duel. Merci beaucoup et au mois prochain, enfin non, à la rentrée pour un nouveau numéro d'Esprit libre. Merci.”
- 2026-06-25 “Jean-Noël Barrot : « L'extrême droite a pour seule politique de dresser les Français les uns contre les autres » — Invité de C à vous sur France 5 ce 23 juin, Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et vice-président du MoDem, est revenu sur trois sujets majeurs de l'actualité internationale : les dix ans du Brexit, les tensions autour de l'immigration au Parlement européen et la situation en Iran. À chaque fois, il a plaidé pour une Europe souveraine, démocratique et fidèle à ses valeurs.
Royaume-Uni : « Le Brexit n'a tenu aucune de ses promesses »
Dix ans après le vote britannique, Jean-Noël Barrot a dressé un constat sans ambiguïté des conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Selon lui, « le Brexit n'a tenu aucune de ses promesses » et a même conduit à un affaiblissement économique du pays.
Le Brexit a appauvri le Royaume-Uni. Il a été mal négocié par les dirigeants.
Le ministre rappelle qu'avant le Brexit, « la richesse par tête du Royaume-Uni était de 3 000 euros supérieurs par habitant et par an à celle de l'Union européenne ». Désormais, explique-t-il, « la richesse par habitant du Royaume-Uni est inférieure à celle de l'Union européenne ». Une évolution qui démontre, selon lui, que « le Brexit a appauvri le Royaume-Uni ».
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et commerciales, Jean-Noël Barrot souligne plus largement la nécessité de l'action collective européenne.
Nous avons besoin de ces mécanismes de solidarité qu'offre par exemple l'Union européenne pour pouvoir résister à la pression des empires, résister aux guerres commerciales et puis investir pour être plus souverain, pour être plus indépendant.
À l'inverse, « quand on est tout seul, eh bien inévitablement on se fragilise et on s'affaiblit ».
Alors que certains Britanniques évoquent désormais l'idée d'un retour dans l'Union européenne, la France se dit ouverte à cette perspective. « Nous sommes tout à fait prêts à ouvrir la porte au Royaume-Uni pour un retour dans une Union européenne qui vient avec des droits, c'est vrai, mais aussi des devoirs », affirme le ministre.
Au national, notre vice-président affirme qu'avec l'exemple du Brexit, les partisans du Frexit « ont changé de disque » car ils se sont aperçus « que ça ne produisait pas les effets escomptés ».
Tous les partisans du Frexit, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen... qui, il y a 10 ans, n'avaient que le Frexit à la bouche, ont changé de disque. À mon avis parce qu'ils se sont aperçus que ça ne produisait pas les effets escomptés.
Jean-Noël Barrot voit également dans le Brexit une illustration des dangers de la polarisation démocratique. « L'une des premières manifestations des conséquences de cette polarisation, c'est le Brexit », estime-t-il, alertant sur le risque d'un débat public fragmenté par les réseaux sociaux et les plateformes numériques. Pour lui, « il est urgent de reprendre le contrôle d'abord sur notre espace démocratique » afin de préserver la capacité des citoyens à débattre et à décider collectivement.
Parlement européen : « Sur l'immigration, la priorité c'est d'obtenir des concessions de la part du pays d'origine »
Interrogé sur les images de députés d'extrême droite célébrant l'adoption d'un texte sur les retours de migrants en situation irrégulière, Jean-Noël Barrot a dénoncé des scènes « glaçantes », « effrayantes » et « profondément choquantes ». Pour lui, « l'extrême droite en France et en Europe a renoncé à tout espoir, considère que la France et l'Europe ont déjà perdu ». Il ajoute :
Et comme ces élus d'extrêmes droite ont perdu tout espoir, la seule politique qu'ils se donnent et qu'ils proposent, c'est de dresser les Français et les Européens les uns contre les autres et de désigner des boucs émissaires.
Le ministre oppose à cette vision une approche pragmatique de la question migratoire. Il rappelle que les avancées récentes en matière de maîtrise de l'immigration irrégulière trouvent leur origine dans l'action de la France lors de sa présidence du Conseil de l'Union européenne en 2022. « Ce règlement retour, qui était à la peine depuis des années, a été réactivé », souligne-t-il.
Pour Jean-Noël Barrot, les Européens attendent une politique efficace permettant de « juguler l'immigration irrégulière », tout en restant fidèle aux principes européens. C'est pourquoi la France soutient le renforcement des retours vers les pays d'origine mais rejette fermement la création de centres de retour dans des pays tiers.
« Nous sommes opposés à cette mesure pour des questions de principe.
Selon lui, « il n'y a pas besoin de réfléchir longtemps pour s'apercevoir que le principe de créer des camps dans des pays tiers n'est pas tout à fait conforme à la vision que nous avons de nous-mêmes et de l'Europe ». Il juge également cette solution inefficace, rappelant les échecs rencontrés par les dispositifs expérimentés par le Royaume-Uni ou par l'Italie.
Le ministre défend au contraire une stratégie fondée sur la coopération avec les pays d'origine, grâce aux leviers dont dispose l'Union européenne. « Pour le retour des étrangers en situation irrégulière, la priorité c'est d'obtenir des concessions de la part du pays d'origine », explique-t-il, notamment par l'utilisation des outils commerciaux ou des politiques de visas.
Iran : « Cette guerre ne fait que des perdants »
Enfin, Jean-Noël Barrot est revenu sur la situation dramatique en Iran et les conséquences du conflit qui secoue la région.
S'adressant au peuple iranien, il a tenu à rappeler que la France n'oublie pas la répression menée par le régime. « Nous n'oublions rien de la répression sanglante et des massacres dont ils ont été les victimes », déclare-t-il, évoquant les sanctions prises contre les responsables du régime et les auteurs de la censure numérique.
Et nous allons continuer à prendre des sanctions tant nous réprouvons cette attitude inqualifiable du régime vis-à-vis de son peuple.
Le ministre insiste également sur le coût humain du conflit. « Cette guerre ne fait que des perdants et ils en sont les principaux », affirme-t-il à propos des Iraniens. Selon lui :
Les principaux perdants de la guerre de ces derniers mois, ce sont les populations civiles, et singulièrement les populations civiles en Iran, pris entre deux feux, celui de la répression et celui des bombardements.
Pour Jean-Noël Barrot, la stabilité régionale passe nécessairement par une évolution profonde du régime iranien. « Il n'y aura pas de paix et de stabilité dans cette région sans que ce régime ne puisse se résoudre à des concessions radicales, un changement radical de posture », estime-t-il. L'objectif reste de permettre « la coexistence pacifique de l'Iran avec son environnement régional » tout en donnant aux Iraniens la possibilité de « construire librement leur avenir ».”
- 2026-06-25 “François Bayrou : « L'explosion des intérêts de la dette va enlever au pays l'argent dont on aurait besoin ailleurs » — François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, sera l'invité de Pierre de Vilno, Catherine Nay, et Antonin André ce soir sur Europe 1. L'émission portera sur le livre de François Bayrou : Alerte sur la France qui vient.
Europe 1 : En présence de Catherine Nay et d'Antonin André nous accueillons l'ancien Premier ministre François Bayrou. Bonsoir Monsieur le Premier ministre. François Bayrou qui vient de sortir ce livre, « Alerte sur la France qui vient ». Cela me rappelle le livre rouge du commandant Cousteau qui alertait les futures générations sur les événements climatiques que l'on connaît ces derniers jours. Est-ce que c'est une alerte pour nous tous, pour les candidats ? Ils sont déjà une quinzaine à être dans les starting-blocks pour la présidentielle.
François Bayrou : « Quinze, vous êtes modeste ».
Question : Je fais la fourchette basse.
François Bayrou : « C'est effectivement une alerte, j'allais dire, sociétale, pour ce qui risque de se passer ».
Question : Peu importe le candidat à la présidentielle ?
François Bayrou : « Oui. C'est-à-dire que la situation du pays est devenue telle, en dépit des avertissements nombreux, que nous sommes désormais au risque d'un accident. Et dans cet accident, il y a quelque chose d'encore pire, c'est une guerre des générations. Alors, il faut regarder l'accident ».
Question : On parle de la dette depuis longtemps.
François Bayrou : « J'en parle depuis longtemps, si je puis me permettre de me citer moi-même. On parle de la dette depuis longtemps, mais pour les Français, c'est abstrait comme chiffre. Nous sommes passés aujourd'hui 3 520 milliards d'euros de dettes.
Question : Plus 75 milliards sur le premier trimestre.
François Bayrou : « Oui, et cela finira au moins à 80. Alors ce sont des chiffres abstraits. Et on se dit, la plupart des Français, depuis que j'ai lancé ce mouvement de prise de conscience, il y a un an, plus d'un an, la plupart des Français se disent : « Ce n'est pas bon la dette. C'est un risque. On devra payer un jour ». C'est cela qu'ils pensent. Mais ce n'est pas cela la question désormais. Ce que personne n'explique, c'est que ce n'est pas dans quelques temps, ce n'est pas un jour. C'est désormais aujourd'hui. Alors ayez ceci en tête : l'année prochaine, la totalité de l'impôt sur le revenu payé par les Français, vous, tous les Français contribuables directs à l'impôt sur le revenu, dans chaque ville, dans chaque village, vous additionnez l'impôt sur le revenu que tous les Français paient, cela ne suffira pas à payer les intérêts de la dette. Et je crois que jusqu'à maintenant, ce n'était pas expliqué. Et notamment, ce qui n'a pas été expliqué, c'est le mécanisme de la dette depuis 50 ans ».
Question : tous les courants d'opinion y ont participé.
François Bayrou : « C'est pourquoi je trouve que l'alerte s'adresse à tout le monde. Depuis 50 ans, tous les ans nous avons eu un déficit. Le dernier budget en équilibre, c'est 1974. Tous les ans, il y a un déficit. Et le déficit, ce sont des sommes que nous empruntons pour équilibrer les dépenses ».
Question : Mais qu'est-ce qu'on fait ?
François Bayrou : « depuis 50 ans, nous n'avons jamais remboursé un euro de dette. C'est pourquoi tout cela s'est accumulé, s'est sédimenté, jusqu'à arriver à plus de 3500 milliards. Mais surtout jusqu'à se trouver devant une explosion des intérêts de la dette qui va enlever au pays, à tous ceux qui produisent, à tous ceux qui travaillent, l'argent dont on aurait besoin ailleurs, dont on aurait besoin pour l'école, dont on aurait besoin pour protéger les jeunes, pour les hôpitaux ».
Question : Encore cette année, on va payer 77 milliards d'intérêts de la dette.
François Bayrou : « Nous allons payer presque 80.
Question : Vous dites qu'en fait, la dette aujourd'hui, elle s'est creusée parce que nous avons payé les opérations courantes, alors qu'en fait la dette sert à faire des produits structurels pour les générations futures. J'ai lu votre livre, puis après j'ai dit mais alors qu'est-ce qu'on fait ? Ce ne sont pas les 12 travaux d'Hercule en 267 pages, mais c'est un plan de survie en 12 points. Comment voulez-vous sortir du désendettement, vous voulez reconstruire les finances publiques, vous voulez qu'on revienne au seuil de 3% de la dette, le seuil européen, mais on ne voit pas très bien comment. Si vous me permettez, le comment, c'est la deuxième question. L'alerte rouge, l'autre sera verte ?
François Bayrou : La question majeure, c'est est-ce que les Français en ont conscience ? S'ils ont conscience, ils exigeront de leurs responsables qu'ils assument leurs responsabilités, qu'ils assument ce qu'ils ont à faire et à dire. Tant que les Français n'en ont pas conscience, rien ne se passera. Parce que contrairement à ce qu'on croit, ce ne sont pas les gouvernants qui gouvernent. Les gouvernants gouvernent sous la pression des sondages ».
Question : J'ai lu le livre avec intérêt, les analyses sont souvent, je trouve, très détaillées, très historiques, et c'est vraiment intéressant de comprendre comment tout cela est arrivé. Vous allez plus loin parce que vous dites aujourd'hui d'une certaine façon que les Français eux-mêmes sont coupables. C'est-à-dire qu'on a tendance à se défausser sur les politiques et dire que c'est la faute des politiques et vous vous dites, les politiques font ce que les Français veulent. Et les Français, quand on leur dit : « nous allons travailler plus, on va serrer la vie, Ils refusent. Donc c'est intéressant aussi. C'est un peu un réquisitoire contre les Français.
François Bayrou : « Si vous me permettez, Antoine André, le mot coupable n'est pas juste. Tout le monde a participé à cela. Les gouvernements successifs. Le président de la République qui a le plus accumulé de la dette, c'est François Mitterrand. Le deuxième, c'est Nicolas Sarkozy. Alors chacun avait des raisons. Le président de la République, François Mitterrand, parce que c'était 1981, qu'on avait fait des promesses aux Français. Nicolas Sarkozy, c'est cette crise financière internationale qui s'appelle les subprimes. Emmanuel Macron a tout eu. Alors là, lui, il a eu les Gilets jaunes, ensuite il y a eu le Covid, la guerre en Ukraine.
Catherine Nay : Oui, mais précisément, les Gilets jaunes, on a, ce qu'a dit Antonin André, c'est-à-dire qu'on écoute l'opinion et on donne aux Français. On n'aurait très bien pu ne pas donner.
François Bayrou : « Oui, mais vous, enfin vous, au sens générique du terme, vous les médias, et vous, nous, eux, les responsables politiques, et nous, les Français demandaient toujours des aides, des versements, des subventions.
Question : Et avant les gilets jaunes, il y a eu les bonnets rouges.
François Bayrou : « Dans le Covid, Marine Le Pen demande 10 milliards de dépenses supplémentaires immédiates ».
Question : Il y en a un, François Bayrou, qui a annoncé du sang des larmes une réduction drastique des déficits en promettant que ce serait sévère et que ce serait rude, c'est François Fillon, qu'il avait fait en 2017. Et qui, pour les errements que l'on connaît, n'a pas pu aller au bout, mais il avait fait un score assez important, preuve peut-être, enfin je vous demande votre avis, que quand on dit aux Français : « il va falloir souffrir, il va falloir faire des sacrifices, parce que si on veut pérenniser et avoir un avenir meilleur, il va falloir commencer par cela », cela veut dire que ce discours est audible tout de même par les Français ?
François Bayrou : « Vous savez, François Fillon a fait 20%, et j'ai fait près de 20% en 2007 déjà sur ce thème. Et Nicolas Sarkozy se gaussait de ce candidat qu'il avait en face de lui et qui voulait faire voter les Français sur la réduction de la dette. Cela le faisait beaucoup rire ».
Question : Donc on peut gagner en assumant ce discours ? Oui, enfin, jusqu'à maintenant cela n'a pas été prouvé. François Fillon avait eu cette phrase « Je suis à la tête d'un pays en faillite » et cette phrase-là, à mon avis ce n'est pas le pays en faillite qui était condamné, c'est « Je suis à la tête de ». C'était une phrase qui n'avait pas plu au président de la République de l'époque.
François Bayrou : « Mais ce n'est pas cela la question. Résumons en un mot. Si l'opinion publique, les citoyens, et même le citoyen, ne se déterminent pas en disant : « je vais les obliger, peut-être cela ne sera pas facile, mais on ne peut pas continuer comme ça », sans cette résolution des citoyens, rien ne se passera. Parce que les hommes politiques, ils passent leur temps à fuir cela.
Question : Allez, une pause, François Bayrou, et on revient dans un instant pour les suites de votre livre, et puis votre point de vue aussi sur l'actualité avec encore cette violence inouïe, désinhibée chez les jeunes. A tout de suite sur Europe 1.
Toujours avec Antoine André du JDD avec Catherine Nay et notre invité François Bayrou pour son livre : « Alerte sur la France qui vient ». Nous allons y revenir à votre livre, notamment sur le choc des générations. Je voudrais quand même avoir votre avis aujourd'hui. Qu'est-ce que cela dit cette histoire de Louis, 17 ans, pris en guet-apens par des jeunes qui ont son âge et qui a été laissé pour mort ?
François Bayrou : « Cela dit que nous sommes une société livrée à la plus insupportable des violences parce que tous les cadres de la société ont cédé. L'éducation dans la famille, le regard sur les jeunes. Vous savez, l'épouse du président des États-Unis avait fait un livre qui s'appelait « Il faut tout un village pour élever un enfant ». Qu'est-ce qu'elle voulait dire ? C'est un proverbe africain. Qu'est-ce qu'elle voulait dire ? Elle voulait dire que dans un village, le regard des adultes, même si ce n'est pas les parents directs, ne quittent pas l'enfant quand il marche dans les rues. Et aujourd'hui, il n'y a plus de regard. C'est-à-dire que les voisins, la famille, les gens qui appartiennent au même quartier considèrent qu'ils n'ont pas de responsabilité sur les enfants qui sont dans la rue. Et les enfants considèrent que personne ne doit leur parler. Est-ce que c'est facile à résoudre ? Non, il faut tout reconstruire. Et il faut reconstruire à partir d'un certain nombre de choses simples ».
Question : de l'autorité ?
François Bayrou : « Nous avons mis 250 caméras à Pau. L'équipe qui me succède a décidé qu'il ne fallait surtout pas en mettre d'autres ».
Question : Il ne les a pas enlevées quand même ?
François Bayrou : « Pour l'instant, non. Mais je n vais pas vous parler de Pau.
Question : c'est quoi l'autorité ? Laissez parler votre cœur.
François Bayrou : « C'était très simple. Nous avions décidé d'un arrêté anti-regroupement sur les places principales où les jeunes sont et l'opposition avait manifesté contre. Et ils ont décidé d'abroger cet arrêté. Deux jours après, il y a une jeune fille qui s'est fait tabasser, pas à mort, mais très gravement, d'ailleurs par d'autres jeunes filles. Si on dit « moi, j'enlève la surveillance », qu'est-ce qu'entendent ceux qui sont dans la rue ? Ils entendent que désormais on peut y aller comme cela. Alors j'essaie de ne pas dire des choses simplistes, mais cela ne se divise pas. La reprise de contrôle, on parle de reprise de contrôle pour le pays, mais il y a une reprise de contrôle sur les jeunes, des jeunes sur les jeunes, des parents sur les jeunes et de la société dans son ensemble sur les jeunes. Est-ce que c'est facile ? Non, parce qu'il y a tout à reconstruire. Reconstruire une société, cela demande beaucoup d'années ».
Question : Mais on ne peut pas continuer comme cela. Dans les grandes villes, quand on parle du village, c'était un moment où les gens étaient dans la rue, se croisaient. Il n'y avait pas de télévision et tout cela. Aujourd'hui, dans les grandes villes, aucune famille ne fait attention, même aux voisins, aux enfants qui sont à côté. Chacun rentre chez soi le soir. Il n'y a pas d'éducation générale. S'il y a déjà une éducation dans la famille, où les parents disent le bien, le mal, mais ça, cela se comprend que si on apporte aussi de l'amour, et pour que cette compréhension se fasse. Mais un enfant dont les parents sont indifférents, travaillent trop, ne sont pas là, n'apportent pas de l'attention, ne jouent pas avec ses enfants, ne les amènent pas à faire des tas de choses. Je veux dire, là, il y a un déficit qui entraîne des réactions de violence. Vous avez tout à fait raison.
François Bayrou : « Et c'est pourquoi tout cela est infiniment exigeant ».
Question : Mais, très souvent, ceux qui sont chargés du cadre de la ville et du quartier, ne font pas assez non plus l'effort d'exiger, ou en tout cas d'échanger avec les parents, y compris les enfants des autres.
François Bayrou : « Tout le monde considère, au mieux, qu'il est responsable de ses propres enfants. Non, nous sommes responsables tous ensemble de nos enfants, pas seulement des nôtres par la filiation ou par l'éducation, mais des nôtres, parce que nous sommes un ensemble. Dans les quartiers, l'immeuble, la rue, c'est un peu comme un village autrefois. Mais c'est devenu -les entrées d'immeubles, tout cela-, c'est devenu un village dans lequel les enfants ne sont plus les enfants de tout le monde ».
Question : Ce que vous décrivez, c'est une société qui est devenue hyper individualiste, et où on est chacun centré sur sa personne, et finalement on se préoccupe peu de ce qu'on peut faire tous ensemble. Nous sommes tous centrés sur nous-mêmes, mais au-delà de ce sujet de société qu'il faut résoudre, est-ce que vous considérez aujourd'hui, parce que cela a alimenté énormément de débats, et cela a été aussi censuré par le Conseil constitutionnel, qu'il y a tout de même un sujet aussi judiciaire et aussi d'autorité, qui consiste à dire qu'on ne peut pas tout à fait traiter les jeunes enfants de 16 à 18 ans comme ceux qui étaient là en 1945. C'est-à-dire qu'il y a aussi une évolution et une gradation des sanctions et de la désinhibition de la violence qui mériterait des réponses qui soient parfois plus fermes et plus radicales. Qu'est-ce qu'on fait sur l'excuse de minorité ?
François Bayrou : « Il faut éviter le café du commerce parce que cela y ressemble un peu. Mais plusieurs choses. Premièrement, le lien des adultes aux adolescents, et même aux très jeunes adolescents. Nous avons pris l'habitude, dans certains courants d'opinion de considérer que cela devait être affaire d'éducateurs de rue. Je crois que cela doit être affaire du voisin, de la famille, de l'oncle. On ne peut pas fonctionnariser le lien qui doit exister entre des enfants, adolescents, à la limite enfants-adolescents, et les adultes ».
Question : Parce que l'éducateur, c'est tout de suite comme un flic, c'est cela ? C'est-à-dire que c'est l'autorité, c'est coercitif ?
François Bayrou : D'abord, il nous faut des moyens. Ce n'est pas « fonctionnarisable ».
Question : Vous souhaitez une pacification, c'est ce qu'on comprend à la lecture de votre livre. Je veux bien une pacification mais comment est-ce qu'on y arrive ?
François Bayrou : « Je souhaite la défense des principes ».
Question : On touche au sujet de l'immigration, n'est-ce pas ?
François Bayrou : « Qu'est-ce que je crois, moi, comme voie pour l'intégration ? Je pense que la première voie, c'est le travail. Et nous sommes complètement dingos si vous voulez. Alors je vais me faire des ennemis ».
Question : Allez-y François Bayrou.
François Bayrou : « J'accepte. Nous avons des centaines de milliers de jeunes en situation irrégulière ou pas loin, pour lesquels on dépense des milliards au sens propre du terme. Un milliard deux, un milliard quatre, quelque chose comme cela. Pour louer des hôtels dans lesquels on les enferme. Les mairies sont chargées de les faire jouer au football. Et on leur interdit de travailler. Mais nous sommes un monde de malades. Les entreprises ne trouvent pas de gens pour travailler. Et nous avons des centaines de milliers, plus de 100 000 en tout cas, jeunes qui sont dans ce cas de mise de côté, à la charge de la société, et qui dit « je ne veux pas les conserver ». Vous voyez bien à quel point on arrive à des choses dingues dans ce pays. Deuxièmement, la langue, le travail ».
Question : Alors ces jeunes-là, ils sont sans papier, est-ce que ça veut dire qu'il faut les régulariser ?
François Bayrou : « En tout cas, la seule voie possible, c'est le travail. Et pour l'instant, on interdit le travail ».
Question : Et leur apprendre la langue.
François Bayrou : « Et la langue, et troisièmement, les principes. C'est ça. En martelant ce que tout le monde ne veut pas dire, que nous sommes une société dans laquelle la religion ne fait pas la loi. C'est d'ailleurs la condition pour vivre ensemble, autrement, c'est la guerre civile. Et donc ces trois choses-là, plus une quatrième, et là encore je vais me faire des ennemis, quand on donne un permis de travailler, il faut qu'il soit réversible. François Hollande avait dit des choses comme ça sur la nationalité, et moi je ne m'étais pas du tout ému, je pense que... »
Question : Vous voulez parler de la déchéance de nationalité pour les terroristes ?
François Bayrou : « Oui, pour tous ceux qui ne respectent pas ».
Question : Il n'allait pas si loin, c'était ceux qui commettaient des crimes. C'était surtout pour les terroristes.
François Bayrou : « Aux Etats-Unis, vous avez la carte de travail, « la green card », la carte verte. On peut vous l'enlever. Et donc vous voyez que cela n'est pas un jeu tout ou rien, la passerelle vers le travail. Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est. J'ai des amis qui viennent de mourir il n'y a pas longtemps, qui avaient une exploitation agricole. On est à 15 kilomètres de Pau. Ils avaient trouvé des gens qui acceptaient de travailler. On leur a refusé. Je ne dis pas que c'est cela qui a provoqué leur mort, mais en tout cas, cela a rendu leur dernier mois horriblement désespéré. On est une société qui n'est pas cohérente avec le travail. On dit on glorifie le travail, mais en réalité, ce n'est pas vrai. Puisqu'on ne croit pas au travail comme mode d'intégration. On ne glorifie pas du tout le travail en France. Et on ne le paye pas suffisamment ».
Question : Toujours avec Antonin André du JDD, avec Catherine Ney, François Bayrou, « Alerte sur la France qui vient » aux éditions de l'Observatoire. Emmanuel Macron défend le gros travail d'adaptation qui a été fait pendant cette canicule. Il évoque une période totalement inédite et il vient de s'exprimer sur ce sujet.
François Bayrou : « Qu'il s'agisse des hôpitaux, des EHPAD ou de l'aide exceptionnelle qui a été apportée durant toutes ces dernières années aux collectivités locales avec le fonds vert, mais avant cela, bien d'autres, et cela fait maintenant plusieurs années que nous avons accompagné une transition de nos habitats, de nos bâtiments publics, de nos infrastructures publiques, qui correspond à l'adaptation. Donc il y a un gros travail qui a été fait. Néanmoins, nous n'avons pas fini ce travail. Il faut avoir cette humilité. Et pour ma part, je regrette plutôt les choix qui ont été faits, mais je crois aussi dans la démocratie. Il se trouve que quand j'avais une majorité absolue, ces fonds ont été votés. Il y a eu ensuite des choix qui ont été faits et qui sont le fruit de compromis de certaines formations politiques. Allez les voir pour leur demander pourquoi ils ont coupé ces fonds ».
Question : Alors, deux choses François Bayrou. Est-ce que la France gère bien ce phénomène de canicule qui nous tombe dessus ? Et deuxièmement, qu'est-ce que vous pensez de cette réaction d'Emmanuel Macron ? Est-ce qu'elle n'est pas en phase avec le Macron que vous nous décrivez, page 86-87 et suivante de votre livre.
François Bayrou : « Oui, je pense que ce qu'a dit le Président de la République, d'abord c'est vrai. Votre question suppose que c'est une mise en cause ».
Question : Faites ce que vous voulez. Mettez-moi en cause si vous voulez.
François Bayrou : « Non, non, non, pas du tout. La question, c'est comme si toute déclaration était une opinion. Or, il y a des faits, il y a du réel. Et la disparition du réel dans le débat est un drame. Est-ce qu'on a fait des choses ? Oui. Est-ce qu'on en a fait assez avec la canicule, avec le changement climatique ? Non. Pourquoi ? Parce que c'est une transition ? On passe d'un état A, qui existe depuis longtemps, à un état B. Il y a des exceptions. Il y a une page de Georges Sand qui est sur les réseaux sociaux ces jours-ci, qui montrent qu'en 1870, et tout le monde sait, la guerre de 70 a été contemporaine de phénomènes comme Cela. L'été était tellement chaud et tellement sec qu'il n'y a plus eu de moisson. Et cela a joué un très grand rôle dans la suite. Mais vous voyez bien qu'il y a en effet un mouvement avec des phénomènes. Est-ce qu'on est allé assez loin ? Je ne crois pas. Est-ce qu'il y a quelque chose de plus absurde que la condamnation de la climatisation ? On est dingue. Est-ce qu'on peut trouver une climatisation qui soit plus systématique, qui coûte beaucoup moins cher ? Je suis sûr que oui. J'ai fait, quand j'étais commissaire au plan et après à Matignon, un travail sur la géothermie qui est un incroyable réservoir de calories quand on en a besoin l'hiver. Et de frigories quand on en a besoin l'été. Et c'est gratuit comme chaleur. Alors il faut faire l'équipement. Il suffirait donc de trouver dans beaucoup de maisons, dans beaucoup de pavillons, dans beaucoup d'immeubles et dans beaucoup d'immeubles publics, il suffit de trouver des conditions de financement avec un système bancaire qui permette d'étaler sur 30 ans ce qu'avec une chaudière au gaz on paie sur 10 ans. Et cela ne serait pas une charge plus importante. Et cela, c'est polluant de rien ».
Question : Sur la deuxième partie de ma question, vous avez dit qu'on ne peut pas croire qu'à chaque fois que le président se fait, c'est une opinion. Ce n'est pas ça que je voulais dire. Ce n'est pas le sens. Mais on a l'impression que ce n'est pas que c'est toujours la même réponse, mais qu'il a toujours réponse à tout. Vous dites d'ailleurs qu'il agace, qu'il révulse, que les réactions sont violentes de rejet à son égard, vous dites il est trop, plus exactement il paraît être trop, trop chanceux, trop jeune, trop séduisant, trop séducteur, trop couronné par la fortune, trop précoce, intelligent, personne ne le nie, maîtrisant les dossiers et donc exaspère.
François Bayrou : « Alors oui, mais vous voyez, il faut quand même avoir l'honnêteté entre nous de dire tout. Ces lignes qui sont exactes, et je vais vous dire pourquoi, elles viennent après des pages qui sont des pages qui, au contraire, mettant en valeur le caractère exceptionnel notamment en politique internationale, que ce président joue dans notre pays. Et même les reproches qui m'ont été faits, y compris par Antonin André il y a quelques minutes, en dehors des micros, c'est que mon portrait était un portrait valorisant. Mais parce qu'il y a les deux. Et les lignes que vous venez de dire, elles répondent pour moi à quelque chose. Dans ce texte, je traite le sujet. Il y a des gens qui sont absolument rebelles au président de la République. Et même quand il les épate, c'est à leur corps défendant. Peut-être vous le dites aussi. C'est par effraction qu'ils les conquièrent ».
Question : Par jalousie ? Leur réaction, c'est une réaction d'envie et de jalousie ?
François Bayrou : « Pas par jalousie. D'abord, on est quelques-uns dans le studio à pouvoir dire que tous les présidents de la République successifs ont été d'une impopularité impressionnante ».
Question : Pas tous au même niveau d'impopularité ?
François Bayrou : « Si, tous au même niveau. François Hollande est arrivé à 13% d'opinion favorable à la fin de son mandat. Et lui est à 25%.
Question : Pour l'instant, mais il est redescendu à pas loin de 13%, il y a quelques mois. Et là, il est remonté.
François Bayrou : « Il est remonté. François Hollande, Nicolas Sarkozy n'ont pas été extrêmement populaires. Jacques Chirac, il y a eu des moments, à la fin, cela allait bien, Mais au début, c'était un rejet incroyable. Et François Mitterrand. Et Giscard. Giscard était détesté de la même manière, alors qu'il avait un peu les mêmes composantes des gens qu'on considérait trop jeunes, trop brillants. Et ce que je dis, moi, c'est que pour le voir vivre, par exemple, on l'accuse souvent d'être condescendant. Je ne l'ai jamais vu condescendant avec personne ».
Question : Il suffit de traverser la rue.
François Bayrou : « Pardonnez-moi, il a raison.
Question : Est-ce qu'on dit les choses de cette façon ?
François Bayrou : « C'est la phrase que les gens me disent le plus souvent. Il avait raison quand il a dit de traverser la rue. Le nombre d'entreprises qui n'y arrivent pas. Alors ce n'est pas toujours des métiers valorisants ».
Question : Il y a le fond et la forme, François Bayrou, vous le savez très bien. Le dire devant des caméras... Catherine Nay. Non, mais moi je ne trouvais pas cela choquant de le dire. Non, mais quand il a dit dans les gares il y a des gens qui ne sont rien, d'autres qui réussissent, cela, c'est insupportable.
François Bayrou : « C'est insupportable. Une phrase qui n'aurait pas dû être dite. Être admiratif des qualités de quelqu'un, cela ne veut pas dire qu'on ne voit aucun défaut ».
Question : Surtout que ce'est pas votre genre d'admirer, franchement, depuis qu'on vous connaît.
François Bayrou : « Si j'avais, comme vous, une certaine admiration pour Mitterrand, bien qu'étant en désaccord fondamental avec la politique qu'au début, en tout cas, il a suivie et j'avais de l'admiration pour Giscard ».
Question : vous souhaitez qu'Emmanuel Macron revienne dans les affaires publiques ?
François Bayrou : « On ne va pas poser la question comme cela. On va la poser autrement. Je pense que quand il partira, au bout d'un certain temps, il sera regretté. Et il aura à peine plus de 50 ans, est-ce qu'il y a une probabilité qu'il revienne ? Moi je crois que oui, mais je ne crois pas du tout ce que les gens racontent, qu'il va prendre de grandes responsabilités internationales. Je pense qu'il découvrira une nouvelle vie ».
Question : Votre livre, je reprends ma toute première question, il s'adresse à un des 15-20 candidats qui sont en course ? Ou est-ce qu'il y a un candidat François Bayrou pour 2027 ?
François Bayrou : « Moi j'en compte 38.
Question : D'accord. Vous êtes dedans ou pas ?
François Bayrou : « Non, j'ai dit que non. Pourquoi j'ai dit que non ? Parce que la liberté de langage que j'ai, elle n'existerait pas, et que j'ai dans le livre, elle n'existerait pas si j'étais candidat, parce que je ferais attention à regarder la petite phrase qui peut gêner, faire perdre des points dans les sondages, et tout cela, cela n'est plus la vie que je veux avoir ».
Question : Et le plan de survie en 12 points, il s'adresse à qui ? Qui peut le faire, ça ?
François Bayrou : « C'est une bonne question. Je pense que, je vais vous dire ce qui pour moi est essentiel. D'abord, est-ce que les candidats sont tous déclarés ? Je ne crois pas. Je pense que le paysage n'est pas en place et qu'il va y avoir d'autres surprises, d'autres apparitions intéressantes. Non, je ne vais pas vous donner des noms, mais je pourrais en aligner dix comme cela ».
Question : Qui peut porter les douze points ? Edouard Philippe ?
François Bayrou : « Ce qui pour moi est essentiel. Regarder la réalité et prendre les attitudes courageuses nécessaires. Deuxièmement.
Question : Vous n'allez pas me faire les 12 points ? Tout le monde va les lire en achetant votre livre.
François Bayrou : « Non, Deuxième condition : garantir aux citoyens que nous sommes, en tout cas que je suis, qu'on ne fera jamais, jamais avec l'extrême droite et jamais avec l'extrême gauche ».
Question : Bon, cela en élimine quelques-uns, qu'est-ce qui reste ?
François Bayrou : « Cela est tout à fait essentiel. Et troisièmement, si on était raisonnable, dans le grand fleuve central qui va pour moi du parti socialiste qui refuse, jusqu'à LR qui ne regarderait pas de l'autre côté ».
Question : Il faudrait qu'il n'y ait qu'un seul candidat.
François Bayrou : « Je regarde ces trois choses-là.
Question : Et vous envoyez un qui incarne ça ?
François Bayrou : « C'est possible ».
Question : Mais pour l'instant ils ne sont pas apparus ?
François Bayrou : « Ils ne sont pas encore apparus ».
Question : Donc c'est un appel à témoins. Et qu'est-ce que ça veut dire ?
François Bayrou : « Je veux dire une phrase. Dans ce grand fleuve central, ceux qui sont entre deux rives, ceux qui m'intéressent, c'est ceux qui considéreront qu'ils n'ont pas d'ennemis parmi les concurrents qui existent aujourd'hui ».
Merci François Bayrou. Alerte sur la France qui vient, c'est aux éditions de l'Observatoire.”
- 2026-06-24 “Sortie du nouveau numéro France Forum : « Faut-il craindre les extrêmes ? » — Le numéro d'été de la revue France Forum se penche sur une question d'une actualité brûlante : Faut-il craindre les extrêmes ? Pour éviter la crainte paralysante, il est indispensable de les connaître, de saisir leur idéologie comme leur stratégie.
Il faut également distinguer les extrêmes, aux bouts de l'échiquier politique, de l'extrémisme. Composé par Agnès Louis et Adrien Louis, le dossier explore la genèse et les évolutions de courants extrêmes, comme le Rassemblement national, Reconquête ou La France insoumise, sans oublier que la tentation de l'extrémisme peut guetter n'importe quel courant, y compris au centre. Qu'est-ce que l'extrémisme ? Les extrêmes sont-ils extrémistes ? Comment résister à l'extrémisme sans entraver le débat public ? Ces interrogations ont guidé la réalisation du dossier.
Un article du philosophe politique Jean-Yves Pranchère précise la notion d'extrémisme. Puis, dans la partie Observer, les contributeurs analysent avec précision certaines formations politiques. La partie Comparer permet de décentrer notre regard, en étudiant les extrêmes en Espagne, en Allemagne, en Roumanie. Deux articles s'intéressent au risque des radicalités religieuses, chez les catholiques par Isabelle de Gaulmyn, chez les musulmans par Blandine Chelini-Pont. Dans la partie Proposer, les vertus de la modération apparaissent essentielles. Il est rappelé également que l'existence de polarités ne conduit pas automatiquement à la polarisation, si les débats et délibérations sont menées avec équilibre. Un paradoxe est soulevé : Il serait possible d'être radicalement modéré. Enfin, la rencontre véritable est incontournable pour vaincre les préjugés.
Dans les Variations, le numéro propose un article sur le personnalisme, un témoignage sur la situation du Liban, un portrait de Maurice Bourgès-Maunoury, ainsi que les conseils de cinéma et lectures.
Le mercredi 8 juillet 2026, à 19h30, venez nombreux au siège du Mouvement Démocrate (133 bis rue de l'Université, 75007, amphithéâtre Jean Lecanuet), pour débattre avec l'équipe de la revue et plusieurs auteurs de notre numéro sur la lutte contre les extrêmes.”
- 2026-06-24 “Mickaël Cosson : « Avec cet épisode de chaleur extrême, le constat dans nos territoires est sans appel » — Lors des questions au gouvernement de ce mercredi 24 juin, notre député des Côtes d'Armor, Mickaël Cosson, a interrogé la ministre en charge de la Transition écologique sur la canicule et l'adaptation au réchauffement climatique.
Merci Madame la Présidente.
Madame la Ministre, mes premières pensées vont d'abord vers nos concitoyens, ceux qui travaillent et les personnes les plus vulnérables qui subissent de plein fouet l'intensité de la canicule. Cet épisode extrême nous rappelle s'il le fallait combien l'adaptation au changement climatique doit être au centre de nos priorités.
Le constat dans nos territoires est sans appel. Nos écoles, nos hôpitaux, nos EHPAD, nos logements et nos espaces publics sont souvent inadaptés à la répétition des vagues de chaleur. Peut-être que notre territoire tempéré nous a moins habitués que d'autres régions du monde à ces questions. Notre résilience face aux grands épisodes de chaleur et la multiplication des événements naturels extrêmes - tempête, sécheresse, inondation, incendie - doit ainsi être renforcée. C'était le sens du plan à 4 degrés lancé pendant le gouvernement en 2023.
Il est temps de cesser de chercher des boucs émissaires. S'adapter ne signifie pas renoncer à réduire nos émissions, c'est complémentaire. Sortons des fausses solutions miracles afin de planifier et d'anticiper. Nous devons bâtir collectivement un grand plan A pour l'adaptation, associant les experts, l'État et l'ensemble des pouvoirs de décision que sont les communes, les départements et les régions, elles aussi parties prenantes.
Au-delà des postures et à l'image de ce qui a été fait pour l'accessibilité avec l'ADAPT, nous devons notamment mettre à profit le prochain mandat municipal afin de rendre nos bâtiments publics et nos espaces urbains résilients quelle que soit la température extérieure pour ne plus avoir à renoncer à leur ouverture. Notre réponse doit être globale et inclusive pour protéger les quartiers populaires qui sont les premiers exposés.
Madame la ministre, quel est l'état d'avancée du plan national d'adaptation ? Est-il encore à jour ? Quelle coordination pouvons-nous construire avec les collectivités locales pour une vraie culture de la résilience pour les prochaines années, pour les sept années de l'exercice municipal ?”
- 2026-06-23 “Marina Ferrari : « Face à cette vague de chaleur, il est essentiel d'adapter sa pratique sportive » — Invitée de France Inter ce mardi 23 juin, Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, est revenue sur les conséquences de l'épisode de canicule qui touche une grande partie du pays. Prévention des noyades, accès à l'apprentissage de la natation et adaptation des activités sportives : la ministre a détaillé les mesures mises en œuvre par l'État et les collectivités.
Alors que les fortes chaleurs poussent de nombreux Français à rechercher un peu de fraîcheur, Marina Ferrari a tenu à rappeler les règles élémentaires de sécurité. S'appuyant sur les données de l'observatoire chargé du suivi des noyades, elle a indiqué qu'« une vingtaine de décès » étaient déjà recensés depuis le début du week-end.
Face à ce constat préoccupant, la ministre a insisté sur la nécessité de faire preuve de prudence :
Ce n'est pas anodin, par des épisodes de canicule comme ça, d'aller se baigner dans des zones notamment qui ne sont pas surveillées.
Comprenant le besoin légitime de se rafraîchir, elle a néanmoins rappelé qu'il fallait « vraiment respecter les zones de baignade qui sont surveillées ».
Marina Ferrari a également alerté sur certains comportements à risque observés lors des périodes de forte chaleur, notamment chez les jeunes qui se baignent dans des canaux ou dans des zones non adaptées. Sur la côte atlantique, elle a rappelé que « les baïnes » demeurent particulièrement dangereuses et que l'entrée dans l'eau doit toujours être progressive afin d'éviter un choc thermique.
La ministre a aussi souligné que « alcool et baignade, ça fait très mauvais ménage », tout en saluant le comportement responsable observé lors de la récente Fête de la musique.
Pour prévenir les accidents, Marina Ferrari a tenu à mettre en avant le rôle essentiel des collectivités locales, compétentes pour installer les dispositifs de surveillance des baignades. Elle a rappelé que de nombreux moyens avaient déjà été déployés sur le littoral atlantique et a tenu à remercier les collectivités :
Je tiens à remercier les collectivités parce que c'est aussi pour elles un engagement financier qui est important.
En complément, l'État renforce ses propres capacités d'intervention. La ministre a notamment cité les mesures prises en Gironde, où un arrêté préfectoral a permis de mobiliser davantage les services d'incendie et de secours ainsi que les hélicoptères de la sécurité civile afin d'assurer des interventions plus rapides.
Bien évidemment, l'État aussi renforce ses moyens d'action complémentaires pour pouvoir autre rendez-vous.
À plus long terme, le gouvernement travaille également à renforcer les effectifs de surveillance. Marina Ferrari a ainsi expliqué que le brevet national de sauveteur-secouriste est en cours de refonte afin de « permettre d'accentuer la possibilité de surveillance » et de former davantage de jeunes à ces missions. L'objectif est aussi de répondre aux difficultés d'attractivité rencontrées par ces métiers souvent saisonniers. Dans cette logique, le ministère développe notamment une plateforme dédiée à l'engagement des jeunes afin de mieux valoriser ces professions.
Interrogée sur les difficultés d'accès aux équipements aquatiques, la ministre a reconnu l'existence d'« un problème d'entretien de nos piscines, notamment en milieu rural ». Elle s'est dite préoccupée par la fermeture de certains établissements qui jouent un rôle essentiel dans l'apprentissage de la natation.
Marina Ferrari a rappelé que l'État accompagne depuis plusieurs années les collectivités dans le financement des équipements sportifs. Dans le prolongement des investissements engagés à l'occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, elle a demandé que « les piscines soient fléchées en priorité » dans les programmes d'investissement de l'Agence nationale du sport.
La ministre a également mis en avant le développement des bassins mobiles, moins coûteux et plus faciles à déployer dans les territoires ruraux, afin de rapprocher l'apprentissage de la natation des habitants.
Grâce aux dispositifs conduits avec l'Éducation nationale et les collectivités, les résultats demeurent encourageants. Marina Ferrari a ainsi rappelé :
À la sortie de 6e, 83 % des collégiens aujourd'hui savent nager.
Une progression rendue possible par les programmes d'aisance aquatique pour les plus jeunes et par le dispositif « savoir nager », que l'État continue de financer.
Enfin, la ministre a appelé les pratiquants à adapter leurs habitudes sportives durant les épisodes de canicule, en recommandant de privilégier les activités tôt le matin ou tard le soir.
Ce n'est pas pas de sport sous la canicule, mais en tout cas c'est d'adapter ses horaires.
Elle a également insisté sur la nécessité de modérer l'intensité des efforts, de s'hydrater régulièrement et de rester attentif aux signaux d'alerte comme les migraines ou les malaises. « Quand on n'est pas aguerri, on évite de pratiquer le sport », a-t-elle rappelé.
Concernant les compétitions, Marina Ferrari a indiqué que les décisions étaient prises au cas par cas selon les conditions météorologiques et la nature des épreuves. Plusieurs compétitions d'athlétisme ont ainsi été annulées par précaution au cours du week-end, tandis que 29 mesures d'interdiction administrative ont été prononcées par les préfectures.
Pour les grands événements maintenus, comme la finale du Top 14, des dispositifs spécifiques sont prévus : multiplication des points d'eau, espaces ombragés pour le public et protocoles renforcés d'hydratation pour les sportifs et les équipes encadrantes.”
- 2026-06-23 “Bruno Fuchs : « Au G7 d'Évian, la France a réaffirmé son engagement pour une paix durable et un multilatérisme renforcé » — Lors des questions au gouvernement de ce mardi 23 juin, notre député du Haut-Rhin et président de la commission des affaires étrangères, Bruno Fuchs, a interrogé le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, sur le G7 qui vient de se clôturer à Évian-les-Bains.
Question de Bruno Fuchs
Madame la Présidente, Monsieur le Ministre, chers collègues, le G7 d'Évian s'est achevé. Il a été un moment fort du dialogue entre grandes puissances démocratiques et la France y a réaffirmé avec force son engagement pour une paix durable et un multilatérisme renforcé.
Plus de 100 ans après le traité de Versailles de 1919 qui portait l'ambition de construire un ordre international fondé sur le dialogue, le président Trump a ratifié un accord de cessez-le-feu, bilatéral cette fois-ci, entre l'Iran et les Etats-Unis.
Monsieur le ministre, estimez-vous que cet accord soit de nature à créer les conditions d'une paix durable, alors qu'il ne règle aucune des questions essentielles, comme le nucléaire iranien, la gestion du détroit d'Ormuz, ou encore les causes profondes des tensions régionales, notamment la question du Liban et celle centrale du désarmement du Hezbollah, sous le Liban, qui est au bord de l'effondrement ? Comment la France va-t-elle jouer son rôle historique de médiatrice ?
En tout état de cause, cet accord risque d'entériner une situation internationale plus dégradée, plus défavorable pour l'international qu'avant le début de la guerre.
Monsieur le ministre, pensez-vous nous dire comment la France et l'Europe entendent peser dans les négociations afin d'obtenir un accord de paix équilibré et durable ?
Le président de la République l'a rappelé, le multilatéralisme n'est pas un choix, c'est une nécessité. Pensez-vous que le président de la République a pu faire comprendre au président Trump l'impasse dans laquelle nous mènent les politiques nationalistes, fondées sur une vision unilatérale et des rapports de force entre États ? Comment la France, forte de son expérience diplomatique contre convaincre les États-Unis de s'engager à nouveau dans un cadre commun ?
Enfin, dans un contexte incertain, qu'elle levier la France et l'Union européenne vont-elles actionner pour préserver nos intérêts stratégiques comme l'énergie, l'économie, le pouvoir d'achat ou encore la souveraineté industrielle ?
Je vous remercie.
Réponse de Jean-Noël Barrot
Merci Madame la Présidente, mesdames et Messieurs les députés.
Monsieur le Président Bruno Fuchs, vous avez rappelé que la France accueillait le sommet du G7 il y a quelques jours, qui a été un très bon millésime puisque pour la première fois depuis le retour du Président Trump à la Maison-Blanche, un accord a été trouvé sur des déclarations communes en soutien à l'Ukraine et sur la situation aux Proches et au Moyen-Orient.
Au-delà de cette question des crises, les pays du G7 et les partenaires que nous avions invités se sont accordés sur la manière de répondre ensemble et de manière coordonnée à un certain nombre d'enjeux qui nous touchent tous. La question des minerais critiques, la question des cancers pédiatriques, celle d'Ebola avec un milliard d'euros mobilisés en soutien à ceux qui font face à la crise dans la région des Grands Lacs, la question de l'intelligence artificielle et de la protection des mineurs, mais aussi la lutte contre le narcotrafic et le trafic de migrants.
Et c'est à l'issue de ce G7 qu'à Versailles, vous l'avez dit, le président des Etats-Unis a signé, non pas un traité, mais un mémorandum d'entente mettant fin aux hostilités et ouvrant une phase de 60 jours permettant des négociations conduisant à l'ouverture, à la réouverture du détroit d'Ormuz, mais aussi à l'encadrement du programme nucléaire iranien.
Dans ce contexte, la France sera particulièrement attentive à trois éléments. Le premier, c'est le sort du Liban, pays frère, entraîné dans cette guerre contre son gré par le Hezbollah et aujourd'hui occupé en partie par les forces armées israéliennes. Il est indispensable que le calme revienne, que les hostilités cessent, que le désarmement du Hezbollah puisse commencer et que l'armée israélienne puisse se retirer et restituer à l'État libanais le contrôle plein entier de son intégrité territoriale. Le deuxième sujet, c'est le programme nucléaire qui doit être strictement encadré car il touche à nos intérêts de sécurité. Le troisième sujet, c'est évidemment la restauration pleine et entière sans entrave et sans blocage du détroit d'Ormuz. C'est en ce sens que j'ai échangé avec mon homologue Qatari lundi à Lucerne à l'issue des négociations pour lui faire entendre que la France, qui devra le moment venu, lever des sanctions, sera attentive à ces trois sujets.”
- 2026-06-23 “Marc Bloch et Simonne Vidal entrent au Panthéon — Ce mardi 23 juin, Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal entreront au Panthéon, presque 82 ans jour pour jour après l'exécution de celui-ci par la Gestapo, le 16 juin 1944.
À la dévotion de Marc Bloch pour la France en tant que combattant des deux guerres mondiales et comme résistant lors de la Seconde Guerre mondiale s'ajoute son travail riche d'historien, qui continue d'influencer la discipline de nos jours.
Marc Bloch est d'abord un homme qui a combattu pour la France. Né à Lyon en 1886, il est issu d'une famille juive alsacienne, qui, après l'annexion de l'Alsace-Moselle par l'Empire allemand en 1870, fait le choix de demeurer en France. Sa loyauté pour son pays, qui s'incarne pendant les deux guerres mondiales, est ainsi déjà ancrée dans son héritage familial.
Il combat lors de la Première Guerre mondiale, d'abord en tant que sergent, et la termine au grade de capitaine. Il reçoit la Croix de guerre avec quatre citations et se fait décorer de la Légion d'honneur.
En 1939, alors qu'il n'est plus en âge d'être mobilisé, il choisit de s'engager et sert comme officier dans l'armée française durant la campagne de France. Étant juif, ce n'est que par une dérogation pour « services exceptionnels » rendus à la France qu'il peut continuer à exercer le métier d'enseignant dans la fonction publique, malgré le statut des juifs promulgué par le maréchal Pétain le 3 octobre 1940. Cependant, l'occupation de la zone sud par l'armée allemande dès 1942 durcit les conditions de vie des juifs et en mars 1943, il est révoqué de l'université de Montpellier où il travaille. Il entre à la même période dans la Résistance, en rejoignant le mouvement Franc-Tireur. Plus tard, il devient l'un des trois dirigeants des Mouvements unis de Résistance dans la région Rhône-Alpes, où il travaille à structurer l'action résistante. Le 8 mars 1944, il est arrêté par la Gestapo. Emprisonné, interrogé et torturé, il est exécuté le 16 juin à Saint-Didier de Formans. Il est décoré de la Croix de guerre 1939-1945 et reçoit la médaille de la Résistance avec rosette, à titre posthume en 1946.
En plus de son action combattante, Marc Bloch était historien, et son approche ainsi que ses travaux ont marqué durablement la discipline.
Il suit d'abord de brillantes études, qui l'amènent à intégrer l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm et devient agrégé en histoire-géographie en 1908. Il suit ensuite deux semestres d'études en Allemagne, puis effectue un doctorat, et enseigne plus tard dans de multiples universités, dont la Sorbonne, de 1936 à 1939. Il est spécialiste en histoire médiévale et en histoire économique et sociale. Sa particularité en tant qu'historien relève de l'approche qu'il utilise : il plaide pour une ouverture de l'histoire à d'autres disciplines des sciences sociales, et au comparatisme. En 1929, il fonde la revue des Annales d'histoire économique et sociale avec Lucien Febvre, dans laquelle sa méthode novatrice se fait voir. Lucien Febvre et Marc Bloch sont ainsi les fondateurs du courant historiographique de « l'école des Annales », mondialement reconnu. Les travaux les plus marquants de Marc Bloch sont sa thèse de doctorat, intitulée Rois et serfs, un chapitre d'histoire capétienne soutenue en 1920, et son essai de 1924 Les Rois thaumaturges. Étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale, particulièrement en France et en Angleterre.
Son engagement et son travail intellectuel se rejoignent. Marc Bloch considère que l'historien, par son travail, doit se rendre utile à la cité. Cela se retrouve dans son célèbre essai L'Étrange défaite, entamé en 1940 et publié à titre posthume en 1946 aux éditions Franc-Tireur. Il est un témoignage et une réflexion sur la défaite française de mai-juin 1940, dans laquelle il critique vivement le haut-commandement militaire, dont il dénonce l'état d'esprit défaitiste. Il y étudie aussi ses contemporains à qui il attribue également une responsabilité dans la défaite. Cette analyse de l'échec de l'armée française a pour but d'en comprendre les raisons et d'en éviter un nouveau similaire. Cet ouvrage s'est inscrit dans le temps, et les remarques aiguisées de Marc Bloch demeurent pertinentes plus d'un demi-siècle plus tard. François Bayrou l'a notamment mobilisé à de multiples reprises par des allusions et des citations. Il cite l'historien, notamment en 2025, dans son discours pour la journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions à Brest : « l'ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet dans le présent l'action même. Elle compromet donc la possibilité et l'espoir d'un avenir partagé. »
Enfin, c'est avec son épouse Simonne Vidal que Marc Bloch est panthéonisé. Ils se marient le 23 juillet 1919, et ont six enfants ensemble. Invisibilisée par l'Histoire, elle a pourtant fortement contribué au travail et à l'engagement de son mari, et a été active elle-même durant les deux guerres mondiales. Durant la Première Guerre mondiale, elle est infirmière volontaire auprès des prisonniers de Dieppe. Durant la Seconde, alors que sa santé est fragile, elle travaille bénévolement à temps partiel dans un hôpital parisien. Lorsque son mari s'engage clandestinement dans la Résistance, elle l'aide en lui envoyant des provisions. Lorsque son marie réalise ses travaux de recherches, elle l'assiste comme secrétaire. Elle décède peu après lui, le 2 juillet 1944, d'un cancer de l'estomac non-diagnostiqué.
En continuité de leur panthéonisation, l'exposition « Marc Bloch, l'esprit de l'Histoire » se tiendra au Panthéon du 24 juin au 31 décembre 2026.”
- 2026-06-22 “François Bayrou : « La France est déjà le pays du monde qui a le plus d'impôts. Il faut une réorganisation complète de notre action publique » — François Bayrou était l'invité de Gilles Bornstein pour les 4V de télématin sur France 2 ce lundi 22 juin.
Gilles Bornstein : Bonjour, M. le Premier ministre. Vous publiez « Alerte sur la France qui vient » aux éditions de l'Observatoire. On en parlera. Vous faites un plaidoyer contre la dette. Comme d'habitude, quelques questions d'actualité d'abord. Le rapport d'inspection remis à Sébastien Lecornu concernant l'affaire Lyhanna pointe des dysfonctionnements et des erreurs individuelles. Faut-il des sanctions ?
François Bayrou : La justice comme toute administration des affaires humaines, si le travail n'est pas fait, il y a forcément des sanctions. Et je ne doute pas que le Garde des Sceaux y réfléchit.
Question : Faut-il des moyens aussi ?
François Bayrou : Il faut des moyens, mais ce que ce livre montre, c'est que toute la réflexion, toutes les campagnes électorales qui promettent des dépenses supplémentaires sur tous les sujets dont on aurait besoin, eh bien, on va être bloqués, empêchés parce que tous les moyens de la nation, tout le travail des Français va être capté et détourné vers les intérêts que nous devons payer pour notre dette. Et dans des proportions que nous n'imaginons même pas. Songez que l'année prochaine, la totalité de l'impôt sur le revenu que paient les Français, le vôtre, celui de tous ceux qui étaient sur le plateau, et tous nos compatriotes, la totalité de l'impôt sur le revenu ne suffira pas pour payer les intérêts de la dette. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça signifie des sommes colossales. Et cet argent-là, nous en aurions besoin pour tous les sujets et pour les jeunes Français. Pour préparer l'avenir des jeunes Français. Cet argent, nous ne l'aurons pas, ce qui va nous obliger à réinventer complètement notre organisation de l'action publique. On parle de la justice, on parle de l'éducation, on parle de la santé, des hôpitaux, on parle du climat et des investissements nécessaires qu'il faudrait faire. Peut-être qu'on en dira un mot.
Question : Alors justement, des monceaux de dettes à résorber et de déficits, on sait que vous voulez baisser les dépenses. Vue l'ampleur de l'effort que vous venez de signifier, est-ce qu'il faut également augmenter les impôts, et évidemment les impôts de ceux qui ont le plus de moyens ?
François Bayrou : « Augmenter les impôts, alors on peut trouver des mesures d'équilibre. Mais l'idée que propage un certain nombre de ceux qui s'expriment dans le débat public, c'est que ce sont les autres qui paieront. Il y a toute une partie qui dit que ce sont les immigrés qui vont payer, l'immigration va payer, l'Europe va payer. Et puis une autre partie qui dit que ce sont les riches qui vont payer. La vérité, c'est que la France est le pays du monde qui a le plus d'impôts et on ne peut pas dire qu'on se porte mieux. Et donc la question pour moi, c'est la question de la réorganisation complète de notre action publique. Et les mesures de justice, il faut toujours y penser. Mais ne pas croire qu'on va réussir à résoudre les questions qui se posent à nous si on ne remet pas en cause la totalité de notre État ».
Question : J'entends, mais l'électrochoc que vous demandez, vous pensez que les Français doivent se rendre compte de ce gouffre abyssal qu'est la dette. Cet électrochoc, est-ce qu'il n'est pas plus facile à atteindre quand on demande à tout le monde de contribuer ? On voit les chiffres jour après jour, y compris ceux qui ont des patrimoines énormes et qui ne sont jamais, à qui on ne demande pas grand-chose.
François Bayrou : Eh bien, le travail des journalistes, c'est de faire connaître à tout le monde la réalité de tout cela.
Question : Le travail des politiques, c'est d'en tenir compte. Vous avez vu les études sur les patrimoines.
François Bayrou : Il y a une question sur les patrimoines. Je prends un exemple que je cite dans le livre. Il y a un pays qui est très proche de nous, qu'il a une société comme la nôtre, ce sont les Pays-Bas. On ne peut pas dire que les Pays-Bas soient une société en misère et en drame. Aux Pays-Bas, le produit, la production de la nation par habitant est de 30% supérieur à la France, 30%. Si on avait la même production par habitant que les Pays-Bas, les ressources de l'État et les ressources de chacun d'entre nous seraient de 30% plus élevé. Quelle est la clé aux Pays-Bas ? Deux choses. La première, ils accueillent les entreprises au lieu de leur faire la chasse. Et la deuxième, ils travaillent plus que nous.
Question : Il faut travailler plus. Je voudrais qu'on avance parce que le temps est compté. La présidentielle approche. C'est quoi le plan Bayrou pour éviter que la France aille vers les Insoumis ou vers le Rassemblement National ?
François Bayrou : Vous posez très bien la question. Tous ceux qui considèrent que l'extrême droite et l'extrême gauche sont de danger mortel pour le pays. Et j'invite tous ceux qui nous écoutent à feuilleter des livres d'histoire ou à aller sur internet. Est-ce qu'il y a un pays dans le monde où l'extrême droite et l'extrême gauche ont apporté du bien-être et du bonheur ?
Question : Ils doivent faire quoi ? Ils doivent se mettre d'accord ?
François Bayrou : Ils doivent en tout cas se respecter entre eux. Savoir qu'au bout du compte, ils devront travailler ensemble.
Question : Alors cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu'au bout du compte, si quelqu'un de ce bloc-là est élu, il devra travailler avec les autres. Raphaël Glucksmann devra travailler avec Edouard Philippe, qui devra travailler avec je ne sais qui. C'est du PS aux Républicains, c'est cela ?
François Bayrou : Oui, du PS aux Républicains, ce que j'appelle les réformistes.
Question : Mais il faut un seul candidat pour tout ce bloc ?
François Bayrou : S'ils peuvent avoir un seul candidat. Nous allons voir se décanter tout cela au fur et à mesure du temps. On n'est pas du tout dans le calendrier de l'élection présidentielle.
Question : Mais vous souhaitez qu'il n'y ait qu'un seul candidat ?
François Bayrou : Je souhaite qu'on se trouve au bout du chemin avec une solution qui permette d'éviter les extrêmes. Moi je pense que les extrêmes, pour un certain nombre d'entre eux, sont moins bien placés qu'on ne le croit. Mais je suis tout seul à le penser, donc c'est très minoritaire. Mais je vois bien les faiblesses de ce que j'appelle le fleuve central. Ceux qui écartent les risques doivent se respecter, s'écouter et se rassembler.
Sur les réseaux :
💰 Est-ce qu'il faut augmenter les impôts ?
🗳 Quel candidat pour 2027 ?”
- 2026-06-21 “Isabelle Florennes : « Les Français qui vivent ces rodéos au quotidien n'en peuvent plus » — Invitée de Sud Radio le 21 juin, la sénatrice des Hauts-de-Seine et co-rapporteure du projet de loi Ripost, Isabelle Florennes, est revenue sur les principales mesures de ce texte adopté au Sénat. Face à la multiplication des rodéos urbains, rave-parties illégales ou usages détournés du protoxyde d'azote, elle défend une réponse pragmatique fondée sur l'efficacité et la protection du quotidien des Français.
Un constat partagé : « Il faut maintenant riposter »
Adopté au Sénat par 242 voix, le projet de loi Ripost est né d'un constat de terrain que les élus locaux, les forces de l'ordre et les habitants remontent depuis plusieurs années. Pour Isabelle Florennes, le texte répond à des phénomènes qui ont profondément évolué : rodéos motorisés, usage illégal de mortiers d'artifice, rave-parties sauvages ou encore consommation de protoxyde d'azote.
La sénatrice souligne que ces comportements ne relèvent plus seulement de simples incivilités mais de véritables atteintes à la tranquillité publique.
Il faut maintenant riposter. C'est répondre immédiatement au phénomène qui troublent l'ordre public.
La co-rapporteure rappelle que certains dispositifs existent déjà, notamment contre les rodéos motorisés. Mais les résultats demeurent insuffisants. « On a commencé à légiférer en 2018 sur les rodéos. Puis on s'est aperçu que ça ne suffisait pas », constate-t-elle. Désormais présents « dans la France des villes et dans la France des campagnes », ces phénomènes alimentent un sentiment d'abandon chez de nombreux habitants.
Le projet de loi naît de l'idée que les publics qui agissent, qui sont les personnes qui commettent ces délits, sont maintenant aussi des personnes qui agissent avec beaucoup de violence, qui utilisent les réseaux sociaux pour être très réactifs sur les lieux notamment de rassemblement, et qui sont beaucoup plus jeunes.
Pour Isabelle Florennes, les auteurs de ces délits sont également plus jeunes et utilisent les réseaux sociaux pour organiser rapidement leurs rassemblements. Face à cette évolution, « on a des outils qui n'étaient plus adaptés » et une sanction qui « ne fait pas peur ».
Rodéos, rave-parties, protoxyde : « On n'a pas forcément les bons outils »
Le texte se présente comme une véritable « boîte à outils » destinée à apporter des réponses concrètes à plusieurs formes de nuisances du quotidien.
Concernant les rave-parties illégales, Isabelle Florennes rappelle qu'elles reposent souvent sur l'occupation sans autorisation de terrains publics ou privés.
La rave-partie, c'est un droit qu'on met en cause, c'est le droit de propriété qu'on met en cause quand on est sur ce terrain-là.
Sur les rodéos motorisés, le projet de loi prévoit notamment d'accélérer les procédures de confiscation et de destruction des véhicules utilisés. Une réponse inspirée des retours des policiers et gendarmes confrontés quotidiennement à ces situations. « Arrêter quelqu'un et deux jours après le voir recommencer, pour les forces de l'ordre, évidemment, c'est écœurant », rapporte la sénatrice.
Autre priorité : la lutte contre le protoxyde d'azote, détourné de ses usages médicaux ou culinaires pour ses effets stupéfiants. Face à l'explosion des cas graves recensés ces dernières années, le Sénat a renforcé le texte initial et notre porte-parole espère voir cette mesure conservée lors de l'examen à l'Assemblée nationale :
Nous, au Sénat, on a été même plus durs que la proposition qui a été faite par le ministre de l'Intérieur. On a interdit carrément la vente du protoxyde d'azote.
Vidéosurveillance intelligente : « Les Français l'approuvent »
L'une des mesures emblématiques du projet de loi concerne l'extension de l'expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique, testée notamment lors des Jeux olympiques de Paris 2024.
Pour Isabelle Florennes, les résultats obtenus démontrent l'intérêt de ces nouvelles technologies.
Les Français approuvent la vidéosurveillance algorithmique, et très largement, à plus de 80 %, ils sollicitent cette utilisation de ces technologies.
La sénatrice insiste également sur les garanties entourant ces dispositifs, examinés par le Conseil d'État et la CNIL. À ce stade, il s'agit toujours d'une expérimentation, même si elle souhaite à terme sa pérennisation.
L'objectif est avant tout opérationnel : permettre une détection plus rapide des situations à risque dans les transports, les gares ou l'espace public. « La caméra intelligente va détecter l'agression. Elle va détecter le vol », explique-t-elle, afin de faciliter l'intervention rapide des forces de sécurité.
Sécurité du quotidien : « protéger les plus vulnérables »
Pour la sénatrice, la sécurité ne se résume pas à la lutte contre la délinquance organisée. Elle concerne aussi la protection des personnes les plus exposées, notamment les femmes.
La sécurité, c'est aussi pour protéger les plus vulnérables.
Très investie sur les questions de sécurité dans les transports, Isabelle Florennes estime que les outils de détection automatisée peuvent permettre d'anticiper certaines agressions et de mieux protéger les usagers.
Au-delà des mesures techniques, elle voit dans le projet de loi Ripost une réponse au sentiment d'impuissance parfois exprimé par les citoyens. « Quand on dit impunité, c'est que les gens sentent le gouvernement, en tout cas l'État, désarmé », observe-t-elle. L'enjeu est donc de fournir « les bons outils, les bons moyens » afin de produire davantage d'efficacité sur le terrain.
Après son adoption au Sénat, Isabelle Florennes appelle désormais à une inscription rapide du texte à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. L'objectif est clair : transformer les remontées du terrain en réponses concrètes pour renforcer la sécurité du quotidien et restaurer la confiance des Français dans l'action publique.”
- 2026-06-21 “François Bayrou : « L'engagement de ma vie, c'est de rassembler toutes les forces réformistes du pays » — François Bayrou était l'invité de France info ce dimanche 21 juin pour la sortie de son livre, Alerte sur la France qui vient.
France Info : Merci d'avoir choisi France Info après neuf mois de silence depuis votre départ de Matignon. Vous publiez donc « Alerte sur la France qui vient », avec une couverture rouge écarlate aux éditions de l'Observatoire. Une alerte sur la dette et les risques de guerres des générations qui planent sur le pays. Nous allons en parler longuement. Mais d'abord l'actualité, c'est le pays qui suffoque : 43 degrés à Bordeaux demain, un épisode de canicule historique, une fête de la musique à haut risque ce soir. Estimez-vous que le gouvernement a les choses en main, que les pouvoirs publics, les maires de notre pays prennent les bonnes décisions ?
François Bayrou : « Tous font ce qu'ils peuvent, parce que ce sont des circonstances largement inédites pour une partie. Et après, j'ai écouté votre débat précédent avec le proviseur du lycée Carnot. C'était intéressant parce que ce qu'il affirmait, à juste titre, c'est comment se prépare-t-on sur le long terme ? Pas là, dans les jours qui viennent, nous allons faire ce que l'on peut. Je suis effaré. J'ai vu tout le débat sur le fait d'avoir recours ou non à la climatisation. On peut, et ce n'est pas cher. A condition de se tourner vers les solutions techniques qui existent ! Et la solution technique principale, c'est la géothermie. Nous avons sous nos pieds, nous sommes debout sur un formidable appareil à faire de la chaleur l'hiver et du froid l'été. Et nous ne nous en servons pas ».
Question : où ? A Paris par exemple ?
François Bayrou : « Partout ».
Question : C'est-à-dire ?
François Bayrou : « On creuse le sol. On a des pompes à chaleur qui peuvent, l'hiver, fournir de la chaleur. Et l'été, on enfouit la chaleur dans le sol. Technologiquement, c'est complètement au point ».
Question : Et écologiquement ?
François Bayrou : « Écologiquement, c'est complètement au point. C'est absolument gratuit, absolument éternel. Tous les outils qui permettent, les pompes à chaleur qui permettent de produire des calories et des frigories, elles existent ».
Question : Alors pourquoi on ne le fait pas avant ? C'est la grande question. Vous étiez aux affaires. Des canicules, il y en aura d'autres. Vous auriez pu le faire. Quand on regarde les budgets récents, François Bayrou, sur la décarbonation, la transition, l'adaptation, ça, c'est l'intérêt général. Vous en conviendrez. Pourquoi l'écologie est devenue la variable d'ajustement ?
François Bayrou : « C'est la seule chose que vous n'ayez pas le droit de dire s'agissant de moi. J'étais Commissaire au plan et j'ai sorti le très grand rapport sur la géothermie comme le grand rapport sur l'électricité nucléaire qui traite en réalité de la même question : "Comment produire sans nuisance pour l'atmosphère, le climat et la planète ? Il y a un chapitre sur ce sujet dans le livre. Il y a un très grand doute des écologistes sur la science et la technique. Ils considèrent que la science et la technique, c'est un moyen d'éviter le problème. Et en réalité, ce qu'ils défendent, je crois, je crains, c'est quelque chose comme la décroissance. On va revenir en arrière. Il n'y a pas de solution sur la décroissance. Et donc ces phénomènes qui sont des phénomènes de très long terme, qui sont des phénomènes de décennies, de siècles, et certains diront sans doute à juste titre de millénaires, ces phénomènes-là, il faut les prévoir et investir ».
Question : Investir, cela demande justement d'abord de l'argent.
François Bayrou : « Ce que je défends, la géothermie, cela n'est pas cher. Il suffit d'étaler dans le temps cet investissement qui vous permet d'avoir de la chaleur l'hiver et de la fraîcheur l'été, gratuitement. Je vous donne le chiffre, simplement. Le chiffre des économies. La géothermie, cela produit de la chaleur quand on en a besoin l'hiver, avec 80% d'économies par rapport à la chaleur électrique normale. La climatisation, c'est 90% d'économie. Et ce qu'on appelle le rafraîchissement, c'est-à-dire la température ambiante au moins 8 degrés, c'est 98% d'économie.
Question : La solution est au débat public. Merci. On verra qui s'en empare puisqu'nous sommes en présidentiel, en campagne. Je voudrais qu'on en vienne à votre livre. Il est clairement dans la continuité de l'alerte que vous aviez sonnée à Matignon. « Notre pays joue sa peau », écrivez-vous. « La tempête vient, le navire n'est pas en état de l'affronter. Et personne ne propose de s'occuper du bateau », fin de citation. Ce qui vient, c'est quoi précisément ?
François Bayrou : « Ce qui vient, c'est extrêmement simple. C'est la confiscation de tout ce que nous créons, du travail que nous allons faire, des moyens que nous pourrions avoir, la confiscation pour payer la dette que nous avons laissée grandir inconsidérément ».
Question : La dette sous la forme d'intérêts donc ?
François Bayrou : « Oui. Les paiements, les intérêts. Je résume cela très simplement. Il y a 50 ans que nous n'avons pas voté un budget en équilibre. 50 ans. Donc tout le monde est responsable. Tous les gouvernements successifs et toutes les inspirations successives ».
Question : Vous reconnaissez vous-même avoir voté des budgets qui n'étaient pas de bons budgets à l'équilibre.
François Bayrou : « Oui, enfin moi je me suis battu depuis 20 ans, vous en êtes témoin tous ».
Question : C'est vrai que c'est votre constance. Jouer le rôle de Cassandre, il n'est pas toujours plaisant.
François Bayrou : « Oui, ce n'est pas plaisant, mais c'est juste. Et donc, pas de budget en équilibre. Donc on a un déficit tous les ans. Et c'est intéressant la question parce que c'est la première fois qu'un livre explique le mécanisme. Et il est, je crois, absolument clair une fois qu'on a découvert. Donc, budget en déficit. Le déficit, ce n'est pas du déficit, c'est de la dette. Vous empruntez le déficit. Et l'État, à la différence des particuliers et des entreprises, l'État ne rembourse, la France n'a jamais remboursé un euro de la dette. Vous entendez ça ? »
Question : Oui, puisqu'il y a la montée de la dette.
François Bayrou : « Nous avons 3 500 milliards de dettes, 3 500 fois 1 000 millions de dettes. On n'a jamais remboursé un euro. Mais les intérêts, eux, ils augmentent.
Question : On rembourse en empruntant, en fait.
François Bayrou : « Alors, pas seulement. On rembourse en empruntant et même en empruntant pour payer les intérêts ».
Question : Ce que vous nous dites, c'est que les Français ont du mal à prendre les décisions qui viennent mais ils l'ont compris malgré tout, non ?
Ce que vous dites dans votre livre, cela va plus loin, c'est que si on ne fait rien, c'est la guerre non pas de tous contre tous, mais des jeunes contre les aînés, les boomers. Vous dites que les jeunes, ceux qui arrivent sur le marché du travail auront un fardeau qui sera le plus lourd de l'histoire ?
François Bayrou : « De l'histoire, le plus lourd des générations. Jamais il n'y a eu fardeau aussi lourd. Parce qu'on a fait des dettes pendant les guerres. La guerre de 1914, la guerre de 1940. Nous les avons effacées avec l'inflation, par les dévaluations et par la croissance. C'est-à-dire que, je vous donne un chiffre pour l'avoir en tête. C'est incroyable. Entre la valeur du franc français En 2014, c'est la valeur du franc français en 1999. Cette valeur a été divisée par 200 ».
Question : En un siècle, c'est cela ? En moins d'un siècle. La conséquence, c'est quoi, très concrètement, si rien n'est fait ? La guerre civile ? La guerre des jeunes contre les vieux ?
François Bayrou : « La première conséquence, c'est que nous n'aurons pas l'argent pour faire ce qui est indispensable. Et notamment pour s'occuper des jeunes. Les jeunes, ils vont avoir la double punition. La première punition, c'est qu'ils vont avoir une charge comme aucune des générations n'en a eue, et pour une durée qui sera toute la durée des 15 ou 20 ans qui viennent. Et la deuxième conséquence de tout cela, c'est qu'évidemment que nous allons nous trouver avec une contestation par les plus jeunes ».
Question : « Vous insistez beaucoup sur la possibilité d'un conflit. Il y a un point que vous ajoutez dans votre démonstration qui est assez convaincante, c'est que, non seulement nous avons une dette énorme, mais en plus la production française a tendance à s'appauvrir. Mais comment on démontre cela ?
François Bayrou : « La France s'appauvrit par rapport à nos voisins. Je donne un chiffre que j'avais donné évidemment dans les débats où j'ai essayé de convaincre l'Assemblée nationale que c'était le sujet dont il fallait s'occuper ».
Question : Ils ont refusé absolument de faire cela.
François Bayrou : « On va y revenir. Mais j'avais donné un chiffre très simple. Je ne prends même pas la richesse des États-Unis ou la richesse de l'Irlande ou la richesse de la Suisse. Je prends la richesse des Pays-Bas. Si nous avions les ressources du Pays-Bas, nous aurions des revenus de 30% plus élevés. L'État aurait 30% de budget de plus et les salaires seraient de 30% plus élevés. Donc il y a un problème de production ».
Question : Moi, je voudrais vous interroger parce que le constat, il est très, très clair.
François Bayrou : « On finit en une phrase. Pourquoi les Pays-Bas en sont là ? Pour deux raisons principales. La première, ils accueillent les entreprises alors que nous, nous leur faisons volontiers la chasse ».
Question : Ce n'est pas ce que dit Emmanuel Macron. Nous aurions les meilleurs taux d'investissement dans les entreprises étrangères.
François Bayrou : « Il a raison, mais il suffit d'ouvrir les journaux pour voir à quel point les grandes entreprises françaises sont ciblées, préfèrent encore nos voisins. Et quand elles sont ciblées, elles s'en vont. Et donc deuxièmement, parce qu'ils travaillent plus que nous. Et vous voyez bien que les réponses, elles sont simplissimes. Ou bien, nous allons couper, couper dans les retraites et les salaires de la fonction publique. Ou bien, nous allons augmenter les charges sur tous ceux qui travaillent, ou bien nous allons travailler plus. Eh bien moi, je choisis d'être du côté de travailler plus ».
Question : Travailler plus, cela veut dire une réforme des retraites. Vous parlez de la bataille des générations, est-ce qu'il ne faut pas aussi raboter un peu les retraites que touchent actuellement les boomers dont nous faisons partie ? Est-ce qu'elles sont élevées par rapport à la moyenne européenne, ces retraites ?
François Bayrou : « Nous pouvons faire les choses à la condition que ce soit débattu à partir de la vérité avec les citoyens. Si vous faites des choses que vous leur imposez sans avoir partagé avec eux la responsabilité... »
Question : Mais vous avez vu le débat à l'Assemblée nationale sur la désindexation des pensions de retraite des seniors les plus aisés ? A chaque fois c'est la levée de bouclier, ce débat il existe depuis des années, il n'est jamais possible.
François Bayrou : « Non ce n'est pas vrai, pardon, le débat existe, mais personne ne dit la vérité comme elle est ».
Question : Ce livre, c'est un livre pour dire la vérité. François Bayrou, vous l'avez dit, cette vérité, pendant quasiment deux semaines, matin, midi et soir, après avoir décidé de mettre en jeu la confiance des parlementaires, et vous avez été défié. Moi, j'ai une question. Il y a une forme de déni, manifestement. Pourquoi cette question de la dette, vous le dites, vous le redites, elle n'est pas perçue comme une priorité ? La faute à qui ? Cela fait des années que vous alertez. Et vous voyez bien qu'à chaque fois, même quand vous demandez aux Français, ce n'est pas la dette et les déficits qui arrivent comme la priorité.
François Bayrou : « Aujourd'hui, nous ne sommes pas loin que ce soit le premier sujet ».
Question : cela reste le pouvoir d'achat, cela reste la sécurité, la santé. Comment vous l'expliquez ?
François Bayrou : C'est très simple. Les responsables politiques ne dirigent pas l'opinion, ils la suivent. Ils sont là tous les matins. C'est la raison pour laquelle j'ai dit que je ne serai pas candidat à l'élection présidentielle, parce qu'autour de moi, on dirait que c'est pour moi que je défends cette thèse. Et surtout, autour de moi, tout le monde dirait : « François, ce n'est pas sérieux, tu ne peux pas faire une campagne. Je me souviens, quand j'ai fait une campagne en 2007 sur ce sujet, de Nicolas Sarkozy qui se gaussait sur le fait qu'on puisse faire une campagne sur ce sujet ».
Question : Donc c'est du manque de courage, il plaque à l'opinion.
François Bayrou : « On croit toujours que ce sont les dirigeants qui dirigent, c'est ce qu'on croit. On les élit pour cela. Et en vérité, ce n'est pas comme cela que ça se passe. Les dirigeants, ils sont soumis à la pression perpétuelle de l'opinion et des médias. « Monsieur le ministre, vous avez vu, vous avez perdu trois points hier ». Alors les types tremblent, leurs entourages leur disent que ce n'est pas possible. Ils collent aux attentes ».
Question : Ils collent aux attentes. Oui. Contre un rayon, celui qui se présente avec votre programme de redressement des finances nationales, si je comprends bien, il est sûr d'être battu.
François Bayrou : « D'abord, il n'est pas sûr, mais on a très bien connu cela. Dans les années 30, en Grande-Bretagne, il y a eu une élection en 1935 absolument majeure. C'est l'exemple de Baldwin que vous connaissez dans laquelle Churchill dit : « mais vous voyez bien, il y a Hitler qui arrive, et tous les autres l'écartent complètement. Il devient minoritaire dans son parti. Et ce qu'il gagne, ce sont les pacifistes. Et quand Hitler devient si menaçant qu'on ne peut plus l'ignorer, Churchill monte à la tribune - enfin, en Grande-Bretagne, on ne monte pas à la tribune, on s'avance à la tribune- Et il dit : « mais vous saviez très bien ce que je disais, pourquoi vous avez choisi cette attitude ? ». Et Baldwin répond : « je vais vous répondre avec une effroyable sincérité », ce sont les mots qu'il utilise, « J'étais le chef d'un grand parti, l'opinion était plus pacifiste qu'elle ne l'a jamais été pendant le siècle. Si j'avais dit la vérité, j'aurais perdu les élections ».
Question : François Bayrou, irresponsabilité des dirigeants, manque de courage, c'est très clair. Mais quand même, vous étiez aux affaires. Emmanuel Macron gouverne depuis presque dix ans a creusé la dette et les déficits, les fameux mille milliards. Il y a eu des crises, bien sûr. Mais vous l'avez vu, vous étiez aux premières loges. Il a contribué sur beaucoup de sujets au-delà du Covid à creuser cette dette. Vous le reconnaissez cela ?
François Bayrou : « Bien sûr, mais alors, dans l'ordre des présidents de la République. Celui qui a creusé le plus, c'est François Mitterrand. Nicolas Sarkozy, très important après la crise de 2008, et Emmanuel Macron. Ils ont aussi continué dans ce sens-là. Pourquoi ? Parce qu'il y avait des crises ».
Question : Oui, c'est l'argument des crises à chaque fois, non ?
François Bayrou : « Non, ce n'est pas l'argument des crises. Si vous relisez les débats de toute cette époque, Tout ce qui montait à la tribune, c'était pour dépenser plus. Tous, de Marine Le Pen à Olivier Faure qui disait, je cite qu'il faut « ouvrir grand les vannes de la dépense publique » disait Olivier Faure. C'est une phrase que j'ai retrouvée. Il n'était pas le seul. Tout le monde dit cela parce que, évidemment, l'émotion publique, elle est juste. Jamais il n'y a eu de gens qui se sont mis de l'argent dans la poche. C'est pour les Français que tout cela a été dépensé. Mais le jour vient où il faut se mettre en tête une loi. Quand il y a des crises, on dépense pour soutenir la qualité, mais en dehors des crises, on économise. C'est ce qu'on n'a jamais fait ».
Question : un mot sur la méthode. Le vrai keynésianisme. Keynes disait que quand il y a de la croissance, il faut économiser.
François Bayrou : « C'est exactement cela ».
Question : Un mot quand même rétrospectif sur la méthode. Vous ne regrettez rien, c'était perdu d'avance François Bayrou que d'aller au vote de confiance, et vous le saviez. Vous nous parlez des oppositions à l'instant, vous aviez une assemblée fragmentée, sans majorité, très sonore. Vous saviez que vous alliez perdre.
François Bayrou : « D'abord, je pense toujours qu'il y a un moyen de convaincre les gens.
Question : Moi, j'ai suivi cette période au jour le jour. C'était ingagnable. Vous ne regrettez pas ?
François Bayrou : « Je ne regrette rien. Et pourquoi ? Parce que, selon moi, c'est ce que ce livre explique, la clé, ce n'est pas les déclarations des hommes politiques. Au demeurant, j'aurais été censuré dans le mois qui venait. Par exemple, je n'aurais jamais signé le renoncement à la réforme des retraites ».
Question : Oui, mais vous avez précipité le pays dans une crise politique.
François Bayrou : « Donc je ne pouvais pas tenir. Il y aurait eu une motion de censure de toute façon. Mais c'était annoncé. Mais la raison principale, c'est que quand vous avez un sujet majeur pour la survie du pays et que les responsables politiques ne veulent pas entendre, il faut prendre le pays à témoin, quel que soit le risque.
Question : Et si c'était à faire, vous le referiez ? Mr Lecorrnu a suspendu la réforme des retraites mais qui empêche une crise politique qui a un coût aussi. Puisque vous parlez des déficits. Les crises politiques, elles ont des conséquences économiques.
François Bayrou : « Alors, je vous rappelle que mon gouvernement a fait voter des budgets qui avaient été refusés à propos des gouvernements précédents. Nous avons fait voter le budget de l'action publique, nous avons fait voter le budget social, nous avons baissé le déficit comme aucun gouvernement ne l'a fait. On a pris un déficit à près de 6 à 5,8 et on l'a ramené à 5,1 ».
Question : Hollande l'avait ramené à 3.
François Bayrou : « Oui, mais en une seule année, qui a fait 0,8 comme ça ? En une seule année. Je ne dis pas que cela soit formidable. Je dis qu'on a fait cela. On a fait voter la loi d'orientation agricole, on a fait voter la loi sur le narcotrafic. Et en effet, j'ai lancé cette épreuve de vérité, exactement comme le héros de Laurent Joffrin, Pierre Madès France qui l'a fait sur la décolonisation. Il est monté à la tribune sur le sujet le plus grave du temps en disant si vous ne voulez pas choisir la seule orientation qui puisse sauver le pays, eh bien je ne pourrai pas assumer la politique de renoncement ».
Question : Il y a une petite question juste avant de parler de 2027. Vous faites un portrait d'Emmanuel Macron qui est assez flatteur, et vous essayez d'expliquer pourquoi il est impopulaire. Alors vous dites, c'est tout simple, il est trop. Qu'est-ce que vous entendez exactement ? Il est trop intelligent ? Il montre trop cela ?
François Bayrou : « Je pense qu'on peut mettre le trop en facteur commun. Trop jeune, trop romanesque, dans son histoire personnelle, trop, maîtrisant les dossiers très vite, ce qui fait que dans les débats, on a l'impression que ses contradicteurs ne peuvent rien contre lui ».
Question : Il énerve parce que c'est le premier de la classe.
François Bayrou : « Oui, il n'est pas tout à fait le premier de la classe, mais il paraît trop maître des choses et difficile à déstabiliser. Et cela a fini par nourrir, je crois, un agacement à son endroit qui fait que même quand il convainc les gens, et Dieu sait que les trois ou quatre jours que nous venons de vivre, la semaine que nous venons de vivre, c'est quand même une chose extraordinaire.
Question : Oui, vous le reconnaissez un talent sur la scène internationale.
François Bayrou : « Qui fait que, même dans ces cas-là, même ceux qui disent c'est formidable, ils ne sont pas contents.
Question : François Bayrou, je voudrais vous entendre sur les candidats de la présidentielle. Vous avez vu l'interview d'Edouard Philippe dans la Tribune Dimanche, aujourd'hui. Ma conviction, ma stratégie, dit le patron d'Horizon, candidat, c'est que pour l'emporter et pour faire avancer le pays, il faut un grand rassemblement de la droite et du centre. Vous, le patron du centre, du Modem, qu'est-ce que vous lui répondez ? Vous lui dites OK ?
François Bayrou : « Vous connaissez l'engagement de ma vie. L'engagement de ma vie, c'est de rassembler toutes les forces qui sont parfaitement caractérisées, qui sont les forces, je vais employer le mot juste, qui sont les forces réformistes du pays ».
Question : C'est un réformiste, Edouard Philippe.
François Bayrou : « Et donc, on va voir. Je ne veux pas me prononcer sur les personnes. Je vous explique ce que j'ai pour moi comme nécessité. Qu'est-ce que j'appelle réformiste ? Au moins deux choses essentielles. La première c'est voir les problèmes comme ils se posent et accepter de les énoncer sur les déficits. Et la deuxième, C'est que se rassemblent tous ceux qui refusent l'entente avec un extrême comme avec l'autre ».
Question : Donc l'idée de rassembler Horizon et le Modem, le moment venu ?
François Bayrou : « Laissez-moi finir la phrase. Et donc, tous ceux qui disent : « jamais l'extrême droite et jamais l'extrême gauche, jamais ». Ce que Mélenchon est en train de faire avec des teintes incroyablement antisémites, par exemple, constamment le jeu sur cette question-là. Et tous les deux, les extrêmes ont un point commun simple. Ils disent, ce n'est pas vous qui allez devoir payer ou participer à l'effort. On va faire payer, les uns disent les immigrés et l'Europe, et les autres disent : « on va faire payer les riches ». L'idée du bouc émissaire, c'est une idée qui est contraire à l'idée de la démocratie.
Question : Il nous reste une poignée de secondes, ma dernière question. Vous direz le moment venu, vous n'êtes pas candidat, cela, c'est une certitude.
François Bayrou : « Je ne suis pas candidat. Être candidat, cela veut dire, d'une certaine manière qu'on est forcé de renoncer à dire la vérité. Et je pense que cette élection doit être une élection de vérité ».
Question : Il n'y aura que des menteurs dans l'élection. Donc vous direz le moment venu pour qui ? Aujourd'hui, c'est qui, s'il fallait choisir ? L'élection, elle se joue quand ?
François Bayrou : Elle ne se joue pas aujourd'hui. Elle se joue entre novembre et février.
Question : Vous lui taillez quand même des costards dans votre livre. Qui incarne les valeurs du centre aujourd'hui dans cette campagne ?
François Bayrou : « Ma conviction, c'est que des candidats vont apparaître dans le jeu qui pour l'instant n'est pas réglé ».
Question : Pas ceux qui sont sur la ligne de départ ?
François Bayrou : « Ceux-là sont sur la ligne de départ, à condition qu'ils disent deux choses. On regarde les problèmes et jamais d'alliance avec un extrême ou avec l'autre.
Question : Vous ne prenez pas la main tendue d'Edouard Philippe ce soir. Est-ce qu'il va y avoir des candidats de nouveau ?
François Bayrou : « Je le crois et j'en suis certain ».
Question : Des nouveaux, mais dans la droite ou dans le bloc central ?
François Bayrou : « Un peu partout. Le jeu n'est pas fini. Si vous lisez, par exemple, est-ce qu'à gauche, le nombre de candidats est réglé ? Non. Est-ce qu'à droite, le nombre de candidats est réglé ? Voilà, je sais que non. Cela va se décanter ».
Question : Et dans le fleuve central. Vous prônez une grande union sacrée. Vous reviendrez, j'espère, François Bayrou, quand on sera dans le dur de cette présidentielle ô combien importante pour les Français. Merci à vous. Merci d'être venu dans toutes les politiques. « Alerte sur la France qui vient », c'est aux éditions de l'Observatoire.
François Bayrou : « Merci à vous ».
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